Château de Pirou

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Château de Pirou
Image dans Infobox.
Le château de Pirou.
Présentation
Type
Fondation
XIIe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Style
Propriétaire initial
Guillaume de Pirou[1]
Propriétaire actuel
Fondation Abbaye de La Lucerne
Patrimonialité
Inscrit MH (partie en )Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Adresse
Coordonnées

Le château de Pirou est un ancien château fort, fondé dans la seconde partie du XIIe siècle[2] et profondément remanié au XVIIe siècle[2], dont les vestiges se dressent sur la commune française de Pirou, en Cotentin, dans le département de la Manche en région Normandie. Il a été restauré entre 1968 et 1994 sous la direction de l'abbé Marcel Lelégard.

Le château fait l'objet d'une inscription partielle au titre des monuments historiques[3].

Localisation[modifier | modifier le code]

Les vestiges du château de Pirou sont situés à 2,2 kilomètres au sud de l'église paroissiale Saint-Martin de Pirou, dans le département français de la Manche. Le château primitif était situé aux abords de l'ancien littoral, sur une petite hauteur entre deux havres côtiers aujourd'hui asséchés. Demeure seigneuriale, le château surveillait ainsi la côte ouest de la Manche.

Historique[modifier | modifier le code]

Le château de Pirou avec son donjon, aujourd'hui disparu, est bâti en bois, puis en pierre à partir du XIIe siècle par les premiers seigneurs de Pirou.

Les premiers seigneurs connus ont pris le nom « de Pirou », famille citée dès 1066[note 1].

Le premier propriétaire du château construit au XIIe siècle est Guillaume de Pirou[5].

En 1294, Jean de Pirou reçoit du roi de France de nouvelles terres. Sa fille unique Luce de Pirou, porte le fief, à la mort de son père, dans la famille « de La Haye » (du Puits), lignage plus important, à la suite de son mariage, en 1319, avec Robert de La Haye, seigneur de Néhou.

Durant la guerre de Cent Ans, en 1370, la place est prise par les Anglo-Navarrais[4]. En 1395, Philippe de la Haye rend aveu de son fief au roi de France. Sa fille unique, Jacqueline épouse en 1404 de Jacques de Merle, n'ayant pas eu d'enfants, le château échoit à l'une de ses cousines, Catherine de la Luzerne, née de la Haye, épouse de Jean du Bois[6]. En 1418, leur fils, Thomas du Bois, refuse de rendre hommage aux Anglais ; la seigneurie est confisquée et est concédée à Robert de Fresville, époux d'une de La Haye. Ce type de concession à des non-Anglais était pour le pouvoir des conquérants un moyen de s'agréger une partie de la noblesse normande restée sur place[7]. Le château restera possession anglaise trente huit ans[8]. Michel Hébert cite comme seigneur de Pirou, pendant la période d'occupation, un chevalier anglais, capitaine du château de Caen, Jehan de Fastolf, dont Shakespeare a évoqué sa vie dans sa pièce de théâtre Henri V[9]. Sa présence à Pirou n'a jamais été prouvée.

La famille du Bois recouvra son bien en 1450, après la bataille de Formigny et le conserva jusqu'en 1650, date à laquelle le plein fief de haubert, et néanmoins marquisat, fut divisé par moitié entre les deux héritières, comme le prévoit la coutume de Normandie. L'aînée Claude, épousa en 1640 Gabriel de Vassy, seigneur de Brécey, la cadette Marie épousa Philippe de Bouillé, comte de Créances. À noter que la marquise de Pirou accueillit au château son cousin, Georges de Scudéry, exilé pour avoir pris part à la Fronde[10].

Le marquisat, après un procès au parlement de Normandie (1677-1679) revint finalement aux de Vassy qui le conservèrent jusqu'à la Révolution française, époque où il fut acquis par Charles-Louis Huguet de Sémonville (1759-1839)[11], ce qui fait de lui le dernier seigneur de Pirou. Huguet de Sémonville a joué un rôle politique à l'époque de Louis XVI, pendant l'Empire et la Restauration. Il résidait habituellement à Bouray-sur-Juine, dans son château de Frémigny, Pirou n'étant plus qu'une ferme.

En 1833, le château-ferme est vendu par Huguet de Sémonville à une famille de la bourgeoisie coutançaise, les Quesnel de La Morinière, qui possédaient également les châteaux de la Mare (commune de Coutances) et de Gratot, aujourd'hui ruinés. Les Quesnel le transmettent à la famille Michel d'Annoville. Cette dernière le vend à la famille Sohier.

Devenue ferme au XVIIIe siècle, la bâtisse se dégradera, jusqu’à son rachat en 1966 par l'abbé Marcel Lelégard (1925-1994), qui entreprend sa restauration puis la lègue à la fondation « Abbaye de La Lucerne » qu'il avait créée en 1981[note 2], qui poursuivra le travail de restauration.

Description[modifier | modifier le code]

Le château de Pirou est construit, à la fin du XIIe siècle, en forme de shell-keep, au milieu d'un étang artificiel, sur une plate-forme sur un site occupé par les vikings[12]. Son plan concentrique avec un parapet est surmonté de tourelles polygonales posées sur des encorbellements d'angle, qui préfigures les mâchicoulis qui se répandront au XIIIe siècle[13]. On y accédait après avoir franchi une série de trois douves protégées par des portes défensives dont trois subsistent sur les cinq originelles. La douve principale se franchissait par un pont-levis à bascule et à flèches, dont il subsiste les profondes saignées pratiquées sur la façade de la porte pour recevoir les flèches. Ce dernier a été remplacé au XVIIe siècle par un pont dormant en pierres, dont les deux arches surbaissées enjambent la dernière douve. Une tour carrée du XVe siècle commandait le pont-levis[14].

Le château se présente sous la forme d'une grande enceinte polygonale flanquée à l'origine de six tourelles, dont celle dite de « la guette », que cernent de larges douves en eaux. L'ancienne demeure seigneuriale adopte la forme d'un shell-keep, c'est-à-dire une demeure donjon entourant une petite cour fermée, et dont les habitations sont adossées sur le mur de ce donjon. Une fois à l'intérieur, outre la tour carrée du XVe, on découvre deux logis plus récents en équerre adossés à la muraille. Celui de l'est, avec ses portes cintrées et restauré avec notamment sa petite lucarne sculptée de style Henri IV, et au sud le « logis neuf », de style classique, bâti en 1708, par la famille de Vassy, avec ses grandes fenêtres Louis XIV[14].

La « basse-cour » abrite une série de bâtiments : chapelle seigneuriale Saint-Laurent, reconstruite au XVIIe siècle qui abrite des statues des XVe et XVIe siècles, salle des plaids[note 3], pressoir, charreterie, boulangerie[14].

La construction d'origine, qu'on situe au XIIe siècle, notamment en raison du plan de ce château fort, a essentiellement été bâtie au XIIIe siècle et aux XVe et XVIIe siècles. Au XIIIe siècle appartiennent notamment les murs épais de la partie orientale, qui en certains endroits atteignaient trois mètres d'épaisseur, et la poterne d'entrée du shell-keep. Le château a dû subir les dommages de la guerre de Cent Ans : quelques éléments sont du XVe siècle. Le logis n'a pas conservé son intégrité médiévale ; il a été en partie démoli avant la Révolution française et on y a ajouté par la suite une maison de maître dans la partie sud de l'enceinte.

La principale reconstruction est due à la famille du Bois de Pirou, qui, vers le début du XVIIe siècle[15], entreprend un important remaniement de l'habitation, notamment par la reconstruction de la façade intérieure.

L'ensemble, presque ruiné, couvert de mauvaise ardoise ou de chaume et de tôle sur les communs, est totalement restauré[note 4] au XXe siècle sous la direction de l'abbé Lelégard, qui dote la demeure d'une « tapisserie de Pirou ».

À découvrir aujourd'hui : la boulangerie, le pressoir, la chapelle, la salle des Plaids avec, en été, la Tapisserie de Pirou, le vieux logis et le chemin de ronde avec ses toitures en schiste, les mâchicoulis d'angle, le parapet percé d'archères, les flanquements et ses tourelles polygonales. De l'Ascension au , exposition de la tapisserie la « Telle du Conquest ».

La « Telle du Conquest »

Cette broderie en laine sur toile de lin, à l'imitation de celle de Bayeux, est une réalisation du dernier quart du XXe siècle, relatant la conquête de l'Italie du Sud et de la Sicile par les Normands du Cotentin. Elle est l’œuvre de la manchoise Thérèse Ozenne, d'après des esquisses de l'abbé Lelègard, qui y consacra 16 ans, à raison de 3 heures par jour. La « tapisserie », inachevée, mesure 58 mètres[12].

Protection[modifier | modifier le code]

Sont inscrits par arrêté du [3] :

  • les façades et toitures ;
  • les abords du château.

Légende des oies de Pirou[modifier | modifier le code]

Le château de Pirou est le lieu d’une célèbre légende normande, sans doute la plus ancienne du Cotentin[réf. nécessaire][16]. Assiégés par les Normands, le seigneur de Pirou et sa famille demandèrent de l'aide à l'enchanteur du village. Il les métamorphosa en oies, à l’aide d’un grimoire, pour échapper aux assaillants. Mais quand, un an plus tard, les oies revinrent au château pour lire à l’envers la formule magique et reprendre forme humaine, le grimoire avait brûlé avec le château, incendié par les Normands. L’histoire expliquerait ainsi la migration annuelle des oies sauvages en mars dans le Cotentin[17].

En 2006, les associations Magène et Hagdik ont créé une comédie musicale à partir de cette légende. Le site du château de Pirou étant trop réduit pour accueillir une comédie musicale, celle-ci a été présentée au château de Flamanville.

Visite[modifier | modifier le code]

Le château est ouvert à la visite tous les jours, sauf le mardi, à partir des beaux jours et jusqu'au .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Sarot, Le Château et le fief de Pirou : Le Comte-Haute-Justice et les châteaux de Créances, étude topographique et historique, d'après des sources authentiques et inédites, Coutances, Impr. Notre-Dame, , 160 p.
  • Michel Hébert et André Gervaise, Châteaux et Manoirs de la Manche, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, , 176 p. (ISBN 978-2-847-06143-7), p. 52-56.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans le Domesday Book, on trouve un membre de cette famille qui accompagne le duc Guillaume lors de la conquête de l'Angleterre et qui reçut de nombreuses terres dans le Devon où il semble avoir fait souche. Dans le même recueil, il est fait mention d'un Pirou possessionné dans le Somerset. Un autre, sénéchal d'Henri Ier Beauclerc, périt en mer, en 1120, au large de Barfleur, lors du naufrage de la Blanche-Nef. Enfin, des seigneurs de Pirou, issus d'une branche cadette, furent, en 1106, les bienfaiteurs de l'abbaye de Lessay, à qui ils donnèrent l'église paroissiales et ses revenus[4].
  2. La fondation gère l'abbaye de La Lucerne et le château de Pirou.
  3. La salle des plaids, est la salle où l'on rendait la justice.
  4. Maçonnerie à l'ancienne, charpentes et plafonds remarquables réalisés par les ateliers Aubert-Labansat, toitures en lauzes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sarot 1914, p. 31.
  2. a et b Charles-Laurent Salch, Dictionnaire des châteaux et des fortifications du Moyen Âge en France, Éditions Publitotal, , 1304 p. (OCLC 1078727877), p. 903.
  3. a et b « Château », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  4. a et b Hébert et Gervaise 2003, p. 52.
  5. « Secrets de châteaux et manoirs - Cotentin - Saint-Lô - Coutances », La Presse de la Manche, no Hors-série,‎ , p. 102 (ISBN 979-1-0937-0115-8).
  6. Sarot 1914, p. 31-33.
  7. Sarot 1914, p. 34.
  8. Maurice Lecœur, Le Moyen Âge dans le Cotentin : Histoire & Vestiges, Isoète, , 141 p. (ISBN 978-2-9139-2072-9), p. 33.
  9. Hébert et Gervaise 2003, p. 53.
  10. Lecœur 2007, p. 33.
  11. Sarot 1914, p. 34-50.
  12. a et b Secrets de châteaux et manoirs, 2008, p. 104.
  13. Bernard Beck, Châteaux forts de Normandie, Rennes, Ouest-France, , 158 p. (ISBN 2-85882-479-7), p. 109.
  14. a b et c Hébert et Gervaise 2003, p. 54.
  15. Norbert Girard et Maurice Lecœur, Trésors du Cotentin : Architecture civile & art religieux, Mayenne, Éditions Isoète, , 296 p. (ISBN 978-2-9139-2038-5), p. 71.
  16. « Le château fort de Pirou », sur www.patrimoine-normand.com (consulté le )
  17. Hébert et Gervaise 2003, p. 56.