Château de Bonneville-sur-Touques

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Château de Bonneville-sur-Touques
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Cour intérieure.
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XIe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
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Le château de Bonneville-sur-Touques est un ancien château fort, du XIIe siècle, construit sur l'emplacement d'une antique forteresse, du XIe siècle, aujourd'hui en ruine, dont les vestiges se dressent sur la commune française de Bonneville-sur-Touques dans le département du Calvados, en région Normandie.

Les restes du château de Guillaume le Conquérant font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par arrêté du [1].

Localisation[modifier | modifier le code]

Les vestiges du château sont situés au bourg sur une motte castrale à 150 mètres au sud-sud-est de l'église Saint-Germain-et-Saint-Loup de Bonneville-sur-Touques, dans le département français du Calvados. Il avait pour fonction de commander la basse vallée de la Touques et le port d'embarquement pour l'Angleterre, l'un des plus fréquenté de Normandie au Moyen Âge[2].

Historique[modifier | modifier le code]

L'entrée du château.

Le château de Bonneville-sur-Touques est construit aux XIe et XIIe siècles. Il appartient à Guillaume le Conquérant (c.1027-1087), d'où la dénomination « château de Guillaume le Conquérant » qui lui est parfois donnée localement[3]. C'est dans le manoir que Harold Godwinson jure devant Guillaume, contre sa liberté, de défendre les droits du duc à la succession d'Édouard le Confesseur[2]. C'est à Touques que Guillaume, avant de s'embarquer pour l'Angleterre, confie la régence de la Normandie à son épouse la duchesse Mathilde, et c'est également là qu'il partage son héritage entre ses trois fils[2].

Lorsqu'ils viennent d'Angleterre, ses occupants, les ducs normands, débarquent dans le port proche de Touques et rejoignent le château par la route.

Henri Ier, Henri II et ses fils Richard Cœur-de-Lion et Jean sans Terre font de Bonneville leur pied-à-terre préféré en Normandie[3]. En 1112, Henri Beauclerc, y fait arrêter Robert de Bellême, qui sera transféré à Warham (Norfolk) où il finira ses jours.

Le château actuel est construit par Henri II Plantagenêt entre 1170 et 1180 où il séjournera à plusieurs reprises. Le choix du site n'est pas dû au hasard, car Touques occupe une position centrale en Normandie, face aux côtes anglaises[2]. Henri y tient « une cour fort brillante »[3], et après lui y résideront Aliénor d'Aquitaine et Jean sans Terre entre 1199 et 1203[3].

Du XIIIe au XVe siècle, le château est alternativement propriété anglaise ou française, au gré des conquêtes de chaque camp : « de 1203 à 1449, c'est-à-dire en 246 ans, les Anglais et les Français se le reprirent cinq fois. »[3].

En 1204, Philippe Auguste s'empare de la Normandie et met ainsi la main sur le château. Il en abandonne la jouissance aux évêques-comtes de Lisieux, qui portent déjà le titre de baron de Touques, lesquelles en font une résidence de campagne[3].

Philippe IV le Bel (1268-1314) le remet en défense et Charles V (1338-1380) le pourvoit d'une garnisons de « quarante lances »[2].

Le dimanche , le roi d'Angleterre Henri V débarque sous les murs de Touques « avec une grande armée navale » et s'empare du château tenu par le capitaine, Jean d'Angennes, qui le « rendist le lundy nœfvisme jour d'august en l'obéissance du roy d'Angleterre moiennant les corps et biens saulfs de luy et de ses gens ». Le château sera occupé pendant 32 ans avant que la place se rende, au bout de trois jours de résistance, à Dunois en 1449[2].

La fin de la guerre de Cent Ans, en 1453, signe le début du déclin du château. En 1529, François Ier cède le château à la maison de Bourbon-Orléans[3]. François Ier y séjourne quelques jours en 1545[3], alors qu'il envisage une expédition en Angleterre. En 1562, l'amiral de Coligny s'en empare et les troupes royales le reprennent l'année suivante, et en 1580 il est pris par les ligueurs[2].

Au XVIe siècle, le château est en partie démantelé par Crillon (1543-1615), qui l'a victorieusement assiégé[3]. En 1610, le château est pour la dernière fois remis en état, mais on continu d'y nommer des capitaines jusqu'à la Révolution[2].

L'envasement de l'embouchure de la Touques provoque le dépérissement du port de Touques et, par voie de conséquence, réduit encore l'intérêt stratégique du château de Bonneville.

En 1649 et en 1742, des autorisations sont données pour que la construction de l'église de Bonneville puisse se faire en prélevant des pierres sur le château[3].

En 1792, Philippe Égalité, duc d'Orléans, met en vente le château, qui est acheté pour 3 000 livres par M. Labbey, de Reux, et Charles-Claude Lefebvre, de Pont-l'Évêque[3]. En 1872, les vestiges du château passent à la famille Léo.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands utilisent le château comme campement pour l'organisation Todt : 700 travailleurs de toutes nationalités, affectés à la construction du « Mur de l'Atlantique », y sont regroupés[3]. À la Libération, le château reste une prison pendant encore dix-huit mois, cette fois pour des personnes suspectées de collaboration avec l'occupant nazi[3].

Description[modifier | modifier le code]

Il reste peu de choses aujourd'hui du château qui connut sa gloire entre le XIVe et le milieu du XVe siècle.

Au temps de sa splendeur, le château comprenait : une grosse tour (donjon), un logis (XIVe), la maison du fermier, une tour-porte d'entrée avec pont-levis et cinq tours : la tour de Rollon, la tour aux prêtres (tour de la chapelle), la tourelle à la guête (tour du serment), la tour des Rouvoisons (tour du roi Jean), et la tour de Robert le Diable).

Des fouilles entreprises en 1965, Michel de Boüard, directeur du centre de recherches archéologiques médiévales de l'Université de Caen, fait ce résumé : « Les édifices d'habitation semblent avoir été particulièrement nombreux dans la partie septentrionale de l'enceinte ; ils étaient adossés au rempart nord et ouvraient ainsi leurs fenêtres vers le midi. Entre la porte d'entrée et la tour des Rouvoisons se trouvait la « grande salle », toute voisine de la porte, la « chambre le Roy », la « chambre la Royne », la « chambre as chevaliers » qui confinait la « grande salle ». Plus à l'est, on voyait la salle du Tinel, puis la cuisine et le manoir du capitaine, c'est-à-dire la résidence du commandant de la garnison du château. Les soubassements de ce dernier édifice se trouvent aujourd'hui sous la maison d'habitation que l'on a construite vers 1830 à l'extrémité orientale de l'enceinte : des sondages effectués récemment ont permis de les apercevoir. »[4].

De nos jours, il subsiste de la forteresse de la fin du XIIe siècle, des fossés profonds, l'enceinte polygonale plus ou moins ruinée, et cinq tours sur les huit d'origine : tour de Robert le Diable, la mieux conservée ; tours du roi Jean, du Conseil, de la Chapelle, de Rollon, ainsi qu'une partie du donjon sur le flanc nord qui était le plus vulnérable, et une porte ogivale autrefois précédée d'un pont-levis[5].

Selon A. Blanchet, un réseau de grottes ferait communiquer la place forte avec un lieu-dit situé aux environs de Trouville, dit les Greniers[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Restes du château de Guillaume le Conquérant », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a b c d e f g et h Bernard Beck, Châteaux forts de Normandie, Rennes, Ouest-France, , 158 p. (ISBN 2-85882-479-7), p. 96.
  3. a b c d e f g h i j k l et m Jean Bureau, Jean Chennebenoist et Gérard Léo, Touques, son passé, ses monuments - Le château de Bonneville, Amis du musée de Trouville et du passé régional, 1968.
  4. Michel de Boüard, « Fouilles au château de Bonneville-sur-Touques », Annales de Normandie, .
  5. Beck 1986, p. 98.
  6. Guy Le Hallé, Châteaux forts de Basse-Normandie, t. II, Louviers, Ysec Éditions, , 160 p. (ISBN 978-2846732154), p. 53 (Bonneville-sur-Touques).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • CV Le Court, Touques et le château de Bonneville, Impr. Delahais, Pont-l'Évêque, 1868.
  • Abbé Noël, Bonneville-sur-Touques, son château, son église, Impr. Domin, 1898.
  • André Gilbert, Le Château de Bonneville-sur-Touques, Delesques, Caen, 1894.
  • La chapelle du château de Touques (tiré à part), Société historique de Lisieux, 1930.
  • Louis Collet, « Le service du guet au XVe siècle, particulièrement au château de Bonneville-sur-Touques », Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, T.L. (1946-1948).
  • Michel de Boüard, « Fouilles au château de Bonneville-sur-Touques », Annales de Normandie, 16e ann., n° 4, , p. 351-378.
  • Jean Bureau, Jean Chennebenoist et Gérard Léo, Touques, ses monuments, son passé. Le château de Bonneville, Trouville, 1968.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]