Château d'Hérouville

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La grille d'entrée du château, carte postale ancienne.

Le château d'Hérouville est une gentilhommière du XVIIIe siècle (1740) située dans le petit village d'Hérouville, sur la RD 927 reliant Pontoise à Méru, dans le département du Val-d'Oise, en France.

Le château est connu pour avoir été un très célèbre studio d'enregistrement ayant accueilli pendant deux périodes distinctes, à sa grande époque, des musiciens et chanteurs internationaux et français entre 1969 et 1985.

Histoire[modifier | modifier le code]

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De nombreuses familles de la haute noblesse résidaient sur le fief d'Hérouville-Auvers-Isles Adam. Un certain nombre de chevaliers et seigneurs[Qui ?] ont vécu à Hérouville.

Anne de Laval était la fille de Guy XVI, comte de Laval et de Anne de Montmorency, dame d'Acquigny et de la Rochepot (1505-1554). Louis de Sully était seigneur de La Roche-Guyon (mort en 1557).

La construction d'un premier château fut à l'initiative d'un dénommé Jean de Berbisy, fils unique de Jean de Berbisy, originaire de Bourgogne, quatrième fils d'Henri, écuyer de Charles Le Téméraire, qui épouse le 17 mai 1544 Claude de Sansac, héritière du fief d'Hérouville et d'Auvers.

La seigneurie d'Hérouville fut cédé en 1680 à Louis Armand 1er de Bourbon, Prince de Conti[1]. En effet, Louis Armand 1er de Bourbon, prince de Conti à 18 ans, épousa Marie-Anne, fille illégitime du roi Louis XIV, âgée de 13 ans, légitimée en mai 1667. Le mariage fut célébré le 16 janvier 1680 à Saint-Germain-en-Laye. Ce fut le premier mariage entre un prince de sang et un enfant naturel d'un roi. Marie-Anne fut appelée Mademoiselle de Blois (fille de Louise de La Vallière). La dot du roi s'éleva à un million de livres, et le château d'Hérouville fut acheté pour être la demeure du couple.

Le mariage ne fut point heureux dans la mesure où, selon la petite histoire, la nuit de noce a été chaotique. Le prince a fini par être envoyé sur le front hongrois par le roi car après avoir été éconduit par la jeune mariée, il mena une vie de « débauche ». Il revint du front pour soigner sa maîtresse qui avait contracté une maladie vénérienne et c'est en la soignant que lui-même l'attrapa et en mourut rapidement. Marie-Anne devint princesse douairière à la mort de son mari et accéda à une richesse incommensurable qui lui permit d'acquérir un certain nombre de biens immobiliers, dont le pavillon de Blois à Bougival en Yvelines qui a une ressemblance architecturale avec le château d'Hérouville.

Le château actuel fut construit en 1740 d'après les plans de l'architecte Gaudot de l'école de Rome, sur les ruines de l'ancien manoir du couple. Le bâti est composé de deux ailes, nord et sud, avec étage, combles et annexes latérales. Les deux ailes sont reliées par un haut mur couvert de lierre et percé en son centre d'un portail en bois.

Au XIXe siècle, il servit de relais de poste (entre Versailles et Beauvais) et comptait des écuries situées probablement dans la grange qui est une dépendance du château, avec une centaine de chevaux, à l'initiative d'Achille Louis de Brisay mari d'Agathe Sedaine. Achille Louis de Brisay fut le maire d'Hérouville, Baron et Comte, procureur général auprès de la cour, commissaire spécial, chevalier de Malte. Ce fut un homme qui avait le goût de la spéculation, ce qui l'amena à la ruine. Ses biens ont commencé à être vendus en 1855 après sa mort (84 ans). Puis le château subit des affres divers et variés, en partie démoli. Il fut vendu en 1861.

La duchesse de Berry y passa, Louis XVIII ainsi que Charles X se servirent des attelages.

Le château fut un lieu de rencontres et de villégiature pour Frédéric Chopin et George Sand.

Il servit de décor en 1829 dans une scène de chasse, et son histoire est racontée dans Modeste Mignon 1844 d'Honoré de Balzac[2].

Les studios d'Hérouville[modifier | modifier le code]

Le compositeur Michel Magne cherchant pour travailler un lieu tranquille à la campagne l'achète en co-propriété avec un ami J.C Dragomir en 1962[3] pour y habiter avec sa famille. Il fait aménager dans les combles de l'aile Nord une salle de musique, pour ses besoins personnels avec piano à queue, orgue électronique, instruments divers, et de quoi travailler pour ses assistants (entre autres, Jean-Claude Vannier, Jean-Claude Petit, Karlheinz Schäfer, Éric Demarsan, Michel Colombier...). Son ami Dragomir décède dans un accident de voiture en 1965. Michel rachète les parts du défunt et devient le propriétaire de la totalité du château, s'aménageant une superbe salle de musique dans les combles de l'aile Nord. À la suite d'un incendie accidentel ayant ravagé une partie de l'aile Nord des deux bâtiments le 26 mai 1969, il fait transformer les combles de l'aile Sud en studio d'enregistrement, et, devant l'énormité des frais engagés, crée une société d'exploitation commerciale, la SEMM (Société d'Enregistrement Michel Magne), le 18 novembre 1969, afin d'exploiter commercialement ce studio de 100 m2 et 6 m de hauteur sous plafond, à la lumière du jour. Comme Hérouville est loin de Paris, il propose à ses clients de se restaurer et de dormir sur place pendant plusieurs jours ou semaines : le Strawberry Studio est donc le premier en France (et le deuxième au monde) appliquant le concept de studio résidentiel où travail, hébergement et restauration sont fournis — et le seul, à l'époque, qui va accueillir régulièrement des artistes anglo-saxons en plus d'une clientèle typiquement française. Les débuts sont difficiles, mais dès 1971 arrivent Gong, Eddy Mitchell, puis des groupes et producteurs anglo-saxons: Elton John qui appelle le château Honky Château, Pink Floyd, Cat Stevens, Rainbow, T. Rex, David Bowie, Uriah Heep, etc. Son premier ingénieur du son est Gérard Delassus, un vieil ami de Michel, qui l'avait aidé à aménager sa salle de musique partie en fumée.

En 1969, le village d'Hérouville sert de décor naturel pour le tournage de certaines scènes du film La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan avec Bernadette Lafont. Rien n'a été tourné au château même.

Entre 1971 et 1973, trois années d'activité intense, les studios tournent à plein régime 20 h sur 24 et 6 jours sur 7. La prise de son est assurée entre autres par un jeune ingénieur du son Dominique Blanc-Francard, puis Andy Scott et Gilles Sallé comme assistant en 1972, avec aussi Christian Gence ou André Harwood. La renommée et le succès du studio deviennent énormes, et Michel Magne crée le premier studio mobile 16 pistes français, le Strawberry Mobile. Le personnel se compose à l'époque de quinze salariés: un gardien, un jardinier, un intendant, deux femmes de ménage (quinze chambres d'hôtes), deux cuisiniers, un menuisier, deux hôtesses, un secrétaire plus l'équipe technique, deux ingénieurs du son... Pour payer les frais de fonctionnement très importants, un deuxième studio, Le Chopin, est créé début 1972 au rez-de-chaussée d'une dépendance située sur le devant de la propriété, le long de la route traversant le village, avec un portail d'entrée donnant directement sur une grande cour pavée au no 4 rue Georges Duhamel. Le Chopin est aménagé avec du matériel dernier cri: au premier étage des bureaux, un logement, et au rez-de-chaussée le studio proprement dit dont le sol bétonné, décaissé, accueille plusieurs plateformes pour les musiciens et une galerie vitrée pour les photographes. Avec ces nouveaux lieux, la capacité d'enregistrement augmente et de nombreux artistes s'y succèdent dont toujours, beaucoup d’Anglo-Saxons, même si l'acoustique n'est pas aussi réussie que celle du studio du haut... Mi-72, Michel Magne, lassé de son rôle de patron/gestionnaire de studio, désire de se dégager du château pour reprendre son métier de compositeur de musique de film. Il signe un accord le 30 juin 1972 avec Yves Chamberland, propriétaire du studio Davout. Il lui cède pour 1 Franc symbolique la SEMM, qui accuse un passif de 600 000 Francs, mais reste propriétaire des murs du château. Chamberland procède à quelques réaménagements techniques et adopte des techniques de gestion plus rigoureuses – notamment pour l'accueil, la restauration et l'hébergement. David Bowie se plaint ainsi d'avoir mangé beaucoup de pommes de terre et de lapin durant son séjour pour «Pin Ups». La situation financière dérape quand même: Chamberland jette l'éponge, récupère son matériel, quitte le château et lance des procédures judiciaires, à la suite d'un déficit qui atteint désormais 1,2 million de Francs. Les studios restent abandonnés pendant l'hiver 73/74, le parc est laissé à l'abandon... Pendant cette période, Jean-Pierre Ezan et Claude Harper continuent l'activité tant bien que mal.

La deuxième vie des studios[modifier | modifier le code]

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Michel Magne, parti vivre, début 1973, à Saint-Paul-de-Vence, cherche un nouveau gérant pour reprendre l'activité du studio lorsque Chamberland l'abandonne. Faisant appel à ses nombreuses relations, il trouve et signe un accord avec le producteur et musicien Laurent Thibault qui reprend l'activité le jour de ses 28 ans, le 24 juin 1974. Grâce à une profonde remise en état des lieux, laissés à l'abandon depuis presque un an, et à une gestion plus professionnelle, l'activité reprend fin 1974. Laurent Thibault devient l'ingénieur du son attitré d'Hérouville (un seul studio est actif). En 1975, le château est le premier studio européen équipé d'une acoustique Westlake. Un peu plus tard, il s'équipe d'une console MCI JH536 et de magnétophones de la même marque. De grands albums mythiques sont enregistrés : T. Rex, John McLaughlin : Inner Words, Tom Jones, Saturday Night Fever des Bee Gees, The Idiot d'Iggy Pop (où Laurent Thibault est également bassiste), Low de David Bowie, Rick Wakeman, Fleetwood Mac, Ritchie Blackmore 's Rainbow : Long Live Rock 'n'Roll (1978), Marvin Gaye, Patrick Coutin : J'aime regarder les filles, Jacques Higelin : Irradié (1975), No Man's Land (1977), Champagne et Caviar (1978), (1985), Magma : mixage de Live / Hhaï (1975), Attahk (1978), Charlélie Couture : Pochette surprise, Poèmes rock (1981), Tchao Pantin (1983)…

La fin des studios[modifier | modifier le code]

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Dès 1973, Yves Chamberland a entamé une procédure judiciaire, qui aboutit à la mise en faillite personnelle de Michel Magne. Les murs du château sont acquis aux enchères en 1979 par la société Service Terrains, qui continue de louer le lieu à la société de Laurent Thibault, propriétaire du bail, ayant réglé les dettes de la société SEMM en huit ans.

En 1978, Michel Magne revient habiter à Paris. À la suite de sa liquidation judiciaire personnelle, dépressif, ne s'étant jamais remis de la perte de son château, Magne se donne la mort à Cergy dans une chambre d'hôtel, le 19 décembre 1984.

Après avoir laissé l'activité du studio continuer pendant trois ans, le propriétaire fait monter la pression auprès de Laurent Thibault : il souhaite en fait transformer le vaste parc arboré de 17 000 m2 en lotissement pavillonnaire, et l'ensemble cour et grange en centre hippique. Heureusement, le bassin-abreuvoir octogonal dans la cour pavée avait été classé à l'inventaire à la demande de Laurent Thibault (voir références[Lesquelles ?]) afin de sauver et préserver le site. Par ailleurs, le château se trouve à moins de 500 mètres de l'église d'Hérouville, classée monument historique. Aussi le propriétaire ne peut rien changer d'apparent.

En juillet 1985, à la suite d'un commandement de quitter les lieux, Laurent Thibault quitte Hérouville. Le propriétaire doit ensuite se contenter d'aménager le premier étage de la grange du studio Chopin en magasin de sellerie et fournitures (à l'enseigne Cheval Paradis). Il fait poser une grande enseigne sur la façade du bâtiment donnant sur la rue. La mairie d'Hérouville s'oppose à ses projets d'aménagement du parc, les permis de construire sont refusés, et aucun des projets immobiliers du promoteur ne voit le jour. Des locataires occupent l'aile gauche, découpée en appartements. L'aile droite reste vide.

La société Arkamys vient louer l'aile droite du château en 2001, d'autres la rejoignent (QIO, le Château Numérique…), encouragées par le Conseil régional du Val d'Oise, mais fin 2005, le château est de nouveau vide. En juin 2013, il est officiellement mis en vente à 1,29 million d'euros[4].

En 2015, le château est racheté au fils du promoteur par un collectif composé de trois ingénieurs du son et d'un analyste financier. Un projet de renaissance des studios voit alors le jour[5],[6],[7]. Le centre de formation Sup HD Audio prend place dans l'ancien studio Chopin, dans la cour, dès novembre 2015. Le studio « historique » des combles est réaménagé, un autre, adjacent, créé dans l'aile droite (anciens appartements de Michel Magne). Leur inauguration est prévue pour fin 2016.

Concerts[modifier | modifier le code]

Le 21 juin 1971, Grateful Dead vient en France pour un concert au festival d'Auvers-sur-Oise, mais à cause du temps pluvieux et l'état du terrain où le concert doit avoir lieu, Michel Magne les invite au château d'Hérouville où ils vont jouer en soirée et tard dans la nuit devant 200 personnes, dont une partie des habitants du village. Un détachement des pompiers de Pontoise vient sur place à la demande de Michel Magne qui ne veut ni gendarmes ni policiers à l'intérieur de sa propriété. Le champagne coule à flots, la fête est filmée pour la télévision.

Artistes ayant enregistré au château[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives nationales, cote AN R3-83.
  2. « Revenu avec le Roi en 1814, le vieux maréchal mourut en 1819 sans avoir pu marier son fils […] ; il ne lui laissa que l'immense château d'Hérouville, le parc, quelques dépendances et une ferme assez péniblement rachetée, en tout quinze mille francs de rente » - L'héroïne de cette scène est Modeste Mignon de La Bastie dans Modeste Mignon, édition dite « du Furne », vol. 4, p. 251-252
  3. Emmanuel Tellier, « La folle histoire d'Hérouville, château pour rock stars », sur télérama,‎ (consulté le 9 août 2013)
  4. « À vendre : un château mythique du rock pour 1 295 000 euros dans le Val-d'Oise », Le Nouvel Observateur, 14 juin 2013.
  5. « Les mythiques studios d'Hérouville vont enfin revivre », Le Parisien, édition du Val-d'Oise,‎ (lire en ligne).
  6. « Le centre de formation du son s'installe au château d'Hérouville », Le Parisien, édition du Val-d'Oise,‎ (lire en ligne).
  7. Alexandre Boucher, « Le parc du château d’Hérouville retrouve son éclat d’antan », Le Parisien, édition du Val-d'Oise,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Archives nationales de France :
    • Comptes du prince de Conti, détails des travaux, achats de meubles et plans de construction : cote AN R3-83.
    • Comptes généraux des princes et princesses de Conti, AN R105-116 années : 1680-1734, 1776-1789.
    • Prince de Conti commune d'Hérouville : série R 3 1 - 104.
    • Comptes des trésoriers des Conti 1681 : série R3 257-303.
    • Mémoires, titres et inventaires, procès et successions XVIIIe siècle : série R3 117 - 125.
    • Répertoires des notaires an VIII-1867 : série U 5964.
    • Notaire d'Hérouville Pierre Cailleux (30 septembre 1780) aveu et dénombrement de la seigneurie d'Hérouville rendus par la marquise de Brisay au prince de condé : 292 pages 2E30 545.
    • Bénédiction de la chapelle du château : série G114.
  • « Hérouville - La vie de Château », Home Studio, no 28, février 1999.
  • « Le Château d'Hérouville », extrait de l'émission Pop etc., France-Inter, 18 février 2012, avec DBF, Marie-Claude Magne, sa deuxième épouse et Valli.
  • « Hérouville Story », Radio RGB, six fois deux heures, (en ligne).
  • Franck Ernould, La vie de Château. Michel Magne, un Homme hors du commun, (publication ?)
  • Magic, janvier 2016, ouverture.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • David Bowie, l'homme aux 100 visages, film de Gaëtan Châtaignier et Christophe Conte.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]