Château de Saint-Fargeau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint-Fargeau.
Château de Saint-Fargeau
Image illustrative de l'article Château de Saint-Fargeau
Début construction 980
Propriétaire initial Héribert, évêque d'Auxerre
Destination initiale Rendez-vous
de chasse fortifié
Propriétaire actuel Michel Guyot
Protection Logo monument historique Classé MH (1949)
 Inscrit MH (1925, 1949)[1]
Site web http://www.chateau-de-saint-fargeau.com/
Coordonnées 47° 38′ 22″ N 3° 04′ 19″ E / 47.639444, 3.07194447° 38′ 22″ Nord 3° 04′ 19″ Est / 47.639444, 3.071944
Pays Drapeau de la France France
Région Bourgogne
Département Yonne
Commune Saint-Fargeau

Géolocalisation sur la carte : Bourgogne

(Voir situation sur carte : Bourgogne)
Château de Saint-Fargeau

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Saint-Fargeau

Le château de Saint-Fargeau est un château français situé sur la commune de Saint-Fargeau dans le département de l'Yonne, en région Bourgogne.

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'origine, Saint-Fargeau était un rendez-vous de chasse fortifié construit en 980 par Héribert, évêque d'Auxerre, et fils naturel d'Hugues le Grand et donc frère naturel de Hugues Capet.

Son premier seigneur connu, vers 1060, est Ithier, seigneur de Toucy, Saint-Fargeau et pays de Puisaye ; en 1047, Ithier III, son cinquième seigneur, alla en Terre Sainte avec Louis VII ; le huitième, Ithier V, mourut au siège de Damiette (1218) ; le onzième, Jean Ier, n'ayant pas eu de fils, Jeanne, une de ses filles, épousa Thibaut, comte de Bar, et lui apporta les seigneuries paternelles.

En 1411, le château soutint un siège, puis les terres passèrent à Louis de Bar, évêque de Verdun et cardinal, qui les légua en 1430 à son neveu Jean-Jacques, marquis de Montferrat.

Le 11 février 1450, ses fils Jean, Guillaume et Boniface vendirent « les terres et châtellenies de Saint-Fargeau » à Jacques Cœur.

Le château fut reconstruit en 1453 sur les bases de l'ancienne forteresse par Antoine de Chabannes, comte de Dammartin, Grand Maître de France, qui l'acquit pour 20 000 écus d'or après la disgrâce de Jacques Cœur ; il commença, en 1467, par construire la grosse tour, destinée à servir de lieu de retraite jusqu'à la reconstruction complète du château dont la tour deviendrait alors le donjon.

En 1461, Louis XI, devenu roi, se vengea d'Antoine de Chabannes qui l'avait forcé à fuir le Dauphiné lors de sa révolte contre son père, en rendant Saint-Fargeau à la famille Cœur et en faisant embastiller Chabannes, qui s'évada, entra dans la Ligue du Bien Public, reprit le château par la force… et fut peu après rétabli dans ses biens et honneurs. Pour conserver Saint-Fargeau, son fils Jean offrit à la veuve Cœur 10 000 écus d'or et une rente de 400 livres tournois.

Une de ses filles Antoinette ayant épousé René d'Anjou, leur fils Nicolas obtint l'érection de la terre en comté, puis la fille de ceux-ci, Renée d'Anjou, ayant épousé François de Bourbon, Henri III érigea cette terre en duché-pairie en 1576.

Leur fils, Henri de Bourbon, fut le beau-père de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII et père de la duchesse de Montpensier.

L'entrée du château

En 1652 celle-ci, Anne-Marie-Louise d'Orléans, cousine germaine de Louis XIV, surnommée la Grande Mademoiselle, fut exilée à Saint-Fargeau à cause de ses prises de position pendant la Fronde ; elle fit refaire, par l'architecte du roi François Le Vau, entre 1653 et 1657, les quatre façades intérieures du château, façades où se lit encore son chiffre ou monogramme (AMLO); Jean d'Ormesson a évoqué ces austères murailes dans Un jour je m'en irai sans avoir tout dit(éd. Robert Laffont, p. 21 de l'édition Pocket, 2014).

À la suite de son mariage avec Lauzun elle lui donna Saint-Fargeau où il résida peu avant de le céder le 5 février 1714 à Antoine Crozat, qui le revendit le 15 décembre 1715 à Michel-Robert Le Peletier des Forts (1675-1740), successivement conseiller au Parlement de Paris, intendant des Finances, ministre d'État, membre de l'Académie des Sciences, époux de Marie-Madeleine de Lamoignon de Baville ; il fit construire le pavillon dit « des Forts ».

Une réplique d'atelier du portrait qu'il commanda en 1727 à Hyacinthe Rigaud (coll. familiale) pour commémorer sa nomination comme contrôleur général (1726-1730) fut vendu aux enchères publiques à Paris le 7 juin 2013 [2].

En 1740 le domaine passa à son petit-fils Michel-Etienne, comte de Saint-Fargeau et président à mortier du Parlement de Paris en 1764.

En 1752 un incendie ravagea le château et une partie du bourg, et un autre un siècle plus tard (une ardoise gravée exposée sur place en témoigne) détruisirent l'intérieur des deux corps de logis contigus à la chapelle (qui abrite les sépultures XIXe en marbre noir des Lepeletier), anéantissant les anciens appartements de La Grande Mademoiselle, sa galerie et la salle des Gardes, qui fut la plus vaste de France lors de sa création.

En 1778 Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, hérita du domaine familial ; député de la noblesse aux Etats Généraux, il devint Président de l'Assemblée le 21 juin 1790 ; conventionnel, il vota la mort du roi puis fut assassiné dans un restaurant parisien par un des anciens gardes-du-corps de celui-ci, la veille de l'exécution de Louis XVI, le .

La scène fut peinte par Jacques-Louis David, œuvre qui fut achetée à ses héritiers, sous la Restauration, pour l'énorme somme de 100 000 francs par sa fille unique Louise-Suzanne Lepeletier — ex-première « pupille de la Nation » devenue fervente royaliste — à condition de ne pas le détruire et qui l'aurait donc fait cacher dans un mur de l'immense demeure, et à ce jour n'y pas été localisée[3]. Selon la légende familiale rapportée par Jean d'Ormesson, à chaque génération la mère indiquerait l'endroit secret à sa fille sur son lit de mort, or sa grand-mère Boisgelin mourut pendant l'Occupation sans que sa fille, Marie Henriette Anisson du Perron, marquise d'Ormesson, soit à son chevet...Inhumé au Panthéon après des obsèques solennelles, le corps du régicide fut transféré dans la chapelle du château où il se trouve encore.


« J'ai vu Saint-Fargeau, en ma qualité de planteur de jardins, et ai été enchanté de l'aspect du parc […] Moi qui en ai beaucoup vu et surtout tant planté déjà, je vous avoue que j'envierais presque à M. de Mortefontaine le talent qu'il a déployé ici ».

Berthault, 1815 (cité par Claude Frégnac dans Merveilles des châteaux de Bourgogne et de Franche-Comté, Hachette-Réalités, p. 108) ; c'est en 1809 que Le Peletier de Mortefontaine avait créé le parc paysager « dans le goût anglais » qui a subsisté ; il était l'époux depuis un an de sa cousine Lepeletier de Saint-Fargeau; il mourut en 1814.

Leurs deux filles devinrent comtesse de Talleyrand et marquise de Boisgelin, famille qui transmit le domaine aux Anisson du Perron, dont une fille épousa le marquis André d'Ormesson.


Un château de papier dans Au Plaisir de Dieu.

« Un parc immense, les tours, les bosquets, les bancs à l'ombre des tilleuls, les allées entretenues avec soin, les plates-bandes de pensées et de bégonias […] Deux fois par mois, M. Machavoine venait remonter en silence les horloges. Il se glissait dans le billard, dans le petit salon, dans le grand salon, dans la bibliothèque, dans la salle à manger, dans la salle à manger des enfants, dans l'office, dans l'immense cuisine, dans la vingtaine de chambres qui restaient ouvertes toute l'année. Il vérifiait si les pendules, les horloges, les cartels donnaient bien l'heure exacte, et il les remontait. Il m'arrivait de le suivre de pièce en pièce avec une fascination qui m'étonnait moi-même. »

Jean d'Ormesson (op.cit., pp.21 et 28).

« … Saint-Fargeau dont les propriétaires, les Boisgelin, mènent alors grand train et dont l'équipage de chasse, le Rallye Puisaye, découple en forêt d'Orléans ou en Normandie, à Beaumont-le-Roger […] Les jours de liesse, tout le pays en profitait. Ainsi la marquise, après chaque grande manifestation cynégétique, exigeait de son époux le montant exact des sommes dépensées pour les équipages, les chiens, les chevaux, les invités, afin de distribuer cet argent aux pauvres. La messe solennelle réunissait une foule nombreuse. Au premier rang, les boutons d'équipage, et devant le maître-autel, le meilleur limier que tenait le piqueux… À la sortie, le prêtre bénissait la meute et lui distribuait un peu de pain béni. Les hommes et les chevaux venaient ensuite. »

Juliette Benzoni, Cent ans de vie de château / I. La Belle Époque (C. de Bartillat, 1992, p. 38, 39 et 49 - arch. pers.).

Ces bénédictions ont été filmées vers 1930, où l'on voit Jean d'Ormesson (né en 1925), enfant de chœur, debout sur le grand escalier de la chapelle ; le domaine s'étendait sur trois départements et représentait quelque 15 000 hectares.

Au début du XXe siècle, ses ancêtres maternels y détenaient un portrait de femme attribué à Mignard et celui de la marquise douairière de Boisgelin par Paul Delaroche[4] ; le grand salon a conservé ceux d'Anne-Louise d'Orléans (représentée initialement en buste sur une toile ovale qui fut insérée dans une effigie d'apparat la représentant en pied devant le château) et de Louis XIV attribué à Rigaud, ainsi que les rideaux et cantonnières du XIXe ornés des animaux héraldiques des anciens propriétaires.

Au XIXe siècle, « deux corps de bâtiments furent aménagés en appartements, l'un comprenant surtout des chambres d'amis qui reçoivent en hiver des invités des chasses à courre », période qu'évoquent la vaste salle à manger « vraiment grandiose, dont le plafond en dôme est orné magnifiquement d'un aigle aux ailes déployées, aux hautes et sévères boiseries »[4], et quelques reproductions de photographies anciennes exposées dans la salle des Gardes.

Les marquis de Boisgelin sont les ancêtres maternels de Jean d'Ormesson qui, avec sa mère, héritière d'un immense domaine peu à peu morcelé, le proposa sans succès à l'État : André Malraux, ministre de la Culture, eu égard à la taille et surtout à la vétusté de la demeure, lui aurait alors suggéré ironiquement d'assortir cette transaction d'un million de francs… En 1968, il fut vendu à une société belge qui le conserva dix ans.

L'écrivain, qui y passait l'été avec ses parents, s'en inspira pour écrire son roman Au plaisir de Dieu. L'adaptation télévisée fut tournée en 1976 au château par Robert Mazoyer, le comédien Jacques Dumesnil jouant le personnage du duc Sosthène du Plessis-Vaudreuil, inspiré de son grand-père, « qui règne en silence [et] ressemble à un Jean Gabin déjà atteint par l'âge mais toujours solide et très droit […] Il y a en lui quelque chose de massif et de chinois qui échappe au cours du temps. » (op. cit, p. 22).

En 1979, Michel Guyot et son frère Jacques Guyot, soutenus par les collectivités locales, acquirent le château et son domaine et entreprirent de le restaurer et de le faire vivre ; certaines chambres de la partie privée du château, qui ont conservé leur décor ancien, sont proposées à la location.

Architecture[modifier | modifier le code]

Le château forme un pentagone non-régulier, dont les sommets sont de six imposantes tours de briques roses dont cinq sont surmontées de lanternons qui rappellent celles de Chambord.

Au XIXe siècle furent créées dans la cour d'honneur quatre grandes pelouses rondes et ovales ornées en leur centre de corbeilles « qui [en] diminuent sans doute la noblesse mais en atténuent le vide et la monotonie » [4].

Classement[modifier | modifier le code]

Le château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [1]. Les façades et toitures des communs font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le . Les façades extérieures et sur cour, les toitures, les douves et le parc, sont également classés Monuments Historiques depuis le .

Événement[modifier | modifier le code]

Spectacle historique

Le château de Saint-Fargeau est ouvert à la visite, pour les parties restaurées tout au moins.

Il héberge également le spectacle historique de Saint-Fargeau, un son et lumière organisé par l'association « Les Amis du château de Saint-Fargeau » afin de financer ses restaurations.

D'une durée de deux heures, il est présenté tous les vendredis et samedis durant la saison estivale. Avec plus de 600 acteurs, 60 cavaliers, des milliers de costumes de toutes époques et de tous genres[5], une vingtaine de véhicules américains de la Libération, un équipage de chasse à courre, une fanfare, le spectacle retrace plus de 1 000 ans d'histoire en passant par Jeanne d'Arc et la Révolution française.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice no PA00113810 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. reprod. coul dans La Gazette de l'Hôtel Drouot no 21, du 31/05/2013, p. 72
  3. Portier-Kaltenbach C, Histoires d'os, collection Pluriel, 2012, p. 91-108.
  4. a, b et c G. Lanorville, « Le Château de Saint-Fargeau », La Vie à la Campagne, no 72, 15 septembre 1909, p. 166 à 171.
  5. Site officiel chateau-de-saint-fargeau.com