Caviar

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Cuillerée de caviar.

Le caviar est un aliment élaboré à partir des œufs d'esturgeon[1].

Pour certaines variétés, son prix peut dépasser les 12 000 € le kilogramme en 2011[2]. Il peut être consommé seul ou s'ajouter par touches sur une préparation.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le mot apparaît en français sous la forme cavyaire en 1432, puis caviat en 1552. La graphie actuelle caviar se rencontre en 1552 sous la plume de François Rabelais dans le Quart Livre[3]. Le terme provient du vénitien caviaro, équivalent de l'italien caviale (d'où aussi cavial chez Furetière en 1690); ces deux variantes sont issues du turc kavyar[4], qui représente lui-même un emprunt au persan خاویار / khāviār signifiant littéralement « porteur d'œufs »[5]. Le mot français caviar est quant à lui à l'origine de l'anglais caviar ou caviare, emprunté au XVIe siècle[5].

En 1751, l'Encyclopédie donne caviari sckari comme nom du produit commercialisé en Russie à l'époque[6].

On trouve également des allusions au caviar dans d'autres langues. Ainsi, Miguel de Cervantès parle de la qualité du caviar pressé dans son Don Quichotte.

À l'origine, le caviar n'était nullement un produit de choix destiné aux gourmets. Bertrandon de la Broquière, découvrant ce mets lors de son voyage en Asie mineure en 1431, rapporta dans ses écrits : « Et fu en ceste ville de Bourse où je mengeay premièrement du cavyaire avec l'uyle d'olive, lequel, quant on n'a aultre chose que mengier, ne vault gueires que pour les Grecz »[7].

Types de caviar[modifier | modifier le code]

Le caractère du caviar ne provient pas de son origine (mer Noire, mer Caspienne, élevages chinois, italiens, français ou américains), mais de l'espèce d'esturgeon qui produit les œufs. Il en existe vingt-sept dans le monde, réparties en deux familles. Les qualités organoleptiques du caviar, sa rareté et son prix dépendent quant à eux de l'espèce, mais aussi de son mode d'élevage (milieu, eau, alimentation), et de sa préparation[8]. On distingue plusieurs catégories de produits.

Le caviar sauvage[modifier | modifier le code]

  • Le « béluga » (russe : белуга, Huso huso) : le plus gros esturgeon, qui produit les plus gros œufs et c'est le caviar le plus cher. C'est également le caviar qui présente le plus de difficultés de conservation[9]. L'« almas » (en russe : алмаз, « diamant ») est un caviar de béluga autrefois réservé au shah d'Iran. C'est un caviar blanc provenant d'esturgeons sauvages. C'est le caviar le plus cher au monde[10].
  • L'« osciètre » (ou « ossiètre[11] », russe : осётр, Acipenser gueldenstaedtii, Acipenser persicus) : les œufs d'osciètre sont reconnaissables à leur couleur claire et à leur dimension : ils sont plus petits que ceux du béluga.
  • Le « sevruga » (russe : севрюга, Acipenser stellatus) : c'est un esturgeon de petite taille.
  • Le « sterlet » (russe : стерлядь, Acipenser ruthenus) : c'est un des plus petits esturgeons, également appelé esturgeon de Sibérie ou esturgeon du Danube. Compte tenu de sa taille, il ne fournit du caviar qu'en petite quantité.
  • Le sturio (Acipenser sturio), appelé aussi esturgeon d'Europe ou esturgeon de l'Atlantique, était très présent en France et particulièrement connu en Aquitaine sous le nom de créa ou créac. Il est à l'origine de la renommée du caviar d'Aquitaine au début du XXe siècle. Variété anadrome, c'est un poisson qui vit en mer et se reproduit en eau douce.

Le caviar d'élevage[modifier | modifier le code]

La surexploitation des esturgeons et les mollusques invasifs en mer Noire (comme le gastéropode Rapana venosa) ont largement fait chuter la production en Roumanie et Ukraine (bouches du Danube). La dislocation de l'URSS en 1991 a pour conséquence la surexploitation anarchique et le braconnage des esturgeons en mer Caspienne. Depuis 1998, le commerce international de toutes les espèces d'esturgeons est réglementé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction qui les a placées dans son annexe II. Depuis lors, sur le marché international, tous les esturgeons et les produits qui en sont issus (caviar, chair, peau, etc.) doivent être couverts par un permis ou un certificat CITES. Les quotas de pêche des pays du pourtour des mers Noire et Caspienne (90 % du caviar sauvage provint de ces régions qui en produisaient 2000 tonnes par an dans les années 1990) n'ayant pas été respectés, la CITES y interdit depuis 2008 l'exportation. Il en résulte le développement du caviar d'élevage qui réintroduit des espèces d'esturgeons éteintes dans leur milieu d'origine[12].

Le caviar procède aujourd'hui à 90 % d'esturgeons d'élevage. La Chine en est le premier producteur mondial (30 tonnes par an en 2013) devant l'Italie et la France (25 tonnes par an)[13].

Les principaux caviars d'élevage actuels proviennent des espèces suivantes :

Fabrication[modifier | modifier le code]

La fabrication du caviar peut nécessiter jusqu'à treize opérations.

Les œufs[15] se trouvent dans les ovaires de la femelle esturgeon : la rogue représente environ 15 à 18 % de la masse du poisson[16], voire 25 % pour le béluga. L'animale doit rester vivante jusqu’à l’extraction des œufs, on l’assomme donc généralement d’un simple coup sur la tête dans le meilleur des cas et on la saigne.

Avant de l’ouvrir, l'abdomen du poisson est lavé et brossé, ensuite on incise l’animal, l’entaille doit partir de 3 cm de l’anus jusqu’à la tête en veillant à ne pas abîmer les œufs. Les rebords de l’abdomen sont repliés sur le côté et les ovaires contenant les œufs sont retirés un à un mais il ne faut surtout pas qu’ils soient en contact avec le sang du poisson car ils pourraient être contaminés.

La rogue est tamisée, puis lavée et égouttée. Les œufs sont triés selon leur fermeté, leur grosseur et leur couleur, puis salés avant séchage et conditionnement. Le sel est un conservateur naturel et permet aussi d'en révéler les goûts. La salaison est un procédé délicat qui peut, en cas d'erreur, dénaturer le grain.

L'animale est ensuite éviscérée et sera destinée à soit à la consommation alimentaire, soit à la fabrication de cosmétiques.

Producteurs[modifier | modifier le code]

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Blinis russes servis avec caviar noir et des œufs de saumon, du champagne et de la vodka.

Durant le XIXe siècle, le caviar sauvage provenait principalement des mers Noire et Caspienne, exporté par bateau ou train en glacières spéciales de Russie, de Roumanie et d'Iran, avec renouvellement de la glace en cours de route, d'où un prix prohibitif. Au début du XXe siècle, le transport aérien prend le relais, ce qui permet des exportations vers des destinations plus éloignées : l'URSS, la Roumanie et l'Iran restent les trois exportateurs traditionnels. À l'époque, l'URSS confie l'exclusivité de ses pêcheries de la mer Caspienne à Robert de Lalagade, un militaire qui crée Caviar Volga en 1921. Du fait de son monopole, il vend le caviar au paquebot France, à l'Elysée ou au Concorde (avion) . En 1956, lorsque l'Iran reprend le contrôle de la Caspienne, M. de Robert de Lalagade remporte aussi le monopole de la diffusion mondiale du caviar iranien. En contrepartie, le Chah d'Iran lui demande de créer la Maison de l'Iran sur les Champs-Élysées et la Maison du Caviar[17].

Vers la fin du XXe siècle, les principaux producteurs de caviar sauvage étaient la Russie, le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan et l'Iran, riverains de la mer Caspienne. L'Ukraine et la Roumanie en exportaient en moindre quantité, la mer Noire souffrant de la pollution et de la surpêche. En 2000, La surexploitation des espèces productrices de caviar (les pêcheurs étant accompagnés de vedettes armées) a provoqué l'effondrement de la production de la mer Caspienne qui, en 20 ans, est passée de 1 000 tonnes de caviar par an à moins de 10 tonnes ; ce sont l'Italie puis la France qui sont devenues les principales productrices mondiales. Au XXIe siècle, le caviar est principalement produit (en élevage). La principale région productrice de caviar d'élevage de qualité dans le monde est l'Aquitaine en France, où 6 producteurs produisent 20 t de caviar et se sont associés pour l'obtention d'une Identification Géographique Protégée (IGP) sur le Caviar d'Aquitaine. Les autres pays producteurs sont la Chine, la Bulgarie, l'Arabie saoudite, l'Uruguay, l'Espagne, la Belgique, et Israël[18],[19]. Environ 90 % du caviar mondial est produit par des élevages, car l'esturgeon sauvage a disparu presque partout, à la suite de la surpêche et de la pollution.

Actuellement, le caviar sauvage est interdit d'importation en Union européenne et le seul caviar sauvage disponible en commerce en Europe est issu de la contrebande. La qualité de ce caviar sauvage n'a plus rien de comparable avec celle des marchés homologués du caviar sauvage des années 1970 à 1990.

La qualité de l'eau dans laquelle évoluent les esturgeons, en pisciculture ou en étang, est primordiale à sa qualité organoleptique. Un environnement hydrique exempt de nitrate, de pesticide, fongicide et autres polluants largement observés dans les nappes phréatiques et zones cultivées, améliore sensiblement ses qualités gustatives et sa longueur en bouche.

Règlementation en France et dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Œufs d'esturgeons[modifier | modifier le code]

En France, selon l'arrêté du , l'utilisation du terme caviar est réservé aux seuls œufs d'esturgeon. Le terme de « succédané de caviar » doit être donné aux œufs de poissons autres que l'esturgeon. Les œufs d'escargots ou d'oursins sont ainsi exclus de cette définition.

La communication 91/C 270/02 de la Commission européenne du confirme cette position. Seuls deux États membres autorisent l'usage du terme « caviar » pour la désignation générique des œufs de poissons.

Œufs d'autres espèces[modifier | modifier le code]

Certains pays d'Europe autorisent ainsi l'usage du mot caviar pour désigner des œufs de poisson, mais dans ce cas toujours accompagné de l'espèce concernée, par exemple « caviar rouge » ou encore les succédanés de caviar suivants, le plus souvent teintés en noir ou rouge : œufs de lompe, lavaret, de corégone blanchâtre, de lotte éventuellement fumés dans les pays nordiques, jusqu'aux œufs de poissons volants (ou tobiko).

« Caviars » d'origine végétale[modifier | modifier le code]

Le caviar d'aubergine (recette de cuisine méditerranéenne) est la seule préparation végétale pouvant porter cette dénomination qui, de par son ancienneté et sa constance, a été approuvé par avis de l'administration pour un produit d'origine végétale. Sont ainsi interdites en France les dénominations de caviar de tomates séchées, de courgette, de poivron, d'alguesetc.

Cosmétique[modifier | modifier le code]

Certains fabricants de produits cosmétiques ajoutent du caviar dans leur produit car celui-ci serait riche en composants naturels qui favorisent la restructuration et la revitalisation de la peau. Il contient une substance nutritive appelée vitelline (du latin vita, la vie) riche en phospholipides et en phosphoprotéines, constituants essentiels des cellules.

Expressions[modifier | modifier le code]

La langue française possède quelques expressions utilisant le mot « caviar » :

  • « Manger du caviar à la louche », c'est être extrêmement riche ;
  • « Gauche caviar » est une expression à connotation péjorative désignant des personnes riches qui disent être socialistes, voire communistes ;
  • « Ce n'est pas du caviar » désigne un produit ou quelque chose de pas très fin, à l'inverse « c'est du caviar » peut désigner quelque chose de parfait ;
  • « Caviarder un article », c'est le censurer ; l'expression vient du noircissement du texte afin de le dissimuler ;
  • « Il lui a donné un caviar », expression utilisée pour désigner une bonne passe conduisant à un but tout fait, en football notamment.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaires d'autrefois, The University of Chicago, 2001
  2. Pour la plupart des variétés cependant, le prix se situe autour de 2 000 € le kilogramme. Source : Petrossian.fr (2011).
  3. Rabelais, Quart Livre, chapitre LX.
  4. Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, article « caviar », p. 394, Édition Le Robert, Paris, 2010.
  5. a et b Chambers Dictionary of Etymology, Edinburgh, 1988, p. 152b.
  6. Alain Rey, Ibid.
  7. Bertrandon de la Broquière, Le Voyage d’Outremer, éd. Ch. Schefer, Paris, 1892, Recueil de voyages et de documents pour servir à l’histoire de la géographie depuis le XIIe siècle jusqu’à la fin du XVIe siècle, t. 12, p. 135.
  8. Vulf Sternin, Ian Dore, Le caviar : de la pêche au grain, Éditions Quae, , p. 51
  9. Horst Gödecken, Le Caviar, p. 30.
  10. The Guinness Book of Records 1999, p. 62.
  11. Horst Gödecken, Le Caviar, p. 31
  12. (en) Gene S. Helfman, The diversity of fishes, Blackwell, , p. 253
  13. Pauline Garaude, « Le caviar made in France défend son savoir-faire », sur sudouest.fr,‎
  14. Joël Grillasca, laboratoire "Protée" de l'USTV sur [1]
  15. Les « œufs » correspondent en fait aux ovocytes ou ovules de la femelle. Il n'y a donc pas eu d'ovulation ni de fécondation.
  16. Horst Gödecken, Le Caviar, p. 27.
  17. (fr) « Comment l'importateur Caviar Volga tire profit du réchauffement avec l'Iran | Le Club de Mediapart » (consulté le 11 juillet 2016)
  18. La France, deuxième producteur mondial de caviar, 20 décembre 2012
  19. Marc Lohez, Le second âge du caviar, consulté le 25 décembre 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Horst Gödecken (trad. Dominique Kugler), Le Caviar, Éditions Jeanne Laffitte, , 125 p. (ISBN 2-86276-138-9)
  • Frédéric Ramade, L'Univers du caviar, Paris, Solar, , 144 p. (ISBN 2-263-03338-6)
  • Patrick Flet et Marie-Christiane Courtioux-Icre, Caviar de France, l'élixir de vie, Éditions Atlantica, 2005 (ISBN 978-2843948343)
  • René Val et Bernard Mounier, René Val ou la véritable histoire du caviar de la Gironde, Vaux-sur-Mer, Éditions Bonne-Anse - Société des Amis de Talmont, , 89 p. (ISBN 2-9523431-3-6)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]