Château de Rouen

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Château de Rouen
Image illustrative de l'article Château de Rouen
Emprise du château qui s'étendait au sud (en bas de la photo) de la tour du donjon, dite tour Jeanne d'Arc.
Nom local Château de Bouvreuil
Période ou style Médiéval
Type Château-fort
Protection Logo monument historique Classé MH (1840, donjon)
 Inscrit MH (1926, Tour de la pucelle)
Coordonnées 49° 26′ 47″ Nord, 1° 05′ 40″ Est[1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Normandie
Région Normandie
Département Seine-Maritime
Commune Rouen

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Château de Rouen

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Château de Rouen

Le château de Rouen est construit de 1204 à 1210 sur la colline Bouvreuil à Rouen, capitale du duché de Normandie, par Philippe Auguste, roi de France, à la suite de la conquête en 1204 du duché sur Jean sans Terre, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et en remplacement du palais ducal de Rouen érigé par le duc Richard Ier. Ce sera désormais la résidence des officiers royaux et celle du roi lorsqu'il séjournera à Rouen[2].

Situé à l'extérieur de la ville médiévale, en position dominante, le château de Rouen est une puissante forteresse de type château fort qui joue un rôle militaire pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453) et pendant les guerres de religion (1562-1598).

Pendant près de quatre cents ans, le château de Rouen est surtout le siège d'une importante fonction administrative et politique : bailliage et vicomté du roi de France, gouvernement du roi d'Angleterre pendant la domination anglaise (1418-1449), Échiquier de Normandie (qui deviendra le Parlement de Normandie)[3]. C'est aussi au château de Rouen que Jeanne d'Arc est emprisonnée à partir du 23 décembre 1430 et jugée du 21 février au [4].

Vulnérable aux tirs d'artillerie comme les autres forteresses médiévales, le château de Rouen est démantelé en 1591, à l'exception du donjon (dit tour Jeanne d'Arc)[3].

Les récentes fouilles archéologiques et les nouveaux travaux des historiens montrent l'importance du château, exemple de l'architecture militaire médiévale, et particulièrement de l'architecture philippienne.

« L'édification de cette puissante forteresse est liée à la conquête de Rouen et de la Normandie par le roi de France au XIIIe siècle. Acte symbolique destiné à affirmer son autorité sur une ville nouvellement soumise, cette construction fait suite à un geste lui-même chargé de signification : l'arasement du château ducal (« la Vieille Tour »). La construction du nouveau château est accompagnée de la création d'une nouvelle enceinte urbaine, montrant la volonté royale de former une entité englobant deux éléments jusqu'à présent juxtaposés : le Bourg et le Cité. (...) Cette forteresse constitue cependant un témoignage tout à fait intéressant de l'architecture militaire du début du XIIIe siècle[5]. »

Sans doute l'un des plus grands bâtis sous Philippe Auguste[6], le château de Rouen est aussi remarquable pour son histoire tout au long de la guerre de Cent Ans. La tour Jeanne d'Arc, qui en constitue l'ancien donjon, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[7]. La tour de la Pucelle (substructions) où fut enfermée Jeanne d'Arc fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [8].

La construction du château[modifier | modifier le code]

Le contexte : la conquête normande de Philippe Auguste[modifier | modifier le code]

Sceau de Philippe Auguste.
Acte de capitulation de Rouen de 1204 signé par Pierre de Préaux et adressé au roi de France Philippe Auguste.

La conquête de la Normandie par Philippe Auguste en 1204 est d'une certaine façon la reconquête de territoires perdus par les rois de France depuis 911 à l'occasion des concessions effectuées aux Vikings commandés par Rollon. Situés à proximité de la capitale des Capétiens, les riches territoires normands et la possibilité d'accès à la mer par la Seine attirent leur convoitise. Ce puissant voisin constitue une menace permanente. La conquête du royaume d'Angleterre en 1066 par Guillaume le Conquérant, gendre du comte de Flandres par son mariage, déséquilibre durablement le rapport de force en faveur du duc-roi.

À la mort de Richard Cœur de Lion survenue en 1199, son successeur, Jean sans Terre se fait couronner duc de Normandie à Rouen le [9]. Par le traité du Goulet signé le , il fait la paix avec le roi de France et accepte de lui rendre hommage. Mais Jean sans Terre commet d'importantes erreurs politiques. Il divorce de sa récente épouse, Havise de Gloucester, puis enlève et épouse Isabelle Taillefer pourtant promise à Hugues IX de Lusignan, vassal du roi de France. Ce dernier fait appel à la justice de son suzerain Philippe Auguste, qui prononce la commise des fiefs de Jean sans Terre (absent au procès) et donne les fiefs au neveu du Plantagenêt Arthur Ier de Bretagne, à l'exception de la Normandie qu’il se réserve.

Au cours de l’été 1202, Philippe Auguste s’empare du pays de Bray. Après l'abandon de Jean sans Terre par ses barons normands qui le soupçonnent d'avoir fait assassiner en 1203 son neveu Arthur Ier de Bretagne, la conquête militaire de Philippe Auguste devient plus facile. Château-Gaillard tombe le 6 mars 1204, suivi de Caen le 21 mai 1204, puis de Rouen le 24 juin 1204 (après 40 jours de siège). D'après les historiens, le rattachement du duché de Normandie au royaume de France marque le début du déclin de l'« empire Plantagenêt », dont la fin interviendra en 1399 avec l'usurpation de la maison de Lancastre.

En 1207, Philippe Auguste maintient les privilèges communaux dits « Établissements de Rouen »[10] et la coutume de Normandie. Ultérieurement, le 15 juillet 1315, le roi de France Louis X le Hutin concède la Charte aux Normands, confirmée à nouveau par Philippe VI de Valois en mars 1339[11].

Simultanément, Philippe Auguste fait araser une partie des remparts de la ville ainsi que l'ancien palais des ducs de Normandie et fait construire le château de Rouen, symbole de l'autorité royale. L'ouvrage, commencé en 1204, fait partie du vaste programme de construction lancé par Philippe Auguste sur l'ensemble du domaine royal.

Les soubassements gallo-romains[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Amphithéâtre de Rotomagus.

Pour la construction du château de Rouen, Philippe Auguste choisit avec soin le site d'une colline sur le fief de Bouvreuil, où se dressent les ruines de l'amphithéâtre gallo-romain de Rotomagus. C'était une construction colossale, comparable aux plus grands amphithéâtres du monde romain. Le grand axe aurait dépassé 140 mètres[12]. L'aqueduc antique de la source Gaalor, passe au pied de la tour maîtresse[13], plusieurs puits dont celui de la tour Jeanne d'Arc ont pu servir pour la construction et pour la vie de la forteresse.

L'utilisation par Philippe Auguste de l'embase de l'amphithéâtre gallo-romain comme fondations de la forteresse (enceinte et basse-cour) est remarquable par la conception de l'ouvrage, par la dimension colossale de la réalisation et par sa symbolique.

L'emprise elliptique de l'amphithéâtre supporte au nord-est l'enceinte castrale du château (de forme polygonale) et au sud-ouest la basse-cour du château (en forme d'arc de secteur).

Le palais ducal de Rouen[modifier | modifier le code]

Le palais ducal, construit par Richard Ier de Normandie, était situé à l'angle sud-est de la ville médiévale, au confluent du Robec et de la Seine (site de l'actuelle Halle aux Toiles). La Vieille Tour était l'un des premiers grands donjons de pierre connus en France. Guillaume le Conquérant y reçut en 1064 Harold[14]. Ce palais avait été ruiné par un incendie en 1200[15].

Philippe Auguste fait araser les restes du palais ducal. A l'emplacement de l'ensemble palatial subsiste un monument qui a succédé en 1542 à la chapelle Saint-Romain[16] la fierté Saint-Romain qui se dresse contre la halle aux toiles.

Première phase de construction : 1204-1210[modifier | modifier le code]

Le сhâteau de Rouen (vers 1205).

L'utilisation des maçonneries antiques réduit les terrassements tout en assurant des assises solides et stables. Le château de Rouen est l'un des plus grands châteaux bâtis par le Capétien, il est de type château fort. Le plan polygonal de l'enceinte (environ 90 mètres × environ 90 mètres) et les dimensions de la forteresse semblent être déterminés par l'embase elliptique de l'amphithéâtre (environ 130 mètres sur environ 120 mètres). Typique de l'architecture philippienne, la forteresse comporte un donjon circulaire séparé de l'enceinte et un châtelet d'entrée à deux tours.[réf. nécessaire]

L'enceinte de la forteresse est flanquée de dix tours dont trois demi-tours reliées par un chemin de ronde au sommet des courtines dans lesquelles s'ouvrent deux portes vers la ville et vers les champs. Les dispositions à l'époque de Jeanne d'Arc peuvent être restituées[17] :

  • « grosse tour » maîtresse ou « donjon », détachée de l'enceinte (rue du Donjon) : actuelle tour Jeanne d'Arc, sa porte intérieure vers la cour du château et sa porte extérieure (accès actuel au donjon) murée par les Anglais,
  • « tour en droit de la grande cuisine du commun », une demi-tour (sous la rue du Donjon)
  • « tour de l'horloge », « tour du moulin » ou « tour fourrière » (immeuble rue Bouvreuil)
  • « tour au coin de la grande chapelle » (sous la rue Morand)
  • « tour de la porte du pont devers la ville du costé de Saint Godart », demi-tour portière orientale du châtelet d'entrée (immeuble 5 rue Faucon)
  • « porte vers la ville », porte du châtelet d'entrée (immeubles rue Morand)
  • « tour aux deux écus », demi-tour portière occidentale du châtelet d'entrée (immeubles rue Morand),
  • tour (immeubles rue Morand)
  • « tour devers Saint Patrice », demi-tour (immeuble rue Morand)
  • « tour couronnée », actuelle tour de la Pucelle (102 rue Jeanne-d'Arc, cour intérieure), surmontée d'un étage par les Anglais,
  • « porte devers les champs », au nord (à l'arrière du 102 rue Jeanne-d'Arc), contrôlée par la "tour carrée" tour-porte, établie au coin du boulevard (sous l'ancien immeuble de la Mutualité, à l'angle des rues Jeanne d'Arc et du Donjon),
  • « tour Saint-Gilles » ou « tour du trésor », demi-tour (rue du Donjon)

L'enceinte polygonale est entourée d'un fossé sec, profond de 6 mètres et large de 15 mètres. Une vaste basse-cour occupe le reste de l'emprise de l'amphithéâtre gallo-romain, et défend la porte principale vers la ville. La basse-cour est de forme en arc de secteur (de la rue Bouvreuil à la rue du Bailliage et à la rue Jeanne-d'Arc).[réf. nécessaire]

Aménagements ultérieurs[modifier | modifier le code]

En 1222, la chapelle royale est fondée par Philippe Auguste, sous le vocable de Saint-Romain, et desservie par un religieux de l'Hôtel-Dieu[18],[19]. Le château semble alors n'être qu'une simple forteresse comme le Louvre. Le logis royal n'est cité qu'à partir du XIVe siècle.
Vers le milieu du XIIIe siècle l'enceinte de la ville est agrandie par ordre de Louis IX de France pour la cinquième fois. Le château est alors inclus dans cette enceinte. Peu après 1253, juste à côté du château une porte est percée dans les remparts, qui prit le nom de porte de Bouvreuil - du nom d'un fief sur lequel elle était située[16]. Par la suite, la forteresse prend souvent le nom de château de Bouvreuil.
Vers 1375, le roi Charles V transforme le logis royal, et en 1409, sous Charles VI, le châtelet d'entrée et la porte de la ville sont renforcés[20].

De 1419 à 1421, l'occupant anglais réalise plusieurs travaux :

  • construction d'une tour-porte, dite tour Carrée, en défense de la porte des champs (angle rue Jeanne-d'Arc et rue du Donjon)
  • construction d'un boulevard de protection de la Porte Bouvreuil (rue Bouvreuil)
  • rehausse de la tour dite tour de la Pucelle
  • aménagement d'une plate-forme d'artillerie en haut du donjon, et fermeture de la porte extérieure du donjon
  • extension et aménagement du logis royal et du logis du gouverneur.[réf. nécessaire]
Plan de Rouen en 1657.

Vues et plans[modifier | modifier le code]

Le château de Rouen est représenté en 1525 par Jacques Le Lieur dans le Livre des Fontaines[21], et en 1575 par François de Belleforest dans le Pourtraict de la ville de Rouen[22]. Le premier plan connu du bâtiment est dressé en 1635 par l'architecte Gravois pour le Parlement de Normandie. Il est fragmentaire car postérieur au début de la démolition. Le plan de J.Gomboust dressé en 1655 montre les vestiges nord du château. L'historien Raymond Quenedey restitue en 1931 le plan du château de Rouen par l'étude des documents existants[23],[24].

L'histoire au château de Rouen (1204-1591)[modifier | modifier le code]

Arrestation de Charles le Mauvais dans la grande salle du château de Rouen.
Siège de Rouen par les Anglais en 1419.
Jeanne d'Arc, enluminure.

Dès la fin de sa construction, en 1210, le château de Rouen devient le siège du gouvernement du duché de Normandie. L'Échiquier de Normandie se tient dans la grande salle du logis royal : itinérant en Normandie jusqu'en 1302, puis perpétuel à Rouen. Le roi de France nomme un capitaine du château, toujours un personnage de haut rang, comme Jean V de Mauquenchy Mouton Blainville (vers 1364-1382), le Dauphin Louis de Guyenne (1413-1415), Louis de Luxembourg connétable de Saint-Pol (1466-1475) décapité place de Grève pour trahison. Quant aux de Brézé, 3 générations se succèdent Pierre, Jacques et Louis de 1449 à 1531. Les effectifs du château ne sont jamais importants, de 24 arbalétriers en 1210 à 110 hommes d'armes (2 lances à cheval, 23 lances à pied et 75 archers) en 1437 sous le commandement de John Talbot, lieutenant du duc d'York. Le château est utilisé comme armurerie et comme poudrière.

En 1292, durant l'émeute de la Maltôte, les agents du fisc se réfugient dans le château. Les Rouennais en révolte contre la pression fiscale l'assiège mais le maire, aidés de sergents et de bourgeois, écrase l'insurrection dans le sang. Le roi Philippe IV Le Bel supprime momentanément la commune[25].

La guerre de Cent Ans[modifier | modifier le code]

La ville de Rouen et le château sont le théâtre d'événements historiques majeurs durant la guerre de Cent Ans en Normandie (1337-1453) :

Le 5 avril 1356, persuadé que l'on conspire contre lui, Jean le Bon se rend à Rouen. Il fait arrêter dans la grande salle du château Charles II roi de Navarre, trois barons normands et un écuyer qui sont exécutés, en présence de son fils Charles duc de Normandie[26]. Cet épisode dramatique, raconté et représenté dans les Chroniques de Jean Froissart, pousse les familles des suppliciés dans le camp du roi d'Angleterre Édouard III. Quelques mois plus tard à la bataille de Poitiers Jean le Bon est fait prisonnier. En 1358 le roi de Navarre fait inhumer en grande pompe les suppliciés à Rouen, par vengeance il fait incendier le manoir royal de Grand-Couronne à peine achevé[27]. Les Rouennais, sensibles aux paroles du Navarrais, assiègent le château et s'en emparent[28].

En 1382, les Rouennais lors de l'émeute anti-fiscale de la Harelle, tentent un assaut contre le château. Charles VI réprime cette insurrection en supprimant la commune de Rouen et en rasant le beffroi, symbole des libertés communales[29].

En 1418, les Bourguignons alliés des Anglais s'emparent du château de Rouen et en 1419 le roi Henri V d'Angleterre entre dans la ville après un siège de six mois. Le château devient le siège du gouvernement anglais en France ainsi que la résidence du jeune roi et celle de Jean de Lancastre, duc de Bedford, et régent de France[30].

À partir de 1422 (traité de Troyes) la France a deux rois : Henri VI d'Angleterre, roi d'Angleterre et de France, au nord du pays ; et Charles VII de France au sud du pays. Rouen est la véritable capitale des régions fidèles au roi d'Angleterre et le château de Rouen est la résidence du jeune roi et de son tuteur Richard Beauchamp comte de Warwick. Capitaine de Rouen, ce dernier reçoit à sa table Pothon de Xaintrailles capitaine de Charles VII prisonnier[31]. Warwick meurt au château en 1439.

En 1430, Jeanne d'Arc est capturée devant Compiègne et vendue aux Anglais. Elle est amenée prisonnière à Rouen le 23 décembre, et enfermée dans une tour qui prendra le nom de Tour de la Pucelle. Son procès et ses interrogatoires se tiennent au château essentiellement dans sa prison, jusqu'à son exécution le , sur la place du Vieux-Marché[32].

En 1432, Henri VI repart en Angleterre et le régent Bedford réside à Paris. Des Français fidèles à Charles VII s'emparent du château par trahison, sous la conduite d'un nommé Ricarville, capitaine gentilhomme du pays de Caux[33]. Le comte d'Arundel, commandant de la forteresse un fier gaillard mesurant 1,80m, réfugié dans une chambre forte ne doit son salut qu'à un panier dans lequel il est descendu au fond des fossés par les Rouennais, puis Ricarville se retranche dans le donjon pendant 17 jours, avant de se rendre. Ils sont 104 à être décapités. Le château est en partie ruiné en particulier sa chapelle Saint-Romain, il s'ensuit une importante campagne de travaux[34].

En 1449, la population, bientôt rejointe par l'armée royale française, assiège les Anglais retranchés dans le château. Le lieutenant général de Henri VI, le duc de Somerset se rend. Charles VII peut entrer triomphalement dans Rouen le puis mettre fin à la domination anglaise en Normandie par la bataille de Formigny. Dunois, fils illégitime de Louis duc d'Orléans, devient brièvement capitaine de la ville et du château. Il est remplacé par Pierre de Brézé alors que Guillaume Cousinot est nommé bailli de Rouen[35].

Les rois d'Angleterre au château de Rouen (1419-1449)[modifier | modifier le code]

Henri V est roi d'Angleterre de 1413 à 1422. Vainqueur de la bataille d'Azincourt le , il s'installe à Rouen en janvier 1419. Il se fait ensuite reconnaître comme héritier du trône de France au traité de Troyes (1420), s'installe à Paris en 1421, mais meurt prématurément en 1422 au château de Vincennes, sans avoir pu ceindre la couronne de France.

Henri VI est roi d'Angleterre de 1422 à 1461, assisté de ses deux oncles, Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, régent en Angleterre et Jean de Lancastre, duc de Bedford, régent en France, installé au château de Rouen (château où il meurt en 1435, il est enterré à la cathédrale). Henri VI est sacré roi de France le , à l'âge de dix ans, mais il perd Rouen en 1449. Confronté à la guerre des Deux-Roses, qui débute en 1455, il est déposé le par Édouard IV. Emprisonné à la tour de Londres en 1465, il est restauré sur le trône en 1470 par Warwick "le faiseur de rois" puis à nouveau dramatiquement emprisonné jusqu'à son assassinat en 1471.

Édouard IV naît le 28 avril 1442 au château de Rouen où vivent ses parents Richard duc d'York gouverneur de France et de Normandie, Cécile Neville et sa sœur Anne. Deux autres enfants y voient le jour Edmund le 17 mai 1443 et Elisabeth le 22 avril 1444. Ils sont baptisés à la cathédrale de Rouen.

L'Échiquier de Normandie, restauré par Charles VII se réunit de manière irrégulière. Par la volonté de Louis XII, il devient permanent en 1499. En attendant l'achèvement d'un nouveau lieu pour l'abriter, le château abrite provisoirement pendant sept ans ses sessions dans l'ancien logis royal abandonné en 1485. Dans la chapelle Saint-Romain, des messes sont célébrées. Les prisonniers sont détenus dans les tours du château et même dans la cuisine. En 1506, l’Échiquier abandonne le château pour le Palais du Marché-Neuf (futur Palais de Justice)[36].

De 1465 à 1466, la forteresse est livrée à la Ligue du Bien public, ennemie du roi Louis XI. Attribuant au roi la responsabilité de la mort de son mari Pierre de Brézé tué à la bataille de Montlhéry, sa veuve a ouvert les portes du château. Charles de France devient duc de Normandie. Mais le roi reprend la situation en main rapidement. En punition, l'anneau ducal du duché de Normandie est solennellement et symboliquement brisé le [37] sur une enclume dans la grande salle du château.

En 1485, Charles VIII de France est le dernier roi de France à résider au château. Ses successeurs résident dorénavant dans le logis abbatial Renaissance de Saint-Ouen.

Perdant son utilité, la forteresse n'est plus entretenue. Le , un incendie provoque l'explosion de poudres[38] ravageant les tours du châtelet d'entrée.

Lors des guerres de religion, les protestants s'emparent de la forteresse et occupent la ville en 1562[39], mais celles-ci sont reprises par les armées du roi Charles IX de France, six mois plus tard. Lors de la Journée des barricades (1588), les partisans de la Sainte Ligue investissent le château. En 1590, le marquis Christophe II d'Alègre, gouverneur de Gisors, partisan d'Henri IV, alors roi de France et de Navarre, prend le château[40], sans conquérir la ville. Assiégé et canonné par Claude de Lorraine chevalier d'Aumale il est contraint à la reddition trois jours plus tard[41]. Apprenant à Gaillon la nouvelle, Henri IV est furieux de cette action prématurée[42]. Resté en Normandie, il bat l'armée du duc de Mayenne à Ivry [43]

Le démantèlement[modifier | modifier le code]

La vulnérabilité de la forteresse entraîne son démantèlement à partir de 1591, sur ordre donné en 1590 par les ligueurs du Conseil général de l'Union. Le site de la moitié sud-ouest de la forteresse est urbanisé par la création de la rue de Mathan et de Faucon. La partie nord du château est conservée et rattachée à l'enceinte de la ville. À proximité de la Porte Bouvreuil, des notables font construire des hôtels particuliers : l'hôtel d'Hocqueville (Musée de la Céramique) et l'hôtel de Mathan que les bénédictines de Rouen achètent en 1683. Elles le transforment en couvent. Leur chapelle, vendue comme bien national avec le reste de l'établissement, devient de 1802 à 1804 une des premières filatures de coton actionnée par une pompe à feu en France[44]. De 1809 à 1905 le pensionnat des Ursulines la remplace.

Au début du XXe siècle, subsistent encore le donjon et la tour de la Pucelle. Cette dernière, en très mauvais état, est détruite pour permettre l'agrandissement du pensionnat des Ursulines. La destruction programmée du donjon en 1840 est interrompue par les Monuments Historiques ; son achat et sa restauration (1868-1884) sont finalement réalisés grâce à un comité de souscription national. Napoléon III, un empereur passionné d'histoire, figure au second rang des souscripteurs. Le monument est ensuite donné au département de la Seine-Inférieure.

Henri V d'Angleterre.
Henri VI d'Angleterre.
Édouard IV d'Angleterre.

Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, trois rues sont créées sur l'emprise du château, à l'emplacement du pensionnat des Ursulines : rue Jeanne-d'Arc, rue du Donjon et rue Philippe-Auguste. Durant la Seconde Guerre mondiale, le donjon désormais appelé tour Jeanne d'Arc, est transformé en bunker par les forces allemandes d'occupation.

Fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

Phases de fouilles[modifier | modifier le code]

  • 1838 : rue Morand, pensionnat des Ursulines, mise au jour d'un imposant mur gallo-romain de profondeur sept mètres, tour de la Pucelle.
  • XXe siècle : divers travaux de voirie confirmant la structure elliptique et les dimensions de l'amphithéâtre.
  • 1907 : démolition du couvent des Ursulines, création de la rue du Donjon et de la rue Philippe-Auguste, mise au jour des soubassements de la Tour de la Pucelle.
  • 1914 : construction de l'immeuble de la Mutualité, contrescarpe et Tour Carrée.
  • 1983 : sous la direction de Dominique Pitte, archéologue à la Direction des Antiquités historiques de Haute-Normandie. Fouilles de sauvetage sur les sites du donjon, rue Jeanne-d'Arc, rue Philippe-Auguste, rue Morand, rempart du château, tour Saint Patrice, fossé et cour du château, amphithéâtre gallo-romain.
  • 1984 : Dominique Pitte. Rue Morand, tour d'angle sud-ouest.
  • 2009 : Paola Calderoni. 5 rue Faucon, tour-portière orientale du châtelet d'entrée[45].
  • 2015 : Bénédicte Guillot. rue du Donjon, dépotoir du XVIe siècle dans les fossés, contrescarpes[46].

Vestiges actuels[modifier | modifier le code]

  • Tour maîtresse circulaire (donjon), dite Grosse Tour ou tour Jeanne d'Arc : haute d'environ 35 mètres avec un diamètre d'environ 14 mètres et dotée de murs d'une épaisseur de 4 mètres, elle a été reconstruite à partir du premier étage au XIXe siècle par Achille Louis François Desmarest (1814-1882) sur les conseils de Viollet Le Duc, dont notamment les hourds que l'on peut voir actuellement[47]. La tour, anciennement propriété du conseil départemental de la Seine-Maritime, est depuis le 1er janvier 2016 un musée métropolitain Rouen Normandie[48]. De type défensif et résidentiel, la tour est équipée d'un puits (source Gaalor) et d'un escalier en vis pris dans l'épaisseur du mur. Une maquette du château réalisée en 1983 et complétée en 2004 par Françoise Boutet est présentée dans le musée.
  • Tour circulaire, dite Tour de la Pucelle : tour où a été emprisonnée Jeanne d'Arc surnommée la Pucelle d’Orléans. Soubassements visibles dans la cour intérieure de l'immeuble situé au 102 rue Jeanne-d’Arc.
  • Tour-porte nord, dite Tour Carrée : soubassements visibles à l'intérieur de l'immeuble situé au 106 rue Jeanne-d’Arc.
  • Porte d'accès à la basse-cour : sous le revêtement de la rue Jeanne-d’Arc, au niveau de la rue Morand.
  • Châtelet d'entrée de l'enceinte, porte principale vers la ville : en haut des marches de la rue Faucon, sous les bâtiments au N°5.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. Alain Sadourny, dir M.Mollat, Histoire de Rouen, Privat, , p. 76
  3. a et b Société des Amis des Monuments Rouennais, fiche sur la Tour Jeanne d’Arc et la rue du Donjon.
  4. Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Dictionnaire Jeanne d'Arc, Robert Laffont, 2012, p.20, 241 et 279
  5. Pitte & Gauthiez, p. 38
  6. Léost 2004, p.26-28.
  7. « Notice no PA00101011 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  8. « Notice no PA00101012 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Ouest-France, 1998, p.560
  10. François Neveux, "La Normandie royale. Des Capétiens aux Valois (XIIIe-XIVe siècle)", Ouest-France, 2005, p.30
  11. Page 5 et 6 dans Charte aux Normands avec ses confirmations sur Gallica.
  12. Michel Mangard, dir M.Mollat, Histoire de Rouen, Privat, , p. 19
  13. Dessin d'époque du château avec l'aqueduc de la source Gaalor au pied de la tour maîtresse.
  14. L. Musset, dir M.Mollat, Histoire de Rouen, Privat, , p. 41, 44
  15. Anglo Norman studies XIV (source à préciser).
  16. a et b Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, Volume 6. Par Jean-Joseph Expilly. Page 398.
  17. Dominique Léost, « Le château pendant la domination anglaise (1419-1449) », Centre Havrais de Recherche Historique N°58,‎ 1999-2000, p.121-134.
  18. Dominique Léost, dir Jean-Marc Pastré, « Les chapelles du château de Rouen aux XIVe et XVe siècles », Château et société castrale au Moyen Age, actes du colloque du château de Rambures de 1997, PUR,‎ , p.65-77
  19. Robert de Germiny, « Le cartulaire de la chapelle du château de Rouen », Mélanges 9e série. Société d'histoire de la Normandie,‎ , p.17-104
  20. Dominique Léost, dir Annie Renoux, « Le château royal de Rouen pendant la guerre de cent ans (1346-1450) : désignation, fonction, disposition et évolution des espaces », Aux marches du Palais. Qu'est-ce qu'un palais médiéval ? actes du VIIe Congrès international d'Archéologie Médiévale du Mans- Mayenne de 1999, LHAM,‎ , p.233-243
  21. Vue du château de Rouen en 1525, Livre des Fontaines, Jacques Le Lieur, Bibliothèque municipale de Rouen
  22. Vue du château de Rouen en 1575, Pourtraict de la ville de Rouen, François de Belleforest, Bibliothèque municipale de Rouen
  23. Site internet sur Jeanne d'Arc.
  24. plan du château avec nom des rues actuelles.
  25. H. Géraud éditeur,, Chronique latine de Guillaume de Nangis de 1113 à 1300, t.I, Paris, Renouard, , p.282
  26. Françoise Autrand, Charles V, Paris, Fayard, , p.174-182
  27. Dominique Léost, dir Jean-Marc Pastré, « Un chantier de construction en Normandie sous Jean II roi de France : le manoir de Couronne en 1352, d'après un compte conservé en Russie », Le château à la croisée des voies à la croisée des temps, actes du colloque du château de Rambures de 2000, PUR,‎ , p.191-202
  28. Alain Sadourny, dir. Michel Mollat, Histoire de Rouen, Toulouse, Privat, , p.118-119
  29. Françoise Autrand, Charles VI. La folie du roi, Paris, Fayard, , p.91-100
  30. Lucien René Delsalle, Rouen et les Rouennais au temps de Jeanne d'Arc, Rouen, éditions p'tit Normand, , p.86.
  31. Dominique Léost, « A la table du comte de Warwick, l'alimentation au château de Rouen au XVe siècle », Haute-Normandie Archéologique N°12,‎ , p.97-105
  32. Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin-Meyer, Jeanne d'Arc, Paris, Fayard, , p.106-162.
  33. Page 1237 dans Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés de Jean Chrétien Ferdinand Hoefer (1863)
  34. Charles de Beaurepaire, « Notes sur la prise du château par Ricarville en 1432 », Précis des travaux de l'Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen,‎ , p.306-343
  35. Dominique Léost, « Au péril de la mer et des Anglais, Guillaume Cousinot, bailli de Rouen (1449-1461) », Haute-Normandie Archéologique N°16,‎ , p.71-75
  36. Dominique Léost, Le château de Rouen et son donjon dit "la tour Jeanne d'Arc", Rouen, Musées départementaux de Normandie, , 49 p., p.26-28.
  37. Page 144 dans Rouen et les Rouennais au temps de Jeanne d'Arc 1400-1470 de Lucien-René Delsalle (2006)
  38. Page 344 dans Précis analytique des travaux de l'Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen de l'Académie de Rouen (1842)
  39. Page 526 dans Histoire politique et religieuse de l'église métropolitaine et du diocèse de Rouen (1850) de Léon Fallue, membre de l'Académie royale des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen
  40. Page 258 dans Mémoires de Sully, principal Ministre de Henri-le-Grand par Maximilien de Béthune, duc de Sully, publié par A. Costes, 1814
  41. M. de Bouis, Discours véritable de lexecution de plusieurs traystres et sedicieux de la ville de Rouen. Faict par le commandement de monseigneur le chevallier d'Aumalle, faict le Vendredy 23 de Février 1590, Paris, 1590. Pièces sur la Ligue en Normandie N°3, Rouen, E. Cogniard, , 8 p.
  42. Jules Berger de Xivrey, Recueil des lettres missives d'Henri IV, t.III (1589-1593), lettre à monsieur de Beauvoir (Gaillon, 22.02.1590), Paris, , p.139-144
  43. Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Paris, Fayard, , p.481-487
  44. Dominique Léost, « Du service de Dieu au travail du coton. Le couvent des Bénédictines de Rouen pendant la Révolution et l'Empire », Études Normandes N°3,‎ , p.55-74
  45. Paola Calderoni, « Localisation d'une tour d'entrée du château Bouvreuil à Rouen (Seine-Maritime) », Journées archéologiques de Haute-Normandie à Rouen en 2012, PURH,‎ , p.223-226
  46. « Rue du Donjon : du XIIIe siècle à nos jours, l'histoire de Rouen racontée par l'archéologie », Communiqué de presse de l'INRAP,‎
  47. André Châtelain, Châteaux forts - Images de pierre des guerres médiévales, Paris, Rempart, 2003, (ISBN 2-904-365-001), p. 37.
  48. « Tour Jeanne d'Arc », sur Tour Jeanne d'Arc (consulté le 22 août 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Pitte et Bernard Gauthiez, Le Château de Philippe Auguste, éditeur inconnu, 1987
  • Dominique Léost, Le Château de Rouen et son donjon dit "la tour Jeanne d'Arc", musées départementaux de la Seine-Maritime, 2004 (ISBN 2-902093-47-0). Traduction anglaise par Geoff Simkins : The Castle of Rouen and its keep known as the "Joan of Arc Tower", musées départementaux de la Seine-Maritime, 2004.

Liens externes[modifier | modifier le code]