Censure d'Internet en République populaire de Chine

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La censure d'Internet en République populaire de Chine est conduite par le biais de plusieurs lois et réglementations. En accord avec ces lois, plus de soixante réglementations de l'internet ont été menées par le gouvernement de la République populaire de Chine (RPC). Elles sont mises en application par les fournisseurs d'accès à internet, entreprises et organisations contrôlés par les gouvernements provinciaux[1]. L'appareil de contrôle de l'internet en Chine est considéré comme le plus étendu et le plus avancé que dans n'importe quel autre pays du monde. Les autorités gouvernementales ne bloquent pas uniquement le contenu de certains sites, mais elles surveillent l'accès à l'internet de chaque personne.

Amnesty International déclare que la RPC « compte le plus grand nombre de journalistes et de cyber-dissidents emprisonnés dans le monde »[2]. L'association Reporters sans frontières basée à Paris affirme en 2010 et 2012 que la RPC « est la plus grande prison au monde pour netizens »[3],[4]. Les délits dont ils sont accusés sont la communication avec des groupes étrangers, la signature de pétitions en ligne et l'appel à des réformes et à la fin de la corruption. L'escalade de moyens mis en œuvre par le gouvernement pour neutraliser les opinions critiques en ligne fait suite à d'importantes manifestations anti pollution et anti corruption, ainsi que des émeutes ethniques, dont la plupart ont été organisées via des services de messagerie instantanée, des forums de discussion et des textos. En 2013, la taille de la force de police en charge de l'internet en RPC est estimée à 2 millions de personnes[5].

Les entreprises chinoises Baidu, Tencent et Alibaba, qui font partie des plus grandes entreprises de l'internet dans le monde, profitent du blocage des rivaux internationaux sur le marché chinois, ce qui favorise la compétition domestique[6].


Contexte[modifier | modifier le code]

Le contexte politique et idéologique de la censure de l'internet trouve son origine dans une des citations favorites de Deng Xiaoping au début des années 1980 : « Si vous ouvrez la fenêtre pour aérer, vous devez vous attendre à faire entrer des mouches ». Cette phrase est en relation avec une période de réformes économiques en Chine pour créer une économie de marché socialiste. Remplaçant les idéologies politiques de la Révolution culturelle, les réformes menées par le pays ont pour but de bâtir une économie de marché et d'ouvrir le marché aux investisseurs étrangers. Toutefois, le parti communiste chinois souhaite protéger ses valeurs et idées politiques de l'influence d'autres idéologies[7].

L'internet arrive en Chine en 1994, conséquence et outil indispensable à l'économie de marché socialiste. Depuis lors, avec un accès grandissant, l'internet est devenu une plateforme de communication commune et un outil important de partage d'informations. En 1998, the Parti communiste chinois craint que le Parti démocratique chinois (PDC) n'alimente ce nouveau et puissant réseau d'information que les élites du parti ne pourraient pas contrôler[8]. Le PDC est alors immédiatement interdit et de nombreux arrestations et emprisonnements sont effectués[9]. Cette même année, le « Projet Bouclier doré » est lancé. Sa première partie dure huit ans pour s'achever en 2006. La seconde partie se déroule entre 2006 et 2008.

Le 6 décembre 2002, les 300 personnes en charge du Projet Bouclier doré dans 32 provinces et villes à travers toute la Chine participent à l'inauguration de 4 jours intitulée « Exposition compréhensive du système d'information chinois »[10]. Au cours de cet évènement de nombreuses solutions occidentales sont achetées en matière de sécurité internet, surveillance vidéo et reconnaissance faciale. Il est estimé que 30 à 50 000 policiers sont employés dans ce projet gigantesque[11].

Base légale[modifier | modifier le code]

Topologie simplifiée du firewall chinois

Le gouvernement de la RPC défend ses droits à censurer l'internet en déclarant que le pays a le droit de gouverner l'internet selon ses propres règles à l'intérieur de ses frontières. Le livre blanc publié en juin 2010 considère l'internet comme « une cristallisation de la sagesse humaine. » Mais dans le document le gouvernement étale certaines des raisons pour lesquelles les citoyens ne peuvent pas accéder à l'ensemble de cette sagesse. Une autre partie de ce document réaffirme la volonté du gouvernement à gouverner l'internet à l'intérieur de ses frontières selon ses propres règles : « Sur le territoire chinois, l'internet est sous la juridiction de la souveraineté chinoise. La souveraineté de l'internet chinois doit être respectée et protégée. » Le document ajoute que les individus et entreprises étrangers peuvent utiliser l'internet en Chine, mais ils doivent se soumettre aux lois du pays[12].

Le gouvernement central de la RPC débute sa censure de l'internet avec trois réglementations. La première est intitulée Réglementation temporaire pour la gestion de la connexion au réseau international d'information. Elle est adoptée au cours de la 42e convention autonome du Conseil d'État, le 23 janvier 1996. Elle est formellement présentée le 1er février 1996 et mise à jour le 20 mai 1997[13]. Cette réglementation oblige une certification des fournisseurs d'accès à l'internet et le passage du trafic internet via ChinaNet, GBNet, CERNET ou CSTNET.

La seconde réglementation est l'Ordonnance pour la protection de la sécurité des systèmes d'information informatiques. Elle est publiée le 18 février 1994 par le Conseil d'État afin de donner la responsabilité de la protection de la sécurité de l'internet au Ministère public de la sécurité[14]. Cette réglementation est ensuite à l'origine des procédures de gestion de la sécurité pour l'accès à l'internet, publiées par le Ministère de la sécurité publique en décembre 1997. La réglementation définit des « informations néfastes » et des « activités néfastes » concernant l'usage de l'internet[15].

La section 5 des Réglementations sur la sécurité, la protection et la gestion du réseau d'information informatique, approuvés par le Conseil d'État le 11 décembre 1997, affirme :

« Aucun groupe ou individu ne peut utiliser l'internet pour créer, répliquer, récupérer ou transmettre les types d'informations suivantes :

  1. Incitation à s'opposer ou violation de la Constitution ou les lois ou l'exécution des réglementations administratives;
  2. Incitation au renversement du gouvernement ou du système socialiste;
  3. Incitation à la division du pays, nuisance à l'unification nationale;
  4. Incitation à la haine ou la discrimination envers les ethnies ou nuisance à l'unité des ethnies;
  5. Fabrication de mensonges ou déformation de la vérité, propagation de rumeurs, destruction de l'ordre de la société;
  6. Promotion de superstitions féodales, de matériel sexuellement suggestifs, de paris, de la violence, du meurtre;
  7. Terrorisme ou incitation de tiers à mener des activités criminelles; insultes ouvertes envers d'autres personnes ou distorsion de la vérité pour calomnier une personne;
  8. Attaque de la réputation des organisations d'État;
  9. Toute activité contraire à la Constitution, aux lois ou réglementations administratives[16]

»

En septembre 2000, l'ordonnance n° 292 du Conseil d'État fixe les premières restrictions de contenu à destination des fournisseurs d'accès internet. Les sites internet chinois ne peuvent pas être liés ou reprendre des informations de sites d'informations étrangers sans une approbation particulière. Seuls les éditeurs papier sous licence sont autorisés à diffuser des informations en ligne. Les sites internet sans licence qui souhaitent diffuser des informations ne peuvent reprendre que des informations déjà diffusées publiquement par d'autres sites autorisés. Ces derniers doivent obtenir une approbation des bureaux d'État de l'information et de l'agence de l'information du Conseil d'État. L'article 11 de cette ordonnance indique que « les fournisseurs d'accès sont responsables de la légalité de toute information disséminée par l’intermédiaire de leurs services. »[17] L'article 14 donne aux officiels de l'État un accès total à toute information sensible qu'ils souhaiteraient obtenir des fournisseurs de services internet.

Mise en vigueur[modifier | modifier le code]

En décembre 1997, le ministre de la sécurité publique Zhu Entao publie de nouvelles réglementations qui infligent des amendes pour « diffamation envers les agences gouvernementales », « division de la nation » et divulgation de « secrets d'Etat ». Les contrevenants s'exposent à une amende de 15 000 Yuans (2 000 euros environ)[18]. L'interdiction apparaît surtout non coordonnée et ad hoc, avec certains sites bloqués, alors que d'autres sites similaires sont autorisés ou bloqué dans une ville mais disponibles dans le reste du pays. Les blocages sont bien souvent levés pour certaines occasions. Par exemple, le New York Times n'est plus bloqué lorsque les reporters au cours d'une interview privée avec le secrétaire général du PCC Jiang Zemin l'interrogent sur ce blocage et que ce dernier répond qu'il va se pencher sur la question. Au cours du sommet de l'APEC à Shanghai en 2001, les sources d'information habituellement bloquées telles que CNN, NBC et le Washington Post redeviennent accessibles. Depuis 2001, les contrôles du contenu ont été davantage relâchés et les trois sites précédemment cités sont désormais accessibles en Chine continentale. Toutefois, l'accès au New York Times est à nouveau bloqué en décembre 2008[19].

À l'été 2005, la RPC achète plus de 200 routeurs à l'entreprise américaine Cisco Systems, ce qui permet au gouvernement chinoisd'améliorer leur capacité technologique pour la censure[20],[21].En février 2006, Google fait une concession significative en faveur du grand Firewall de Chine, en échange d'installations d'équipements sur le sol chinois. L'entreprise américaine bloque alors les sites que le gouvernement chinois considère comme illégaux[22]. Cette politique est ensuite annulée par Google en 2010, qui refuse de continuer à censurer les résultats de recherches.

En mai 2011, le Bureau d'information du Conseil d'État annonce le transfert de ses services qui régulent l'internet vers une nouvelle agence, le Bureau d'État sur l'information de l'internet, qui est responsable de la régulation de l'internet en Chine. La relation entre ce nouvel organisme et les autres agences en Chine qui régulent l'internet restent toutefois peu claires lors de leur annonce[23].

Auto-régulation[modifier | modifier le code]

La censure de l'internet en RPC est comparée à « une panoptique qui encourage l'auto-censure à travers la perception que les utilisateurs sont surveillés en permanence[24]. » La mise en application (ou la menace de la mise en application) de la censure crée un effet dissuasif grâce auquel les personnes et les entreprises censurent volontairement leurs propres communications pour éviter des répercutions légales ou financières. Les fournisseurs d'accès à l'internet sont légalement responsables de la conduite de leurs clients. Ils ont assumé un rôle d'éditeur vis à vis du contenu de leurs clients avant de devenir responsables des calomnies et torts occasionnés par leurs clients. Certains hôtels en RPC conseillent aux utilisateurs de l'internet à respecter les règles chinoises d'accès à l'internet en affichant des règles de conduite à côté des ordinateurs. Ces règles, entre autres choses, interdisent de consulter des messages politiquement non acceptables et informent les utilisateurs que s'ils le font, ils devront faire face à des conséquences judiciaires[25].

Le 16 mars 2002, la société de l'internet en Chine, un organisme de l'industrie de l'internet gouvernemental chinois[26], lance la Charte publique sur l'autodiscipline de l'industrie de l'internet chinois, un accord entre le régulateur de l'industrie de l'internet chinois et les entreprises qui exploitent des sites en RPC. En signant l'accord, les entreprises de l'internet promettent d'identifier et d'empêcher la transmission d'informations que les autorités chinoises jugent inacceptables, dont les informations qui « enfreignent les lois ou propagent des superstitions et obscénité » ou qui « peuvent mettre en danger la sécurité de l'Etat et perturber la stabilité sociale[27],[28]. » En 2006, l'engagement a été signé par plus de 3 000 entités exploitant des sites internet en RPC[29]. Ainsi, les sites remplacent souvent les contenus censurés par des blancs, permettant ainsi au lecteur de s'en rendre compte et souvent de deviner ce qu'ils étaient. D'autres techniques beaucoup plus subtiles permettent de censurer très rapidement les messages sur les réseaux sociaux chinois[30].

Usage des fournisseurs d'accès[modifier | modifier le code]

Bien que le gouvernement n'ait pas les capacités physiques et matérielles pour surveiller toutes les discussions instantanées et les forums, la simple peur d'être fermés pousse les FAI à employer à leur compte d'opérateurs, surnommés « grande maman », qui mettent fin aux commentaires politiquement sensibles et les suppriment. À Shenzhen, ces fonctions sont en partie reprisent par des personnages de dessin animés créés pour la police, Jingjing et Chacha qui aident à étendre la présence en ligne des autorités policières de Shenzhen. Ces dessins animés se sont répandus à travers le pays en 2007, rappelant les utilisateurs de l'internet qu'ils sont surveillés et doivent éviter de poster du contenu sensible ou nocif sur l'internet[18].

Cependant, certains FAI ont adopté des stratégies différentes : l'une d'entre elles est de laisser les contenus politiquement sensibles et de les retirer uniquement sur ordre du gouvernement. Ainsi ils restent visibles pendant quelques heures, rendant leur lecture possible pendant quelque temps. Lorsque le commentaire est supprimé, l'information est en réalité déjà publique. Un exemple significatif est l'explosion d'une école en 2001 : les autorités locales voulaient supprimer l'information que les feux d'artifices artisanaux responsables de l'accident avaient été fabriqués par des enfants. Pendant le temps nécessaire aux officiels locaux pour exiger la suppression de la mention, la nouvelle avait déjà été largement répandue[31].

Le 11 juillet 2003, le gouvernement chinois commence à octroyer des licences aux entreprises pour ouvrir des chaînes de cybercafés. Les analystes et opérateurs internet étrangers considèrent ces licences comme une volonté de sévir contre les informations jugées nuisibles par le gouvernement chinois. En juillet 2007, la ville de Xiamen annonce qu'elle va bannir toute publication anonyme en ligne ou communication utilisée pour organiser des manifestations contre un projet d'implantation d'usine chimique dans la ville. Les utilisateurs de l'internet devront fournir une preuve d'identité pour pouvoir poster des messages sur plus de 100 000 sites répertoriés à Xiamen[32]. Le gouvernement chinois publie le vendredi suivant de nouvelles règles requérant les utilisateurs de l'internet de fournir leur nom réel aux FAI, tout en attribuant une plus grande responsabilité aux entreprises de l'internet dans la suppression de messages interdits et leur rapport aux autorités. Les nouvelles réglementations émises par le Comité permanent du Congrès national du peuple permettent aux utilisateurs de continuer à utiliser des pseudonymes, mais uniquement s'ils ont préalablement fournis leur vrai patronyme aux FAI, une mesure qui a pour but de refroidir certains discours sur les sites locaux de type Twitter. Les autorités détiennent et emprisonnent régulièrement des utilisateurs de l'internet pour commentaires politiquement sensibles, comme des appels à la démocratie multi-partis ou des accusations d'impudence de la part de fonctionnaires locaux[33].

Arrestations[modifier | modifier le code]

Des amendes et de courtes arrestations sont les sanctions possibles pour quiconque diffuse des informations non désirées sous quelque format internet que ce soit, puisqu'agir de la sorte est considéré comme un risque pour la stabilité sociale[34].

En 2001, Wang Xiaoning et d'autres activistes chinois sont arrêtés et condamnés à 10 ans de prison pour avoir utiliser un compte mail Yahoo pour poster des messages anonymes à une liste de diffusion de courriels[35]. Shi Tao, un journaliste chinois a pour sa part utilisé un compte email Yahoo pour envoyer un courriel à un site internet pro-démocratique basé aux Etats-Unis. dans celui-ci, il résume un ordre direct du gouvernement envers les médias en Chine pour minimiser les 15e anniversaire à venir de la répression de 1989 envers les activistes pro-démocratiques. La police l'arrête en novembre 2004 l'inculpant d'avoir « fourni illégallement des secrets d'Etat à des entités étrangères. » En avril 2005, il est condamné à 10 ans d'emprisonnement et deux ans de privation de ses droits politiques[36].

Le séisme de 2008 au Sichuan sera quant à lui suivi de plusieurs affaires relatives à la couverture des évènements. Le 23 juillet 2008, la famille de Liu Shaokun se voit notifier que ce dernier a été condamné à une année de rééducation par le travail pour « incitation aux troubles. » En tant que professeur dans la province du Sichuan, il avait pris en photographie des écoles écroulées et ensuite posté ses clichés en ligne[37]. Le 18 juillet 2008, Huang Qi est arrêté pour suspicion de possession illégale de secrets d'État. Il avait parlé avec la presse étrangère et posté sur son site internet des informations sur la situation critique des parents qui ont perdu leurs enfants dans l'effondrement d'écoles[38],[39],[40].

En milieu d'année 2013, la police annonce des arrestations à travers tout le pays de centaines de personnes accusées de répandre de fausses rumeurs en ligne. Les autorités chinoises affirment que cette répression est dirigée vers des abus tels que la fraude, l'imposture et la calomnie. Mais les accusations portées contre un grand nombre de microblogueurs arrêtés ont un avantage politique puisqu'un grand nombre de rumeurs outrageusement prétendues fausses par le gouvernement ont un rapport avec des dérives de fonctionnaires : corruption, vénalité et escapades sexuelles. CEtte répression peut être interprétée comme une tentative de rompre les réseaux en ligne de personnes bien pensantes dont les idées pourraient entrer en concurrence avec le parti communiste. Certains des microblogueurs les plus populaires de RPC ont ainsi été arrêtés. En septembre 2013, la Cour suprême de Chine et le bureau des poursuites judiciaires publient une ligne directrice et esquissent les pénalités pour punir les rumeurs et calomnies en ligne. Celle-ci offre la protection des citoyens qui dénoncent les fonctionnaires corrompus, mais les messages calomnieux transmis plus de 500 fois et lus plus de 5 000 fois peuvent être condamnés jusqu'à trois ans de prison[41].

La Grande Muraille pare-feu de Chine[modifier | modifier le code]

La partie pare-feu de ce système est connue à l'extérieur de la Chine continentale sous le nom de Grande Muraille pare-feu de Chine en double référence à son rôle de pare-feu réseau et à la Grande Muraille. Constitué de pare-feux standards sur les serveurs proxy (passerelles Internet), ce système bloque les contenus en empêchant certaines adresses IP d'être routées. Lorsque des sites particuliers sont demandés, ce système engage sélectivement une méthode d'empoisonnement DNS. Cependant le gouvernement ne peut examiner à chaque instant Internet en entier, cette méthode est donc limitée.

Deux niveaux de blocage des serveurs extérieurs sont mis en œuvre. La plupart des serveurs sont « filtrés » ; l'internaute attend indéfiniment, comme si le site était saturé. Certains serveurs sont « bloqués » ; tout se passe comme si le site refusait la connexion. Les sites filtrés sont accessibles à travers les sites relais anonymiseurs. Pour accéder aux sites bloqués, il faut faire appel à d'autres techniques. La plupart des sites anonymiseurs commerciaux ne sont pas eux-mêmes filtrés.

Les sites extérieurs sujets à la censure[modifier | modifier le code]

Un grand nombre de sites situés à l'extérieur de la Chine continentale sont sujets à une censure limitée dans le temps. Il est toutefois difficile d'en donner une liste exacte car les sites peuvent être accessibles dans certaines villes, mais ne le sont pas dans d'autres.

  • Les nouvelles de sources étrangères, spécialement les sites web ayant des forums et/ou une version en langue chinoise : BBC News, Hong Kong News et Radio-Canada sont très surveillés.
  • Les sites web et les informations sur :
  • Le site de Wikipédia (en chinois en particulier, mais aussi dans les autres langues) a été bloqué (avec un bref déblocage en octobre 2006, puis un déblocage en 2008), et certaines pages (telles celle-ci) sont inaccessibles. Le niveau de censure sur la langue chinoise reste élevé. En réponse à Wikipédia, le moteur de recherche chinois Baidu a lancé Baidu Baike, une sorte de Wikipédia chinois soumis au contrôle.
  • FreeBSD.org, maintenant accessible, a été bloqué par le passé (décembre 2005).
  • Le site du Falun Gong et de nombreux sites ayant pour sujet le Falun Gong.
  • Le site de Reporters sans frontières.
  • Le gouvernement chinois essaie d'appliquer aux blogs tenus par des Chinois sur des sites extérieurs la même politique de vigilance qu'à l'intérieur, où de nombreux blogs sont censurés[42]. Pékin souhaite ficher les blogueurs anonymes. On recense 17,5 millions de blogueurs en République populaire de Chine[42].
  • Et d'une manière plus générale, tout ce qui peut remettre en cause la légitimité du PCC, les critiques contre les dirigeants chinois et les vues différentes de celles du gouvernement. Ainsi en janvier 2014, l'Internet après la révélation par plusieurs journaux de compte offshore détenus par les princes rouges, des proches du pouvoir[43].

La censure des informations extérieures s'exerce généralement sur des serveurs entiers, non sur des sites spécifiques. De ce fait, des sites parfaitement étrangers aux préoccupations politiques ne sont pas accessibles en Chine. Cela vaut également pour les serveurs de blogs[44],[45]. Régulièrement, des rédacteurs de blogs ou des responsables de sites annoncent à leurs lecteurs que les censeurs chinois se sont intéressés à leur publication[46]. En dehors du phénomène de censure massive des sites dont ils n'ont pas nécessairement conscience, beaucoup ont été victimes de Great FireWall of China, un canular (hoax) qui prétendait tester si un site était accessible depuis la Chine (février 2008 : le site est fermé)[réf. nécessaire].

Un certain désordre règne parfois, les gestionnaires techniques appliquant à la lettre les consignes qui leur parviennent. Ainsi le site de partage d'images Flickr n'est pas censuré, mais un des serveurs d'images l'est, si bien qu'une partie seulement des images s'affiche[47]. La lecture des blogs Blogspot a été censurée jusqu'au début d'avril 2008, mais pas leur mise à jour, les adresses Internet étant différentes[48].

Les moteurs de recherche[modifier | modifier le code]

Les méthodes de censure[modifier | modifier le code]

Un élément du système consiste à interdire certains mots sur les moteurs de recherches, qu'ils soient internationaux (Yahoo! et Google) ou nationaux comme Baidu. Une telle recherche affiche une page d'erreur et une répétition de la même recherche bloque temporairement l'IP.

D’après Reporters sans frontières, Pékin filtre 400 à 500 mots tabous ou sensibles comme « Tibet »[49]. La Révolution culturelle et la pornographie sont également des sujets censurés[49].

En général, les mots interdits le sont également insérés dans une expression. Par exemple, si 法轮 (falun ou « roue de la loi ») est bloqué, alors 法轮功 (Falun gong) et 转法轮 (Zhuan Falun ou « La roue de la loi qui tourne », le titre du livre de Li Hongzhi, le fondateur du Falun gong) le sont aussi.

Les résultats des recherches ne sont pas « filtrés ». Des pages provenant de sites censurés figurent dans les réponses, mais ne sont pas accessibles pour autant. La fonction « cache » (affichage d'une copie de la page indexée, mémorisée sur le site du moteur de recherche) est toujours neutralisée.

Les attaques sur Google[modifier | modifier le code]

Le 12 janvier 2010 Google a menacé de quitter la Chine après des agressions informatiques massives « venant de Chine » envers des chinois militants pour les droits de l'homme. Google indique avoir les preuves que ces attaques devaient permettre d'investir les comptes Gmail de ces militants. Google a décidé de rendre publique cette situation car il s'agit d'un « débat mondial sur la liberté d'expression ». Hillary Clinton a demandé des explications au gouvernement chinois concernant ces attaques informatiques[50]. Depuis mars 2010, Google.cn (la version chinoise du moteur de recherche Google) a fermé. En effet, l'accès à ce site se traduit par une redirection vers Google.com.hk, la version hong-kongaise qui, elle, n'est pas soumise aux même demandes de censure qu'en Chine continentale.

L'organisation de la censure[modifier | modifier le code]

La police d'Internet comprend entre 30 000 et 40 000 agents en Chine[51]. Ils sont assistés d'environ 280 000 honkers chargés d'orienter les débats dans les forums et, le cas échéant, de dénoncer les internautes s'éloignant trop de la ligne officielle[52].

À l'approche des JO de Pékin 2008, chaque jour, 20 000 et 30 000 cyberpoliciers surveillent, bloquent et censurent Internet[53]. Toujours pour les JO, à Pékin, 300 000 miliciens bénévoles sont mobilisés dans un objectif de surveillance et de délation[54]. Selon Reporters sans frontières, 52 cyberdissidents sont emprisonnés pour avoir révélé des « secrets d'État[51]. » Les bannissements de sites paraissent le plus souvent non coordonnés et événementiels, avec des sites bloqués et d'autres aux contenus similaires autorisés. Les blocages sont souvent durcis pour des occasions spéciales. Un exemple est le New York Times qui a été débloqué quand les journalistes ont demandé dans un entretien à Jiang Zemin, les raisons du blocage, celui-ci a répondu qu'il allait s'en occuper. Durant un sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique à Shanghai en 2001, les médias normalement bloqués comme CNN, NBC et le Washington Post sont devenus accessibles. Depuis 2001, le contrôle des contenus a été grandement assoupli à une base permanente, et les trois sites précédemment cités sont désormais accessibles de Chine continentale. En fait, la plupart des sites web d'informations sont accessibles, bien qu'un petit nombre (dont la BBC) soit toujours bloqué.

Le blog en français de Pierre Haski édité depuis la France a même été censuré par les cyberpoliciers chinois[55].

Les agences de Chine continentale publient souvent des règlements sur Internet, mais ils sont souvent non mis en vigueur ou ignorés. Un des problèmes majeurs de la mise en vigueur est la détermination de la juridiction compétente. Il en résulte beaucoup de conflits bureaucratiques entre plusieurs ministères et les bureaux du central et locaux. L'organe d'information du Conseil d'État est mandaté pour réguler Internet mais beaucoup d'agences de sécurité de Chine continentale le sont aussi[56].

Plusieurs universitaires ont relevé que la vitesse à laquelle le gouvernement sort des nouveaux règlements sur Internet est le symptôme de leur inefficacité. En effet ces nouveaux règlements ne font jamais référence aux anciens, qui apparaissent oubliés.

L'aide technique des sociétés étrangères à la censure[modifier | modifier le code]

Un sujet de controverse est la légitimité de la fourniture par des sociétés étrangères d'équipements contribuant à la censure en République populaire de Chine. Les équipements fournis par des sociétés comme Cisco sont des infrastructures Internet standards qui favorisent le flux d'informations, mais permettent également la mise en place technique des systèmes de censure. Des organisations de défense des Droits de l'homme comme Human Rights Watch ou de médias comme Reporters sans frontières font remarquer que si ces entreprises arrêtaient leur aide technique à la censure, son efficacité en serait d'autant diminuée.

Une situation semblable concerne les fournisseurs de contenus comme Yahoo!, AOL et Google qui obéissent aux exigences du gouvernement, incluant des moniteurs internes, dans le but d'être autorisés à opérer en Chine continentale. Ainsi, en respect des lois, Microsoft a commencé à censurer les blogs MSN Spaces.

En revanche, les sites pouvant aider à contourner la censure, comme Freenet et Peek-a-Booty sont bloqués.

La responsabilité des entreprises[modifier | modifier le code]

La collaboration avec les autorités par ces multinationales pour censurer Internet n'est pas appréciée par tout le monde. De nombreuses critiques se portent à leur encontre, notamment Google, ou Yahoo.

Le 7 novembre 2005, une alliance d'investisseurs et de chercheurs représentant 36 sociétés aux États-Unis, en Europe et en Australie et au total 21 milliards de dollars de chiffre d'affaires ont incité le monde des affaires à protéger la liberté d'expression et ont mis en place une surveillance des sociétés faisant des affaires dans les pays violant les Droits de l'Homme, comme la Chine.

Le 21 décembre 2005, l'ONU, l'OSCE, OEA ont mandaté spécialement sur la liberté d'expression des entreprises Internet pour « […] travailler ensemble […] pour résister aux tentatives d'officiels de contrôler ou restreindre l'usage d'Internet. »[57]

Contournements par les internautes[modifier | modifier le code]

Les dix animaux mythiques de Baidu, au départ des canulars que des internautes ont mis sur Baidu Baike, l'encyclopédie chinoise, sont devenus des mèmes très répandus en Chine[58],[59]. Ces dix canulars furent créés en réponse à la censure accrue et draconienne sur la toile chinoise, et sont devenus des icônes de l'opposition des internautes à la censure politique[60],[61].

L'utilisation de proxy situés à l'étranger permet aux internautes d'accéder aux contenus censurés en République populaire de Chine[62]. La pratique est répandue, au moins chez les jeunes à l'aise en informatique. Par exemple, lors du parcours de la flamme en 2008 à Paris, les manifestations tibétaines ont été censurées par la télévision chinoise. Cependant les internautes chinois ont eu rapidement accès aux images censurées, ce qui a déclenché les boycotts antifrançais[63].

Forums bloqués[modifier | modifier le code]

Les sites sinophones fondés à l’étranger sont habituellement bloqués en Chine. Ceux fondés en Chine sont strictement contrôlés, risquant d’être bloqués à tout moment.

Le 15 décembre 2009, le gouvernement chinois a bloqué de nombreux forums sans prévenir, sous prétexte d’éradiquer des pollutions pornographiques, et oblige une nouvelle autorisation[64]. Comme annonce d’un forum bloqué: pour une coopération avec la politique d’éradication des pollutions pornographiques ramenée par le gouvernement, notre forum est actuellement fermé[65]. Une annonce d’un autre site : notre site cesse de servir, nous sommes en train de chercher désespérément une nouvelle autorisation pour un nouveau système, notre équipe magnifie toujours le parti communiste chinois, et le respecte toujours[66].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « II. How Censorship Works in China: A Brief Overview », sur Human Rights Watch (consulté le 14 mars 2015)
  2. (en) « Background: Firewall of Shame », sur Global Internet Freedom Consortium,‎
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  4. (en) « 2012 Internet Enemies: China », sur Reporters sans frontières,‎ (consulté le 14 avril 2014)
  5. (en) « China employs two million microblog monitors state media say », sur BBC News,‎ (consulté le 14 avril 2015)
  6. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées BBC_Alibaba_IPO:_Chairman_Ma.27s_China.
  7. (en) R. MacKinnon, « Flatter world and thicker walls? Blogs, censorship and civic discourse in China », Public Choice,‎ , p. 31–46
  8. (en) Goldman, Merle Goldman. Gu, Edward X., Chinese Intellectuals between State and Market, Routledge publishing,‎ (ISBN 0-415-32597-8)
  9. (en) Jack L. Goldsmith et Tim Wu, Who Controls the Internet?: Illusions of a Borderless World, Oxford University Press,‎ (ISBN 0-19-515266-2), p. 91
  10. (zh) « 首屆「2002年中國大型機構信息化展覽會」全國31省市金盾工程領導雲集 »
  11. (en) « What is internet censorship? », sur Amnesty International Australia,‎ (consulté le 14 avril 2015)
  12. (en) Michael Bristow, « China defends internet censorship », BBC News,‎ (lire en ligne)
  13. (en) Jack L. Qiu, « Virtual Censorship in China:Keeping the Gate Between the Cyberspaces », International Journal of Communications Law and Policy, no 4,‎
  14. (en) Taubman, G., « A not-so world wide web: the Internet, China, and the challenges to non-democratic rule », Political Communication, no 15,‎ , p. 255–272
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  16. (en) Jason P. Abbott, The Political Economy of the Internet in Asia and the Pacific Digital Divides, Economic Competitiveness, and Security Challenges, New York, Praeger,‎
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  24. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées truefire.
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  42. a et b Pascale Nivelle, « Pékin muselle ses blogs », dans Libération du 25/10/2006, [lire en ligne]
  43. Reuters L'Internet chinois coupé après les révélations sur l'argent des « princes rouges » Le Monde, 22 janvier 2014
  44. Le 15 février 2008, étaient censurés, entre autres : blogspot, hautetfort, livejournal, over-blog, wordpress.
  45. Le 1er avril 2008, blogspot et wordpress sont accessibles. Les autres serveurs de blog cités par la note précédente restent censurés.
  46. Le site des Verts, parti politique français. Le site est accessible en Chine, ainsi tous ceux qui sont cités sur la page.
  47. Flickr : Voir les photos sur le thème du crépuscule. Les images provenant de farm1.static.flickr.com ne sont pas visibles en Chine ; celles provenant de farm3.static.flickr.com sont visibles.
  48. Lecture : blogspot.com ; mise à jour www.blogger.com
  49. a et b Pascale Nivelle, « À Pékin, les JO se rapprochent, pas les libertés », dans Libération du 11-04-2008, [lire en ligne]
  50. Le Monde Google, piraté, menace de quitter la Chine
  51. a et b Sylvie Kauffmann, Martine Jacot, Brice Pedroletti, « La censure sur Internet : États contre cyberdissidents », dans le Monde du 29/08/2007, [lire en ligne]
  52. Chine : les bons petits soldats d'Internet - Le Monde -06/08/2008
  53. Chine : LaGrandecensure.com
  54. À Pékin, les policières à petits pieds surveillent les étrangers chevelus
  55. Comment les dictateurs chinois maîtrisent le Web
  56. Le PCC et Sina Weibo : du contrôle à la création politique de l’information, 2013 : http://maikeximu.com/parti-et-sina-weibo-internet-chine-censure/
  57. (en) [PDF] International Mechanisms for Promoting Freedom of Expression.
  58. (zh) 【贴图】百度十大神兽_水能载舟亦能煮粥
  59. (zh) Les saisis canulars des bêtes légendaires et obscènes dans un dictionnaire
  60. (en) Michael Wines, « A Dirty Pun Tweaks China’s Online Censors », The New York Times, 11 mars 2009.
  61. (en) Bobbie Johnson, « ETech: The truth about China and its filthy puns », The Guardian, 13 mars 2009
  62. Hu Yong déclare à propos de la nouvelle technologie développé par les États-Unis « Feed Over Email » : « Chinese netizens have been using proxy servers to access the information blocked by the governement for a long time, FOE is just more a convenient tool » ((en) « U.S. testing new system to bypass Web filters in China », China Daily, 16 août 2009.
  63. RSF affirmait le contraire dans son rapport annuel 2008. Pour le sinologue Jean-Luc Domenach, le président de RSF, Robert Ménard, ment : « les internautes sont plus malins que la police, la population chinoise a bien vu les manifestations pro-tibétaines à Paris et elle en a été très remontée » ; cf. « Jean-Luc Domenach, sinologue : “À Pékin, on trouve des T-shirts pour la Corse libre” », VSD, 18 avril 2008.
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]