Centre hospitalier François-Tosquelles

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Le centre hospitalier François-Tosquelles est spécialisé dans la psychiatrie. Il se situe dans la commune de Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère. Dans le courant du XXe siècle, c'est un véritable lieu d'effervescence artistique et intellectuelle mais aussi de résistance. De nombreuses personnalités séjournèrent dans cet hôpital : Paul Éluard, Tristan Tzara, Gérard Vulliamy ou encore Jacques Matarasso. Aujourd'hui considéré comme le berceau de la psychothérapie institutionnelle (« Saint-Alban fut propice aux fondements de la psychothérapie institutionnelle[1] »), y ont exercé par exemple François Tosquelles, Lucien Bonnafé ou encore Paul Balvet. Enfin, plusieurs créateurs d'art brut viennent de cet hôpital : Auguste Forestier, Marguerite Sirvins, Benjamin Arneval, Aimable Jayet ou encore Clément Fraisse.


Situation géographique[modifier | modifier le code]

Le centre hospitalier François-Tosquelles se situe à Saint-Alban-sur-Limagnole, chef-lieu de canton situé à 950 mètres d'altitude dans le département de la Lozère, dans le massif de la Margeride. C'est en ce lieu éloigné de tout, au milieu d'un paysage composé de montagnes et de hauts plateaux, que le frère Hilarion Tissot décide de fonder un asile qui deviendra par la suite un des plus célèbres de France[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Création de l'asile[modifier | modifier le code]

Les origines de l'hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole en Lozère, aujourd'hui centre hospitalier François-Tosquelles, remontent au début du XIXe siècle, plus exactement en 1821. Ce n'est alors qu'un château[3], ancienne forteresse médiévale. Le frère Hilarion Tissot, membre de l'ordre de Saint Jean de Dieu, achète ce château à la famille Morangiés (qui régnait sur Saint-Alban depuis plus de deux cent ans), celui-ci est dans un état plutôt délabré. Après quelques réparations urgentes et des installations somme toute sommaire, il décide d'en faire un asile. Malheureusement, frère Hilarion ne tarde pas à rencontrer de graves difficultés financières. Ainsi, le 27 avril 1824 le préfet de la Lozère Thomas Bluget de Valdenuit acquiert le château pour le département. À partir de cette date, l'établissement devient asile public départemental[4].

Le berceau de la psychothérapie institutionnelle[modifier | modifier le code]

La majorité des médecins qui passent par Saint-Alban jusque dans les années 1970 portent un regard nouveau sur les patients et tentent de leur offrir une qualité de vie meilleure. Ils considèrent les aliénés comme des individus à part entière et non pas uniquement comme simples « fous ». Ils vont ainsi créer dans l'hôpital un lieu de vie agréable, avec des activités, et surtout rendre à ces personnes une liberté qu'ils avaient perdue. Cette transformation de l'asile vers l'hôpital redonne une place au malade. L'addition de tous ces éléments forme les bases ce que Daumezon nomme psychothérapie institutionnelle dans les années 1950.

« Dès les premières élaborations théoriques du mouvement, les précurseurs de la psychothérapie institutionnelle à Saint-Alban ont compris que le soin de la folie passait par la maîtrise du milieu interhumain dans lequel évoluait l'hôpital[5]. »

Humanisation des patients[modifier | modifier le code]

En 1930, l'asile est vétuste. Les patients doivent vivre de façon rudimentaire sans eau, ni électricité ou chauffage. Le personnel est constitué de « gardiens » et de religieuses sans aucune formation médicale[6]. En mai 1933, le docteur Agnès Masson accède à la direction de l'établissement. À partir de cette date, des travaux ne cesseront d'être entrepris toujours dans le même objectif : améliorer la vie des patients. À sa suite, des personnes telles que le Paul Balvet, François Tosquelles ou encore Lucien Bonnafé ne cesseront d'œuvrer en ce sens.

Le club Paul-Balvet[modifier | modifier le code]

Le club Paul-Balvet est créé dans les années 1950 au sein de l'établissement. Le club organise la vie sociale de l'institution. Les patients s'y retrouvent pour discuter, jouer à des jeux de société ou encore boire quelque chose au bar. Avec les années, on note la création d'une bibliothèque, d'un salon de coiffure, d'une radio interne ou encore d'un journal dans lequel chacun pouvait s'exprimer librement[7]. Beaucoup de club se sont créés à la suite de l'expérience de Saint-Alban qui fut un exemple sur bien des points.

L'ergothérapie[modifier | modifier le code]

« Par ergothérapie, au sens large, nous entendons, non seulement le travail proprement dit, à but thérapeutique, mais aussi toutes les activités tendant à réadapter le malade à notre réalité et à utiliser et développer ce qui reste en elle de normal et de vivant[8]. » Ainsi, dès 1940, une société sportive des malades est organisée au sein de l'établissement, les patients jouent dans des pièces de théâtre et en conçoivent les décors, ils assistent à des séances de cinéma et participent à des fêtes avec le village.

Village et asile ne font qu'un[modifier | modifier le code]

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Un autre point très important en ce qui concerne la liberté du patient est cette possibilité qu'ils avaient à aller et venir comme bon leur semblait. En effet, très vite, les murs de l'asile sont abattus et chacun peut se rendre au village dès qu'il le désire. Ceci est extrêmement rare à cette époque. L'asile embauche son personnel au village et les villageois ne sont pas contre un peu de main d'œuvre. Lors de fête organisée à l'hôpital, les villageois venaient y faire la fête avec les malades.

L'activité artistique et intellectuelle[modifier | modifier le code]

Saint-Alban et l’art brut[modifier | modifier le code]

Comme dans de nombreux hôpitaux psychiatriques, à Saint-Alban, certains patients produisent des créations plastiques en obéissant à une force intérieure et non sous l'impulsion d'une tierce personne. Or, souvent, ces productions étaient jetées aux ordures. Si elles étaient conservées, c'était le plus souvent afin de l'étudier d'un point de vue psychopathologique. Or à Saint-Alban, les créations de certains patients sont conservées et ce dès 1914[9]. Ces créations vont intéresser les plus grands : Jean Dubuffet, Paul Éluard, Raymond Queneau... Aujourd'hui regroupées sous le vocable d'art brut, les créations émanant du Centre Hospitalier de Saint-Alban font partie des plus grandes collections[10] et sont reconnues à travers le monde. Auguste Forestier, Marguerite Sirvins, Aimable Jayet ou encore Clément Fraisse, ont aujourd'hui une place de choix dans les rangs de l'art brut.

Saint-Alban et la résistance[modifier | modifier le code]

L'hôpital abrite dès 1943 un mouvement de résistance clandestin, il est animé par les docteurs Tosquelles et Bonnafé. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la France est occupée. Les religieuses, les médecins, le personnel et les patients accueillent, cachent et soignent des maquisards blessés et des réfugiés parmi lesquels on peut compter le très célèbre Paul Éluard. Saint-Alban est loin des grandes villes et isolé dans la campagne. Ainsi, cela favorise la rencontre de nombreux clandestins fuyant les régimes nazi ou franquiste, des intellectuels, médecins et hommes de lettres. Tout ceci forme un riche brassage intellectuel. "Nous étions des résistants de fond et des résistants dans tous les domaines, intellectuels, militaires et psychiatriques[11]".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Château de Saint-Alban (Saint-Alban-sur-Limagnole), musée d'art moderne (Villeneuve-d'Ascq). Trait d'union : les chemins de l'art brut 6 a Saint-Alban-sur-Limagnole. Villeneuve-d'Ascq : musée d'art moderne Lille Métropole, 2007, p.13
  2. http://st.alban48.free.fr
  3. voir la page Wikipédia château de Saint-Alban
  4. sans auteur : le château d'autrefois, l'hôpital d'aujourd'hui, in Lou Païs, numéro 67, 1959.
  5. Citation extraite de l'intervention de Roger Gentis lors de la sixième rencontre de Saint-Alban en 1991
  6. Rochet, Marion : La Vie de l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole, Lozère, de septembre 1939 à mai 1945. Maîtrise d'histoire soutenue en juin 1993 à l'université de Saint-Étienne sous la direction de Brigitte Waché
  7. le journal trait d'union est un hebdomadaire interne qui paraît de 1951 à 1981
  8. Ceci est un extrait du règlement du service des femmes : chapitre 4, article 18 : archives de l'hôpital de Saint-Alban (fond non classé)
  9. Maxime Dubuisson (grand-père de Lucien Bonnafé) conserve les dessins d'Auguste Forestier dès 1914 dans un album auprès d'autres dessins de patients
  10. citons par exemple : le LaM de Villeneuve-d'Ascq, la Collection de l'art brut à Lausanne, la collection abcd...
  11. cette citation de Lucien Bonnafé est extraite de : Éric Favereau : « Saint-Alban, cité de la psychiatrie moderne » in Libération, 23 juin 1987

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lommel, Madeleine. L'Aracine et l'art brut. Neuilly-sur-Marne : Aracine, 2004.
  • Ragon, Michel. Du côté de l'art brut. Paris : A. Michel, 1996.
  • Faugeras, Patrick. L'Ombre portée de François Tosquelles. Ramonville-Saint-Agne : Éd. Érès, 2007.
  • Jean Dubuffet. Les Fascicules de l'art brut. Paris : Éditions de la compagnie de l'art brut, 1964 à 2010.
  • Sous la direction de Savine Faupin. Trait d'union [exposition], 4 juin-1er septembre 2007, château de Saint-Alban. Les Chemins de l'art Brut. [Villeneuve-d'Ascq] : musée d'art moderne Lille Métropole, 2007.