Catastrophe de Seveso

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La catastrophe de Seveso est une catastrophe écologique et sanitaire qui s'est produite en juillet 1976, dans le nord de l'Italie. Un nuage d'herbicide contenant des produits toxiques s'échappe d'une usine chimique, et contamine les alentours, provoquant à la fois des hospitalisations pour les enfants des communes voisines, dont celle de Seveso, et la mort de plusieurs dizaines de milliers de têtes de bétails.

Cette catastrophe, due notamment à l'absence de plan d'urgence préparé par la société responsable de l'usine, est extrêmement médiatisée. Si aucune victime humaine directe n'est finalement à déplorer, les conséquences environnementales nécessitent une décontamination totale du site et de ses alentours ; la disparition temporaire et fortuite des fûts contenant les déchets lors de leur voyage vers leur lieu de destruction occasionne également de forts soupçons de forfaiture de la part des industriels.

Les pouvoirs publics européens se réfèrent à cet événement pour créer en 1982 une série de directives afin de prévenir tout risque d'accident majeur sur un site industriel présentant un risque potentiel.

Accident[modifier | modifier le code]

Le , un nuage d'herbicide, contenant de la soude caustique et de la dioxine, s'échappe durant vingt minutes d'un réacteur de l'usine chimique ICMESA, située dans la commune de Meda, et se répand sur la plaine lombarde en Italie. Quatre communes, dont Seveso, sont touchées. Le directeur de production, Paolo Paoletti, prévient les maires des communes. Le 12[1] (ou le 16[2] juillet suivant les sources), le travail reprend normalement dans l’usine. Après la mise en grève du personnel le 16 juillet, l’usine ferme le 18[1].

Le groupe Hoffmann-Laroche, dont fait partie la société suisse propriétaire d'ICMESA, Givaudan, ne communique l’émission de TCDD aux autorités que le 19 juillet, alors qu'il a identifié cet agent dès le 14. Jusqu’au 23 juillet, la population continue à vivre dans un milieu contaminé. L’alarme est tirée ce jour par le Centre de recherche médicale de Roche, à Bâle. Ce dernier déclare que la population doit être évacuée, qu’il faut détruire les maisons et enterrer l’usine[1]. À partir du 23 juillet, les premiers habitants sont évacués : plus de 200 personnes quittent leur maison. Les jours suivants, on se rend compte que la zone touchée est plus vaste et 500 nouvelles personnes sont évacuées ; le directeur de production Paoletti est arrêté[2]. Le directeur général de Givaudan reconnaît qu’il n’existe aucun plan d’urgence. La quantité de TCDD relâchée par l’accident est sujette à de nombreux débats : selon les différentes études, la quantité estimée de dioxine rejetée à l’atmosphère est comprise entre 0,2 et 40 kg[1].

Causes[modifier | modifier le code]

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Cet accident industriel est dû à la surchauffe d'un réacteur fabricant du 2,4,5-trichlorophénol qui libère un nuage toxique contenant plusieurs produits mal identifiés sur le moment. Les experts de Hoffmann-Laroche pensent d'abord qu'il s'agissait seulement de 1,2,4,5-tétrachlorobenzène et de polyéthylène glycol, les réactifs de départ. C'est seulement au bout de quatre jours, quand apparaissent les premiers cas de chloracné, qu'ils identifient l'agent responsable, le 2,3,7,8-TCDD, produit plus connu sous le nom de dioxine de Seveso.

À l'époque, la connaissance de la toxicité de la dioxine est limitée par l'absence quasi complète de données scientifiques. On sait, en revanche, que l'une des substances libérées est composante des défoliants utilisés au Viêt Nam par l'armée américaine (l'Agent orange). La question de dangers éventuels pour la santé est rapidement posée.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Sept communes sont touchées ; 358 hectares sont contaminés. Dès les premiers jours, les feuilles des arbres jaunissent, et les enfants sont atteints de chloracné, affection qui gangrène la peau et nécessite leur hospitalisation. 3 000 animaux domestiques sont tués par les émanations, et 77 000 têtes de bétail sont abattues[2]. Par ailleurs, les sols agricoles et les maisons nécessitent de lourds travaux de décontamination[3], qui commencent en 1982[2].

Le bilan exact sera connu sept ans plus tard, au moment de l'ouverture du procès des responsables des différentes sociétés incriminées. 193 personnes, soit 0,6 % des habitants de la zone concernée, ont été atteintes de chloracné, essentiellement des enfants. Aucune n'est décédée, un petit nombre seulement a gardé des séquelles. La moyenne des cancers et des malformations fœtales n'a pas augmenté de manière significative. La seule victime indirecte fut Paolo Paoletti, le directeur de production, qui est assassiné par Prima Linea, groupe proche des Brigades rouges, le 5 février 1980 en pleine rue[4],[5],[2].

Cet accident, qui a donné son nom depuis à tous les sites de production classés à risques en Europe (1 249 rien qu'en France), a exposé les dangers des activités industrielles chimiques en milieu urbain.

L'épisode des fûts de dioxine[modifier | modifier le code]

L'incinérateur de Bâle qui a brûlé, en 1985, des déchets toxiques, résidus de la catastrophe de Seveso

En août 1982, les déchets chimiques contenant de la dioxine sont enlevés du réacteur en vue du démantèlement des installations, et transférés dans 41 fûts pour être envoyés par route à l'usine Ciba de Bâle afin d'être incinérés[2].

Leur trace se perd après le passage de la frontière à Vintimille et ils disparaissent quelque part en France. On les découvre en mai 1983 à Anguilcourt-le-Sart (Aisne) dans un abattoir désaffecté, où ils avaient été transportés illégalement. Ils sont finalement incinérés chez Ciba en novembre 1985[réf. nécessaire], devant la presse[2].

Une société du Bas-Rhin a diffusé un certain nombre de boues de Seveso dans le secteur de Haguenau et de Baerenthal. Une partie des boues a été déposée dans les cours des ateliers de l'ancienne prison de Haguenau, devenue aujourd'hui un IUT. Les boues sont toujours en place. À Baerenthal, les boues ont été livrées gratuitement pour servir de remblais et de terrasses d'été à de nombreux particuliers[réf. nécessaire].

Cette affaire, très médiatisée, sera officiellement conclue par un rapport de juin 1986[réf. nécessaire].

Plusieurs biologistes ont émis des doutes sur la destruction effective des 41 fûts. Des différences de tonnage et de diamètre des contenants ont été constatées entre les fûts partis d'Italie, et ceux détruits en Suisse. L'hypothèse retenue par ces biologistes est que les fûts détruits ne contenaient que des déchets non contaminés, et que les déchets toxique auraient été convoyés en Allemagne de l'Est ou en Somalie[2].

L'usine a été totalement détruite par les travaux de décontamination[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Qu’est-ce que la castrophe de Seveso ? », Natura Sciences,‎ (lire en ligne)
  2. a b c d e f g h et i Guillaume Dessaix, « Affreux, sales et méchants », L'Usine nouvelle, no 3577,‎ (lire en ligne)
  3. Federico Robbe, Seveso 1976. Oltre la diossina, Itaca, (ISBN 9788852604867)
  4. ‘Paolo Paoletti’, AIVITER.
  5. Presidenza della Repubblica, Per le vittime del terrorismo nell’Italia repubblicana: ‘giorno della memoria’ dedicato alle vittime del terrorismo e delle stragi di tale matrice, 9 maggio 2008 (Rome: Istituto poligrafico e Zecca dello Stato, 2008), page 132, (ISBN 978-88-240-2868-4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]