Château Angélus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Angélus (homonymie).
Une bouteille d'Angélus 1989.

Le château Angélus est un domaine viticole familial de 39 hectares à Saint-Émilion en Gironde. En AOC saint-émilion grand cru[1], il est classé premier grand cru classé A dans le classement des vins de Saint-Émilion de 2012[2].

Histoire du domaine[modifier | modifier le code]

Le domaine doit son nom à la situation du vignoble, d'où les vignerons pouvaient entendre sonner l'angélus aux clochers des trois églises environnantes : la chapelle de Mazerat, l'église de Saint-Martin-de-Mazerat et celle de Saint-Émilion.

En 1910, Maurice de Boüard[3] hérite du Château Mazerat à Saint-Émilion de Jeanne Eugénie Souffrain[4] et y réside avec sa première épouse et sa fille. Veuf en 1920, il se remarie en 1921 avec Elisabeth Bouchet qui achète en 1922 le clos l'Angélus[5] à la Société Bernheim[6] . Le Château Mazerat (« Comte Maurice de Boüard propriétaire ») et l'Angélus (« Comtesse Elisabeth de Boüard de Laforest propriétaire ») restent deux propriétés distinctes jusqu'à la dernière guerre. Après la guerre, les deux domaines produisent sous le seul nom de Château l'Angélus (« de Boüard de Laforest & Fils propriétaires »). Leurs trois fils Jacques, Christian et Alain reprennent la propriété en 1946. Ce dernier se retire de la Société Civile du Château l'Angélus en 1960.

En 1985, Hubert de Boüard de Laforest, alors jeune œnologue, reprend l'exploitation familiale et y applique de nouvelles techniques jusque-là inédites parmi les grands domaines bordelais. L'œnologue-conseil Michel Rolland participe au renouveau du domaine qui le consulte dès le début des années 1980. En 1987, Jean-Bernard Grenié, époux d'Hélène fille de Christian de Boüard, rejoint Hubert à la direction de la propriété. La Société Angélus SA est créée en 1995, sous la forme juridique d'une Société anonyme à directoire et conseil de surveillance. En 1996, le château Angélus accède au rang de premier grand cru classé B, puis au rang de premier grand cru classé A en 2012. Selon les recherches de la journaliste d'investigation Isabelle Saporta, Hubert de Boüard serait juge et partie dans l'établissement du classement[7],[8].

En 2012 Stéphanie de Boüard-Rivoal, fille d'Hubert et petite-fille de Jacques de Boüard, devient co-directrice du Château Angélus. Elle est rejointe en 2016 par son cousin Thierry Grenié, fils de Jean-Bernard Grenié et d'Hélène de Boüard, et petit-fils de Christian de Boüard. La quatrième génération de la famille arrive aux commandes de la propriété.

Terroir[modifier | modifier le code]

Le vignoble se situe dans un amphithéâtre naturel, sur la côte et le pied de côte sud de Saint-Émilion, qui concentre les températures chaudes l’été et augmente la précocité. Le sol est naturellement drainé par la pente. La répartition entre calcaire et argile permet une alimentation régulière en eau et en minéraux.

Les porte-greffes sont adaptés au terroir et les cépages répartis en fonction des sols : merlots sur la côte (plus argileuse) et cabernets francs sur les sols sablo-argilo-calcaires du pied de côte. Signature de Château Angélus, la forte proportion de cabernets francs dans l’assemblage. L'encépagement est composé à environ 51 % de merlot, 47 % de cabernet franc et 2 % de cabernet sauvignon. Dans certaines années comme en 2003, la part du cabernet franc dépasse même celle du merlot.

Les vignes sont cultivées traditionnellement et pour partie enherbées.

Le vin mature 18 à 22 mois dans des barriques neuves.

En mars 2018, Stéphanie de Boüard-Rivoal annonce le passage de l'intégralité du vignoble à l'agriculture biologique[9]. Château Angélus est le premier grand cru classé A à se convertir au bio.

Vin[modifier | modifier le code]

Hubert de Boüard de Laforest et Emmanuelle d’Aligny-Fulchi sont les œnologues de la propriété. La vinification du grand vin se fait en cuves béton, bois et inox. La mise en barriques neuves s’opère immédiatement après écoulage et l’élevage dure de 18 à 24 mois. La mise en bouteille a lieu au château 20 à 26 mois après la récolte.

Le domaine produit par ailleurs un second vin de moyenne garde nommé « Le Carillon d'Angélus » ainsi qu'un troisième vin nommé le « No 3 d'Angélus » élaboré pour obtenir un plaisir immédiat, dès sa sortie des chais.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Château Angélus est régulièrement sollicité par le cinéma, figurant notamment dans :

  • Casino Royale (2006) de Martin Campbell avec Daniel Craig et Eva Green ;
  • La Môme (2007) de Olivier Dahan avec Marion Cotillard et Jean-Pierre Martins ;
  • Dialogue avec mon jardinier (2007) de Jean Becker avec Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin ;
  • Requiem pour une tueuse (2011) de Jérôme Le Gris, avec Clovis Cornillac, Mélanie Laurent et Tchéky Kario ;
  • Spectre (2015) de Sam Mendes avec Daniel Craig et Christoph Waltz ;
  • À Vif ! (2015) de John Wells avec Bradley Cooper ;
  • Un plus une (2015) de Claude Lelouch avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christopher Lambert.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  2. Deux nouveaux Saint-Émilion Premier Grand Cru classé A, Le Figaro, 6 septembre 2012.
  3. Selon le site internet du Château Angélus, « C’est à la fin du XVIIIe siècle, en 1782, que Jean de Boüard de Laforest, garde du corps du Roy, s’installe à Saint-Emilion. Sa fille, Catherine Sophie de Boüard de Laforest, épouse Charles Souffrain de Lavergne en 1795 et s’installe sur le vignoble de Mazerat, propriété de son mari. » L'année 1782 est donnée comme date fondatrice de l'histoire des de Boüard au cœur du vignoble de Saint-Émilion, et la fondation du Château Angélus est même datée du sur le compte Facebook du Château. Existerait-il un document permettant de dater de manière aussi précise la fondation du domaine ? Dater l'arrivée de Jean de Boüard à Saint-Émilion en 1782 est étonnant. Les archives familiales du « Fonds de Boüard » déposé aux Archives départementales de la Gironde ne l'évoquent absolument pas. Elles permettent au contraire d'avancer une hypothèse différente quant à la réalité de l'{{|implantation}} de Jean de Boüard à Saint-Émilion : de par ses fonctions de garde du corps du Roi depuis 1766 et au moins jusqu'en 1785, Jean est souvent absent de son domaine de Laforest situé au Pizou en Dordogne et à Saint-Antoine-sur-l'Isle en Gironde, ce qui oblige son épouse Pétronille à s'occuper activement du domaine. Il connaît des difficultés d’argent et s’endette dans un contexte de crise économique dès les années 1770-1780. Dans les années 1780, il commence par vendre quelques éléments de son domaine de Laforest. Dans les années 1790, les de Boüard délaissent peu à peu la maison noble de Laforest, vendue en 1795, pour leur résidence de Moulin-Neuf au Pizou. Dans ces conditions, pourquoi et comment Jean de Boüard aurait-il acheté des vignobles à Saint-Émilion en 1782 ? « Michel de Boüard de Laforest, historien, chartiste et recteur de l’Académie de Caen a étudié les origines de sa famille » (site internet du Château Angélus). Ce qui est exact (Les de Boüard de Laforest : essai historique, Epron, 1983). Mais certaines libertés sont prises avec les recherches de l'historien. Jane Anson fait de même dans son ouvrage Angélus (Editions de La Martinière, 2015). Cet ouvrage de commande, en dehors de ses qualités esthétiques, est chargé d'erreurs et d'incohérences sur l'histoire des Boüard et de la propriété familiale. Jane Anson écrit que "d'après les recherches de Michel de Boüard", Catherine Sophie de Boüard a hérité en 1800 des vignes des de Boüard de Laforest à Saint-Emilion et les a ajoutées en 1815 à celles des Souffrain de Lavergne. Ce qui est absolument faux, Michel de Boüard ne l'ayant jamais écrit. Il n'existe rien non plus à ce sujet dans le "Fonds de Boüard". Comment Catherine Sophie pourrait-elle être propriétaire de ces terres, puisque deux documents familiaux démontrent catégoriquement que les Souffrain en étaient les véritables propriétaires : la succession de Charles Souffrain du 23 janvier 1832 et surtout la donation-partage du 9 juillet 1843 plus détaillée. La transmission se fait de Souffrain à Souffrain uniquement. Selon la donation-partage de 1843, les deux fils de Catherine Sophie de Boüard de Laforest, Jean Théodore et Jean Charles Souffrain sont héritiers, chacun pour moitié de Charles Souffrain leur père et d'Emilie Souffrain leur tante, de deux domaines contigus situés dans la commune de Saint-Emilion, l'un appelé Mazerat et l'autre Chantecaille. Charles et Emilie tenaient eux-mêmes ces deux domaines qui n'en faisaient qu'un à l'origine, de leurs père et mère Antoine Souffrain dit "l'Aîné" et Marguerite Augé mariés à Libourne en 1757. Jean Théodore a vendu par la suite ses parts à son frère Jean Charles. La succession de 1832 et la donation-partage indiquent aussi que les Souffrain n'habitaient pas à Mazerat : Charles « secrétaire principal de la mairie » de Libourne et Catherine Sophie résidaient dans la maison rue St Thomas à Libourne. Jean Théodore habitait à Saint-Magne-de-Castillon, canton de Pujols où il était juge de paix. Jean Charles, banquier, résidait à limoges 20 boulevard Victor Hugo avec son épouse Jeanne Eugénie née Chatenet. Sur les matrices cadastrales sont mentionnés Charles Souffrain, mari de Catherine Sophie, et leurs deux fils Jean Théodore et Jean Charles, puis Jeanne Eugénie, les véritables propriétaires. Quant aux de Boüard, leur patronyme n'est mentionné au XIXe siècle à Saint-Emilion ni sur les matrices du cadastre napoléonien, ni sur les listes nominatives des recensements, ni sur les registres de l'état civil de la commune. Aucun de Boüard n'y était résident ou propriétaire. Le patronyme apparaît à Saint-Émilion à partir de 1910 lorsque Maurice de Boüard hérite du Château Mazerat de Jeanne Eugénie Souffrain. En résumé, il est impossible d'affirmer la présence des de Boüard depuis 200 ans sur huit générations à Saint-Émilion : à ce jour une présence de 107 ans sur quatre générations serait plus exacte. L'actuelle propriété des de Boüard n'est que la continuité du domaine de la famille Souffrain sur Mazerat, transmise en 1910 à Maurice de Boüard. Quand à l'Angélus il est dans la famille depuis 95 ans seulement.
  4. Testament rédigé le 9 mai 1910 par devant Me Georges Jullien notaire à Saint-Emilion.
  5. Vente passée devant Me Georges Jullien les 3 et 4 juillet 1922.
  6. Suite à l'indivision Gurchy (Château Laroze), le domaine du château Mazerat l'Angélus (une partie du sixième lot) avait été adjugé (licitation) à la Société Bernheim de Paris à la barre du Tribunal Civil de Libourne, suivant jugement du dit Tribunal en date du vingt décembre 1921.
  7. Isabelle Saporta, Vino business, Paris, Albin Michel, , 253 p. (ISBN 978-2-226-25479-5). Le 22 septembre 2016 le Tribunal correctionnel de Paris déboute Hubert de Boüard dans son procès en diffamation contre Isabelle Saporta et les Editions Albin Michel. La cour d'appel de Paris confirme en mai 2017 le jugement rendu en première instance le 22 septembre 2016.
  8. « Soupçons de conflit d'intérêts sur le classement des vins de Saint-Emilion », sur https://www.lemonde.fr/, .
  9. « Bordeaux : Le Château Angélus à Saint-Émilion se convertit au bio », La Revue du vin de France,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]