Catiche

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puits d'extraction de calcaire au bord desquelles se tiennent d'énormes pieds qui soutiennent les poulies
carrière souterraine.

Une catiche est un terme régional du Nord de la France qui désigne un ancien type de carrière souterraine d'exploitation de craie. Ce terme est plus particulièrement utilisé au sud de Lille et dans les communes limitrophes, ainsi que dans quelques endroits de Picardie et du Cambrésis.

Le mot catiche peut aussi désigner la tanière des loutres, ainsi qu'une chaussée, une digue ou un mur bordant une rivière.

Description et utilisation des catiches[modifier | modifier le code]

Une « catiche » désigne dans le vocabulaire local une cavité souterraine artificielle, ancienne carrière souterraine de craie, ou plus rarement de marne ou de silex.

Techniquement, le terme catiche désigne plus spécifiquement un puits d'extraction de grande dimension en forme de bouteille, mais il peut également être utilisé pour désigner des puits d'extraction de forme cylindrique de plus faible dimension. Ces puits étaient refermés par un encorbellement de pierres taillées non maçonnées qui sont parfois de véritables œuvres d'art.

La principale utilisation des grands volumes de craie exploitée dans les carrières en catiches n'était pas la pierre à bâtir, généralement obtenue dans les carrières en chambres et piliers, mais la fabrication de chaux destinée à la construction, au chaulage des champs ou à l'industrie sucrière, ainsi que d'autres applications très demandeuses de ce matériau, tel le procédé Solvay. Cette différence dans l'exploitation permet de distinguer la catiche spécifique à la région du sud de Lille du puits d'extraction qui servait à remonter les pierres taillées dans les carrières en chambres et piliers.

Procédé d'exploitation[modifier | modifier le code]

Le procédé d'exploitation consistait à creuser un puits puis à l'évaser progressivement dès que l'on atteignait le matériau désiré, jusqu'à donner à la cavité finie une forme de bouteille. Cette forme offre une plus grande stabilité à l'exploitation. La profondeur est généralement comprise entre 10 mètres et 20 mètres, le diamètre au niveau du terrain naturel est d'environ 1 mètre, pour atteindre au maximum 15 mètres au niveau du sol de l'exploitation.

Le goulot était scellé en fin d'exploitation par une voûte en encorbellement de pierres sèches reposant sur la craie franche. Cette voûte était ensuite recouverte de quelques dizaines de centimètres de terre, ce qui permettait de continuer l'exploitation agricole des terrains de surface. Il semble que ce type d'exploitation, après un apogée aux XVe - XVIIIe siècles, se soit éteint au début du XXe siècle. Cependant, quelques personnes étaient encore capables de réparer les voûtes lorsque celles-ci étaient endommagées à la fin du XXe siècle.

Lorsqu'une catiche était terminée, on creusait une autre catiche à une distance proche du diamètre de base de la précédente, ce qui permettait une jonction au niveau du fond. Ainsi, quatre catiches réalisées au carré laissaient au niveau du sol un pilier de craie en forme d'étoile à quatre branches, et quatre portes plus ou moins hautes. Correctement effectuées, les exploitations en catiches pouvaient atteindre plusieurs hectares. Les plus importantes sont situées sur les communes de Faches-Thumesnil, Hellemmes, Lezennes, Lille, Loos, Ronchin, Seclin, Templemars, Wattignies. Il existe cependant des catiches isolées qui ne sont découvertes qu'à la suite de l'effondrement du bouchon de fermeture.

Localement, à la suite de remontées de nappes ou des arrêts de pompage, le fond de certaines catiches peut être situé sous le niveau du plafond de la nappe phréatique et être ennoyé, ce qui nuit à la stabilité des piliers.

Fin d'exploitation des catiches de craie[modifier | modifier le code]

Les catiches ont souvent été transformées en champignonnières ou en site de blanchiment d'une sorte d'endive aux longues feuilles, dite Barbe de capucin[1]. Celle-ci était cultivée par les « barbeux ». Il y en avait une cinquantaine dans les années 1960, il n'en restait plus que deux quarante ans plus tard, et plus qu'un en 2021, à Loos.

Dénombrement et historique[modifier | modifier le code]

Dans le Nord, la majeure partie des carrières souterraines exploitées en catiches et encore visitables a été recensée, cartographiée et inspectée avant 2006 par un service spécialisé du Département du Nord, le Service Départemental d'Inspection des Carrières Souterraines (SDICS). Celui-ci avait été créé en 1967 à la suite d'une série d'effondrements à Masnières, Curgies, Petite-Forêt et à la catastrophe de Clamart.

Par la suite, l'un des chefs de service, M. Bernard Bivert, a, dans le cadre de sa mission d'information du public, fait éditer plusieurs ouvrages richement illustrés sur les souterrains du Nord et du Pas-de-Calais (voir la bibliographie).

À la suite du recentrage des missions du Département du Nord au seul territoire départemental (routes et collèges), le SDICS change de nom en 2006 et limite ses activités en matière de cavités souterraines. En 2017, le SDICS est définitivement fermé. Les particuliers et collectivités impactés par les carrières souterraines du Nord sont alors tenus de se rapprocher des services de l'Etat.

Aussi, le BRGM avait procédé en 2016 à l'inventaire des cavités[2], avant la fermeture du SDICS. Selon son rapport[3], on compterait dans le département du Nord 188 exploitations de carrières souterraines en catiches.

Quelques collectivités fortement impactées ont mis en place des services ou des unités spécialisées dans la gestion du risque mouvement de terrain, notamment la ville de Lille.

Fin 2017, 11 communes de la la Métropole Européenne de Lille s'associent pour créer le Service Commun des Carrières Souterraines en remplacement du SDICS afin de mutualiser leurs efforts. Ce service est situé à l'Hôtel de ville de Lille.

On ne peut parler de catiches sans évoquer le réseau des carrières de Lezennes et des environs, qui est l'un des plus grands réseaux de carrières souterraines de France. Il s'étend notamment sous les communes de Lezennes, Lille-Hellemmes et Villeneuve-d'Ascq[4],[5]. Il regroupe plusieurs types d'exploitations, en chambres et piliers et catiches, et a servi comme souterrain-refuge comme en témoignent de nombreux graffitis et vestiges. Une visite annuelle est organisée par la mairie de Lezennes lors des journées du patrimoine.

Il n'y a à ce jour pas d'étude exhaustive sur les différentes périodes de creusement des cavités souterraines et leurs usages, même si elles peuvent être localement bien documentées (cas des fortifications de Lille). Les plus anciens exemples de souterrains datent du Paléolithique et ont servi à l'exploitation de rognons de silex par l'Homme préhistorique ; une reconstitution muséologique est présentée au Parc de Samara (Somme). Il ne s'agit évidemment pas de catiches telles que décrites ci-avant mais de cavités rudimentaires.

Certaines carrières dateraient de l'époque romaine[4]. On en extrayait la craie qui servait à construire, à alimenter les fours à chaux, ou comme amendement agricole en remplacement de la marne. Les morceaux de craie se fragmentent sous l'effet du gel hivernal et enrichissent les sols agricoles en calcium.

Autres souterrains[modifier | modifier le code]

Il convient de différencier les catiches des différents types de souterrains, notamment dans la région Nord-Pas-de-Calais.

Ainsi, les catiches du sud-lillois sont distinctes des caves dites boves d'Arras[6] ou de Béthune, des boves superficielles taillées dans les limons particulièrement présentes dans le cambrésis, des carrières souterraines en chambres à piliers tournés (dites également carrières en chambres et piliers), des sapes de guerre (particulièrement liées aux tranchées de la première guerre mondiale), des muches, des souterrains-refuges et souterrains linéaires (intégrés le plus souvent à d'anciennes fortifications telles que celles de Vauban).

Risques d'effondrement[modifier | modifier le code]

Les parois et piliers fragilisés par les mouvements de nappe ou les rejets d'eaux et de déchets, les bouchons endommagés sont une source de danger pour les activités et constructions occupant le sol situé au-dessus du réseau de cavités souterraines.

En 2000-2010, selon les pompiers[7], au Nord de la France, une douzaine de plafonds de catiches s'effondre chaque année, souvent brutalement et après une période de forte pluie et/ou gel, et parfois de manière spectaculaire[7].

La presse fait régulièrement état de découverte de catiches en zone habitée, voire près d'immeubles[8], et une association de riverains[9] s'est créée pour tenter de trouver des solutions.

Devant ces phénomènes, les pouvoirs publics se sont dotés d'outils de prévention et de conseil. Sur les communes impactées, tout propriétaire peut avoir accès gratuitement en mairie et au BRGM aux documents disponibles. En outre, des outils en ligne comme Géorisques permettent de connaître les différents risques à l'échelle du pays ou d'une parcelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Reportage sur la culture souterraine de 3 000 m2 d'endives (ou chicorée) dans d'anciennes catiches situées sous le centre de Faches-Thumesnil, dans le département du Nord, dans le noir, à 12 mètres de profondeur, à 12-13 °C et 98 % d'hygrométrie)
  2. « Inventaire départemental des cavités souterraines non minière du nord », sur Bureau de recherches géologiques et minières, (consulté le 25 août 2018)
  3. Mise à jour et numérisation de l'inventaire départemental des cavités souterraines non minières du Nord. (lire en ligne)
  4. a et b Article (illustré) de la Voix du Nord intitulé « Les catiches âgées de plusieurs siècles mardi ; La Voix du Nord » 2009/01/27, consulté 2010 04 29
  5. page illustrée sur les catiches du Nord
  6. Jean Baptiste François Hennebert, Histoire générale de la province d'Artois, vol. 2, (lire en ligne)
  7. a et b [Reportage Lille/Métropole/FR3 sur l'effondrement d'une Catiche à Faches-Thumesnil dans le fond d'un jardin 2009/01/27]
  8. Sami Chebah, « Des catiches repérées au pied des tours, à Lille-Sud : un risque d'effondrement « pas imminent, mais avéré » », sur Voix du Nord, (consulté le 25 août 2018)
  9. « Victimes de catiches, ils créent une asso pour dire non à « la loi du silence » », sur Voix du Nord, (consulté le 25 août 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]