Château Woolsack

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Château Woolsack
Image illustrative de l’article Château Woolsack
Façade du château Woolsack, à Mimizan
Période ou style Style Tudor
Début construction 1911
Propriétaire initial Duc de Westminster
Destination initiale Pavillon de chasse
Propriétaire actuel Particuliers
Destination actuelle Résidence
Protection Logo des sites naturels français Site classé (1978)
Coordonnées 44° 13′ 35″ nord, 1° 13′ 11″ ouest[1]
Pays Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Département Landes
Commune Mimizan

Géolocalisation sur la carte : Landes

(Voir situation sur carte : Landes)
Château Woolsack

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château Woolsack

Le château Woolsack ou château de Woolsack ou encore The Woolsack est un ancien pavillon de chasse situé sur la commune de Mimizan, dans le département français des Landes. Construit en 1911 sur les bords du lac d’Aureilhan par Hughes Richard Arthur Grosvenor (1879-1953), IIe duc de Westminster, il est la réplique de la demeure de Rudyard Kipling, auteur du Livre de la jungle. Il est sur un site classé[2] par arrêté du 18 juillet 1978[3].

Présentation[modifier | modifier le code]

Le duc de Westminster[modifier | modifier le code]

Le duc de Westminster, né en 1879, est issu d'une des familles les plus riches et prestigieuses de Grande-Bretagne, il est réputé être l'homme le plus riche d'Angleterre. Le jeune aristocrate devient bientôt le gentleman le plus brillant du Royaume-Uni grâce à ses réceptions fastueuses, grandes chasses et voyages.

Origines du château[modifier | modifier le code]

Venu dans les Landes en 1910 sur les conseils de son ami Rawlinson qui chasse le sanglier à Mimizan avec maître Alphonse Bacon (notaire, maire de Labouheyre et conseiller général des Landes), le duc est conquis par la beauté des paysages[4].

Peu après cette première visite, le duc fait l'acquisition d'une surface boisée de plus de 10 hectares sur les berges du lac d'Aureilhan pour y construire un pavillon de chasse[5]. Celui-ci lui est offert par la couronne britannique, en reconnaissance du courage dont il a fait preuve pendant la Seconde Guerre des Boers et pour le service rendu.

Les travaux de construction débutent dès 1911. Les architectes Detmar Blow et Fernand Billerey suivent les plans réalisés par sir Herbert Baker pour la propriété « Woolsack » en Afrique du Sud, bâtie par Cecil Rhodes pour le compte de Rudyard Kipling, et qui inspirera également le nom de la propriété mimizannaise[2].

La vie au château[modifier | modifier le code]

Sans attendre la fin des travaux, le duc de Westminster fait son tout premier séjour sur son nouveau domaine dans un chalet spécialement aménagé pour lui pour y passer les fêtes de Noël, événement que relate le Daily Mail dans son édition du 23 décembre 1911[5]. Il vient par la suite séjourner régulièrement jusqu'en 1940 dans sa propriété, imitant le style Tudor des maisons du Cap[6]. Ces séjours lui permettent d'échapper pour un temps aux contraintes officielles et d'organiser chasses à courre et réceptions.

Le duc et ses invités gagnent la région en train jusqu'à la gare de Labouheyre, où le chauffeur Monsieur Fournier vient les chercher. Mais en l'absence d'un chemin d'accès terrestre, et faute d'accord de la mairie pour en aménager un, c'est en bateau à moteur avec cabine depuis Aureilhan que le duc rejoint sa propriété. Il fait pour cela édifier un ponton en béton sur les bords du lac où il fait graver son initiale « W ». Sur la rive opposée, un ponton en bois au pied des marches permet l'accès à sa propriété. C'est également en bateau que se fait le ravitaillement[5].

La venue du duc constitue un événement important pour la région et de nombreux habitants entrent à son service[7]. Un quartier anglais est construit à l'écart du château, comptant une dizaine de bungalows en bois laqué blanc et noir. Il accueille le personnel chargé d'organiser les parties de chasse, l'intendante, la gouvernante, les maîtres-chiens, le muletier, le chauffeur, les palefreniers et les amis[7]. Une trentaine de chevaux occupent les écuries attenantes et le chenil compte pas moins de soixante chiens[4].

Invités de marque[modifier | modifier le code]

De 1924 à 1930, Coco Chanel est une intime du duc et visiteuse privilégiée du château où elle vient se ressourcer. Elle est parfois accompagnée de ses petites mains, les « cousettes », leur offrant quelques jours de vacances à la villa « Le Pylône »[a], quelques années avant l'instauration des congés payés. La relation entre Coco Chanel et le duc prend fin lorsque celui-ci se marie le 20 février 1930 pour la troisième fois, avec Loëlia Ponsonby. Dans ses mémoires, cette dernière écrira à propos de Woolsack : « J'y ai fait abattre des arbres pour dégager la vue sur le lac, j'ai aménagé des marches pour descendre jusqu'à l'eau »[5].

D'autres personnalités de l'entre-deux guerres sont également invitées, comme Charles Chaplin, Salvador Dalí, Suzanne Lenglen, Lloyd George, Georges Carpentier ainsi que le roi d'Espagne Alphonse XIII, le dessinateur Sem, sir Anthony Eden. Winston Churchill, ami intime du duc depuis la guerre des Boers, fait de fréquentes visites à Woolsack, seul ou en famille. Il aime se promener sur les rives du lac et y installe parfois son chevalet pour peindre, il réalisera une vingtaine de toiles représentant Mimizan et ses alentours[4]. C'est à Woolsack que Churchill rencontre Coco Chanel pour la première fois en 1927. Il écrira : « Cette fameuse Coco apparut et j'en fut tout de suite séduit »[8].


Les loisirs[modifier | modifier le code]

La région très giboyeuse est peuplée de sangliers et chevreuils, permettant de belles parties de chasse à courre, raison d'être du pavillon. Palombes, grives, ortolans, bécasses sont également très recherchées par le duc[7]. Victime de la sur-chasse, le gibier se raréfie avec le temps et le duc déplace parfois bêtes et hommes à Saint-Saens en Normandie pour d'autres parties de chasse à courre[5].

Lady Grosvenor, tante du duc de Westminster, est précurseur en matière de camping à Mimizan. Cédant à une mode apparue au Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle, qui veut que d'excentriques aristocrates anglais parcourent leur vaste domaine dans des roulottes comme des Bohémiens, elle rend visite à son neveu le duc en août 1912, accompagnée de son fils et de ses deux fillettes, pour y établir un campement. La petite famille, accompagnée d'un cocher et d'une servante, débarque ainsi du bateau à vapeur Vosges au port de Bordeaux et fait étape à Labouheyre, voyageant à bord de deux roulottes tirées par des chevaux. L’événement a un tel retentissement qu'il fait l'objet d'un article paru dans le journal La Petite Gironde le 2 août 1912 intitulé « Un voyage original : de Bordeaux à Mimizan en roulotte »[5] et dans Le Républicain Landais du 4 août 1912, intitulé : « La duchesse en roulotte ». Il relate comment la richissime duchesse, vêtue comme une véritable Gitane et chaussant des sabots, bivouaque au bord de la route à Labouheyre avant de gagner le lendemain matin la propriété du duc de Westminster pour y passer ses vacances d'été sous une tente canadienne[6]. La pratique du camping, initiée à Mimizan par cette aristocrate britannique, se popularise quelques années plus tard dans l'entre-deux guerres avec les premiers congés payés puis surtout après guerre avec l'émergence de la société des loisirs. Un terrain de camping s'établit ainsi près du château de Woolsack, un autre investit au début des années 1950 l'ancien camp militaire allemand de la Kriegsmarine pour devenir le camping Marina[7].

Après le duc[modifier | modifier le code]

Les troupes nazies occupent Mimizan le 28 juin 1940. Le château est alors réquisitionné pour y loger les officiers et leurs ordonnances[9]. Dans son carnet de notes, la réfugiée russe Xenia Dénikine écrit en date du 30 août 1940 que le gardien du château doit, à la demande des Allemands, découdre le W qui orne sa vareuse, mesure qui s'avère inutile du fait que la trace fraîche laisse apparaître la lettre plus nettement encore sur le tissu déteint. Le duc avait pour habitude de garder enfermés quelques sangliers en prévision de ses chasses avec des invités de marque. Au début de l'Occupation, les gardiens, ne recevant plus d'argent d'Angleterre, libèrent les bêtes, ne voulant pas les nourrir à leurs frais. Ces dernières provoquent des dégâts dans la vigne et les poulaillers. Les habitants, privés de leurs fusils, organisent le 22 septembre 1940 une battue, armés de fourches et de gourdins. Le 9 mars 1941, les premiers Allemands arrivés à Mimizan partent, en emportant avec eux du mobilier volé dans les maisons qu'ils ont occupées. Woolsack n'est pas épargné et les meubles, la vaisselle, le linge de maison, les tableaux et jusqu'aux sangliers empaillés sont emportés. De nouvelles troupes allemandes arrivent dès le lendemain, 10 mars 1941[10]. Après le retrait définitif des troupes allemandes de Mimizan le 24 août 1944[11], la demeure est rendue à son propriétaire[2].

Le 7 février 1947, le duc épouse en quatrième noce Anne Nancy Winifred Sullivan. Alors que le jeune couple s'apprête à venir en lune de miel à Woolsack, le pavillon prend feu dans la nuit du 23 février 1947 et brûle en grande partie. Une fois avant son décès survenu en 1953, le duc reviendra à Woolsack pour décider de la vente de sa propriété[5]. Restauré par M. Sargos, le château devient dans les années 1980 la propriété du Groupe Gascogne qui le destine à des séminaires et réceptions. Il est aujourd'hui propriété privée de particuliers[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pension de famille située au 59 rue de la Poste, à Mimizan-Plage

Références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. a, b, c et d Panneau de présentation du monument sur site
  3. Site classé des abords du lac d'Aureilhan
  4. a, b et c Exposition ASEM Archéologie à Mimizan, juillet 2009
  5. a, b, c, d, e, f, g et h Mimizan, Woolsack, Coco Chanel et Le Pylône, Georges Cassagne, imprimerie Andres à Labouheyre, juin 2011
  6. a et b Georges Cassagne, Mimizan, Clins d'œil au passé, Biarritz, Éditions Atlantica, , 143 p. (ISBN 978-2-7588-0008-8)
  7. a, b, c et d Mimizan, perle de la côte d’argent, d'Hervé Foglia
  8. Extrait de The Woolsack, groupe Gascogne
  9. Mimizan au XXe siècle, mémoire de Jean Guignet
  10. Marina Grey, Mimizan-sur-Guerre : Le Journal de ma mère sous l'Occupation, Éditions Stock, , 468 p. (ISBN 2-234-00498-5)
  11. « 1944, les derniers jours de l'Occupation », extraits du mémoire de Jean Guignet Mimizan au XXe siècle

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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