Château du Karreveld
| Château du Karreveld | |
| Période ou style | Renaissance flamande |
|---|---|
| Destination initiale | Ferme noble |
| Destination actuelle | Lieu d'événements |
| Protection | |
| Coordonnées | 50° 51′ 37″ nord, 4° 18′ 55″ est |
| Pays | |
| Région | |
| Localité | Molenbeek-Saint-Jean |
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Le château du Karreveld (en néerlandais : Kasteel Karreveld ou Karreveldkasteel) est une ferme-château de style Renaissance flamande et un ancien domaine de trois hectares situé à Molenbeek-Saint-Jean, une commune du nord-ouest de Bruxelles, en Belgique.
Mentionné pour la première fois au XIIIe siècle, le château et son domaine sont acquis par la famille de Villegas à la fin du XVIIIe siècle. Au début du XXe siècle, face à la menace de l'expansion urbaine, le domaine se transforme en un lieu de loisirs comprenant un vélodrome, une laiterie et une auberge. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, il abrite notamment le premier studio de cinéma belge, dirigé par le cinéaste Alfred Machin.
Le domaine est racheté par la commune de Molenbeek en 1930 et transformé en parc public et lieu culturel après des travaux de restauration dans les années 1950. Classé en 1955, ce site sert aujourd'hui de centre communautaire accueillant événements, festivals, mariages et expositions. Il est entouré d'un parc paysager comprenant des arbres rares, ainsi qu'un étang. Karreveld est également un quartier de cette commune.
Toponymie
[modifier | modifier le code]Le nom Karreveld pourrait tirer son origine du mot néerlandais kerel, signifiant « homme libre », ou du prénom Karel (Charles en français). Cette hypothèse est renforcée par la présence, dans la région, de familles portant les noms Carl, Caerle ou Kaerle. Une autre piste renvoie à Karreelvelt, que l'on peut traduire par « champ de terre à briques », en lien avec la présence de plusieurs briqueteries installées aux abords du domaine jusqu'au début du XXe siècle. Enfin, le terme caer, moyen néerlandais pour « panier », pourrait également constituer une origine plausible[1].
Une légende raconte que le nom Karreveld, en néerlandais Karel Veld ou « champ de Charles », trouverait son origine dans le passage de l'empereur Charles Quint à cet endroit. Ce récit folklorique est démenti par la datation d'actes officiels qui mentionnent le nom de « Karreveld » bien avant la naissance de Charles Quint[2].
Histoire
[modifier | modifier le code]Un domaine vénérable
[modifier | modifier le code]Les plus anciennes mentions connues du domaine datent de 1253 (« Karlevelt »), et 1268 (« Carlevelt »). En 1270, « Carnevelt » fait partie de la donation de Jean Ier de Brabant à son épouse Marguerite, fille de Saint Louis, roi de France. Lors de la vente d'une prairie en 1349, celle-ci est située au « Kaerlevelt ». En 1421, on trouve une mention sous le nom de « Carenvelt »[3].
En 1656, la veuve de Jérôme Van Ghindertaelen vend le bien « Caerevelt » à un seigneur espagnol, Don Garcia Osorio y Borgia. Selon l'acte, le domaine comprend « une demeure de plaisance, une ferme à bail composée de maisons et d'étables en bon état, vergers, viviers, prairies, terres ...». Après être passé entre les mains de plusieurs autres propriétaires, le domaine est acquis par mariage par la famille de Villegas en 1778, une influente famille noble belge d'origine espagnole. La famille en conservera la propriété pendant près de deux siècles et demi[3].
En 1704-05, le tracé de la chaussée de Gand est modifié, ce qui rabote le domaine. Au milieu du XVIIIe siècle, Karreveld compte 13 habitants : 7 hommes, 3 femmes et 3 enfants. Jusque-là une enclave d'Anderlecht, en 1911, le domaine passe à Molenbeek, lors d'un échange de territoire[4].
Le vélodrome du Karreveld
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Pendant la première moitie du XXe siècle, le Karreveld est l'objet de dispute entre ceux qui veulent préservé le site et ceux qui veulent y construire des voiries et es lotissements. En 1907, alors que le site risque de disparaître en dessous le trajet de la grande ceinture, il y en a qui proposent plutôt d'y installer le Village Joyeux pour l'Expo 1910. Le projet est pris assez au séiruex pour que la ville de Bruxelles s'oppose aux rachat par un coureur cyliste, Coeckelbergh, qui veux y aménager un aérodrôme. L'expo ayant lieu au Solbosch, de l'autre côte de l'agglomération, le projet tombe à l'eau et c'est un vélodrôme qui vient à la place de l'aérodrôme[5]
Le vélodrome du Karreveld est inauguré en , entre le château et la chaussée de Gand, à la suite de la fermeture de celui du bois de la Cambre. C'est là que se tiennent les Championnats du monde de cyclisme sur piste 1910. Lors d'une compétition de demi-fond, le champion très populaire Karel Verbist meurt dans un accident en 1909. L'histoire de ce vélodrome s'arrête déjà en 1917[6],[7].
Les studios du Karreveld
[modifier | modifier le code]Une autre activité, artistique celle-là, débute pratiquement en même temps que l'organisation des courses cyclistes : Charles Pathé confie à Alfred Machin la mission d'exploiter le premier studio de films en Belgique. C'est dans ce studio, situé dans l'anneau du vélodrome du Karreveld, entre l'avenue Jean de la Hoesse et les rues Martin Pfeiffer et Marcel Gruner, que le cinéma belge voit le jour en 1912[8]. Plusieurs films de qualité y sont tournés, dont les deux premiers longs métrages belges conservés : La Fille de Delft mais aussi le prémonitoire Maudite soit la guerre[9]. Alfred Machin y fait construire un studio vitré, des ateliers, une infrastructure pour les artistes, ainsi qu'un mini-jardin zoologique qui accueille des animaux exotiques tels que des ours, des chameaux et des panthères[10].
Sur le tracé des boulevards de Grande Ceinture
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En 1916, la Commission royale des Monuments et des Sites (CRMS) commence à s'intéresser au site, procède à une enquête historique, et le classe dans la 3e classe, celle des « édifices civils privés », classement à lequel n'est attaché aucune contrainte. En 1926 et 1929 deux arrêtés royaux sanctionnent la création du boulevard Mettewie et de l'avenue du Karreveld, la commune signale en 1927 à la CRMS que le Karreveld tombe dans la zone prévue d'expropriation. En 1930, la commune achète les 16 ha du domaine[11], à la famille du comte de Villegas pour la somme de 400 000 €[réf. nécessaire], évitant comme ça la procédure d'expropriation. À l'approche de l'Expo 1935, les deux voiries sont construites, accompagnées de plans de lotissement. Le domaine est ainsi démantelé, mais le château et le parc sont préservés. Il sert de laiterie-restaurant jusque son classement en 1955, puis sa rénovation « à l'ancienne » en 1957[12].
La CRMS s'inquiète, sans rien pouvoir faire, alors que la commune procède à la vente des terrains à bâtir. Le nouveau bourgmestre Edmond Machtens (1902-1978) charge alors l'architecte communal Pierre De Bruyne de consolider le bâtiment qui menace ruine. La CRMS lance la procédure du classement officiel, protectrice cette fois. Mais cette procédure dure des années. Le la CRMS signale à nouveau le délabrement du site et propose la transformation en auberge de jeunesse. La commune place le site sur les plans en « zone des squares et plantations », mais ne trouve pas ça en contradiction avec la construction des rues et villas[13] et en autorise la construction en 1951. Pendant que la commune achève la vente des terrains à bâtir, la CRMS continue sa procédure de classement, qui tombe finalement, le pour un domaine réduit à 3 ha. La commune procède alors à la "rénovation" de ce qui reste du site. Pour justifier la dépense auprès de ses administrés, le bourgmestre tire habilement prétexte de la proximité de l'exposition universelle de 1958 et s'arrange pour inaugurer le château restauré au mois d'août, alors que la manifestation bat son plein.[14].
Un attrait pour le développement du quartier
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Au moment de son acquisition par la commune, en 1930, les murs du château étaient encore blanchis à la chaux, dissimulant ainsi la brique espagnole visible aujourd'hui. Les fondations ont d'abord été refaites, le château reposant jusque-là à même le sol, sur un terrain marécageux. Le château a ensuite été partiellement rebâti entre 1952 et 1958 selon le plan classique du manoir, à mi-chemin entre la ferme et le château seigneurial. La grange, située du côté est de la cour intérieure, a été reconstruite en premier lieu. À son extrémité sud, un podium met en valeur une cheminée monumentale provenant du château d'Havré. De l'autre côté se trouve une taverne surmontée d'une galerie à balustres de style élisabéthain.
À l'intérieur, l'ameublement ne s'est pas limité à une époque déterminée, reflétant ainsi les apports successifs de ses occupants. Le salon est de style Renaissance tandis que les deux salles à l'étage sont francisées. Dans les combles, aux charpentes apparentes, se trouve aménagée une salle de réunion à caractère monacal, de style Meuse et Rhin. L'oratoire a été reconstitué dans l'aile gauche de l'ancienne hostellerie, sous la tourelle à campanile. Des bâtiments ont enfin été reconstruits sur les côtés ouest et nord.
Le parc a été réaménagé en tenant compte de ses particularités historiques. Les douves du château ont été converties en étang. Une demi-lune en moellons de pierre, formant corbeille de fleurs, a été dessinée juste devant. Elle abrite de nombreux bancs dans de petites alcôves. À l'arrière du bâtiment, derrière un écran de peupliers, un jardin à la française avec vasques de fleurs et haies d'ifs de forme géométrique a été créé. Il conduit vers une vaste frondaison protégeant le jardin du boulevard tout proche.
Deux chemins pavés bordent le site : le premier, bordé par un sous-bois, sert d'entrée monumentale éclairée depuis le boulevard Louis Mettewie ; le second, abrité derrière une haie, relie l'avenue Jean de La Hoese à l'avenue de la Liberté et sert de desserte aux villas riveraines. Il délimite une vaste pelouse plantée qui offre une perspective sur le flanc nord du château. On y observe de nombreuses essences rares comme des araucarias et des genévriers. Fait remarquable, pas moins de huit espèces de conifères sont présents sur le site : pins, thuyas, cèdres, douglas, faux cyprès, cryptomères du Japon, ifs et épicéas.
Les autorités communales molenbeekoises y célèbrent les mariages. La grange du château est quant à elle destinée aux manifestations culturelles de prestige, mais aussi plus populaires, tel le marché de Noël. Depuis 1999, le château accueille en juillet, août et septembre le Festival Bruxellons!, un festival de théâtre, mais ouvert aux autres arts de la scène (magie, musique, cirque, etc.). Le conseil communal s'y tient également.
Évènements
[modifier | modifier le code]Festival Bruxellons !
[modifier | modifier le code]L'enceinte du château du Karreveld accueille chaque été, de mi-juillet à septembre, le Festival Bruxellons !, un festival de théâtre ouvert aux autres arts de la scène (magie, musique, cirque, etc.). Créé en 1999, à l'initiative de la commune de Molenbeek-Saint-Jean, ce festival s'est développé pour proposer quelque temps après jusqu'à une trentaine de spectacles pour un total d'environ 100 représentations chaque été. La programmation est centrée sur les artistes belges et sur une dynamique de théâtre populaire voulant faire partager le meilleur du théâtre avec le plus grand nombre.
The Blue Flamingo - Jazz Festival
[modifier | modifier le code]Le Blue Flamingo - Jazz Festival est un cycle d'événements saisonniers consacrés au Jazz. Il est co-produit par la commune de Molenbeek-Saint-Jean depuis 2010. Les concerts proposés ont lieu les vendredis et samedis soir, trois ou quatre week-ends par an[15].
Accessibilité
[modifier | modifier le code]| Ce site est desservi par la station de métro : Osseghem. |
Bus STIB 53 et 49 et Tram STIB 82
Sources
[modifier | modifier le code]- ↑ (nl) Antoon-Willem Maurissen, Bijdrage tot de geschiedenis van Sint-Jans-Molenbeek, Puurs, Baeté, , p. 161
- ↑ Maurissen 1980, p. 151.
- 1 2 Maurissen 1980, p. 160-163.
- ↑ Maurissen 1980, p. 163.
- ↑ Chloé Deligne, « Molenbeek et l’Expo’58 : la rénovation du Karreveld revisitée », dans Exposition universelle, coll. « Les cahiers de la Fonderie » (no 37), (ISSN 0775-2202), p. 24
- ↑ Jean Puissant, Paulo Charruadas, Christine Dupont et Christian Vandermotten, « Molenbeek-Saint-Jean », dans Serge Jaumain, Histoire et patrimoine des communes de Belgique - La Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, Dexia/Racine, (ISBN 9782871933359), p. 269-270
- ↑ Guy Marchand, MoMuse - vitrine du patrimoine histoirque de la commune de Molenbeek-Saint-Jean, Molenbeek-Saint-Jean, MoMuse, , p. 95-96
- ↑ Marchand 2018, p. 99 et 120.
- ↑ Les studios du Karreveld et La Belge-Cinéma/Film
- ↑ Le Karreveld, notre lieu de spectacle
- ↑ Deligne 2007, p. 25.
- ↑ Puissant et al 2008, p. 263.
- ↑ Deligne 2007, p. 26-27.
- ↑ Deligne 2007, p. 28.
- ↑ Blue Flamingo - Jazz Festival
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Chloé Deligne, « Molenbeek et l’Expo’58 : la rénovation du Karreveld revisitée », dans Exposition universelle, coll. « Les cahiers de la Fonderie » (no 37), (ISSN 0775-2202), p. 24-28
- Josée Goeris, « Le château du Karreveld », Brabant tourisme, , p. 18-26 (lire en ligne)
- (nl) Antoon-Willem Maurissen, Bijdrage tot de geschiedenis van Sint-Jans-Molenbeek, Puurs, Baeté, , 343 p.
- Jean Puissant, Paulo Charruadas, Christine Dupont et Christian Vandermotten, « Molenbeek-Saint-Jean », dans Serge Jaumain, Histoire et patrimoine des communes de Belgique - La Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles, Dexia/Racine, (ISBN 9782871933359), p. 246-271
