Château de Pirou

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Château de Pirou
Image illustrative de l’article Château de Pirou
Le château de Pirou.
Période ou style Médiéval
Type Château fort
Début construction XIIe siècle
Propriétaire initial Guillaume de Pirou[1]
Destination initiale Résidence seigneuriale
Propriétaire actuel Fondation Abbaye de La Lucerne
Destination actuelle Ouvert au public
Protection Logo monument historique Inscrit MH (1968)[2]
Coordonnées 49° 09′ 41″ nord, 1° 34′ 25″ ouest[3]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Normandie
Région Normandie
Département Manche
Commune Pirou
Géolocalisation sur la carte : Manche
(Voir situation sur carte : Manche)
Château de Pirou
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Château de Pirou

Le château de Pirou est un ancien château fort, fondé au XIIe siècle[4] et profondément remanié au XVIIe siècle[4], dont les vestiges se dressent sur la commune de Pirou, en Cotentin, dans le département de la Manche en région Normandie. Il a été restauré entre 1968 et 1994 sous la direction de l'abbé Marcel Lelégard.

Le château fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du [2].

Localisation[modifier | modifier le code]

Les vestiges du château de Pirou sont situés dans le département français de la Manche sur la commune de Pirou, à 2,5 kilomètres au sud de l'église paroissiale (le Moitier). Le château était situé à l’époque de sa construction primitive aux abords de l'ancien littoral, sur une petite hauteur entre deux havres côtiers aujourd'hui asséchés. Demeure seigneuriale, le château surveillait ainsi la côte ouest de la Manche.

Historique[modifier | modifier le code]

Le château de Pirou avec son donjon, aujourd'hui disparu, est bâti en bois, puis en pierre à partir du XIIe siècle par les premiers seigneurs de Pirou.

Les premiers seigneurs connus ont pris le nom « de Pirou », famille citée dès 1066[Note 1].

En 1294, Jean de Pirou reçoit du roi de France de Nouvelles terres et dont la fille unique Luce de Pirou, porte le fief, à la mort de son père, dans la famille « de La Haye » (du Puits), lignage plus important, à la suite de son mariage, en 1319, avec Robert de La Haye, seigneur de Néhou.

Durant la guerre de Cent Ans, en 1370, la place est prise par les Anglo-Navarrais. En 1395, Philippe de la Haye rend aveu de son fief au roi de France. Sa fille unique, Jacqueline épouse en 1404 de Jacques de Merle, n'ayant pas eu d'enfants, le château échoit à l'une de ses cousines, Catherine de la Luzerne, née de la Haye, épouse de Jean du Bois[6]. En 1418, leur fils, Thomas du Bois, refuse de rendre hommage aux Anglais. Pendant l'occupation anglaise, la seigneurie est confisquée aux du Bois, restés fidèles à Charles VI, et est concédée à Robert de Fresville, époux d'une de La Haye. Ce type de concession à des non Anglais était pour le pouvoir des conquérants un moyen de s'agréger une partie de la noblesse normande restée sur place[7].

Certains cite comme seigneur de Pirou, pendant la période d'occupation, un chevalier anglais, capitaine du château de Caen, Jehan de Fastolf[Note 2]. Sa présence à Pirou n'a jamais été prouvé.

La famille du Bois recouvra son bien en 1450 et le conserva jusqu'en 1650, date à laquelle le plein fief de haubert, et néanmoins marquisat, fut divisé par moitié entre les deux héritières, comme le prévoit la coutume de Normandie. L'aînée Claude, épousa en 1640 Gabriel de Vassy, seigneur de Brécey, la cadette Marie épousa Philippe de Bouillé, comte de Créances.

Le marquisat, après un procès au parlement de Normandie (1677-1679) revint finalement aux Vassy qui le conservèrent jusqu'à la Révolution française, époque où il fut acquis par Charles-Louis Huguet de Sémonville (1759-1839) [9], ce qui fait de lui le dernier seigneur de Pirou. Huguet de Sémonville a joué un rôle politique à l'époque de Louis XVI, et pendant l'Empire et la Restauration. Il résidait habituellement à Bouray-sur-Juine, dans son château de Frémigny, Pirou n'étant plus qu'une ferme.

En 1833, le château-ferme est vendu par Huguet de Sémonville à une famille de la bourgeoisie coutançaise, les Quesnel de La Morinière, qui possédaient également les châteaux de la Mare (commune de Coutances) et de Gratot, aujourd'hui ruinés. Les Quesnel le transmettent à la famille Michel d'Annoville. Cette dernière le vend à la famille Sohier. En 1966, il a été racheté par l'abbé Marcel Lelégard (1925-1994), qui l'a restauré puis légué à la Fondation Abbaye de La Lucerne.

Devenue ferme au XVIIIe siècle, la bâtisse se dégrade, jusqu’à son inscription en 1968 au titre des Monuments historiques[2], et le début de sa restauration sous l’impulsion de l’abbé Lelégard. Il est désormais ouvert à la visite.

Description[modifier | modifier le code]

Le château de Pirou, en forme de shell-keep, a été bâti au milieu d'un étang artificiel, sur une plate-forme. On y accédait après avoir franchi une série de douves protégées par des portes défensives dont trois subsiste sur les cinq originelles. La douve principale se franchissait par un pont-levis à bascule et à flèches, dont il subsiste les profondes saignées pratiquées sur la façade de la porte pour recevoir les flèches. Ce dernier a été remplacé au XVIIe siècle par un pont dormant en pierres, dont les deux arches enjambent la dernière douve. Une tour carrée du XVe siècle commandait le pont-levis[10].

Le château se présente sous la forme d'une grande enceinte polygonale flanquée à l'origine de six tourelles, dont celle dite de « la guette », que cernent de larges douves en eaux. L'ancienne demeure seigneuriale adopte la forme d'un shell-keep, c'est-à-dire une demeure donjon entourant une petite cour fermée, et dont les habitations sont adossées sur le mur de ce donjon. Une fois à l'intérieur, outre la tour carrée du XVe, on découvre deux logis plus récents en équerre adossés à la muraille. Celui de l'est, avec ses portes cintrées et restauré avec notamment sa petite lucarne sculptée de style Henri IV, et au sud le « logis neuf », de style classique, bâti en 1708, par la famille de Vassy, avec ses grandes fenêtres Louis XIV[10].

La « basse-cour » abrite une série de bâtiments : chapelle Saint-Laurent, reconstruite au XVIIe siècle, salle des plaids, pressoir, charreterie, boulangerie[10].

La construction d'origine, qu'on situe au XIIe siècle, notamment en raison du plan de ce château fort, a essentiellement été bâtie au XIIIe siècle et aux XVe et XVIIe siècles. Au XIIIe siècle appartiennent notamment les murs épais de la partie orientale, qui en certains endroits atteignait trois mètres d'épaisseur, et la poterne d'entrée du shell-keep. Le château a dû subir les dommages de la guerre de Cent Ans : quelques éléments sont du XVe siècle. Le logis n'a pas conservé son intégrité médiévale ; il a été en partie démoli avant la Révolution française et on y a ajouté par la suite une maison de maître dans la partie sud de l'enceinte.

La principale reconstruction est due à la famille du Bois de Pirou, qui, vers le début du XVIIe siècle, entreprend un important remaniement de l'habitation, notamment par la reconstruction de la façade intérieure.

L'ensemble, presque ruiné, couvert de mauvaise ardoise ou de chaume et de tôle sur les communs, est totalement restauré au XXe siècle sous la direction de l'abbé Lelégard, qui dote la demeure d'une « tapisserie de Pirou ».

À découvrir aujourd'hui : la boulangerie, le pressoir, la chapelle, la salle des Plaids avec, en été, la Tapisserie de Pirou, le vieux logis et le chemin de ronde avec ses toitures en schiste. De l'Ascension au , exposition de la Tapisserie de la « Telle du Conquest », relatant la conquête de l'Italie du Sud par les Normands du Cotentin. Cette broderie en laine sur toile de lin, à l'imitation de celle de Bayeux, est une réalisation du dernier quart du XXe siècle.

Légende des oies de Pirou[modifier | modifier le code]

Le château de Pirou est le lieu d’une célèbre légende normande, sans doute la plus ancienne du Cotentin[réf. nécessaire]. Assiégés par les Normands, le seigneur de Pirou et sa famille demandèrent de l'aide à l'enchanteur du village. Il les métamorphosa en oies, à l’aide d’un grimoire, pour échapper aux assaillants. Mais quand, un an plus tard, les oies revinrent au château pour lire à l’envers la formule magique et reprendre forme humaine, le grimoire avait brûlé avec le château, incendié par les Normands. L’histoire expliquerait ainsi la migration annuelle des oies sauvages en mars dans le Cotentin[11].

En 2006, les associations Magène et Hagdik ont créé une comédie musicale à partir de cette légende. Le site du château de Pirou étant trop réduit pour accueillir une comédie musicale, celle-ci a été présentée au château de Flamanville.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans le Domesday Book, on trouve un membre de cette famille qui accompagne le duc Guillaume lors de la conquête de l'Angleterre et qui reçu de nombreuses terres dans le Devon ou il semble avoir fait souche. Dans le même recueil, il est fait mention d'un Pirou possessionné dans le Somerset. Un autre, sénéchal d'Henri Ier Beauclerc, périt en mer, en 1120, au large de Barfleur, lors du naufrage de la Blanche-Nef. Enfin, des seigneurs de Pirou, issus d'une branche cadette, furent, en 1106, les bienfaiteurs de l'abbaye de Lessay, à qui ils donnèrent l'église paroissiales et ses revenus[5].
  2. Shakespearre a évoqué sa vie dans sa pièce de théâtre Henri V[8].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sarot, Le Château et le fief de Pirou, Coutances, 1914, p. 31.
  2. a b et c « Château », notice no PA00110540, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps.
  4. a et b Charles-Laurent Salch, Dictionnaire des châteaux et des fortifications du Moyen Âge en France, , 1304 p. (ISBN 2865350703), p. 903.
  5. Michel Hébert et André Gervaise 2003, p. 52.
  6. Sarot, Le château et le fief de Pirou, Coutances, 1914, p. 31-33.
  7. Sarot, Le château et le fief de Pirou, Coutances, 1914, p. 34.
  8. Michel Hébert et André Gervaise 2003, p. 53.
  9. Sarot, Le château et le fief de Pirou, Coutances, 1914, p. 34-50.
  10. a b et c Michel Hébert et André Gervaise 2003, p. 54.
  11. Michel Hébert et André Gervaise 2003, p. 56

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Hébert et André Gervaise, Châteaux et Manoirs de la Manche, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, (ISBN 978-2-847-06143-7), p. 52-56.