Château de Canac

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Château de Canac
Chateau de Canac 4.jpg
Présentation
Type
Château
Propriétaire
Privée
Statut patrimonial
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Adresse
CanacVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Localisation sur la carte de Midi-Pyrénées
voir sur la carte de Midi-Pyrénées
Red pog.svg
Localisation sur la carte de France
voir sur la carte de France
Red pog.svg
Chateau de Canac
Chateau de Canac
Chateau de Canac 1.jpg

Le château de Canac est un château situé à Onet-le-Château, en France[1].

Description[modifier | modifier le code]

Le château de Canac est situé au sud de la commune d’Onet-le-Château et perché sur un promontoire rocheux, dominant la vallée de l’Auterne, à 536 m d’altitude. Plusieurs dépendances agricoles, dont certaines figurent sur le plan cadastral de 1811, lui sont associées. Un double portail (cocher et piéton), érigé au XIXe siècle,  donne aujourd’hui accès à la propriété.

Le château comporte trois corps de bâtiments et quatre niveaux d’élévation de simple profondeur (un sous-sol, un rez-de-chaussée surélevé, un étage droit et un étage de comble), desservis par un escalier en vis, aménagé dans la tour ouest. Les deux volumes principaux se distinguent à leur toiture, à la pente plus accentuée au sud-ouest. Un petit bâtiment d’angle, au nord-ouest, constitue le troisième corps. L’édifice est cantonné sur  trois de ses côtés d’échauguettes élancées couvertes d’une toiture conique à égout  retroussé. Une quatrième échauguette est engagée dans la façade sud-ouest. L’ensemble est bâti en moellons de grès rose local (encore enduit à la fin du XIXe siècle14),

hormis la base des échauguettes, réalisée en pierre de taille. Les couvertures sont en lauzes de schiste à taille droite ou en lauzes de Cayrol15 taillées en écailles (pour les toitures coniques). 

1.  L’ancien portail et le chemin de ronde[modifier | modifier le code]

 

Un portail, au droit de la façade nord-est, prenant sa naissance à la base de l’échauguette, fermait initialement l’entrée du château et ouvrait sur la cour (dénommée basse-cour au XVIIe siècle). Ce portail fut détruit au milieu du XIXe siècle (peut-être par Léon Boyer, propriétaire à partir de 1853), si l’on en croit Paul Bugard16.

L’association du portail et de l’échauguette rappelle le parti général adopté pour l’élévation ouest du château d’Onet, dans la même commune, durant le premier quart du XVIe siècle. Dans ce dernier, le portail principal est « couvert par un arc brisé à  double rouleau qui devait contenir une herse » et était surmonté d’un chemin de ronde reliant deux corps de logis17. Du portail de Canac (fig. 4) ne subsistent que les deux piédroits et sommiers d’arc (moulurés en cavet) qui attestent l’aménagement initial réservant un espace libre  entre les deux portes pour un orifice de tir (en bas) et un assommoir. Côté cour, l’encorbellement partiellement conservé confirme également la présence d’un chemin de ronde au-dessus du portail.

Un dessin du portail en propose une restitution plausible (il s’agit peut-être d’un dessin exécuté avant la destruction), dans la continuité des éléments en place. Le portail est ainsi couvert d’un arc surbaissé et couronné d’une corniche moulurée dont une partie est conservée au niveau de l’encorbellement de l’échauguette. La présence des armoiries, sculptées au-dessus de l’arc du portail, suggère aussi un dessin exécuté in situ, à moins que Paul Bugard n’ait eu connaissance de cette pierre, dont un fragment retrouvé dans l’Auterne en contrebas du château fut donné au musée Fenaille de Rodez en 187519. Cette pierre calcaire, qui provient peut-être du portail, est finement sculptée des armoiries de Canac, présentées par deux lions, au sein d’un chapeau de triomphe. La pierre est mentionnée dès 1860 par Hippolyte de Barreau20, qui décrit les armoiries : « un écusson gravé en relief sur une pierre détachée de quelque partie de ce château, porte : aux 1 et 4 un chien colleté ; aux 2 et 3 trois tierces feuilles, et pour supports, deux lions. » Cette  description est globalement reprise en 1875 : « Ecartelé aux 1 et 4 au levrier (canis), aux 2 et 4 à trois feuilles de trèfle, posées 2 et 1. Supports : deux lions. Ecu orné de ses feuillards. » On retrouve ces armoiries sur le linteau de la cheminée conservée dans la grande salle du rez-de-chaussée (voir infra) et sur le tympan surmontant la porte de la tour d’escalier (reconstruite au début du XXe siècle).

À gauche de l’ancien portail se dresse une échauguette reposant sur un soubassement formé d’une base pleine circulaire, dans laquelle pénètre un piédroit où vient s’insérer le cul de lampe. Ce piédroit s’apparente à un pilastre, sculpté sur deux faces d’une table rentrante. Il est couronné d’une frise sculptée entre deux tores de feuilles grasses et boursouflées et de deux masques feuillagés. Cette frise est surmontée d’un entablement à cornes sculpté d’un crénelage biseauté, comparable à celui observé sur le clocher de la cathédrale de Rodez, construit entre 1512 et 1526 sous la direction de l’architecte Antoine Salvanh (vers 1479-vers 1554. Le cul de lampe présente un corps de moulure soulignées de deux frises, l’une de tresses et de fleurs, l’autre d’oves .

Enfin, la base de l’échauguette est percée de deux canonnières de 2 m de profondeur, dont les orifices de tir se croisent et se trouvent pour l’un dans la cour, pour l’autre dans le tableau du portail. Ce dispositif défensif se distingue de celui adopté pour les autres échauguettes (à base creuse, voir infra). Aux niveaux supérieurs sont percés une bouche à feu et une fenêtre à piédroits et linteau moulurés en talon renversé (profil qui ne s’apparente pas aux moulures des croisées des autres échauguettes). 

2.  Les façades[modifier | modifier le code]

 

La façade nord-est

Cette façade, cantonnée de deux échauguettes, témoigne de plusieurs campagnes de travaux. Le premier niveau est percé d’une porte et d’une fenêtre, sans doute réalisées au début du XXe siècle à l’occasion de l’aménagement d’une nouvelle pièce. On observe également deux jours quadrangulaires servant à l’aération de la cave.

Au second niveau (correspondant au rez-de-chaussée surélevé), la croisée comporte un appui à moulure prononcée avec tore, réglet et amortissement en cavet (fig. 13). Elle est surmontée d’une archivolte retournée. Si les décors Renaissance sont absents, les moulures sont toutefois identiques à celles des croisées de la façade sud-est (du rez-de-chaussée, notamment). À gauche, l’évier (pierre visible, avec jour en fente au-dessus) semble fonctionner avec cette croisée. Au-dessus, les deux fenêtres couvertes d’un arc en accolade (bien insérées), dont l’une est bouchée, peuvent être rattachées à une phase de construction antérieure. En effet, la fenêtre de gauche a été muré, vraisemblablement à l’occasion de la construction de l’échauguette.

Le dernier niveau (1er étage) est percé, à gauche, d’une croisée surmontée d’une corniche. Celle-ci se distingue nettement de la croisée du niveau inférieur. Les piédroits et le linteau sont moulurés d’une doucine, de même que le meneau et la traverse ornés d’un  listel. Il est à noter que ces profils de moulure sont parfaitement identiques à ceux des croisées observées au n° 4 bis rue de la Briane au Monastère (façade sud), précisément datées de 1563 (dates portées sur les cheminées). On retrouve également ces profils sur les croisées du même niveau en façade sud-est et nord-ouest (noyau initial), même si ces dernières sont agrémentées de pilastres et chapiteaux.

À droite enfin, la demi-croisée, alignée sur la fenêtre à accolade, présente un encadrement    mouluré  en    cavet.    L’appui   saillant    comporte    une  baguette   et    un amortissement en cavet coupé en biais à ses extrémités. La position de l’échauguette, qui vient s’appuyer contre la demi-croisée et la fenêtre à accolade, suggère qu’elle a été construite après ces derniers percements. La croisée est surmontée d’une archère canonnière.

La façade principale (sud-est)

La façade nord-est témoigne également de plusieurs phases de travaux, en particulier d’une extension qui forme, au sud, un second corps de bâtiment parfaitement distinct du noyau initial (une chaîne d’angle constitue la césure). La façade est ordonnancée et comporte quatre travées dont le rythme, bien qu’irrégulier, dénote la recherche d’une symétrie dans la composition générale. Comme en façade sud-ouest, un soin particulier a  été apporté au décor.

Le premier corps de bâtiment est percé au niveau 1 (sous-sol) de jours carrés avec encadrement moulurés en doucine. À l’instar des jours de la façade nord-est, leur insertion dans la maçonnerie (présence de pierres de calage) suggère qu’ils ont été percés à l’occasion d’une seconde phase. Ils sont dotés de grilles, probablement d’origine. L’un d’entre eux comporte un encadrement à feuillure, peut-être aménagée postérieurement pour placer un contrevent.

Le mur du noyau initial conserve aux niveaux 2 et 3 les traces de deux fenêtres en partie détruites et murées lors du percement des croisées. Comme en façade nord- est, le décalage ainsi opéré suggère une modification des niveaux du noyau initial. Les trois croisées du niveau 2 (rez-de-chaussée surélevé) présentent un style semblable. Elles comportent des ébrasements profonds et fuyants, qui reposent sur un appui mouluré se prolongeant au-delà de la base des piédroits. Il est à noter que la mouluration de l’appui est semblable à celle de la croisée du même niveau en façade nord-est (tore, listel et adoucissement en cavet). Les appuis sont soulignés de modillons représentant des grotesques, masques et animaux, peut-être rapportés en 3e travée (3 d et 3 g). Ces croisées sont encadrées de pilastres à chapiteau corinthien. La croisée de droite (4e travée) comporte au niveau de l’archivolte deux départs de pilastres (non sculptés), ce qui semble confirmer l’intention de prolonger cette croisée par des pilastres comme en travée 1 et ainsi de composer une façade parfaitement symétrique.

Le premier étage du noyau initial est également percé de trois croisées, dont l’insertion dans le mur plus maladroite et le style Renaissance plus épuré suggèrent une campagne postérieure. Si ces croisées sont parfaitement identiques à celle du premier étage de la façade nord-est (mêmes moulures en doucine des encadrements, des meneaux et des traverses), les piédroits sont ici ornés de pilastres à chapiteaux composites et couronnés d’une corniche. Les appuis sont par ailleurs soulignés de modillons figurés. Le style général des croisées (hormis la présence des modillons) rappelle ici celles de la maison de Gradels à Valady (en élévation sud, deuxième étage), surélevée en 1559. Les croisées de l’extension (1ère travée) sont parfaitement homogènes et d’une facture identique aux croisées du 2e niveau du noyau initial. Elles sont réunies par des pilastres en plein de travées, accentuant ainsi l’effet de verticalité. La lucarne pignon est couronnée d’un fronton à candélabres en acrotère. Les échauguettes aux extrémités de la façade (à l’est et au sud) présentent un  parti original, particulièrement recherché au niveau de leurs soubassements. Réalisé en pierre de taille de grès rose, chaque soubassement comporte une base conique creuse dans laquelle pénètrent deux pilastres massifs, où vient s’insérer le cul de lampe sur un encorbellement en quart de rond portant l’échauguette. Chacun des pilastres est sculpté d’une table rentrante sur chaque face, couronné d’une frise feuillagée et surmonté d’un entablement à cornes crénelé à sa base. Le crénelage biseauté rappelle celui  observé sur l’échauguette flanquant l’ancien portail et apparaît également sur le tailloir des chapiteaux de l’une des croisées de la façade (travée 4, niveau 2). À l’est, la frise végétale est constituée de palmes enroulées tandis qu’au sud la frise apparaît plus sèche. Notons que les feuilles de cette dernière sont semblables à celles sculptées sur les chapiteaux de la cheminée de la grande salle du rez-de-chaussée.

Les échauguettes présentent par ailleurs un dispositif défensif bien étudié, qui se distingue de celui de l’échauguette nord. En effet, une casemate, accessible depuis la cave, est aménagée à la base de chacune des échauguettes. Trois canonnières à la française, avec un large ébrasement, sont également percées. Le système défensif est complété en partie haute par des archères à croisillon (1er étage) et une archère avec fente et orifice  rond à la base (ces mêmes fentes sont pratiquées dans l’échauguette du mur sud-ouest).

La façade sud-ouest

Au  contraire des deux précédentes, la façade sud-ouest présente une unité stylistique, qui correspond à l’extension du château au XVIe siècle. Elle est percée au niveau du sous-sol de deux jours quadrangulaires semblables à ceux de la façade sud-est. Les fenêtres des niveaux supérieurs sont organisées en deux travées verticales. À gauche, les deux demi- croisées sont accostées de pilastres et de chapiteaux, et réunies par des pilastres en plein- de-travée. À droite, les trois croisées (celle du premier étage présente des trous de grille bouchés), dont la 1ère est surmontée d’un arc de décharge, présentent des corps des moulures et un décor sculpté (modillons, pilastres, chapiteaux) qui s’apparentent stylistiquement à ceux de la façade sud-est (1ère travée et croisées du rez-de-chaussée du noyau initial). Certains modillons sont d’ailleurs identiques (une chauve-souris et un masque feuillagé. L’ensemble relève donc visiblement d’un même chantier, même si les chapiteaux semblent plus travaillés. Quelques détails échappent toutefois à cette unité, tels le larmier en lauze (sans doute plus tardif) et le pignon qui couronnent maladroitement la croisée du dernier niveau.

L’échauguette engagée présente globalement la même structure et le même décor que les échauguettes sud et est, hormis le plan en « T » du soubassement, constitué de trois pilastres. Deux fentes de tir, dont l’une à croisillon, sont percées en direction de l’ouest. À gauche de l’échauguette, la faible profondeur des pièces et la toiture à  une seule pente suggèrent que le château devait être prolongé, peut-être par une courtine qui n’a jamais vu le jour. Cette partie du château est simplement percée de jours quadrangulaires chanfreinés aux étages et d’une porte au rez-de-chaussée (plus tardive ?).

La façade nord-ouest

Cette façade comporte une tour logeant l’escalier en vis. À gauche est conservée une fenêtre dont les moulurations (appui à amortissement mouluré en cavé coupé en biais à ses extrémités, piédroits et linteau mouluré en cavet) sont identiques à la demi-croisée  de  la façade  nord-ouest  située au  même  niveau. Cette  fenêtre apparaît également antérieure à la construction de l’échauguette (la maçonnerie de cette dernière vient s’appuyer contre le piédroit de gauche de la fenêtre) et semble contemporaine de la construction du noyau initial. Une bouche à feu est également visible sur le même pan de mur.

À droite de la tour d’escalier, le mur conserve un vestige de fenêtre quadrangulaire, murée et détruite à l’occasion du percement de la croisée du rez-de-chaussée. Celle-ci s’apparente aux croisées observées en façade sud-est (même niveau) : l’appui est souligné  de modillons et les piédroits sont ornés de pilastres à chapiteaux. La croisée située au-dessus possède en revanche les mêmes caractéristiques que celles du même niveau en façade sud- est, qui semblent relever d’une campagne postérieure.

La césure entre le noyau initial et l’extension se signale, comme en façade sud-est, par une chaîne d’angle. La fonction de l’arc de décharge visible en rez-de-chaussée demeure indéterminée (décharge, arrière voussure ou couvrement d’une niche contre la cheminée du premier étage ?). Dans l’aile en retour d’équerre, les demi-croisées réunies par des pilastres présentent des caractéristiques semblables à celles de la façade sud-ouest. Le 3e corps de bâtiment, adossé à l’aile, relève d’une phase postérieure, probablement très rapprochée de celle de l’extension. Il est percé d’une porte chanfreinéeet d’une demi-croisée. 

3.  La distribution intérieure[modifier | modifier le code]

Chateau de Canac 9.JPG

 

Les travaux effectués au XIXe siècle et au début du XXe siècle n’ont affecté qu’une partie  de la distribution du XVIe siècle. Ils concernent le sous-sol (construction d’un niveau intermédiaire côté nord-est), la tour d’escalier qui dessert chaque niveau (reconstruite au début du XXe siècle) et le 1er étage (aménagement d’un couloir, cloisonnements).

La tour d’escalier a vraisemblablement été reconstruite au même emplacement. Le vitrail des quatre apôtres (Saint Jean, Saint-Pierre, Saint Marc et Saint-Paul) fut probablement réalisé au moment de cette reconstruction, d’après une peinture d’Albrecht Dürer de 1526. La balustrade située au dernier niveau constitue un remploi de l’ancien escalier et a peut-être été réalisée à la fin du XVIIe siècle.

Les inventaires du mois de juin 1689 fournissent des indications précieuses sur la distribution intérieure, en particulier celle du rez-de-chaussée surélevé et du premier étage. Ils signalent également une cave vinaire, qui constitue vraisemblablement un bâtiment. Les vestiges découverts (pièces voûtées en sous-sol) à l’occasion de travaux dans  la cour (à l’ouest) correspondent peut-être à cette cave.

Le sous-sol

Le sous-sol est divisé en deux niveaux, dont l’aménagement résulte de différentes campagnes de travaux. Le premier est constitué de deux pièces accessibles depuis l’escalier par deux portes à piédroits chanfreiné avec congés en cuillère portant un linteau chanfreiné.

Une pièce isolée, dans l’angle nord du château, appartient vraisemblablement à une première phase de construction. Elle est construite en moellons de grès et voûtée en berceau brisé. Elle comporte deux placards muraux et un jour bouché sans doute à  l’occasion de la construction de l’échauguette septentrionale. Une porte, aujourd’hui murée, communiquait avec la cave semi-enterrée située à l’est. Celle-ci donne accès à la casemate située dans la tour orientale.

Le second niveau est composé d’une succession de pièces éclairées en façades par les jours quadrangulaires. Au nord-est se trouve une première pièce, dont  le plancher a été abaissé de 50 cm au début du XXe siècle (phase du percement de la porte et de la fenêtre en façade nord-est), comme le confirme la base des piédroits de la porte du mur de refend 1. Cette porte peut être rattachée à la première phase de  construction (piédroits chanfreinés avec congés en cuillère, linteau chanfreiné). La pièce B est  accessible depuis  l’escalier  par  une  porte à  piédroits  en quart  de  rond et     linteau

chanfreiné. Elle peut être rattachée à la seconde phase, de même que les pièces suivantes. La pièce B communique avec la pièce C, située dans l’extension du château, par une porte dont les piédroits en quart de rond sont soulignés de congés en pyramidion, avec croix au sommet pour celui de droite. De cette pièce est accessible par un petit escalier une seconde casemate, semi-enterrée. La porte donnant sur la pièce D est du même style que la précédente. Une troisième casemate à laquelle on accède par un petit escalier et une porte chanfreinée est située au sud-ouest.

Le rez-de-chaussée surélevé

Le rez-de-chaussée surélevé est accessible depuis l’escalier, par deux portes à piédroits en quart de rond et linteau chanfreiné. La distribution de ce niveau correspond à la description que l’on peut suivre dans l’inventaire du 21 juin 1689. Passée l’entrée du château, dont la porte est fermée « par un grand palastre et verroux », on monte un escalier (« en montant par le degred ») pour accéder à une « salle », puis on entre « dans une chambre joignant ladite salle regardant St Félix » (lieu-dit situé au sud-ouest), avant d’entrer dans une « autre chambre servant de descharge où nous aurions trouvé  un bois  lit  couchete ». Le visiteur repasse ensuite dans une « autre chambre joignant icelle où nous aurions trouvé un lit Bergame », puis « de ladite chambre serions entrés en autre chambre servant de descharge vouté », avant de monter à l’étage suivant. Cette pièce voûtée en berceau brisé, qui relève sans doute d’une première phase de construction (comme celle se situant en-dessous), est alors aménagée « à la façon d’un garde-robe » (des planches de bois entourent la pièce). Il est à noter que c’est dans cette décharge qu’est alors déposée « une grande pierre en architecture représentant les armes de ladite maison » (celle de Canac ?). La pièce A, couverte d’un plafond à la française, conserve une cheminée gothique en grès rose. Le manteau est formé de piédroits sculptés à la manière de colonnettes à base prismatique (sur les jouées) et d’un couronnement surmonté d’une corniche moulurée d’une accolade. Au centre du couronnement figure un blason sculpté. Encadré d’un quadrilobe et de fleurs de lys stylisées, ce blason a pu être d’azur à six losanges d’or posés, armoiries parlantes de la famille Sicard, comme le suggèrent deux des losanges qui subsistent partiellement, dont l’un au-dessus de la pointe.

À droite de la cheminée, une porte permet de communiquer avec la salle, également accessible depuis l’escalier. La salle est ajourée de trois croisées ornées de vitraux vraisemblablement remployés par Paul Bugard (au nord-ouest. La cheminée en grès rose, dans le mur-de-refend 2, présente un manteau d’une structure similaire à la  précédente. Elle se distingue toutefois à son répertoire ornemental qui emprunte discrètement au vocabulaire de la Renaissance, en particulier les chapiteaux à feuilles plates, ces dernières pouvant être rapprochées de celles des échauguettes sud. Au centre  du couronnement est sculpté un médaillon qui renferme un blason figurant les armes de Canac.

On entre dans la chambre par une porte à piédroits et linteau chanfreinés, qui ouvre sur un cabinet aménagé dans l’échauguette sud. Elle est éclairée par deux croisées munies de vitraux  du  XIXe siècle.  Ils  comportent néanmoins  deux  parties  réemployées (XVIe siècle ?), représentant des personnages et une crucifixion en grisaille et jaune d’argent.

La chambre est agrémentée d’une cheminée engagée en calcaire, dont le manteau est composé de piédroits, d’un entablement lisse bombé, d’une épaisse corniche (fig. 66). Chacun des piédroits est constitué d’un socle, d’une base à talon renversé et réglet, d’une console à volutes, ornée sur le jambage d’une feuille et sur la jouée et le tableau d’un enroulement à rosace et d’une marguerite vue de profil. Le chapiteau dorique comporte un astragale et une échine à talon droit. Cette cheminée est inspirée des planches des livres III  et IV de l’architecte Sebastiano Serlio (1475/1490–1553/1557), publiés pour la première fois en 1537 . On retrouve des exemples comparables (piédroits à console à volutes, entablement lisse bombé), datés des années 1550-1560, à Rodez et dans ses alentours, comme au Monastère (maison rue de Briane, portant la date 1563) et à valady, au lieu-dit Gradels (la cheminée est située au 2e étage construit en 1559). L’entablement de la  cheminée est par ailleurs orné d’un cuir au centre duquel figure une marguerite, qui pourrait constituer un hommage à Marguerite d’Angoulême (1492-1549), reine de Navarre.

À gauche de la cheminée, la porte chanfreinée comporte des congés en pyramidion, identiques à ceux observés au niveau inférieur. Elle ouvre sur une petite pièce (dénommée « antichambre » dans les inventaires du XVIIe siècle, bien que celle-ci succède à la chambre), dotée d’une cheminée en grès rose peu moulurée, solidaire d’une porte. Le piédroit de gauche de la cheminée est en effet taillé dans les mêmes blocs de pierre que le piédroit de droite de la porte, en quart de rond à congé en pyramidion. La pièce comporte également un placard mural aménagé dans l’échauguette sud-ouest.

Le premier étage

Avant les travaux du XIXe siècle, la distribution du premier étage était identique à celle du niveau inférieur. Il formait au XVIIe siècle un appartement indépendant, comme l’indique l’inventaire du 21 juin 1689, qui en donne une description précise : « Dans la troisième estache composée d’une sale, chambre à chaque bout et de deux antichambres qui les suivent aux quatre cabinets qui en forment les quatre petites tours ».

Depuis l’escalier en vis, une porte à linteau chanfreiné permet d’accéder à une petite pièce (antichambre au XVIIe siècle) aménagée au-dessus de la pièce voûtée. Elle ouvre sur un petit cabinet aménagé dans l’échauguette septentrionale.

À un niveau inférieur, l’escalier en vis ouvre également sur deux autres pièces accessibles par des portes qui présentent les mêmes caractéristiques que celles du rez-de-chaussée (piédroits en quart de rond et linteau chanfreiné). La première dessert la chambre A qui comporte une cheminée du XVIIIe siècle, adossée au fruit du mur. La seconde ouvre sur le couloir, aménagé au milieu du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, qui dessert la salle. Celle-ci a perdu sa cheminée du XVIe siècle, probablement au milieu du XIXe siècle comme le portail. Un dessin de cette cheminée Renaissance (restitution ou relevé ?) est conservé dans le fonds de Paul Bugard, qui précise : « la plus belle [cheminée] ornée de médaillon à personnages et d’un grand écusson entouré d’une guirlande très ornée de fleurs et de fruits fut brisée sur l’ordre de l’imbécile dont il est question plus haut ». La cheminée actuelle date du XIXe siècle et a été rapportée par les propriétaires actuels, en 2015.

La partie méridionale de l’étage est mieux préservée. Dans la chambre B, éclairée par deux croisées, se trouve une cheminée en grès rose de style gothique d’une grande sobriété. Un petit cabinet est aménagé dans l’échauguette comme au niveau inférieur. On accède à la petite chambre D par une porte comportant des piédroits en quart de rond et congés en bec, supportant un linteau chanfreiné. Cette pièce (antichambre au XVIIe siècle), homogène stylistiquement, est éclairée par deux demi-croisées. La cheminée en grès rose est similaire à celle du niveau inférieur (même pièce), avec piédroits nus à base moulurée en talon renversé. De même, le piédroit de gauche de la cheminée est solidaire du piédroit de droite de la porte attenante. Les piédroits de cette porte sont en quart de  rond  avec congé  en  bec bombé,  et  supportent un  linteau  à large   chanfrein.

L’encadrement de la porte d’accès au cabinet aménagé dans l’échauguette présente des traits semblables hormis les congés, à croisillon (identiques à ceux observés dans le sous- sol).

Les combles

Les inventaires du XVIIe siècle mentionnent un galetas au dernier niveau du château, accessible par l’escalier en vis. La charpente du noyau initial est formée de fermes à entraits retroussées, sur lesquelles sont fixées les pannes. Les arbalétriers sont assemblés à tenons et mortaises, croisés sous la faîtière. Les ardoises sont chevillées au solivage.

Un mur sépare le noyau initial de l’extension, accessible par une porte remaniée (piédroits chanfreinés ou en quart de rond). Une attention particulière a été apportée à la réalisation  de  la charpente  du  comble, conçue  pour  être visible.  Elle  est composée  de

chevrons formant fermes, à entrait retroussé et poinçon à clé pendante sculptée, potelets, aisseliers et jambettes.

La charpente conique de l’échauguette sud est également particulièrement soignée dans ses détails. L’enrayure est ainsi soutenue par un poinçon polygonal à base moulurée (fig. 81). La charpente de l’échauguette ouest comporte également un poinçon mouluré, avec chanfreins et congés triangulaires. 

  Conclusion[modifier | modifier le code]

 

 

L’analyse architecturale permet de mettre au jour plusieurs campagnes de travaux, sans qu’il soit possible, dans l’état actuel des recherches documentaires, d’en préciser les datations. L’identification des propriétaires successifs reste donc à préciser (Gabriel de Maynier, Blaise Sicard), notamment par la consultation des actes notariés relatifs à la première moitié du XVIe siècle. Elle permettrait sans doute d’émettre des hypothèses plus étayées concernant l’attribution des différentes campagnes relevées.

Les maçonneries du premier corps de bâtiment et diverses fenêtres (en façades nord-est, sud-est et nord-ouest), en partie murées, peuvent ainsi être rattachées à un premier édifice datable de la seconde moitié du XVe siècle (phase 1). De ce premier bâtiment subsistent les deux pièces voûtées  superposées,  dont les  niveaux  ne coïncident  pas  avec ceux  du  XVIe siècle.

La transformation et l’extension du château relève d’une deuxième phase qui a pu intervenir durant le 1er quart (après 1517 ?) ou le second quart du XVIe siècle. Il est alors vraisemblable qu’il y ait eu un projet de réaliser un château comportant différents bâtiments reliés par des courtines, enserrant une cour, selon le parti adopté au château d’Onet sur la même commune (daté du 1er quart du XVIe siècle). Le projet a toutefois été interrompu à  une date inconnue. Il n’est pas exclu que la construction du portail d’entrée (avec les armes de Canac sculptées, et surmonté d’une courtine) et de l’échauguette qui la flanque soit de peu antérieure au réaménagement du château et constitue une phase intermédiaire. Quelques différences stylistiques sont en effet à noter entre cette échauguette et les autres. De même, elle se singularise par ses canonnières (à la française dans les trois autres échauguettes) et l’absence d’archères cruciformes aux étages. Ce parti pourrait toutefois simplement résulter de la conservation des pièces voûtées, empêchant donc d’évider la base (donc d’y aménager les canonnières à la française) et de percer des archères cruciformes. Le noyau initial est donc modifié au cours d’une phase 2 (première moitié du XVIe siècle), qui comprend le réaménagement du rez-de-chaussée surélevé du noyau initial avec le percement des jours au sous-sol et des croisées au rez-de-chaussée. Les niveaux de plancher sont également modifiés. Deux pièces voûtées sont conservées pour des raisons inconnues (fonctionnelles, structurelles ?).

Les vestiges du blason comportant des losanges (d’azur à six losanges d’or ?), ornant l’une des cheminées du rez-de-chaussée suggèrent que Blaise Sicard est à l’origine des travaux. Le style encore flamboyant de la cheminée tend à l’inscrire durant le 1er quart du XVIe siècle, peut-être après 1517 suite à la donation de Georges d’Armagnac.

Le 3e corps de bâtiment, adossé à l’aile, relève d’une autre campagne (phase 3), mais intervient probablement peu de temps après l’extension du château. En effet, les ouvertures présentent des traits stylistiques semblables.

Une quatrième phase pourrait correspondre au percement des croisées du 1er étage dans le noyau initial, comparables stylistiquement à celles de la maison située rue de la Briane au Monastère (datée 1563). Le château n’ayant pas été surélevé, il est donc possible que le 1er étage du noyau initial n’ait pas été occupé dans un premier temps.

La cheminée du rez-de-chaussée inspirée des planches de Serlio (après 1537) a pu être réalisée à ce moment si on la compare aux autres exemples connus, datés des années 1550- 1560. Il est toutefois possible qu’elle soit antérieure. Les traités de l’architecte Serlio (appelé en France par Georges d’Armagnac en 1540) pénètrent très tôt en Rouergue. De plus, la marguerite sculptée sur l’entablement suggère un hommage de Blaise Sicard à Marguerite d’Angoulême, dite de Navarre (1492-1549)30, dont il était le protégé et donc une datation des années 1540.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le château est situé sur la commune d'Onet-le-Château, dans le département français de l'Aveyron.

Historique[modifier | modifier le code]

Les commanditaires du château de Canac restent difficiles à identifier dans l’état actuel des recherches documentaires. Deux familles, de Maynier et Sicard, semblent en effet s’y être succédé entre la fin du XVe siècle et la seconde moitié du XVIe siècle.

Gérard Astorg attribue pour sa part la construction du château de Canac à Gabriel de Maynier, fils d’Étienne de Maynier, notaire à Rodez à la fin XVe siècle. Ce dernier aurait acheté « la borie de Canac » (c’est-à-dire une ferme) en 1491. Gabriel de Maynier, son fils,  en aurait été propriétaire en 1541, date à laquelle il aurait souhaité y faire habiter son épouse Louise de Laroche (d’après un procès). Selon G. Astorg, la vente du château à Blaise Sicard (parfois cité comme le commanditaire du château) en 1543 expliquerait qu’il n’ait jamais été achevé.

Raymond Noël quant à lui indique que le château de Canac aurait été donné par Georges d’Armagnac à Blaise Sicard en 1517. L’auteur se réfère par ailleurs à divers actes notariés qui précisent que le château appartient à Maynier durant le 1er quart du XVIe siècle3, à Blaise Sicard en 1545, puis à nouveau Maynier5.

La généalogie des Sicard de Rodez, écrite au XVIIIe siècle par l’un des descendants de la famille, confirme que Georges d’Armagnac donna « la terre de Canac » à Blaise Sicard (1486-1554), fils cadet de Louis Sicard, officier de Louis XI. La protection de Georges d’Armagnac, baron de Caussade, évêque de Rodez à partir de 1530, a favorisé sa forte ascension sociale. D’abord receveur des Décimes, il fut par la suite administrateur des revenus de Georges d’Armagnac, seigneur de Canac, receveur de Castelnau-de-Montmirail  et Nègrepelisse, de Meyrueis et de Creissels. Administrateur et trésorier général de la comté, conservateur du domaine de Navarre (charge créée spécialement par Henri d’Albret, roi de Navarre, époux de Marguerite d’Angoulême, à la demande de Georges d’Armagnac), il fut aussi plusieurs fois consul du bourg de Rodez entre 1534 et 1551. Il épousa en 1533 Souveraine de Mayres, fille de bertrand de Mayres (3e consul du Bourg en 1521 et ancien secrétaire de François d’Estaing), ce qui lui permit de rentrer dans le patriciat ruthénois. Ils eurent trois enfants : Georges, Cécile et Nicolas. Georges, qui continua les fonctions de son père7, reçut le château de Canac lors de son mariage en 1559. C’est à l’occasion du mariage d’Anne Sicard, fille de Georges, que le château de Canac entra dans la famille de Campmas  au cours des années 1580.

Un acte notarié de 1587 confirme que le château appartient à Durant Campmas. La même famille le possède tout au long du XVIIe siècle, comme l’indique différents inventaires. Celui du 23 juillet 1652 (réalisé suite au décès de Campmas, conseiller du roi) fait état d’un château encore habité, mais vraisemblablement par un métayer. Jacqueline Dambe (ou Dambes, veuve de Campmas) indique que son mari lui a assigné le château de Canac, avec terres, bêtes et meubles. Le 28 juin 1689, un nouvel inventaire est réalisé suite au décès de Jacqueline Dambes. Il précise que Cécile Tabarelle est alors gouvernante du domaine et que divers travaux de restauration ont été menés.

En 1769, le château est vendu à Jean-Antoine Gurbaldy pour 44 000 livres. Léon Boyer en fait l’acquisition auprès d’Isidore de Coignac et Claude Benoit au cours des années 1850. La famille Boyer le conserve suite au décès de Léon Boyer le 24 décembre 1865, avant que Paul Bugard ne l’achète le 25 mars 1903 (étude Cambon, à Rodez). Ce dernier en confie la restauration à l’architecte départemental de l’Aveyron, Henri Pons. L’ancien escalier en vis, alors en mauvais état, est alors démoli et reconstruit11 tandis que l’enduit recouvrant les façades est supprimé. Paul Bugard décède le 23 octobre 1947. Le château est revendu le 4 février 1948 à l’industriel René Agalède (fabriquant de filets de pêche) le 4 février 1948.

Le château a été  inscrit  à  l’inventaire  supplémentaire  des  Monuments  historiques  le 17 mai 1990 puis classé le 1er juillet 1991.

En 2014, le château est vendu à la famille Busset et des travaux de restauration ont été conduits depuis 2014 par la famille Busset.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]