Centrão

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Au Brésil, le « centrão » (« le grand centre » en portugais[1]) regroupe un ensemble de partis politiques de centre ou centre droit sans idéologie marquée mais qui s'unissent pour obtenir une plus grande influence ou des postes au sein des institutions brésiliennes[2]. Pour le politologue brésilien Rafael Cortez, il s'agit davantage « d'un profil de députés et de partis ayant un mode déterminé de faire de la politique » plutôt que d'un mouvement politique[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le centrão des années 1980[modifier | modifier le code]

À l'origine, le terme de « centrão » désigne la majorité au sein de l'Assemblée constituante de 1987[2], qui ne se reconnaît officiellement ni de droite, ni de gauche[4].

À l'issue des élections de 1987, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale constituante[5]. Cependant, des nombreux constituants s'opposent au pouvoir de la « commission de systématisation » (en portugais : comissão de sistematização), qui harmonise le travail des autres commissions thématiques avant de présenter les textes en session plénière[6]. La commission est majoritairement composée de membres progressistes du PMDB[7], parti alors très hétérogène idéologiquement[8].

Le centrão, regroupant plutôt des élus du centre et de droite[4], s'organise alors dans le but de réduire l'influence de la commission de systématisation et de permettre davantage de discussion sur les textes[8]. Qualifié de « supra-partisan »[9], le centrão comprend des membres de 7 partis politiques dont 41 % des membres du PMDB[10]. Devenu majoritaire, il fait adopter une constitution moins favorable au droit du travail et à la redistribution des terres que les projets initiaux de la commission de systématisation[9]. Le centrão est alors considéré par ses détracteurs, notamment de gauche, comme un groupe conservateur et capitaliste[11].

Le centrão du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Eduardo Cunha en 2015.

Au printemps 2014, Eduardo Cunha — alors président du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) — recrée le centrão en rassemblant plusieurs partis opposés à Dilma Rousseff du Parti des travailleurs. Le rassemblement comprend alors, outre le PMDB, le Parti progressiste (PP), le Parti de la République (PR), le Parti social-chrétien (PSC), le Parti républicain de l'ordre social (PROS), le Parti travailliste brésilien (PTB) et Solidariedade. Après les élections parlementaires de 2014, ces partis réunissent plus de 40 % des sièges à la Chambre des députés. En 2015, Cunha est élu président de la chambre au premier tour avec 267 voix sur 513[12]. Les partis du centrão jouent un rôle central dans la destitution de Dilma Rousseff l'année suivante[13].

Accusé de corruption, Cunha démissionne en 2016, réveillant ainsi des fractures entre les partis du centrão. Certains députés estiment alors que sans Cunha « le centrão est fini » (en portugais : sem ele, o centrão acabou). Pour d'autres, le mouvement ne fait que se recomposer derrière le nouveau président Michel Temer[14]. Sans leader, le centrão devient alors cet ensemble des partis de centre ou centre droit sans idéologie marquée mais qui s'unissent pour obtenir une plus grande influence ou des postes au sein des institutions brésiliennes[2],[3].

Sous Jair Bolsonaro, le centrão reste incontournable au parlement et négocie son soutien au président contre des postes dans l'administration[2],[3],[15]. Le centrão remporte environ la moitié des municipalités brésiliennes lors des élections municipales de 2020, dont il sort renforcé[16].

Partis[modifier | modifier le code]

Entité informelle, le centrão reformé au milieu des années 2010 peut comprendre les partis politiques suivants :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Monclaire et Clovis de Barros Filho, « Brésil : l'écriture d'une constitution », Politix, vol. 1, no 2,‎ , p. 68-81 (DOI 10.3406/polix.1988.1342, lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (pt) Sara Regina Munhoz, « A atuação do “Centrão” na Assembléia Nacional Constituinte de 1987/1988: dilemas e contradições », Revista Política Hoje, vol. 20, no 1,‎ , p. 343-393 (lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Monclaire et de Barros Filho 1988, p. 80
  2. a b c d e f g h i j k l m n et o (pt) Luiz Andreassa, « O que é o Centrão e qual é o seu papel na política brasileira? », sur politize.com.br, Politize!, (consulté le ).
  3. a b c d e f g h i j k l m n et o (en) Guilherme Venaglia, « O que é o Centrão, o grupo que domina o Congresso e se aproximou de Bolsonaro », sur cnnbrasil.com.br, CNN Brésil, (consulté le ).
  4. a b c d e f g h i j et k (pt) « Centrão é mais antigo do que você pensa. O que é o bloco que ninguém admite ser parte », sur gazetadopovo.com.br, Gazeta do Povo, (consulté le ).
  5. Munhoz 2011, p. 354
  6. Munhoz 2011, p. 361, 364
  7. Munhoz 2011, p. 366
  8. a et b Munhoz 2011, p. 359
  9. a et b Monclaire et de Barros Filho 1988, p. 75
  10. Munhoz 2011, p. 369
  11. Munhoz 2011, p. 371, 375, 389
  12. (pt) Mariana Schreiber, « O que é o poderoso centrão, que pode definir o sucessor de Cunha », sur bbc.com, BBC, (consulté le ). Note : Cette source évoque le Parti démocratique travailliste (PDT) parmi les membres du centrão de 2014, mais le parti a soutenu la candidature de Dilma Rousseff en 2014, voir notamment (pt) Filipe Matoso, « PDT oficializa apoio à reeleição de Dilma durante convenção em Brasília », sur globo.com, Globo, (consulté le ).
  13. (pt) Euclides Lucas Garcia, « Conservador e enrolado com a Justiça, ‘centrão’ dita rumos na Câmara e pressiona Temer », sur archive.fo, Gazeta do Povo, (consulté le ).
  14. (pt) Afonso Benites, « O declínio do ‘centrão’ abre temporada de incerteza na Câmara », sur brasil.elpais.com, El País, (consulté le ).
  15. Rosa Moussaoui, « Bolsonaro et ses appuis militaires suivent une ligne d’abandon national », sur humanite.fr, L'Humanité, (consulté le ).
  16. a b c d e f g h i j et k (pt) Fábio Vasconcellos, « Partidos do Centrão vão comandar quase metade dos municípios do país », sur g1.globo.com, Grupo Globo, (consulté le ).