Cent nouvelles nouvelles

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Cent nouvelles nouvelles
Image illustrative de l’article Cent nouvelles nouvelles
Première page de la 30e nouvelle, folio 70r, MS Hunter 252 (U.4.10) c.1475-1500, Glasgow University Library.

Auteur anonyme
Pays France
Genre recueil de nouvelles
Éditeur Antoine Vérard
Date de parution 1486 (première édition)

Les Cent nouvelles nouvelles sont un recueil de nouvelles commandé par le duc de Bourgogne Philippe le Bon qui en est le dédicataire et le reçoit entre 1462 et 1467[1]. C'est le premier recueil moderne de contes de la littérature française. De la main d'un rédacteur unique, il présente cent histoires d'inspiration très libre, d'allure très gauloise, qui sont autant d'attaques lancées contre les femmes et les religieux ; elles sont présentées par trente-six conteurs, tous personnages historiques membres de la cour de Philippe le Bon.

Les diseurs se mettent en scène, utilisant leurs souvenirs, leurs expériences ou leurs lectures ; ils pillent, sans le dire, le Décaméron de Boccace (traduit en français par Laurent de Premierfait), les nouvelles humanistes - les Confabulationes ou Facéties - du Pogge (Poggio Bracciolini), les lais et fabliaux français, la Disciplina Clericalis de Pierre Alphonse, ainsi que la chronique de Georges Chastellain[2]. Le rédacteur déplace les anecdotes qu'il emprunte à des livres : elles se déroulent surtout dans les Flandres et en France, en Bourgogne, parfois à l'étranger (Angleterre, Allemagne, Italie, Provence, Lorraine, Espagne).

L'identité controversée d'un auteur anonyme[modifier | modifier le code]

Les Cent nouvelles nouvelles ont été longtemps attribuées à tort à Antoine de La Sale, qui aurait signé la cinquantième de celles-ci, nouvelle importante du recueil, puisque centrale, selon certains chercheurs, tels que Luciano Rossi. Il en irait de même pour le Décaméron, selon certains exégètes, concernant la cinquantième nouvelle. Le style habituel d'Antoine de La Sale que l'on trouve dans les autres œuvres qu'on lui attribue avec raison diffère du style des C.N.n. En outre, Antoine de La Sale n'est pas homme à briguer l'anonymat. Son absence de la cour bourguignonne au moment de la gestation du recueil est, de plus, avérée[3]. Enfin, Antoine de La Sale a révisé la source d'inspiration de la 98ème nouvelle, le récit Floridan et Elvide, mais ce n'est pas sa version qui est utilisée lors de l'écriture du recueil. L'historien Pierre Champion hésite entre Philippe de Loan et Philippe Pot mais c'est à ce dernier qu'il propose en définitive de reconnaître la paternité du recueil. La narration de quinze nouvelles revient à Philippe Pot. De plus, il s'agirait d'un homme cultivé et d'un latiniste compétent - aptitude nécessaire pour rédiger les Cent Nouvelles nouvelles, puisque les Facéties du Pogge n'étaient disponibles qu'en latin à l'époque de la conception du recueil français. Luciano Rossi a alimenté la controverse, dans le sens où il appréhende, sous les traits nébuleux de l'auteur, la figure de David Aubert. Il est l'auteur de plusieurs œuvres, dont les Conquestes et croniques de Charlemaine, présentant des convergences formelles avec les Cent Nouvelles nouvelles[4]. Ces convergences formelles sont, en réalité, des lieux communs de la littérature médiévale. Une hypothèse plus récente, émise en 1994 et que l'on doit à Hisara Kondo, impute l'œuvre à Georges Chastellain. Elle se fonde, pour ce faire, sur la nouvelle 53, qui s'inspire d'une partie de la chronique de l'auteur bourguignon (voir note de bas de page)[5]. Alexandra Velissariou, qui relève cette supposition, ne l'infirme ni ne la confirme[6].

Ce que l'on peut avancer, à propos de ces hypothèses relatives à l'auteur des C.N.n., c'est que toutes ont été récusées et que cette identité reste encore aujourd'hui nébuleuse. Il est possible, cependant, que le recueil contienne des informations sur la personnalité et la vie de l'auteur. La rédaction des C.N.n. - celui qui a pensé l'œuvre et celui qui l'a rédigée sont parfois deux personnes distinctes au Moyen Âge - est le fait d'une seule personne, car, au dire d'un Roger Dubuis, qui a traduit l'œuvre en français moderne, l'unité stylistique et structurelle est prégnante. L'auteur des C.N.n. est sans doute un membre de l'entourage de Philippe le Bon.

Titres des nouvelles [7][modifier | modifier le code]

Nouvelle 1 : La Serrure rouillée
Nouvelle 2 : Le Médecin victime de son art
Nouvelle 3 : Un prêté pour un rendu
Nouvelle 4 : La Terrible Vengeance du vaillant mercier
Nouvelle 5 : Les Jugements de Monseigneur Talbot
Nouvelle 6 : Un Hollandais au paradis
Nouvelle 7 : Le Charretier, l’orfèvre et sa femme
Nouvelle 8 : Cosi fan tutte
Nouvelle 9 : On ne saurait penser à tout
Nouvelle 10 : Les Pâtés d’anguille
Nouvelle 11 : L’Offrande faite au diable
Nouvelle 12 : La Quête du veau
Nouvelle 13 : Le Clerc eunuque
Nouvelle 14 : Le Faiseur de pape
Nouvelle 15 : Le Bourdon de frère Conrard
Nouvelle 16 : Le Mauvais Œil du chevalier
Nouvelle 17 : Le Président au tamis
Nouvelle 18 : La Chambrière cupide et le courtois chevalier
Nouvelle 19 : L’Enfant de la neige[8]
Nouvelle 20 : Médecin malgré lui
Nouvelle 21 : Le Remède de Madame l’Abbesse
Nouvelle 22 : La Vache et le Veau
Nouvelle 23 : La Ligne de démarcation
Nouvelle 24 : La Demoiselle qui ramassait de l’herbe au coin d’un bois
Nouvelle 25 : La Chasse au furet
Nouvelle 26 : Gérard, Catherine et Conrard
Nouvelle 27 : Le Coffre aux habits
Nouvelle 28 : La Levrette récalcitrante
Nouvelle 29 : L’Art d’être père
Nouvelle 30 : Le Pèlerinage des trois marchands de Savoie
Nouvelle 31 : La Mule entremetteuse
Nouvelle 32 : La Dîme des Cordeliers
Nouvelle 33 : La Femme aux deux amants
Nouvelle 34 : Dieu dans le grenier
Nouvelle 35 : Un échange avantageux
Nouvelle 36 : La Main chaude
Nouvelle 37 : Le Jaloux et la Barbouillée
Nouvelle 38 : La Lamproie fantôme
Nouvelle 39 : La Servante au grand cœur
Nouvelle 40 : La Bouchère dans la cheminée
Nouvelle 41 : La Coutume des clercs
Nouvelle 42 : La Fausse Morte
Nouvelle 43 : Le Prix du péché
Nouvelle 44 : Les Déboires du curé marieur
Nouvelle 45 : Madame Marguerite
Nouvelle 46 : Des poires sur un poirier
Nouvelle 47 : La Mule de Madame la Présidente
Nouvelle 48 : Le Baiser interdit
Nouvelle 49 : La Robe rapiécée
Nouvelle 50 : Tel père, tel fils
Nouvelle 51 : La Distribution des enfants
Nouvelle 52 : Les Trois Enseignements du père mourant
Nouvelle 53 : La Méprise du curé de Sainte-Gudule
Nouvelle 54 : L’Heure du charretier
Nouvelle 55 : Le Remède souverain contre la peste
Nouvelle 56 : La Mort du loup
Nouvelle 57 : La Demoiselle berger
Nouvelle 58 : Une fâcheuse initiative
Nouvelle 59 : L’Amer Festin du compagnon qui aimait trop les femmes
Nouvelle 60 : Les Trois Bourgeoises tonsurées
Nouvelle 61 : Le Coffre au rat
Nouvelle 62 : Le Diamant perdu et retrouvé
Nouvelle 63 : Les Chemises de Montbléru
Nouvelle 64 : La Funeste Plaisanterie de monsieur le curé
Nouvelle 65 : L’Aubergiste du Mont-Saint-Michel
Nouvelle 66 : Du danger d’aller aux étuves
Nouvelle 67 : Le Chaperon fourré et la cordonnière
Nouvelle 68 : Le Déshabillage de la femme infidèle
Nouvelle 69 : La Triste Histoire de messire Clayz Utenhoven
Nouvelle 70 : La Corne du diable
Nouvelle 71 : Les Amants imprévoyants
Nouvelle 72 : Le Gentilhomme dans la garde-robe
Nouvelle 73 : La Huché du curé
Nouvelle 74 : L’Office interrompu
Nouvelle 75 : « Tu tardes trop, Robinet ! »
Nouvelle 76 : Le Chapelain pris au collet
Nouvelle 77 : Un bon fils
Nouvelle 78 : La Double Confession
Nouvelle 79 : Le Clystère miraculeux
Nouvelle 80 : Le Jeune Mari et le petit âne
Nouvelle 81 : Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois
Nouvelle 82 : Jeux de mains
Nouvelle 83 : Le Festin du moine
Nouvelle 84 : Chat échaudé
Nouvelle 85 : Cruel Dilemme
Nouvelle 86 : La Sentence de Monseigneur l’Official
Nouvelle 87 : La Partie de colin-maillard
Nouvelle 88 : L’Homme traqué
Nouvelle 89 : Le Carême raccourci
Nouvelle 90 : Le Remède infaillible
Nouvelle 91 : La Femme incorrigible
Nouvelle 92 : Les Sœurs ennemies
Nouvelle 93 : Le Pèlerinage dans la chambre
Nouvelle 94 : Le Prêtre élégant
Nouvelle 95 : La Guérison de frère Aubry
Nouvelle 96 : Le Testament du chien du curé
Nouvelle 97 : La Femme du franc-buveur
Nouvelle 98 : La Jeune Fille et la mort
Nouvelle 99 : Le Vœu du clerc
Nouvelle 100 : Les Perdrix de Monseigneur l’Evêque

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les cent nouvelles nouvelles. Contenant en soy cent chapitres et hystoires ou nouveaulx comptes plaisans et recreatiz pour deviser en toutes compaignies, 1505 sur Gallica
  • Roger Dubuis, Les Cent nouvelles nouvelles et la tradition de la nouvelle en France au Moyen Âge, Presses Universitaires de Grenoble, P.U.G., 1973.
  • Nelly Labère, Défricher le jeune plant. Etude du genre de la nouvelle au Moyen Âge, Paris, Champion, 2006 (Bibliothèque du XVe siècle, LXIX), 1061 p.
  • Luca Pierdominici, La Bouche et le corps. Images littéraires du XVème siècle français, Préface de J. Dufournet, Paris, Champion, 2003 (Bibliothèque du XVe siècle, LXV), 288 p.
  • Id., Les Passions du Mot. Etudes de littérature du XVème siècle, Fano, Aras, 2009 (Piccola biblioteca di studi medievali e rinascimentali, I), 215 p.
  • Alexandra Velissariou, Aspects dramatiques et écriture de l'oralité dans les "Cent Nouvelles nouvelles", Paris, Champion, 2012 (Bibliothèque du XVe siècle, LXXVII), 639 p.
  • Jean Devaux et Alexandra Velissariou (éd.), Autour des Cent Nouvelles nouvelles. Sources et rayonnements, contextes et interprétations, Paris, Champion, 2016 (Bibliothèque du XVe siècle, LXXXI), 320 p.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Conteurs français du XVIe siècle, Préface de Pierre Jourda (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1956).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.arlima.net/ad/cent_nouvelles_nouvelles.html. Les auteurs du site Arlima fixent la composition de l'oeuvre entre 1464 et 1467 (date de la mort de Philippe le Bon, le 15 juin de cette année), sans doute à la suite de Roger Dubuis, qui a étudié le vocabulaire et a produit un Lexique des Cent Nouvelles nouvelles, publié en 1996. D'après ce que l'on en sait - nous n'avons pas consulté le Lexique -, celui-ci s'est rendu compte que certains mots des Cent Nouvelles nouvelles commençaient à entrer dans l'usage à partir de cette date (1464) et n'existaient pas vraiment avant. Greimas et Keane, auteurs du Dictionnaire Larousse du Moyen Français (édition de 2007), supposent que l'œuvre a été effectuée entre 1462 et 1466, en raison d'une étude lexicale de l'œuvre (p. XXXVIII).
  2. La nouvelle 53 est une réécriture d'un passage de la Chronique de Georges Chastellain, fragment qui est sans doute antérieur aux Cent Nouvelles nouvelles. En effet, l'action du passage en question se déroule en 1459 chez le chroniqueur, date qui pourrait d'ailleurs être un terminus ab quo commode du recueil, si l'on veut baser celui-ci sur des faits historiques, et non sur le lexique. Chastellain est, semble-t-il, un chroniqueur assez fiable, mais il est peu probable que l'événement - le double mariage avec interversion des époux - ait eu lieu dans la réalité. Certaines différences sont à noter, cependant, entre les deux versions, notamment les traits du prêtre marieur. (Cf. Georges Chastellain, Chronique. Les fragments du livre IV révélés par l'Additional Manuscript 54156 de la British Library, éd. J.-Cl. Delclos, Genève, Droz, 1991 (Textes littéraires français, 394), p. 230-232.)
  3. Les Cent Nouvelles Nouvelles, éd. P. Champion, Paris, Droz, 1928, p. LIII
  4. Voir L. Rossi, David Aubert. Autore delle Cent Nouvelles Nouvelles ? I - La genesi della novella francese e l'attivita letteraria alla corte borgognona nel quattrocento, dans Cultura Neolatina, 36, 1976, p. 114-115.
  5. Hisara Kondo, Qui est l'acteur des Cent Nouvelles Nouvelles, dans Mélanges offerts au professeur Koichi Horikoshi, s.l. 1994.
  6. Alexandra Velissariou, Aspects dramatiques et écriture de l'oralité dans les Cent Nouvelles Nouvelles, Paris, Honoré Champion, 2012 (Bibliothèque du XVe siècle, LXXVII), p. 16.
  7. Données à titre d'information d’après Roger Dubuis (éd.), Les Cent Nouvelles nouvelles, Paris, Honoré Champion éditeur, 2005. Les titres des Nouvelles n'existent pas dans la version originale des Cent Nouvelles nouvelles, ils ne sont que des ajouts ultérieurs proposés ici par Roger Dubuis.
  8. Voir le conte russe de Snégourotchka.