Cent mille milliards de poèmes

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Cent mille milliards de poèmes, est un livre animé de poésie combinatoire de Raymond Queneau, publiée en 1961.

Présentation[modifier | modifier le code]

Selon les mots mêmes de Queneau dans sa préface, « Ce petit ouvrage permet à tout un chacun de composer à volonté cent mille milliards de sonnets, tous réguliers bien entendu. C’est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d’années (en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre). »

L'objet-livre de Queneau offre au lecteur un instrument qui lui permet de combiner des vers de façon à composer des poèmes respectant la forme du sonnet : deux quatrains suivis de deux tercets, soit quatorze vers.

Le livre peut être vu comme composé de dix feuilles, chacune séparée en quatorze bandes horizontales, chaque bande portant sur son recto un vers. Le lecteur peut donc, en tournant les bandes horizontales comme des pages, choisir pour chaque vers une des dix versions proposées par Queneau. Les dix versions de chaque vers ont la même scansion et la même rime, ce qui assure que chaque sonnet ainsi assemblé est régulier dans sa forme.

Il y a donc 1014 soit 100 000 000 000 000 poèmes potentiels. Queneau ajoute : « En comptant 45s pour lire un sonnet et 15s pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails). »

Une traduction ou bien recréation en allemand par Ludwig Harig est parue en 1984 chez Zweitausendeins. En langue anglaise, il y a trois traductions ou adaptations différentes : une première version intégrale en volume, avec feuilles découpées en bandes, réalisée, imprimée et éditée en 1983, avec l'autorisation des ayants droit, par John Crombie, aux éditions de l'Association Kickshaws dont il est, avec Sheila Bourne, le fondateur ; une deuxième, non publiée en volume, par Stanley Chapman, et une troisième par Beverley Charles Rowe.

L'œuvre fascinante que constituent les Cent mille milliards de poèmes est donc un hypertexte génial avant la lettre, prédestiné à être présenté par moyens logiciels ; mais la mise en ligne sur Internet des Cent mille milliards de poèmes sans l'accord des ayants droit a donné lieu le 5 mai 1997 à un jugement en référé qui a contribué à établir la jurisprudence française en matière de droit d'auteur sur Internet, en retenant la qualification de contrefaçon concernant des poèmes protégés par le droit d'auteur diffusés sur un site Internet [1].

Cent mille milliards de poèmes a été mis en musique par Gilles Maugenest : « Cette version musicale de Cent mille milliards de poèmes n'utilise que les 4 premiers sonnets mais compense en partie son déficit en combinaisons par la présence de passages instrumentaux soumis aux mêmes règles que les passages chantés. Le nombre de chansons possibles est de 4 038 046 511 104 (4 puissance 21) soit plus de quatre mille milliards. Toutes les deux mesures, l'interprète choisit une des quatre propositions qui figurent sur la page. Les anacrouses empiètent sur la mesure qui précède ; en l'absence de nuance écrite on conserve la nuance en cours. »

Versification[modifier | modifier le code]

Les rimes des sonnets suivent le schéma : a b a b / a b a b / c c d / e e d

ou : a, c et e sont des rimes féminines (respectivement en -ise, -otte et -oques)

et : b et d des rimes masculines (en [o] et -in).

Il ne s'agit donc pas de sonnets dits réguliers[2], lesquels respectent une structure a b b a / a b b a / c c d / e d e.

Par ailleurs, Queneau n'hésite pas, à son habitude, à arranger avec humour la langue à sa manière, en déformant des mots (« exeuquise » pour exquise, « cornédbîf » pour corned-beef), en mélangeant les niveaux de langues (« d'une étrusque inscription la pierre était incise » ≠ « il ne trouve aussi sec qu'un sac de vieux fayots »), ou en utilisant des mots rares (baïoques, molve, emberlucoquer), des formes anciennes (avecque) ou des onomatopées (terlintintin).


Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Partition
  • Que dit Queneau ? 8 chansons de Gilles Maugenest sur des poèmes de Raymond Queneau, La Boîte à Chansons, 2002

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Deux combinaisons dans Raymond Queneau chanté par Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Zizi Jeanmaire, Bernard Ascal, Les Frères Jacques et Gilles Maugenest, EPM (collection Poètes & chansons), 2003