Ceux du Donbass, Chroniques d'une guerre en cours

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Ceux du Donbass, Chroniques d'une guerre en cours
Image illustrative de l’article Ceux du Donbass, Chroniques d'une guerre en cours
Défense du bâtiment principal de l'administration régionale à Donetsk.

Auteur Zakhar Prilepine
Pays Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Genre Chronique
Version originale
Langue Russe
Titre Всё, что должно разрешится ...Хроника идушей войну
Date de parution
Version française
Traducteur Michèle d'Arsin
Éditeur Éditions des Syrtes
Date de parution Février 2018 (France)
Nombre de pages 406
ISBN 978-2-9405236-72

Ceux du Donbass, Chroniques d'une guerre en cours (en russe : Всё, что должно разрешиться… Хроника идущей Войны), est une chronique de l'écrivain, journaliste et homme politique russe, Zakhar Prilepine, sur la guerre du Donbass qui a suivi la révolution ukrainienne de février 2014 et qui se poursuit encore actuellement, en 2018. Paru en russe en 2016, l'ouvrage est traduit en français en février 2018, par Michèle d'Arsin.

Écrivain engagé[modifier | modifier le code]

Le terme poublitsistika en russe désigne un genre d'œuvre littéraire engagée consacrée à des sujets brûlants de l'actualité. C'est un genre qui remonte au XIXe siècle en Russie. Au XXe siècle, des écrivains russes comme Alexandre Soljenitsyne et Valentin Raspoutine ont pris le relais des Alexandre Herzen, Vissarion Belinski, Fiodor Dostoïevski du siècle précédent[1].

Zakhar Prilepine est parmi ces nouveaux polémistes. Il participe, avec son ouvrage Ceux du Donbass, au débat d'opinion sur cette guerre engagée en 2014. Bien que l'auteur affirme souhaiter rester hors-champ[2], il se tient en fait au devant de la scène de l'actualité. Prilepine a pris part au sein de l'OMON aux combats lors de la guerre en Tchétchénie, il a été journaliste du journal du Parti national-bolchévique, Limonka. Si cette chronique sur le Donbass est surtout constituée d'interviews d'acteurs d'un seul bord, celui de Donetsk et Lougansk, il n'est cependant pas un pamphlet contre la politique de la capitale ukrainienne Kiev[3]. Prilepine peut et souhaite être rattaché à la tradition militariste de la littérature russe. Il est aussi un écrivain qui obtient le prix Bounine en 2009 et qui a beaucoup de succès en Russie. Il a eu l'occasion d'aller souvent dans le Donbass pour des raisons différentes : comme correspondant de guerre, comme coopérateur du mouvement des insurgés, comme assistant humanitaire, comme agent administratif de la République populaire.

« Ce livre est sur le Donbass et pour le Donbass. Dans ce livre je n'y suis pas, ou presque : mon Donbass à moi restera hors-champ. Mon rôle ici a été d'écouter et de regarder. Les personnages principaux de ce livre sont ceux qui ont vécu et fait cette histoire. »

Thématique[modifier | modifier le code]

Prilepine accompagne en voiture le président de la République populaire de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, dans des localités proches de Donetsk et donc du front. Ils dialoguent sur l'ensemble des problèmes posés par la guerre et surtout tentent de répondre à la question de savoir comment la guerre a commencé. Les questions s'enchainent : sur le rôle joué par Moscou surtout préoccupé par le rattachement de la Crimée, les conséquences du rôle de conseillers étrangers à Kiev (estimés à 3 000) qui veulent durcir les combats[4], le rapport de force entre les armées (10 000 à 12 000 du côté du Donbass contre 44 000 du côté des forces armées ukrainiennes), la résistance à Kharkiv à Marioupol, Slaviansk... Zakhartchenko est particulièrement fier d'avoir pu empêcher le saccage du bâtiment de l'administration régionale de Donetsk. Cela a permis d'être prêt à prendre le relais de l'État ukrainien et la reprise d'une vie normale pour les citoyens en matière d'état civil et d'administration en général.

L'auteur interviewe ensuite deux femmes journalistes de guerre dans le Donbass : Irina et Anna. Irina a pris en location un appartement d'où elle voit l'aéroport de Donetsk par sa fenêtre. Elle a pu observer la prise de celui-ci par les forces ukrainiennes, et la reprise par les séparatistes du Donbass. Elle faisait environ vingt-cinq vidéos par mois sur les gens du Donbass[5]. Elle a interviewé les témoins de l'incendie criminel à Odessa.

Anna, elle, a vécu la guerre du Donbass à Lougansk, mais s'installe à Donetsk parce qu'« à Lougansk, ces derniers temps, ça pète moins »[6]. Elle est originaire de Kharkiv et est bilingue russe-ukrainien, son compagnon est mort au combat en août 2014 pendant les pires combats.

Prilepine tente une comparaison entre Zakhartchenko, dit le Chef, et des personnages tels que Hugo Chavez, Fidel Castro, Che Guevara. Mais, observe Prilepine, le Chef n'a rien de romantique et ces idoles n'ont rien des gens du Donbass. Zakhartchenko n'est pas maître de sa gestuelle, il n'aime guère les interviews publiques, il déteste la politique à cause de l'hypocrisie érigée en loi et il improvise ses sorties en public. Son père a connu la dékoulakisation et il ne dispose donc pas d'un patrimoine hérité. Zakhartchenko disposait toutefois de moyens financiers, avant la guerre, qui lui permettaient d'envisager un départ à l'étranger sans problème. Il a reçu une formation à l'institut technique d'industrie automatisée de Donetsk, mais n'a pas terminé les études de droit à la faculté de la ville. Il a dirigé une entreprise de taille moyenne, où il gérait un millier de personnes[7]. Au début de la guerre, il a lui-même participé à des financements urgents bien qu'il ne possède pas la fortune d'un oligarque. Il est devenu président par hasard.

Prilepine choisit de présenter également deux hommes du Donbass vis-à-vis desquels il ne cache pas son admiration : Teïmouraz et Babitski . Teïmouraz est géorgien. Si du côté de Kiev il existe des divisions composées de Géorgiens, à Donestk, Teïmouraz est un cas unique. Il est vrai qu'il a étudié en Ukraine, vécu à Moscou. En visite en Ukraine, il est arrêté et enfermé dans le sous-sol du SBU pendant quarante deux jours comme suspect. Une motivation idéologique apparaît alors en lui et, une fois libre, il part pour Donetsk dans les bataillons de Motorola parmi les rebelles. Il y est combattant, précise-t-il, et pas soldat, parce que dit-il : « l'armée ce n'est pas mon truc »[8]. Il avoue par contre son admiration pour les soldats ukrainiens qui se trouvaient à l'étage dans les bâtiments de l'aéroport de Donetsk quand celui-ci a été repris par les rebelles. Ils ont eu la possibilité de quitter les lieux ou de se rendre. Ils ont choisi de rester et se sont tous fait tuer. Kiev, selon Teïmouraz, n'a rien fait pour sauver ces héros... ou pour honorer au moins leur sacrifice, sans insulter leur mémoire[9].

Andreï Babitski est le second interviewé. Prilepine connaît ce journaliste depuis la guerre de Tchétchénie, quand lui-même était commandant de l'OMON. Vingt ans plus tard, il est heureux de lui serrer la main alors qu'en Tchétchénie, écrit Prilepine, « je ne dis pas que nous n'aurions pas mis un terme à sa carrière »[10], étant donné qu'il écrivait pour la libération des montagnards tchétchènes. Mais vingt ans plus tard, Babitski a choisi le Donbass et son mouvement séparatiste. Pour lui, les Européens toisent de haut les peuples qui n'ont pas suivi la même voix qu'eux. La Russie est pour eux imprévisible et se nourrit d'idées étranges et incompréhensibles, son comportement est des plus bizarre. « Ça faisait vingt-cinq ans qu'elle n'avait rien fait de spécial, mais l'Europe n'en avait pas pour autant modifié son point de vue »[11].

Les terrils de Donetsk

Le Donbass prend son sort en main, c'est la signification du titre de la troisième partie de l'ouvrage : Le Donbass prend ce qui lui appartient. « En trois ans de guerre, Donetsk ressemble en tous points, pour un observateur extérieur, à n'importe quelle autre ville russe »[12]. Les enseignes sont allumées, les cinémas, les théâtres, les magasins sont ouverts. La différence avec les républiques du Caucase comme l'Abkhazie ou l'Ossétie, c'est qu'à Donetsk tous les dégâts sont immédiatement réparés. L'équipe d'administratifs en place a réussi des choses étonnantes comme réunir plus d'impôts qu'avant le début de la guerre. Les détournements des apparatchiks ukrainiens sans vergogne ont pu changer de destination et se retrouver dans les caisses de la nouvelle république[13]. Prilepine consacre plusieurs pages de ce même chapitre aux récits sur les affrontements avec les combattants des bataillons volontaires ukrainiens alors que ceux-ci se trouvaient visiblement sous l'effet de la drogue[13]. Il ne veut pas généraliser, mais cite des témoignages de quelques insurgés à ce propos. Il admet par ailleurs qu'avant la formation des armées de Donetsk et de Lougansk, les rebelles avaient un propension à boire de l'alcool. Zakhartchenko a beaucoup de problèmes à résoudre, parmi lesquels les rapports avec Moscou. Les négociations avec les Russes fonctionnent au donnant-donnant : si tu donnes l'usine de métallurgie au camarade X ou Y, nous te donnerons de l'essence. Tout cela appartient à Donetsk et nous ne céderons rien répond Zakhartchenko (Les usines ont d'ailleurs été nationalisées au profit de la nouvelle république). Prilepine conclut son chapitre sur ces mots : « Le cas du Donbass a révélé que sans l'Union soviétique le monde était devenu monolithique à en avoir la nausée. Le monde contemple la réalité de son œil terne et dépassionné et ne discerne plus rien. »[14].

Le dernier chapitre de cette chronique, intitulé Lettres du Donbass , est suivi d'une section intitulée Il n'y aura pas d'épilogue qui se termine par ces mots de Prilepine : « J'ai parfois l'impression que cette chronique n'aura jamais de fin. Il va falloir un jour trouver une solution à tout ça. Parce que l'état des choses actuel n'arrange personne. Travaillons, mes frères. »

Plan de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Préface[modifier | modifier le code]

de Monique Slodzian

Première partie[modifier | modifier le code]

  1. Plaidoyer pour le Donbass
  2. Les femmes du Donbass (Irina et Anna)

Deuxième partie[modifier | modifier le code]

  1. L'heure Che de Zakhar
  2. Les hommes du Donbass (Teïmouraz et Andreï)

Troisième partie[modifier | modifier le code]

  1. Le Donbass vient prendre ce qui lui appartient''
  2. Lettres du Donbass (Ici l'Ukraine, L'anniv', Chez Motorola, Vokha du bataillon Sparta)
  3. Il n'y aura pas d'épilogue

Postface[modifier | modifier le code]

Daria Sinichkina, auteure de la postface, s'interroge quant à elle sur la teneur populiste de l'ouvrage de Zakhar Prilepine qui, dans la mesure où il "laisse s'exprimer, dans un joyeux désordre, la parole populaire" verse dans "l'immédiateté du discours de propagande" et fait de son texte un véritable "manifeste"[15]. C'est un appel aux armes "littéraires" pour toute une génération d'écrivains "enragés" comme les appelle Monique Slodzian, l'auteure de la préface[16].

Brève chronologie[modifier | modifier le code]

Rappel des dates du conflit : du 21 novembre 2013 à juillet 2015.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Zakhartchenko, président de la République populaire de Donetsk
  • Pavel Goubarev, gouverneur de la République populaire de Donetsk, idéologue
  • Igor Plotnitski, dirigeant de la république de Lougansk destitué en novembre 2017
  • Arsen Pavlov, dit Motorola, commandant pro-russe, tué pendant la guerre en 2016
  • Mikhaïl Tolstykh, dit Guivi, commandant pro-russe, tué pendant la guerre en 2017
  • Rinat Akhmetov, homme d'affaires, oligarque
  • Andreï Babitski, journaliste russe correspondant de guerre en Tchétchénie
  • Berkout, unité spéciale de la militsia ukrainienne
  • SBU - Service de sécurité d'Ukraine
  • ZSU - Forces armées ukrainiennes
  • RPD - Armée de la république de Donetsk
  • RPL - Armée de la République de Lougansk

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]