Château du Repas

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Château du Repas
Image illustrative de l’article Château du Repas
Vue de l'est.
Période ou style Louis XIII
Début construction XVIIe siècle vers 1615
Propriétaire actuel privé
Protection Logo monument historique Inscrit MH (1967)
Coordonnées 48° 46′ 06″ nord, 0° 21′ 26″ ouest[1]
Pays Drapeau de la France France
Ancienne province Normandie
Région Normandie
Département Orne
Commune Chênedouit
Géolocalisation sur la carte : Basse-Normandie
(Voir situation sur carte : Basse-Normandie)
Château du Repas

Le château du Repas est un château situé dans la commune de Chênedouit, dans le département de l'Orne. Il fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [2].

Histoire de la construction[modifier | modifier le code]

Situation du château[modifier | modifier le code]

Comme le montre bien la carte de Cassini établie au XVIIIe siècle, le château du Repas a été construit - à environ 6 lieues de Falaise - près d'un grand axe de communication pour ce secteur de la Normandie: le grand chemin de Falaise à Domfront. Ces deux places-fortes jouent un grand rôle dans l'ancien duché, aux XIe et XIIe siècles et pendant le long affrontement entre les royaumes de France et d'Angleterre traditionnellement connu sous le nom de Guerre de Cent Ans. L'embranchement vers Briouze, place forte de moyenne importance mais siège d'une sergenterie de la vicomté de Falaise, se situe près du château du Repas.

On peut encore voir — près de mille ans plus tard — d'autres châteaux et maisons fortes à proximité de cette même ancienne route, fortins bâtis à des endroits importants à contrôler comme le château de Saint-Pavin sur Bazoches-au-Houlme, près du lieu de franchissement de la Baise, et le château de La Forêt-Auvray, à proximité du franchissement de l'Orne. Ces châteaux placés à intervalles rapprochés — sortes de relais de l'autorité ducale puis royale (haltes avec changement de cheval pour les "chevaucheurs d'écurie" porteurs du courrier officiel ? hébergement ? repas ?)[réf. nécessaire] — avaient un rôle à jouer tant du point de vue sécuritaire que commercial, en contrôlant les déplacements, en sécurisant et facilitant les échanges, en percevant les droits de passage.

Quoi qu'il en soit, le lieu-dit le Repas était occupé bien avant, dès la préhistoire, comme l'indiquent le menhir situé à proximité du château ainsi que la hache de pierre trouvée par le baron de Cheux, selon Thierry Churin ci-dessous référencé[réf. nécessaire].

Le toponyme[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne l'origine du nom "Repas" — avec le sens qu'on lui donne aujourd'hui — il y a lieu de noter qu'il n'apparaît qu'au XIIe siècle. On trouve « Sanctus Julianus militum » et « Repastus » dans des Pouillé (registre ecclésiastique)s du diocèse de Séez du XIVe siècle, pour désigner cette paroisse. D'autre part, il est assez fréquent de constater — tant pour les noms de lieux que pour les noms de familles — que ceux-ci ont évolué au fil des siècles, l'orthographe actuelle étant souvent la transcription par les clercs (civils ou religieux) du langage oral longtemps utilisé par la majorité de la population ou la traduction du terme latin précédemment utilisé dans les documents officiels. Ainsi on trouve la transcription Chesnedouet pour Chênedouit.

Selon la légende rapportée par Henri Dontenville (Histoire et géographie mythiques de la France) : « Le château du Repas conserve la mémoire d'un dîner de notre géant » (ie: Gargantua)... tout comme la Pierre à Gargantua située non loin de là, sans doute. Cependant, aucune source actuelle crédible ne permet d'avoir une explication plus sérieuse ; il n'est d'ailleurs pas exclu que le lieu-dit n'ait pas porté ce nom avant le XVIe siècle et Rabelais, l'auteur des fameuses aventures de Gargantua et de Pantagruel[réf. nécessaire].

Architecture[modifier | modifier le code]

Ancienneté du château[modifier | modifier le code]

Le château actuel a vraisemblablement remplacé une construction plus ancienne — comme cela a été le cas pour bon nombre de demeures nobles — à partir du moment où les anciennes fortifications ont perdu une grande partie de leur efficacité avec les progrès de l'artillerie. En effet, au milieu du XVe siècle (soit avant l'actuelle construction), Michel le Verrier est déjà appelé "Seigneur du Repas, de Lougé, de Crèvecœur".

Construction actuelle[modifier | modifier le code]

Le style du monument permet aux spécialistes de dater le château actuel du début du XVIIe siècle (certains précisent même entre 1605 et 1615, soit en majeure partie sous le règne de Henri IV.) Bâti selon le style Henri IV de France, la bâtisse entourée de douves est disposée en forme de « U » autour d'une cour. Le corps de logis, traversant, est composé de deux étages ; à chaque extrémité du corps principal se trouvent deux pavillons an ailes, à l'aspect robuste. Ce corps principal est situé face au pont-levis, au fond de la cour. Deux ailes en retour d'équerre abritant deux galeries à l'étage, supportées par des linteaux à encorbellement sur collines jumelées, donnent accès à deux pavillons venant clore la composition. L'ensemble forme un édifice d'une homogénéité parfaite, entouré de fossés avec une cour bien fermée. Côté cour, le château s'ouvre sur une longue perspective arborée. Sur l'arrière, le château donne sur un petit jardin à la française.

Un large perron, à double évolution dans l'axe de la cour d'honneur, conduit à un vestibule dallé de marbres disposés en mosaïque. Le château présente une impressionnante collection de cheminées en granit, dont l'une repose sur deux colonnes doriques de quatre mètres de hauteur. Dans le pavillon de gauche en façade qui contient un appartement particulier, il est décrit en 1967 un plafond peint par Le Brun, représentant un sujet mythologique, une victoire ailée distribuant des couronnes. Le château du repas renfermait encore au début du XXe siècle une impressionnante collection de meubles précieux, tapisseries anciennes et lambris, que quatre ventes successives ont achevé de disperser. Il n'en reste, particulièrement après le passage de Noriyoshi Ishigooka, presque plus rien. Il est à déplorer quelques initiatives malheureuses de ce propriétaire quant à la décoration intérieure peu en harmonie avec le lieu et son histoire, tout comme le bétonnage anti-sismique et quasi irréversible des allées centenaires de la propriété. La propriété compte également l'ancienne église de la commune du Repas, ainsi que le presbytère.

En 2007, l'ensemble de la propriété menaçait ruine. L'actuel propriétaire a sauvé l'église et le presbytère en 2008 en restaurant toutes les couvertures, et poursuit actuellement son travail de sauvetage sur les couvertures du château. L'architecte en Chef des Monuments Historiques chargé du dossier est Daniel Lefebvre.

Propriétaires successifs[modifier | modifier le code]

Famille Le Verrier[modifier | modifier le code]

  • Armoiries: D'argent à la hure de sanglier de sable, défendue d'argent (noter le calembour: du repas= d'hure..pas, pour hure...défendue)

Au XVe siècle, la terre du Repas (et son château ou manoir?) appartient à la famille "le VERRIER" (vers 1450, Michel le VERRIER est dit "Seigneur du Repas, de Crèvecœur et du Champ-de-la-Pierre", selon la généalogie de thleconte sur Généanet ).

  • En 1550, dame Philippe de Craon -veuve de Guillaume le Verrier- cède le château du Repas à son beau-frère Samson Sallet.

Famille Sallet[modifier | modifier le code]

  • Armoiries: D'argent à deux roses de gueules en chef et un cœur du même en pointe
  • Vers 1535, la fille de Jean II le Verrier (Seigneur du Repas et gouverneur de Falaise): Renée le Verrier — dite "Dame du Repas" — épouse Samson Sallet.
  • Les Sallet avaient été anoblis -par l'édit de Louis XI de 1470 dit édit des francs-fiefs- pour leur fief du Petit Samoy en Saint-Pierre-du-Regard situé dans la vicomté de Vire.
  • Par la suite, cette famille s'illustrera particulièrement dans la noblesse de robe en occupant des fonctions importantes au Parlement de Normandie, à Rouen et à Caen. (La noblesse de cette famille normande sera d'ailleurs confirmée par le roi Louis XIV en 1667).
  • En 1535, Samson Sallet -seulement noté: "de noblesse petite"- sieur du Petit Samoy à St Pierre du Regard, est bailli de Saint-Aubert(sur Orne) pour l'Abbaye Saint Étienne de Caen. Il décède vers 1604.
  • Le croisement des données historiques et généalogiques permet de penser que le château que nous voyons au lieu-dit "le Repas" aurait été construit par Baptiste Salet (aussi noté Jean-Baptiste Sallet) — le fils des précédents — (noté comme Seigneur du Repas dans les documents émanant du tabellionage de la Forêt-Auvray, par exemple).
  • Baptiste (ou Jean-Baptiste) Sallet (le "rebâtisseur" probable du château) est le plus titré de la lignée : Conseiller à la Cour de Normandie et Garde des sceaux au présidial de Caen, Sénéchal de l'abbaye Saint-Étienne et Premier président de la Cour des Aides de Normandie.
  • Nicolas Sallet, son fils, est simplement dit "Seigneur du Repas, de la Fresnaye, des Yveteaux, de la Motte (en Crasménil)", mais il agrandit son domaine: selon le tabellionage de la Forêt, "Il réunit à ses terres Chesnedouit et Chesnesecq pour la somme de 3600 livres, à payer à Philippe de Cousin -chevalier Seigneur de Saint Denis-" .
  • NB: Georges Ier Sallet — frère du précédent — est Seigneur de Quilly; suivant les traces de son père Jean-Baptiste, il est noté comme "très fameux et très célèbre avocat" à Rouen, puis procureur au Parlement de Normandie.
  • Alexandre Sallet — fils du précédent — est Conseiller à la Cour (ie: au Parlement de Normandie).
  • Georges II Sallet — frère du précédent — est Abbé commendataire de l'importante abbaye d'Ardennes près de Caen.
  • Enfin, selon le tabellionage de la Forêt, en 1680, le Seigneur du Repas est Alexandre Sallet (fils probable de Nicolas Sallet, décédé vers 1659).

Familles de la Cour, de Cheux et de Banville[modifier | modifier le code]

  • Armoiries de la famille de Cheux (qui occupe le château du Repas pendant près de deux siècles) : d'argent à la croix annelée de sable
  • Au début du XVIIIe siècle - en l'absence d'héritier mâle dans la famille Sallet - la terre du Repas passe d'abord à la famille de la Cour (à la suite du mariage de "noble dame Anne Gilonne Sallet, dame du Repas", avec Charles de la Cour, écuyer) puis -à la génération suivante- à la famille de Cheux (par suite du mariage de Marguerite de la Cour -fille des précédents- avec Gabriel de Cheux).
  • À la veille de la Révolution de 1789, le fils de Gabriel de Cheux: le contre-amiral Charles, Alexandre, Anne baron de Cheux du Repas -né au Repas en 1759- chevalier de l'ordre royal de Saint Louis, est envoyé par le roi Louis XVI à la recherche de La Pérouse. Il décède un demi-siècle plus tard, en 1840.
  • (Le frère aîné de l'amiral: l'Abbé François Gabriel de Cheux (1755-1816) -né et inhumé au Repas-, est vicaire général de l'évêque de Coutances avant 1789; il est nommé évêque de Séez en 1816 mais il décède accidentellement avant d'entrer en fonctions).
  • Le fils du contre-amiral: le baron Charles Alexandre Marie de Cheux du Repas — ancien page de Charles X de France — occupe le château du Repas jusqu'à son décès en 1884. Alors s'éteint la branche de la famille de Cheux du Repas. (Une autre branche de la famille de Cheux subsiste de nos jours).
  • Le château devient alors la résidence du vicomte Georges de Banville - petit neveu de l'amiralE de Choux née Françoise Hébert de Beauvoir du Boscol-; le vicomte est un parent du poète Théodore de Banville.(Le fonds "de Banville" a été remis à la ville de Flers).

Depuis le XXe siècle[modifier | modifier le code]

  • Au début du XXe siècle, la belle demeure se dégrade mais le comte Frotier de Bagneux -qui acquiert le château en 1905- s'empresse d'entreprendre les travaux d'entretien nécessaires.(La famille Frotier de Bagneux reste propriétaire des lieux jusqu'en 1978).
  • Le chateau fut acheté cette même année par Madame Lambla de Sarria et son mari qui contribuèrent à sa conservation et remise en état avant de le revendre vers la fin des années 80.
  • Par la suite, le château appartient au peintre japonais Noriyoshi Ishigooka qui fait effectuer certains travaux peu appréciés des admirateurs de belles pierres.
  • Mais depuis 2006, le nouveau propriétaire -M. Olivier Dewavrin- s'efforce de redonner tout son lustre à ce remarquable élément du patrimoine normand.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. de Chamillart, Recherche de la noblesse en la généralité de Caen en 1666 et années suivantes, Paris, SEDOPOLS, 1887, rééd. 1981.
  • V. Hyacinthe G. des Diguères, La vie de nos pères en Basse-Normandie ; notes historiques, biographiques et généalogiques sur la ville d'Argentan..., 1879.
  • L. Amiard, Le château du Repas, dans Le Pays bas-normand no 1, 1911, disponible sur Gallica.
  • Les possesseurs du château du Repas, Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de l'Orne, vol. 22, 1903.
  • Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, 1904.
  • Thierry Churin, Les sites archéologiques de l'Orne: de la préhistoire au XIe siècle, 1997.

Voir aussi[modifier | modifier le code]