Centrale nucléaire de Metsamor
| Pays | |
|---|---|
| Marz | |
| Ville | |
| Coordonnées | |
| Opérateur |
Haykakan Atomayin Electrakayan CJSC |
| Construction |
1975 |
| Mise en service |
03 Mai 1980 |
| Statut |
En service |
| Direction |
Eduard Martirosyan |
| Type |
VVER-440/V-270 |
|---|---|
| Réacteurs actifs |
1 |
| Puissance nominale |
416 MW |
| Production annuelle |
2630 GWh (2022) |
|---|---|
| Facteur de charge |
65.00 % |
| Production moyenne |
2 TWh |
| Production totale |
80.44 TWh ( 2022) |
| Source froide | |
|---|---|
| Site web |
La centrale nucléaire de Metsamor a été construite pendant les années 1970, à environ 30 km de la capitale arménienne, Erevan[1]. La centrale est équipée de deux réacteurs nucléaires de type VVER-440/V230 comportant quelques améliorations antisismiques et parfois dénommés VVER-440/V270. La tranche 1 a été définitivement arrêtée en 1989 après le séisme de 1988. La tranche 2 encore en service constitue l'élément principal d'approvisionnement énergétique arménien et fait l’objet de programmes successifs de prolongation d’exploitation et de modernisation. Son implantation dans une zone sismique et son obsolescence soulèvent des préoccupations récurrentes de sécurité au niveau régional et international.
Historique
[modifier | modifier le code]Le projet de centrale nucléaire de Metsamor est lancé par l’Union soviétique pour doter la république socialiste d’Arménie d’une production électrique stable et pour soutenir l’industrialisation du Caucase[1]. La première unité, un réacteur à eau pressurisée de type VVER‑440 d’environ 400 MW, est raccordée au réseau en 1976, suivie en 1979 d’un second réacteur de puissance équivalente, portant la capacité à plus de 800 MW[2].
Incident du 15 octobre 1982
[modifier | modifier le code]Du 5 au 15 octobre, à la suite d’un contrôle, la Direction Générale de la Lutte contre l’Incendie du ministère de l’intérieur soviétique a rédigé un rapport d’une vingtaine de page sur la sécurité incendie de la centrale nucléaire[3]. Le jour du départ de l'équipe de contrôle, à 9 :58, un incendie se déclare dans la galerie 16 du bloc 2 de la centrale. Les efforts du personnel pour enclencher les systèmes de lutte contre l’incendie se révèlent inefficaces alors que celui-ci s’étend.
A 12 :45, le contrôle du réacteur du bloc 2 est perdu. Le tableau de commande de la centrale n’est alors accessible que sous masque à gaz, alors que celle-ci perd son approvisionnement électrique interne et externe. Alors que les systèmes de refroidissement tombent en panne, un taux dangereux d’hydrogène est enregistré. La température à l’intérieur du réacteur continue de monter au point de faire courir un risque d’explosion, tandis que le contrôle des générateurs, des turbines, du transformateur, des pompes et de plus de 20 mètres de câbles de première importance est perdu[3].
Un détachement de pompiers arrive rapidement sur les lieux depuis Erevan et les secteurs avoisinants. Après 7h de lutte, l'incendie est maîtrisé. Il faudra encore trois jours pour éteindre définitivement le foyer et restaurer le contrôle sur le réacteur. L’incident aura nécessité l’intervention de 110 pompiers et membres des forces de lutte contre l'incendie. Le montant des dégâts s’élève à près d’1 million de roubles[4].
Mise à l'arrêt et remise en service de la centrale (1988-1995)
[modifier | modifier le code]La centrale a été touchée indirectement par le séisme du 7 décembre 1988. D’une magnitude de 6,9 sur l’échelle de Richter, ce tremblement de terre a détruit la ville de Spitak, située à environ soixante-dix kilomètres au nord de la centrale[2]. Selon la direction du site, la centrale n’a pas subi de dommages visibles, mais les autorités ont néanmoins décidé l’arrêt des deux réacteurs à titre de précaution[5]. Cette fermeture intervient dans un climat marqué par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et la remise en cause générale de plusieurs conceptions de réacteurs soviétiques[1].
Cependant, à la suite de son indépendance après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, l’Arménie est confrontée à une grave crise énergétique. Le conflit du Haut-Karabakh ainsi que par les blocus imposés par la Turquie et l’Azerbaïdjan, restreignent fortement l’accès aux combustibles fossiles. Dans ce contexte de guerre et de pénuries, les autorités arméniennes décident en 1993 de remettre en service la centrale de Metsamor afin de répondre aux besoins urgents du pays[2].
Après plusieurs années d’inactivité, le réacteur numéro deux fut remis en service le [6], après des travaux de remise à niveau avec un accompagnement technique international[5] tandis que le réacteur numéro 1 resta définitivement à l’arrêt. Cette remise en fonctionnement permit d’améliorer l’approvisionnement énergétique de l’Arménie[7]. Cette démarche suscita d’importantes critiques de la part des pays voisins et de plusieurs organisations internationales. Elle constituait une décision inédite dans le secteur nucléaire, aucune centrale auparavant fermée n’ayant été remise en service[7].
Contexte actuel
[modifier | modifier le code]En 2025 la centrale nucléaire de Metsamor fournit une part importante de l’électricité arménienne, près de 40%[8], rendant le pays dépendant de son fonctionnement. Elle demeure la seule centrale nucléaire du pays et un employeur majeur pour la région, employant 1700 personnes[1]. Les opérations techniques de la centrale dépendent de Rosatom, la compagnie publique russe chargée de l’énergie nucléaire, notamment pour l’approvisionnement en combustible[9].
Prolongation d'exploitation
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À plusieurs reprises, le gouvernement arménien a annoncé qu'il prolongeait la durée d'exploitation du réacteur nucléaire de la centrale. Une première extension a été décidée en 2012 portant l'échéance en 2020[10], puis une nouvelle prolongation en 2015 jusqu'à 2026[11]. En , le gouvernement arménien a conclu avec Rosatom un accord de modernisation et de rénovation d’un montant de 65 millions de dollars, destiné à prolonger le fonctionnement de l’installation jusqu’en 2036[12], date à partir de laquelle son démantèlement est prévu[9].
Projet de modernisation
[modifier | modifier le code]Le gouvernement a plusieurs fois prolongé la durée de vie de l’unité encore en service, parallèlement à des annonces de projets d’une nouvelle centrale, plus moderne, sur le même site[7]. Des accords de partenariat, notamment avec la Russie, ont été adoptés pour préparer la construction d’un nouveau réacteur de 600 à 1 200 MW, via une société mixte russo‑arménienne et l’ouverture à d’autres investisseurs[9]. Le réacteur envisagé serait un modèle VVER-1000, plus volumineux et technologiquement plus avancé, doté d’une enceinte de confinement. Il serait implanté dans la même zone sismique que la centrale actuelle[1]. Ce projet doit permettre, à terme, de remplacer l’unité actuelle par une installation répondant mieux aux standards internationaux, mais le calendrier et le financement restent incertains[9].
Préoccupations de sécurité
[modifier | modifier le code]La centrale de Metsamor est équipée de réacteurs soviétiques de première génération modérés à l’eau construits sans enceinte de confinement primaire[1], habituellement réalisée en acier ou en plomb. Implantée à proximité de zones résidentielles et située à environ seize kilomètres de la frontière arméno-turque, elle se trouve également dans un contexte géologique sensible[7]. Un rapport non officialisé rédigé en 1992 par des experts de l’Institut de physique de l’Académie des sciences de Russie, indique qu’une faille sismique potentiellement dangereuse serait localisée à environ cinq cents mètres du site de la centrale[5]. L'Union européenne encourage le gouvernement arménien à fermer la centrale car elle se trouve dans une région à haut risque sismique[13] et qu'elle ne respecte pas par ailleurs les normes parasismiques[14].
Recyclage des déchets
[modifier | modifier le code]Le combustible nucléaire usé (CNU) était autrefois envoyé vers des entreprises russes spécialisées, ceci n’est cependant plus possible depuis le blocus des voies de chemin de fer arméniennes. Dans le cadre de la remise en service de la centre nucléaire de Metsamor après son arrêt de plusieurs années (de 1989 à 1995), un conteneur de stockage et de transport du combustible nucléaire ou de déchet radioactif « Castor » été construit sur le site industriel de la centrale, avec l’aide de la société française AREVA. L’emploi d’un nouveau modèle de combustible plus enrichi allonge le temps nécessaire à son refroidissement et à la diminution de son niveau de radiation résiduel, limitant le transport du CNU vers le Castor. Pour pallier ce problème, la centrale s’est vu moderniser la piscine de stockage de combustibles nucléaires par l’ajout de nouveaux racks de stockage. Sa capacité est en presque doublée[15].
Toutes les inspections de la centrale nucléaire de Metsamor sont réalisées par l’AIEA et par l’Association mondiale des exploitants nucléaires (WANO)[15].
Liste des réacteurs
[modifier | modifier le code]| Nom du réacteur | Modèle | Puissance brute(MW) | Puissance nette(MW) | Début de construction | Raccordement au réseau | Mise en service commerciale | Statut |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Armenia-1[16] | VVER-440/270 | 408 | 376 | 01.07.1969 | 22.12.1976 | 06.10.1977 | Mise à l'arrêt définitive en février 1989 |
| Armenia-2[17] | VVER-440/270 | 448 | 416 | 01.07.1975 | 05.01.1980 | 03.05.1980 | Opérationnel, mise à l'arrêt prévue en 2036[12] |
Intégration paysagère et complémentarité des terroirs
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Le complexe atomique de Metsamor se compose de deux sites : la centrale nucléaire, au nord, et la ville atomique éponyme, au sud, bâtie le long de la route magistrale 5, à proximité d’Armavir. Construits simultanément en 1965, les deux sites sont complémentaires, la ville permettant au personnel de la centrale et à ses familles de vivre à proximité de son lieu de travail dans un confort supérieur à la moyenne de la République socialiste soviétique d’Arménie. Prévue comme un modèle de réussite soviétique, la ville atomique, appelée aussi couramment « Atomgrad » à travers l’URSS, se démarque par la richesse de ses structures et l’effort architectural de sa conception. Conçue dans les années 60, celle-ci est aménagée dans le but d'y créer un environnement ouvert et démocratique : le mode de vie arménien, où la place du verger et des cours ouvertes est prépondérante dans le processus de socialisation, est repris dans la politique d’urbanisme appliquée[18]. Ceci permet d'établir une connexité entre l’énergie atomique, symbole du progrès soviétique et moteur économique de l’atomgrad, et le mode de vie arménien lié à la terre et à l'agriculture. Le développement de cette dernière autour de Metsamor lui confère cette double activité industrielle et agricole[19].
Le tremblement de terre de 1988 a été la raison officielle de la fermeture de la centrale nucléaire de Metsamor. En outre, les difficultés politiques et économiques survenues dans la décennie 1990-2000 consécutivement à l’effondrement de l’URSS ont définitivement modifié la ville atomique qui perdait sa principale fonction. La centrale ne sera remise que partiellement en état de fonctionnement sept ans plus tard dans le contexte d’une crise énergétique sans précédent en Arménie[15].
La fermeture temporaire de la centrale et la disparition des avantages octroyés aux résidents de la ville atomique après la chute de l’URSS a contraint Metsamor à réorienter son activité. Aujourd’hui, si la centrale opère toujours un bloc sur les deux, elle s’est entourée d’une diversité agricole et écologique conséquente. Le vignoble, présent de longue date dans la plaine de l’Ararat, est cultivé sur les premiers versants volcaniques du massif de l’Aragats[20]. Plus bas, la plaine alluviale riche en sédiments se couvre de terres arables et de marécages. Ceux-ci se sont développés sur d'anciennes salines liées aux apports de sel gemme, naturellement présent en amont[21]. Les nombreux vergers témoignent d’une activité fruiticole (abricot, grenade) combinée à une arboriculture vivrière, davantage concentrée à proximité des zones résidentielles[20].
Ainsi, la centrale nucléaire et sa ville atomique ne constituent pas une enveloppe imperméable orientée exclusivement vers la production d’énergie atomique, mais sont incorporées à un système plus complexe où l'activité de la centrale cohabite avec les pratiques agricoles de la plaine de l'Ararat.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 3 4 5 6 (en) « Is Armenia's Nuclear Plant the World's Most Dangerous? », sur National Geographic, (consulté le )
- 1 2 3 Damien Lefauconnier, « Metsamor, un Tchernobyl en puissance », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
- 1 2 (ru) uicadmin, « «Темная» авария 1982 года на Мецаморской АЭС », sur Союз информированных граждан -, (consulté le )
- ↑ « О чрезвычайных ситуациях на АЭС СССР в дочернобыльский период », sur atomas.ru (consulté le )
- 1 2 3 Sebastian Castelier, « Visite guidée de Metsamor », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
- ↑ Nuclear Facilities : Metsamor Nuclear Power Plant
- 1 2 3 4 « La centrale nucléaire arménienne : risque environnemental ou garantie de souveraineté ? », sur Nouvelles d'Arménie en Ligne – Toute l’actualité sur le monde arménien, (consulté le )
- ↑ (en) « Analyzing Nuclear Power in Armenia », lire en ligne sur prlog.org
- 1 2 3 4 Civilnet, « Comment le nouveau partenariat de l’Arménie avec les États-Unis pourrait affecter son secteur énergétique », sur CIVILNET, (consulté le )
- ↑ « L'Arménie prolonge la durée d'exploitation d'un réacteur nucléaire datant de l'URSS », sur Le Monde, (consulté le ).
- ↑ « Nuclear Power in Armenia - World Nuclear Association », sur www.world-nuclear.org (consulté le )
- 1 2 Les autorités arméniennes n'excluent pas l'exploitation de la centrale nucléaire de Metsamor jusqu'en 2036, Le Courrier d'Erevan, 17 décembre 2019
- ↑ (en), « Is Armenia's Nuclear Plant the World's Most Dangerous? », p. 1, lire en ligne sur nationalgeographic.com
- ↑ Aiea, « Circulaire d’information », Aiea, , p3 (lire en ligne)
- 1 2 3 (ru) « Мовсес Варданян: "Армянская АЭС заработает на полную мощность к концу 2018 года" | Атомная энергия 2.0 », sur www.atomic-energy.ru, (consulté le )
- ↑ « PRIS - Reactor Details », sur pris.iaea.org (consulté le )
- ↑ « PRIS - Reactor Details », sur pris.iaea.org (consulté le )
- ↑ (en-US) E. V. N. Report, « Metsamor: Utopia and the Nuclear Power Plant », sur EVN Report, (consulté le )
- ↑ (en) Utopia and Collapse: Rethinking Metsamor – the Armenian Atomic City, Park Books (lire en ligne)
- 1 2 (en) « OSM - Landuse », sur osmlanduse.org (consulté le )
- ↑ « Scheme of maps 1:50000 », sur geologicalmapsofarmenia.com (consulté le )