Centre de détention d'Eysses

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Centre de détention d’Eysses
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Ville Villeneuve-sur-Lot
Coordonnées 44° 25′ 07″ nord, 0° 43′ 16″ est

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Centre de détention d’Eysses
Fonctionnement
Date d'ouverture 1803

Le Centre de détention d’Eysses est une prison ou centre de détention français situé sur la commune de Villeneuve-sur-Lot dans le département de Lot-et-Garonne, en région Nouvelle-Aquitaine. L'établissement dépend de la cour d'appel et du tribunal de grande instance d'Agen[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ancienne abbaye bénédictine Saint-Gervais-Saint-Protais est achetée en 1803 par le gouvernement pour en faire maison centrale[1],[2]. La maison de détention d'Eysses est établie par le décret impérial du . À la fin de l'année commence le transfert des premiers prisonniers venant des Hautes-Pyrénées, du Gers, des Landes, de la Haute-Garonne, du Lot, de la Gironde, de la Dordogne et de Lot-et-Garonne[3].

En 2015, le centre de détention accueille environ 300 détenus[4].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le centre de détention devient le lieu de rassemblement le plus important de prisonniers politiques condamnés par le régime de Vichy[5]. En , il reçoit la majeure partie des détenus politiques venant de l'ensemble de 24 prisons en majorité de la zone Sud[5]. 1 430 détenus politiques s'organisent autour d'un comité issu du Front national, organisation de la Résistance intérieure française, et édite un journal, Le Patriote enchaîné[5].

Évasions[modifier | modifier le code]

Le , 54 prisonniers parviennent à s'évader.

Bataille d'Eysses[modifier | modifier le code]

Le , une bataille est déclenchée à l'occasion de la visite de l'inspecteur général des prisons : 1 200 résistants de 23 nationalités détenus dans ce site se rendent maîtres des lieux dans l'espoir de gagner les maquis du Lot-et-Garonne. Ils font prisonnier le directeur de la centrale, un dénommé Chivot ou Schivo, milicien, ami de Joseph Darnand, secrétaire-général au Maintien de l’ordre de Vichy, ainsi que 70 gardiens et membres du personnel[5]. Dans sa première phase, l'opération est une réussite mais à 17 heures l'alerte est donnée par des prisonniers de droit commun. Les Groupes mobiles de réserve (GMR) interviennent ainsi que l'artillerie allemande et après plus de treize heures de lutte, les prisonniers se rendent après avoir obtenu l'assurance du directeur de la centrale qu'il ne serait pas exercé de représailles[5]. Darnand se rend sur place et ordonne la tenue d'une cour martiale[6]. Le 23 février, à 6 heures, 12 "mutins"" sont condamnés à mort et fusillés à 11 heures, par un peloton de gardes mobiles[5](Roger Brun était l'un d'eux). Joseph Darnand avait demandé 50 têtes en représailles de l'insurrection[7].

Le , 1 121 prisonniers sont livrés par l'état français à la division SS Das Reich qui les conduit à la gare de Penne pour les déporter jusqu'au camp de Royallieu à Compiègne 3 jours durant puis 3 autres jours vers Dachau par le convoi parti le  ; 400 meurent dans les camps[5].

Parmi ces déportés se trouvait Georges Charpak, arrêté en 1943 pour activités de résistance et condamné à deux ans de prison.

Le mur des fusillés a été inscrit au titre des monuments historiques en 1996[8]. Une cérémonie commémore cet événement chaque année fin février.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Eysses, Établissement pénitentiaire – centre de détention », sur le site du ministère de la Justice français, annuaires.justice.gouv.fr, 8 avril 2009.
  2. « Inventaire général : Abbaye de bénédictins Saint-Gervais-Saint-Protais, prison », notice no IA47001852, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. J.-N. Proché, Annales de la ville d'Agen pour faire suite à l'abrégé chronologique des Antiquités, p. 363, Revue de l'Agenais, 1882, tome 9 (lire en ligne)
  4. Émilie Dubrul, « Retour à Eysses », Le Mag no 189, supplément à Sud Ouest, 14 novembre 2015, p. 42-43.
  5. a, b, c, d, e, f et g André Brissaud (préface de Robert Aron), La Dernière année de Vichy (1943-1944), Librairie Académique Perrin, Paris, 1965, 587 p. (ASIN B0014YAW8Q), p. 274-275.
  6. Une loi du 20 janvier 1944 autorisa Darnand à constituer des cours martiales sommaires (il n'y avait ni procureur ni avocats) : trois juges, tous miliciens, siégeaient anonymement et prononçaient en quelques minutes des condamnations à mort exécutables immédiatement.
  7. Jaladieu, La Prison politique sous Vichy : l'exemple des centrales d'Eysses et de Rennes, L'Harmattan, 2007.
  8. « Centre de détention d'Eysses », notice no PA47000023, base Mérimée, ministère français de la Culture.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Corinne Jaladieu, La Prison politique sous Vichy : L'Exemple des centrales d'Eysses et de Rennes, éd. L'Harmattan, coll. « Logiques sociales – Déviance et société », 289 p. (ISBN 2296047483 et 978-2296047488) [Aperçu en ligne sur books.google.fr (page consultée le 23 avril 2010)].
  • Abbé Bertrand, Antoine de Lantenay, L'abbaye d'Eysses en Agenois. Mémoire pour l'histoire de l'abbaye lès Villeneuve-d'Agenois. Appendices, p. 151-180, 221-254, 397-400, Revue de l'Agenais, 1892, tome 19 (lire en ligne)
  • Isabelle Brunet, Établissements pénitentiaires de Lot-et-Garonne 1800-1940, Archives départementales de Lot-et-Garonne (lire en ligne)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Eysses, une épopée résistante, documentaire de Stéphane Bihan, diffusé sur France 3 Aquitaine le 14 novembre 2015.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]