Château Rothschild (Boulogne-Billancourt)

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Ne doit pas être confondu avec Château Rothschild (Reichenau an der Rax).
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Château Rothschild
Boulogne-parc-Rothschild 18.JPG
Le château Rothschild en 2008.
Présentation
Destination initiale
Résidence de la famille Rothschild
Destination actuelle
Château en ruine
Parc public
Style
Architecte
Construction
1855—1861
Commanditaire
Propriétaire
Groupe Immobilier Novaxia
Statut patrimonial
Localisation
Adresse
1ter, boulevard Anatole-France
Boulogne-Billancourt
Drapeau de la France France
Coordonnées
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Le château Rothschild est un château situé à Boulogne-Billancourt en France dans les Hauts-de-Seine. Il a été construit de 1855 à 1861 dans le style Louis XIV à la demande du banquier James de Rothschild. Il était entouré de splendides jardins à la française et à l’anglaise sur trente hectares. Le château fut longtemps un lieu de rencontres de la haute société. Pillé par les nazis et endommagé par les Américains lors de la Seconde Guerre mondiale, il a été ensuite revendu. Totalement abandonné, il est aujourd'hui en ruine. Quinze hectares du parc subsistent en parc public, le reste est à l’abandon ou a fait place à diverses constructions et aménagements.

Historique[modifier | modifier le code]

Situé à Boulogne-Billancourt, le domaine originel avait été acquis en 1817 par James de Rothschild au banquier Jean-Charles Davillier. Ce dernier l'avait acheté à un certain Hamelin, conseiller du roi, qui avait fait reconstruire en 1776 une première fois le château appartenant autrefois à Joseph Fleuriau d'Armenonville, dans le style néo-classique.

James le fit entièrement reconstruire de 1855 à 1861 par l’architecte Joseph-Armand Berthelin dans le style Louis XIV[1],[2], en s'inspirant du château de Clagny.

Les façades principales de la demeure, se développant sur 120 mètres, étaient prolongées par deux terrasses latérales plantées d'une double rangée de tilleuls taillés « en berceau » ; le parc de 30 hectares, tracé et planté à cette époque, jouxtait le bois de Boulogne – que Napoléon III faisait alors aménager pour les Parisiens par Varé et Alphand – longeait la Seine et côtoyait le quartier dit « des Menus Plaisirs ».

La décoration intérieure et les jardins à la française étaient d'Eugène Lami, le parc à l’anglaise de Joseph Paxton ; leur entretien était assuré par 60 jardiniers.

Une grande orangerie provenant de l'île de Puteaux, vendue par James de Rothschild après 1848, abritait l'hiver camélias arborescents, grenadiers, myrtes, mimosas, aloès, agaves, disposés dehors en été, et une quinzaine de gros orangers en caisses, que début mai un chariot tiré par quatre percherons transportait dans la cour d'honneur.

Le jardin à la française, parallèle au saut-de-loup du bois de Boulogne et en bordure du boulevard Anatole France, rendu invisible par une haie d'arbustes de trois mètres de haut, avait un parterre de 180 mètres sur 60, orné de broderies de buis et de séries de rosiers greffés sur tige et l'habituel grand bassin rond central. Jusqu'en 1939 il fut fleuri de 40 000 géraniums en quatre variétés roses et une blanche – produits à partir de 100 000 boutures ! – plus les plantes de bordures[3].

Le parc et les cultures étaient sillonnés d'un double réseau de canalisations. Couvrant également la superficie du domaine, une prise d'eau en Seine (avec une crépine face au quai du Quatre-Septembre) complétée par une station de pompage équipée d'une machine à vapeur alimentée au charbon, aspirait l'eau du fleuve et la refoulait vers de grands réservoirs dans le haut du parc.

Quant au « jardin japonais », ce fut une création de son fils Edmond qui, séduit par une présentation de végétaux d'ornement japonais à l'Exposition universelle de Paris en 1900, y acquit un lot de conifères cultivés en potiches apportés par un certain Hatta, qu'il engagea sur le champ et qui y resta sans avoir revu son pays. Sur un hectare l'émérite horticulteur de Tokyo put « multiplier les scènes et y introduire une magnifique collection de végétaux » ; le jardin fut achevé avant 1925 par Edmond de Rothschild qui en fut le propriétaire après la mort de James.

Devenus un lieu de mondanités, ces jardins furent fréquentés par Thiers, Guizot, Berryer, Émile de Girardin et son épouse, Henri Heine, Rossini et Chopin, et toute la nouvelle aristocratie européenne ; Debussy y composa ; ils devinrent une référence pour les horticulteurs après 1879.

Une pagode dotée d'un étage formant terrasse panoramique et un kiosque servaient de pavillon de thé où le baron aimait s'y délasser seul, entouré de conifères nains et d'érables japonais; Georges Clemenceau, amateur et collectionneur d'art asiatique, qui y fut invité, évoque brièvement le lieu dans ses Lettres à une amie 1923-1929[4].

Pendant l'Occupation, le château fut pillé par les nazis, puis saccagé en 1945 par l'armée américaine lors de manœuvres. Le parc fut amputé par l'extension de l'hôpital Ambroise-Paré et la construction de l’autoroute A13.


En 1975, dans son film India Song, Marguerite Duras choisit le parc, la terrasse et les extérieurs du château pour y reconstituer très librement les jardins de l'ambassade de France à Calcutta en 1937. La cinéaste tournera, un an plus tard, un second long métrage Son nom de Venise dans Calcutta désert dans les intérieurs de la demeure déjà à l'état de ruine très avancé. La succession des enfilades, depuis les pièces de service jusqu'aux salles de réception, allant des caves aux chambres de bonne en passant par les salons aux boiseries arrachées[5], fut magistralement filmée dans de très longs travellings par son directeur de la photographie, Bruno Nuytten.

En 1982, le baron Edmond de Rothschild cède une partie du parc qui prendra son nom pour un franc symbolique à la ville de Boulogne-Billancourt et vend en 1986 le château, ainsi que la parcelle "des Canadiens", à la société Jogo BV. Faute d'entretien, malgré les demandes de la Ville, le bâtiment est actuellement totalement dégradé et le toit est en partie effondré.

Le château de Buchillot en 2016.

Une folie voisine, le château de Buchillot, classé monument historique[6], avec son vaste parc, avait été annexée par James de Rothschild en 1817, permettant de faire passer la superficie du parc de 8 à 30 hectares. Son domaine a été séparé du parc en 1974 par la jonction entre l'autoroute A13 et le périphérique. Le bâtiment et le domaine actuel abritent le musée Paul-Belmondo. Ce château de style XVIIIe, est antérieur à la construction du château Rothschild.

En mai 2016 le groupe immobilier Novaxia fait l’acquisition de la société Jogo BV détenant le château et jusque-là détenue par un neveu du roi d’Arabie Saoudite[7]. Son objectif est de le réhabiliter dans l’esprit du schéma directeur validé par la mairie, les ABF et la commission nationale des sites en 2011[7]. Le château sera restauré et quatre immeubles construits sur les terrains adjacents pour financer l’opération[7]. La transaction s’élève à au moins dix millions d’euros, plus de vingt millions supplémentaires seront probablement nécessaires pour la restauration[7].

Le parc présente un ensemble d'arbres remarquables et classés dont un fameux tilleul de Hollande (Tilia platyphyllos Scop.) d'une hauteur de 20 mètres : ce sujet possède une taille monumentale, un port naturel majestueux et parfaitement conservé. Âgé de plus de 160 ans, il ne présente aucun signe de dégénérescence tandis que le tassement du sol à son pied reste limité. Cet arbre d'une grande prestance dans la position isolée qu'il occupe sur la grande pelouse qui va du château à la pièce d'eau offre au mois de mai une floraison exceptionnelle et odorante.

Galerie[modifier | modifier le code]

Les châteaux 
Le parc Edmond de Rothschild 

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. « « Château de la famille Rothschild », notice no IA00119907 », recensement immeubles MH, réf. IA00119907, base Mérimée, ministère de la Culture.
  2. « « Château Rothschild », notice no PA92000003 », recensement immeubles MH, réf. PA92000003, base Mérimée, ministère de la Culture.
  3. Une photographie reproduite par Marcel Gaucher, fils du régisseur du parc recruté en 1924, estime que 150 000 plantes étaient cultivées annuellement dans la propriété. On y voyait une collection de 230 variétés de rhododendrons.
  4. Gallimard, 1970.
  5. http://www.glauqueland.com/parpaing/duras/.
  6. « Base Mérimée », Ministère de la Culture
  7. a, b, c et d Jérôme Bernatas, « Boulogne : le château Rothschild tiré de trente ans d’abandon », sur leparisien.fr, (consulté le 5 mai 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Gaucher, Les Rothschild côté jardins, Arts et systèmes, 2000, 189 pages

Articles connexes[modifier | modifier le code]