Château de Vitré

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Château de Vitré
Image illustrative de l'article Château de Vitré
Le château.
Période ou style Roman, gothique, renaissance, néo-gothique
Type Château fort
Début construction XIe siècle
Fin construction 1913
Propriétaire initial Robert Ier
Propriétaire actuel commune
Protection Logo monument historique Classé MH (1872)
Logo monument historique Classé MH (1898)
Logo monument historique Classé MH (1902)
Coordonnées 48° 07′ 28″ nord, 1° 12′ 55″ ouest[1]
Pays Drapeau de la France France
Région historique Bretagne
Région Bretagne
Département Ille-et-Vilaine
Commune Vitré

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Château de Vitré

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Château de Vitré

Le château de Vitré est un puissant château fort situé à l'extrémité occidentale de la ville fortifiée de Vitré, en Ille-et-Vilaine, sur les marches de Bretagne.

La partie du château appartenant à la commune de Vitré fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [2]. L'édicule absidial de la tour de l'Observatoire fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [2]. Une partie subsistante du château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [2].

Site[modifier | modifier le code]

Le château de Vitré occupe l'extrémité d'un éperon de schistes surplombant au nord la vallée de la Vilaine et au sud un ruisseau marécageux, disparu au XVIIIe siècle pour faire place à la route royale allant de Paris à Rennes. « Le parti général reste celui de la domination du terrain avec renforcement des angles. Au sud-est, au-dessus de la zone alors marécageuse, près de la porte urbaine d'En-Bas, la tour Saint-Laurent est un véritable donjon. (...). La rénovation du château [vers 1420] a eu un autre but : l'affirmation de la puissance seigneuriale, ébranlée par l'arrivée des Anglais dans le Maine » car le château alors fut le refuge des comtes de Laval, notamment lorsque les Anglais prirent Laval en 1427[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Façade est.

Vers l'an mil, un premier château en bois (vetus castrum mentionné entre 1066 et 1076) est construit sur une motte castrale par le baron Riwallon de Vitré à l'emplacement actuel de l'église Sainte-Croix. Ce château dont la forme est inconnue est incendié à de nombreuses reprises. Il est abandonné au profit d'un nouveau château en pierre construit par le baron Robert Ier de Vitré à la fin du XIe siècle sur un nouveau site défensif, un vaste promontoire rocheux de schiste[4] qui domine d'une trentaine de mètres la Vilaine[5]. Il subsiste encore de cet édifice un porche de style roman. C'est au baron André III que l'on attribue traditionnellement la reconstruction du château dans sa forme actuelle, triangulaire[6], et la fortification de la ville[7] dans la première moitié du XIIIe siècle[8]. L'aspect architectural du château montre l'influence du modèle de l'architecture philippienne. Le château est dominé par un gros donjon circulaire, qui suit le sommet de l'éperon rocheux, entouré de fossés secs. À la mort d'André III, le domaine échoit par alliance à la famille des Comtes de Laval. Les successeurs directs de cette famille nous conduisent jusqu'au début du XVe siècle, tout au long d'une grande lacune historique de cent cinquante ans. Au XVe siècle, Guy XII de Laval agrandit le château qui est lourdement remanié. C'est à cette époque que sont réalisés les derniers ouvrages défensifs par les deux dames de Laval, la baronne de Vitré Anne et Isabelle de Bretagne : châtelet avec double pont-levis à flèche, tour de la Madeleine, tour Saint-Laurent (ultérieurement percée de canonnières). La transformation majeure consiste cependant à faire évoluer le château d’un édifice défensif à une confortable résidence[9].

Pendant la guerre folle, Guy XV de Laval[10] ouvre, selon Bertrand d'Argentré[11], sans combat, le , les portes de son château de Vitré et de la ville, aux troupes royales. D'Argentré affirme qu'il avait laissé pour instruction : Entrer de nuict les François en son chasteau de Vitré par une posterne, et par ce moyen les fist maistres de la ville. Cette décision est prise contre la volonté des habitants et présentée comme un fait accompli[12].

Façade nord.

À partir de la fin du XVe siècle et au XVIe siècle, ce sont les aménagement de confort qui prévalent : construction de galeries de circulation et d'un oratoire de style Renaissance (en 1530). Le Parlement de Bretagne s'y réfugie à trois reprises (1564, 1582 et 1583) lors des épidémies de peste qui sévissent à Rennes.

Avec les familles des Rieux et Coligny, propriétaires du château entre 1547 et 1605, Vitré abrite le culte protestant et devient pendant quelques années un bastion huguenot. En 1589, la forteresse résiste à un siège de 5 mois du duc de Mercœur[13].

En 1605, après la mort de Guy XX de Laval, le château devient la propriété de la famille de La Trémoille, originaire du Poitou. Le château est abandonné au XVIIe siècle et se dégrade lentement. Il subit notamment l'effondrement partiel de la tour Saint-Laurent. Un des éléments majeurs de la Révolution française à Vitré est l'incendie accidentel qui détruit le logis seigneurial en 1795[14].

Au début du XIXe siècle, une prison départementale est construite à la place du logis seigneurial et occupe toute la partie Nord, y compris la tour de la Madeleine. La prison devient garnison lors de l'arrivée du 70e régiment d’infanterie de 1867 à 1877.

Le château est acheté par l'État au XIXe siècle. En 1872, il est l'un des premiers châteaux classés monument historique en France et restauré à partir de 1875 sous la direction de l'architecte Denis Darcy. Passé dans le domaine public, on y aménage un petit musée, en 1876, sous l'impulsion d'Arthur de La Borderie. Paradoxalement, ce dernier fait détruire la collégiale de la Madeleine, située sur l'avant-cour du Château alors qu'il était conservateur de la ville. Une école de garçons est construite à la place[15].

De nos jours, l'hôtel de ville de Vitré est installé à l'intérieur de l'enceinte du château, dans un bâtiment reconstruit en 1912 selon les plans du logis médiéval.

Architecture[modifier | modifier le code]

Châtelet d'entrée de la façade Est.

La façade d'entrée à l'est est précédée d'une vaste esplanade appelée « Place du Château ». Cette esplanade remplace de nos jours la basse cour médiévale transformée au XVIIe siècle en cour d'écurie[16].

Le châtelet d'entrée qui date du XVe siècle est composé de deux tours en poivrière (tour nord en moellons et tour sud appareillée) coiffées d'une galerie de mâchicoulis bretons[17]en grès et d'un double étage fortifié (chemin de ronde couvert au-dessus duquel s'élève un étage supérieur en retrait, sommé de toits pointus d'où émergent de larges souches de cheminées)[18]. Le sens symbolique de cet ouvrage défensif est plus fort que sa nécessité militaire, le seigneur ayant probablement voulu manifester sa volonté d'ostentation et de dissuasion[19]. Une passerelle en planches tient lieu de pont-levis et mène à une double porte, chacune étant desservie par son pont-levis comme en attestent les rainures de la porte charretière doublée à sa gauche par une étroite porte piétonne également en arc brisé. Ce massif se complète au sud par une tourelle carrée à usage de latrines[20].

La tour Saint-Laurent était le logis du gouverneur. Les quatre étages de cette tour imposante sont tels qu'elle fait office de donjon. Construite au XVe siècle sur l'emplacement d'une tour du XIIIe siècle), elle s'est écroulée en 1835 et a été reconstruite vers 1870. Elle abrite actuellement un musée qui présente une collection de tableaux retraçant l'histoire de Vitré[15].

La tour de l'Oratoire, appelée aussi tour de la Chapelle, tire son nom de l'absidiole Renaissance qui orne sa façade[21]. Cet édicule de tuffeau est l'œuvre de Guy XVI et est une des premières manifestations de l'art de la Renaissance en Bretagne. Les armoiries du Comte de Laval entourées du collier de l'Ordre de Saint-Michel apparaissent entrelacées avec celles de ses épouses, Charlotte d'Aragon, Anne de Montmorency et Antoinette de Daillon. Cette tour fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques en 1898, puis en 1901[22]. Depuis les années 2010, cette tour fait l'objet d'une restauration. Celle de l'absidiole est achevée en 2012[23].

Autour de la cour intérieure, se distribuent les bâtiments seigneuriaux, devenus ceux de l'Hôtel de Ville[24].

Musée du château de Vitré[modifier | modifier le code]

Le musée présente une collection de tableaux retraçant l'histoire de Vitré et l'évolution de l’orfèvrerie religieuse française du XVIIe au XXe siècle. La tour de l'Oratoire expose 32 plaques d'émail de Limoges retraçant la vie du Christ et de la Vierge. La tour Saint-Laurent abrite, entre autres, des sculptures des XVe et XVIe siècles provenant de maisons de Vitré, une cheminée style Renaissance datant de 1583, des tapisseries des Flandres (XVIe siècle) et d'Aubusson (XVIIe siècle), le tombeau de Guy X de Laval[25].

Films[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail
  2. a, b et c Notice no PA00090896, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. Arts et cultures de Bretagne : un millénaire, Rennes, Editions Ouest-France, , 380 p. (ISBN 978-2-737-31932-7, OCLC 34611255)
  4. Ce promontoire est découpé par la vallée de la Vilaine et du cours du Vernouzet, ruisseau qui coule aujourd'hui sagement sous Vitré mais qui a, pendant un siècle, été à l'origine de nombreuses inondations.
  5. André Mussat, « Le château de Vitré et l'architecture des châteaux bretons du XIVe au XVIe siècle [article] », Bulletin Monumental, vol. 133, no 2,‎ , p. 131.
  6. Triangle de 110 x 90 x 85 mètres.
  7. Il ceinture la ville d'une enceinte de tours de huit hectares (500 mètres par 200 mètres) reliées entre elles par des courtines.
  8. Daniel Pichot, Valérie Lagier, Gwénolé Allain, Vitré : histoire & patrimoine d'une ville, Somogy éd. d'art, , p. 162.
  9. Daniel Pichot (dir.), Valérie Lagier (dir.) et Gwénolé Allain (dir.), Vitré : histoire & patrimoine d'une ville, Paris, Somogy éd. d'art, 2009, 295 p. (ISBN 978-2-757-20207-4, OCLC 2757202073), p. 163.
  10. Il rejoint la cour de France à Laval en août 1487.
  11. Histoire de Bretagne, f. 764r. Argentré place ce fait par erreur en 1488, après la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.
  12. Vitré : histoire & patrimoine d'une ville, p. 42.
  13. Vitré : histoire & patrimoine d'une ville, p. 128.
  14. Vitré : histoire & patrimoine d'une ville, p. 170.
  15. a et b Raymond Cornon, Vitré, S.A.E.P., , p. 17.
  16. Jean-Pierre Leguay, Un réseau urbain au Moyen âge, Maloine, , p. 46.
  17. Grandes consoles en pyramides inversées (triple ressaut en quart-de-rond), réunies par des arc brisés ornés de trilobes.
  18. André Mussat, « Le château de Vitré et l'architecture des châteaux bretons du XIVe au XVIe siècle [article] », Bulletin Monumental, vol. 133, no 2,‎ , p. 140.
  19. André Mussat, « Le château de Vitré et l'architecture des châteaux bretons du XIVe au XVIe siècle [article] », Bulletin Monumental, vol. 133, no 2,‎ , p. 153.
  20. André Mussat, « Le château de Vitré et l'architecture des châteaux bretons du XIVe au XVIe siècle [article] », Bulletin Monumental, vol. 133, no 2,‎ , p. 138.
  21. Cet édicule se compose d'un culot à ressauts, d'un niveau d'allèges orné de trois médaillons armoriés, d'une série de trois arcatures (l'arcature centrale est murée à l’extérieur formant une niche méplate, les angles étant garnis de pilastres ornés de grotesques et de chapiteaux), d'une demi-coupole à écailles sommée d'un clocheton.
  22. Vitré : histoire & patrimoine d'une ville, p. 229.
  23. Le chantier est terminé
  24. Henry de Ségogne, Jacques Houlet, François Enaud, Vilaine, Éditions artistiques françaises, , p. 106.
  25. Le Guide vert. Bretagne, Michelin, , p. 438.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]