Château Angélus

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Une bouteille d'Angélus 1989.

Le château Angélus est un domaine viticole familiale de 39 hectares à Saint-Émilion en Gironde. En AOC saint-émilion grand cru[1], il est classé premier grand cru classé A dans le classement des vins de Saint-Émilion de 2012[2].

Histoire du domaine[modifier | modifier le code]

Le domaine doit son nom à la situation du vignoble, d'où les vignerons pouvaient entendre sonner les clochers de l'Angélus des trois églises environnantes : la chapelle de Mazerat, l'église de Saint-Martin-de-Mazerat et celle de Saint-Émilion.

« C’est à la fin du XVIIIe siècle, en 1782, que Jean de Boüard de Laforest, garde du corps du Roy, s’installe à Saint-Émilion. Sa fille, Catherine Sophie de Boüard de Laforest, épouse Charles Souffrain de Lavergne en 1795 et s’installe sur le vignoble de Mazerat, propriété de son mari. »[3] L'année 1782 est donnée comme date fondatrice de l'histoire des de Boüard au cœur du vignoble de Saint-Émilion, et la fondation du Château Angélus est même datée du sur le compte Facebook du Château.

D'une part le terme de « château » semble anachronique pour évoquer un vignoble à la fin du XVIIIe siècle[4]. Il apparaît au milieu du XIXe siècle et prend une ampleur importante à la fin du siècle, au détriment des vocables « cru », « domaine » et « clos ». Avec le Second Empire, une période de prospérité voit émerger les premières grandes constructions destinées à la vinification et au vieillissement du vin.

D'autre part dater l'arrivée de Jean de Boüard à Saint-Émilion en 1782 est étonnant. Les archives familiales du Fonds de Boüard déposé aux Archives départementales de Gironde[5] ne l'évoquent absolument pas. Elles permettent au contraire d'avancer une hypothèse différente quant à la réalité de l'implantation de Jean de Boüard à Saint-Émilion : Jean appartient déjà en 1781 à la 2e compagnie des Gardes du corps du Roi[6], au moins jusqu'en 1785[7]. De par ses fonctions de garde du corps du roi, il est souvent absent de son domaine de Laforest situé au Pizou en Dordogne et à Saint-Antoine-sur-l'Isle en Gironde, ce qui oblige son épouse Pétronille à s'occuper activement du domaine. Il connaît des difficultés d’argent et s’endette dans un contexte de crise économique dès les années 1770-1780. Dans les années 1780, il commence par vendre quelques éléments de son domaine de Laforest. Dans les années 1790, les Boüard délaissent peu à peu la maison noble de Laforest, vendue en 1795, pour leur résidence de Moulin-Neuf au Pizou. Dans ces conditions, pourquoi et comment Jean de Boüard aurait-il acheté des vignobles à Saint-Émilion en 1782 ?

« Michel de Boüard de Laforest, historien, chartiste et recteur de l’Académie de Caen[8] a étudié les origines de sa famille »[3] Ce qui est exact[9]. Mais certaines libertés sont prises avec les recherches de l'historien. Jane Anson fait de même dans son ouvrage Angélus[10]. Et de plus les archives familiales sont souvent malmenées.

Jane Anson écrit que « d'après les recherches de Michel de Boüard », Catherine Sophie de Boüard a hérité en 1800 des vignes des de Boüard de Laforest à Saint-Émilion et les a ajoutées en 1815 à celles des Souffrain de Lavergne. Ce qui est absolument faux, Michel de Boüard ne l'ayant jamais écrit. Nous[Qui ?] ne trouvons rien non plus à ce sujet dans le Fonds de Boüard. Comment Catherine Sophie pourrait-elle être propriétaire de ces terres, puisque deux documents familiaux démontrent catégoriquement que les Souffrain en étaient les véritables propriétaires : la succession de Charles Souffrain du 23 janvier 1832[11] et surtout la donation-partage du 9 juillet 1843[12] plus détaillée. La transmission se fait de Souffrain à Souffrain uniquement.

Selon la donation-partage de 1843, les deux fils de Catherine Sophie de Boüard de Laforest, Jean Théodore et Jean Charles Souffrain sont héritiers, chacun pour moitié de Charles Souffrain leur père et d'Émilie Souffrain leur tante[13], de deux domaines contigus situés dans la commune de Saint-Émilion, l'un appelé Mazerat et l'autre Chantecaille. Charles et Émilie tenaient eux-mêmes de leurs père et mère[14] ces deux domaines qui n'en faisaient qu'un à l'origine. A ces deux domaines il faut ajouter une petite maison rue Saint-Thomas à Libourne, dont Catherine Sophie garde la jouissance, et une pièce de vigne dite de Chaufour à Villefranche-de-Lonchat en Dordogne. Jean Théodore a vendu par la suite ses parts à son frère Jean Charles[15].

Le second fils de Catherine Sophie, Jacques Germain[16] n'est pas concerné par la succession. Il est mort à l'âge de seize mois[17].

La succession de 1832 et la donation-partage indiquent aussi que les Souffrain n'habitaient pas à Mazerat : Charles et Catherine Sophie résidaient dans la maison rue Saint-Thomas à Libourne. Tous deux y moururent. Jean Théodore habitait à Saint-Magne-de-Castillon, canton de Pujols où il était juge de paix. Jean Charles résidait rue Pont-Hérisson à limoges en 1843 avant son mariage, puis 20 boulevard Victor Hugo (anciennement Poste-aux-Chevaux) à Limoges[18], avec son épouse Jeanne Eugénie née Chatenet[19]. Nous ne trouvons nulle trace des Souffrain au XIXe siècle sur les listes nominatives et sur les registres de l'état-civil de Saint-Émilion (exceptés les actes de décès de Louise Émilie et Jean Théodore, respectivement sœur et fils de Charles Souffrain[20], et l'acte de mariage de Jean Théodore[21]). Sur les matrices cadastrales sont mentionnés Charles Souffrain, mari de Catherine Sophie, et leurs deux fils Jean Théodore et Jean Charles, puis Jeanne Eugénie.

Quant aux Boüard, leur patronyme n'est mentionné au XIXe siècle à Saint-Émilion ni sur les matrices du cadastre napoléonien, ni sur les listes nominatives des recensements, ni sur les registres de l'état-civil de la commune. Aucun Boüard n'y était résident ou propriétaire. Le patronyme apparaît à partir de 1910 lorsque Maurice de Boüard hérite du Château Mazerat de sa tante Jeanne Eugénie Souffrain[22], et y réside[23]. L'année 1910 est la date d'arrivée des Boüard à Saint-Émilion.

Plus récemment, c'est le clos l'Angélus acheté au Docteur Meslin (famille Gurchy) en 1924, qui donne par la suite le nom à la propriété familiale. Les Boüard et l'Angélus ne sont donc liés qu'à partir de cette date, et non en 1782. En 2017, les Boüard sont présents à Saint-Émilion depuis 107 ans, sur quatre générations. L'Angélus est dans la famille depuis 93 ans. L'actuelle propriété des Boüard est la continuité du domaine de la famille Souffrain sur Mazerat, transmise en 1910 à Maurice de Boüard.

En 1985, son petit-fils Hubert de Boüard de Laforest, alors jeune œnologue, reprend l'exploitation familiale et y applique de nouvelles techniques jusque là inédites parmi les grands domaines bordelais. En 1996, le château Angélus accède au rang de premier grand cru classé B, puis au rang de premier grand cru classé A en 2012. L'œnologue-conseil Michel Rolland participe au renouveau du domaine qui le consulte dès le début des années 1980. Selon les recherches de la journaliste d'investigation Isabelle Saporta, Hubert de Boüard serait juge et partie dans l'établissement du classement[24],[25].

Terroir[modifier | modifier le code]

Le vignoble se situe dans un amphithéâtre naturel, sur la côte et le pied de côte sud de Saint-Émilion, qui concentre les températures chaudes l’été et augmente la précocité. Le sol est naturellement drainé par la pente. La répartition entre calcaire et argile permet une alimentation régulière en eau et en minéraux.

Les porte-greffes sont adaptés au terroir et les cépages répartis en fonction des sols : merlots sur la côte (plus argileuse) et cabernets francs sur les sols sablo-argilo-calcaires du pied de côte. Signature de Château Angélus, la forte proportion de cabernets francs dans l’assemblage. L'encépagement est composé à environ 51 % de merlot, 47 % de cabernet franc et 2 % de cabernet sauvignon. Dans certaines années comme en 2003, la part du cabernet franc dépasse même celle du merlot.

Les vignes sont cultivées traditionnellement et pour partie enherbées.

Le vin mature 18 à 22 mois dans des barriques neuves.

Vin[modifier | modifier le code]

Hubert de Boüard de Laforest et Emmanuelle d’Aligny-Fulchi sont les œnologues de la propriété. La vinification du grand vin se fait en cuves béton, bois et inox. La mise en barriques neuves s’opère immédiatement après écoulage et l’élevage dure de 18 à 24 mois. La mise en bouteille a lieu au château 20 à 26 mois après la récolte.

Le domaine produit par ailleurs un second vin de moyenne garde nommé « Le Carillon d'Angélus » ainsi qu'un troisième vin nommé le « No 3 d'Angélus » élaboré pour obtenir un plaisir immédiat, dès sa sortie des chais.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Château Angélus est régulièrement sollicité par le cinéma et affiche une filmographie notamment : Casino Royale (2006) de Martin Campbell avec Daniel Craig et Eva Green, La Môme (2007) de Olivier Dahan avec Marion Cotillard et Jean-Pierre Martins, Dialogue avec mon jardinier (2007) de Jean Becker avec Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, "Requiem pour une tueuse" (2010) de Jérôme Le Gris, avec Clovis Cornillac, Mélanie Laurent et Tchéky Kario, Spectre (2015) Sam Mendes avec Daniel Craig et Christoph Waltz, A Vif (2015) de John Wells avec Bradley Cooper, Un + Une (2015) de Claude Lelouch avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein et Christopher Lambert.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  2. Deux nouveaux Saint-Émilion Premier Grand Cru classé A, Le Figaro, 6 septembre 2012.
  3. a et b Site internet du Château Angélus.
  4. Vous avez dit "château"? Essai sur le succès sémantique d'un modèle viticole venu du Bordelais / P. Roudié. Annales de géographie, année 2000, vol. 109, n° 614, p. 414-425.
  5. Archives départementales 33 – Sous-série 4 J, Fonds de Boüard (1547-1885), 4 J 914 et 915.
  6. Jean figure dans un état du guet des gardes du roi d'octobre 1781, pour la compagnie de Beauvau (Gardes du corps du Roi, 2e compagnie, 1re compagnie française) - AD 33 – Sous-série 4 J, Fonds de Boüard (1547-1885), 4 J 915, chemise 1, pièces concernant Jean de Boüard.
  7. Lettre adressée de Troyes à son épouse Pétronille, le 31 mars 1785 – documents familiaux.
  8. Michel de Boüard n'a jamais été recteur de l’Académie de Caen, mais doyen de la Faculté des Lettres de Caen de 1954 à 1967.
  9. " Les de Boüard de Laforest : essai historique ", Epron 1983, par Germaine de Boüard de Laforest, son épouse.
  10. "Angélus", Editions de La Martinière, 2015. Cet ouvrage de commande, en dehors de ses qualités esthétiques, est chargé d'erreurs et d'incohérences sur l'histoire des Boüard et de la propriété familiale, qui ne sont pas détaillées ici
  11. Succession Charles Souffrain, 23 janvier 1832 - Archives Départementales 33.
  12. Donation et partage par Madame veuve Catherine Souffrain à ses deux enfants, Jean Théodore Souffrain et Jean Charles Souffrain, 9 juillet 1843 - étude de Me Jean Dubreuil Brachet, notaire à Libourne (Gironde) - documents familiaux.
  13. Charles décéde le 29 janvier 1831 ; Émilie le 27 juin 1843.
  14. Antoine Souffrain dit « l'Aîné » et Marguerite Augé, mariés à Libourne le 10 février 1757 (Contrat de mariage 27/01 Me Izambert).
  15. Vente par Théodore Souffrain à Charles Souffrain d'une pièce de terre située à Terrefort, faisant partie de son domaine de Mazerat, 29 mai 1863 - Étude Me Dumesnil, notaire à Saint-Émilion. Vente par Madame Veuve Théodore Souffrain et les époux Laguérenne à Jean Charles Souffrain d'un logement de cultivateur à Chantecaille, un parc à bétail, chai, cuvier, toits à cochons, volières, four, avec une petite cour intérieure, une pièce de labour, une cour extérieure ou terrain vacant, une terre en labour et vignes à Peyrotte, 9 mars 1873 – étude de Me Dumesnil, notaire à Saint-Émilion - documents familiaux.
  16. On trouve son prétendu portrait dans la galerie du Château Angélus où il est présenté comme un des héritiers de la propriété.
  17. Jacques Germain, acte de naissance 1er mai 1697, Villefranche-de-Longchat - Archives départementales 24, 5 MI 27905-002. Acte de décès 9 septembre 1798, Villefranche-de-Longchat - Archives départementales 24, 5 MI 27905-004.
  18. Testament olographe de Jean Charles Soufffrain, fait à Limoges le 8 mars 1885, enregistré à Limoges le 14 avril 1886 - Documents Familiaux.
  19. Contrat de mariage de Jean Charles Souffrain et Jeanne Eugénie Chatenet, 23 décembre 1850 – Archives Départementales 87, 3E 85/196.
  20. Acte de décès d'Émilie, 1843 - Archives départementales 33, 4 E 71. Acte de décès de Théodore, 1866 - Archives Départementales 33, 4 E 11287/1.
  21. Archives départementales 33, 4 E42/1 (1823-1832), tables décennales des mariages de Saint-Emilion : mariage de Jean Théodore Souffrain avec Marie Fontbisol de Taillefer de Mauriac, 15 novembre 1827.
  22. Testament rédigé le 9 mai 1910 au Château Mazerat par devant Me Georges Jullien, notaire à Saint-Émilion, enregistré à Libourne le 26 septembre - documents familiaux.
  23. Archives municipales de Saint-Émilion, 1F1 : Listes nominatives de dénombrement de Saint-Émilion de 1911. Maurice y est mentionné comme « propriétaire-exploitant » à Mazerat.
  24. Isabelle Saporta, Vino business, Paris, Albin Michel, , 253 p. (ISBN 978-2-226-25479-5).
  25. « Soupçons de conflit d'intérêts sur le classement des vins de Saint-Emilion », sur http://www.lemonde.fr/, .

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]