Catalogue des œuvres d'Aristote selon Diogène Laërce

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Codex du monastère de Dionysiou, montrant ici des extraits de Diogène Laërce.

Le catalogue des œuvres d'Aristote selon Diogène Laërce est la plus ancienne des sources antiques recensant l'œuvre d'Aristote dont nous disposions aujourd'hui[1]. Beaucoup de ces ouvrages ont aujourd'hui disparu et nous sont donc inconnus. Selon Vies et doctrines des philosophes de l’Antiquité, le livre où figure le catalogue, les ouvrages d’Aristote « forment en tout quatre cent quarante-cinq mille deux cent soixante-dix lignes »[2].

Le catalogue établi par Diogène Laërce liste environ 150 ouvrages, correspondant à 6 000 pages. Aujourd'hui, nous ne disposons plus que de trente d'entre eux, dans le texte établi par Andronicos de Rhodes[3].

Présentation[modifier | modifier le code]

Portrait d'Aristote, d'après Lysippe.

Le catalogue des œuvres d'Aristote établi en grec ancien par Diogène Laërce est l'une des trois listes de ces œuvres que nous a laissé l'Antiquité[1] :

  • La Vita Menagiana (anonyme), également connue sous le nom de Vita Hesychii, est attribuée à Hésychios de Milet, et date, elle, du Ve siècle ;
  • enfin, il existe un catalogue attribué à Ptolémée el-Garib, qui nous est connu en deux versions arabes de Ibn al-Qifti (vers 1172-1248) et de Ibn Abi Usaibia (1203-1270). Cette liste pourrait remonter au IVe siècle.

L'ouvrage de Diogène Laërce, Vie et doctrine des philosophes illustres, qui contient donc la liste des œuvres d'Aristote, est généralement considéré comme confus, mal organisé et sans mérite littéraire. Il reste cependant la source la plus détaillée qui reste aujourd'hui sur la vie d'Aristote[4]. Pour présenter la vie et l'œuvre d'Aristote, Diogène Laërce avait manifestement accès à de nombreux ouvrages disparus aujourd'hui. Il cite dix auteurs sur lesquels il s'appuie, tels que Aristippe ou Apollodore d'Athènes[4].

Origines du catalogue[modifier | modifier le code]

Évocation de la bibliothèque d'Alexandrie, dont les ouvrages seraient à l'origine indirecte du catalogue établie par Diogène Laërce.

Le catalogue des ouvrages d'Aristote dressé par Diogène Laërce fait appel à de nombreuses sources indirectes, dans la mesure où l'auteur de la liste n'a pas lu lui-même l'ensemble des textes qu'il mentionne[5].

Selon Ingemar Düring, la source principale du catalogue établi par Diogène Laërce serait la liste établie par Hermippe de Smyrne[6] (dont il ne nous reste plus rien aujourd'hui), liste qui aurait également été utilisée plus tard par Hésychios de Milet[7]. Cette hypothèse diffère donc de celle envisagée par Paul Moraux[8], pour qui Diogène Laërce aurait fondé son travail sur une liste établie par Ariston de Céos[7].

Ces deux hypothèses ne sont en réalité pas très divergentes : Ingemar Düring pense en effet que Hermippe a fait appel à toutes sortes d'ouvrages qu'il a pu consulter à la bibliothèque d'Alexandrie, où il aurait pu compulser en particulier des textes d'Ariston de Céos[7].

L'attribution à Hermippe du catalogue initial, à l'origine de celui de Diogène Laërce, semble aujourd'hui généralement admise, bien qu'elle soulève un certain nombre de difficultés sérieuses[9].

Lecture critique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Andronicos de Rhodes.

Le catalogue établi par Diogène Laërce a donné lieu à de nombreux commentaires. Le recoupement avec ce que nous connaissons des œuvres d'Aristote au travers d'Andronicos de Rhodes en est un aspect particulièrement important. Il faut cependant conserver à l'esprit que les ouvrages d'Aristote tels que nous les connaissons aujourd'hui ont peut-être été, au moins en partie, réécrits par Andronicos.

Ainsi, nous connaissons d'Aristote ses Topiques. Or, ceux-ci n'apparaîssent pas dans le catalogue de Diogène Laërce ; en revanche, on y trouve De l’Éligible et de l’Accident, qui correspond certainement au Topique 3. Il en est de même de plusieurs autres ouvrages mentionnés par Diogène Laërce, qui correspondent sans doute à d'autres Topiques[10].

Par conséquent, le catalogue de Diogène Laërce permet lui même une analyse critique de l'œuvre d'Aristote telle que nous la connaissons aujourd'hui : rien ne prouve en effet qu'Aristote ait conçu les Topiques comme un ouvrage unique, puisqu'il est fort possible que ce soit Andronicos qui l'ait ainsi assemblé, voire partiellement réécrit[10]. De même, il n'est pas certain que l'œuvre transmise par Andronicos reflète le style véritable d'Aristote : les ouvrages que nous connaissons aujourd'hui sont en effet les Ésotériques (destinés aux disciples avancés) et sont probablement rédigés dans un style nettement plus austère que les Exotériques (destinés à vulgariser les idées d'Aristote auprès d'un public plus large) ne l'étaient sans doute[11].

Contenu[modifier | modifier le code]

Vies et doctrines des philosophes illustres, ouvrage compulsable.
Le catalogue des œuvres d'Aristote se trouve à partir de la page informatique 246 (page 222 du livre).

Le catalogue des œuvres d'Aristote établi par Diogène Laërce est annoncé par ces mots :

« Il a composé une infinité d'ouvrages, dont j'ai jugé à propos de donner ici le catalogue, eu égard au rare génie qu'il a déployé dans tous les genres »

— Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes de l’Antiquité (traduction Charles Zévort), p. 222

.

Cette liste est la suivante[12],[13] :

  • Sur la Justice (quatre livres)[14]
  • Sur les Poètes (trois)
  • Sur la Philosophie (trois)
  • La Politique (deux)
  • Gryllos ou de la Rhétorique
  • Nérinthos
  • Le Sophiste
  • Ménexène
  • De l’Amour
  • Le Banquet
  • Sur la Richesse
  • Le Protreptique
  • La Pauvreté
  • De l’Ame
  • De la Prière
  • De la Noblesse
  • Du Plaisir
  • Alexandre ou sur les Colons
  • Sur la Royauté
  • Sur l’Éducation
  • Sur le Bien (trois)
  • Les Lois de Platon (trois)
  • Sur la Constitution (deux)
  • L’Économique
  • De l’Amitié
  • De la Patience
  • Des Sciences
  • De la Dispute
  • Solutions des sujets de discussion (quatre)
  • Divisions sophistiques (quatre)
  • Des Contraires
  • Des Idées et des Genres
  • Du Particulier[15]
  • Des Mémoires argumentatifs (trois)
  • Propositions sur la Vertu (trois)
  • Objections
  • Des Choses qui se disent de plusieurs façons ou de la Prothèse
  • De la Colère
  • Éthique (cinq)
  • Des Éléments (trois)
  • De la Science
  • Du Principe
  • Divisions (dix-sept livres)
  • Des Choses divisibles
  • De la Demande et de la Réponse (deux)
  • Du Mouvement (deux)
  • Propositions
  • Propositions contentieuses (quatre)
  • Syllogismes
  • Premiers discours analytiques (huit)
  • Grands discours analytiques postérieurs (deux)
  • Des Sujets de controverse
  • De la Méthode (huit)
  • Du Meilleur
  • De l’idée
  • Définitions avant les topiques (sept)
  • Syllogismes (deux)
  • Syllogistique et Définitions
  • De l’Éligible et de l’Accident
  • De ce qui vient avant les topiques
  • Topique avant les définitions (deux)
  • Des Passions des Choses divisibles
  • La Mathématique
  • Définitions (treize)
  • De l’Argumentation (deux)
  • Du Plaisir
  • Propositions
  • Du Volontaire
  • Du Beau
  • Vingt-cinq argumentations
  • Propositions sur l’Amour (quatre)
  • Sur l’Amitié (deux)
  • Sur l’Ame
  • Questions politiques (deux)
  • Lectures politiques comme celles de Théophraste (huit)
  • Sur les Choses justes (deux)
  • Abrégé des Arts (deux)
  • De la Rhétorique (deux)
  • L’Art
  • Un autre Art (deux)
  • Traité de la Méthode
  • Introduction à l’Art de Théodecte
  • Travaux sur la poétique (deux)[23]
  • Réflexions sur la Rhétorique
  • De la Grandeur
  • Division des réflexions
  • De la Diction (deux)
  • Du Conseil
  • De la Conclusion (deux)
  • De la Nature (trois)
  • Physique
  • Philosophie d’Archytas (trois)
  • Sur celle de Speusippe et de Xénocrate
  • Extraits de Tymée et d’Archytas
  • Contre Mélissos
  • Contre Alcméon
  • Contre Pythagore[16]
  • Contre Gorgias
  • Contre Xénophane
  • Contre Zenon
  • De la Doctrine pythagoricienne
  • Des Êtres vivants (neuf)
  • Des Dissections (huit)
  • Choix de dissections
  • Des Animaux composés
  • Des Animaux de la fable
  • Des Plantes (deux)
  • Physiognomonique
  • Art de la médecine (deux)
  • De la Monade
  • Des Signes des tempêtes
  • Astronomie
  • Optique (du mouvement)
  • De la Musique
  • Traité de la Mémoire
  • Des Ambiguïtés homériques (six)
  • Poétique
  • Des Choses naturelles concernant les éléments (trente-huit)
  • Réflexions nouvelles (deux)
  • Des Arts libéraux (deux)
  • Mécanique
  • Réflexions tirées de Démocrite (deux)
  • De la Pierre
  • Paraboles
  • Mélanges (douze)
  • Expositions par genres (quatorze)
  • Jugements
  • Olympioniques
  • Musique pythonique
  • Pythique
  • Argument des jeux pythiques
  • Victoires dionysiaques
  • Des Tragédies
  • Didascalies
  • Proverbes
  • De la Force de la loi
  • Des Lois (quatre)
  • Catégories
  • De l'interprétation
  • Des Constitutions des villes (cent cinquante-huit) et en particulier des constitutions démocratiques oligarchiques aristocratiques et tyranniques.
  • Lettres à Philippe
  • Lettres des Sélembriens
  • Quatre Lettres à Alexandre
  • Neuf à Antipater
  • Une à Mentor
  • Une à Ariston
  • Une à Olympias
  • Une à Héphestion
  • Une à Thémistagoras
  • Une à Philoxène
  • Une à Démocrite

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les Listes Anciennes des Ouvrages d'Aristote: Diogène Laërce, Vies, V 22-27
  2. Diogène Laërce, Charles Zévort 1847, p. 225, c'est-à-dire à la page 249 du fichier de Wikisource.
  3. Bruce Merry, Encyclopedia of modern Greek literature, Greenwood Publishing Group, 2004, p. 61
  4. a et b Aristotle: his life, time and work
  5. L'Exposé de la philosophie d'Aristote chez Diogène Laërce, p. 5
  6. La liste de Hermippe, et par suite, celle de Diogène Laërce, est de ce fait bien antérieure à celle portant sur les écrits dits « ésotériques » d'Aristote établie plus tard par Andronicos de Rhodes.
  7. a, b et c Ingemar Düring, Aristotle in the Ancient Biographical Tradition, p. 626
  8. Raul Corazzon, Théorie et histoire de l'ontologie, p. 3
  9. L'Exposé de la philosophie d'Aristote chez Diogène Laërce, p. 6
  10. a et b Jonathan Barnes 1995, p. 11
  11. Jonathan Barnes 1995, p. 12
  12. (en) Diogenes Laertius, Lives of Eminent Philosophers, R.D. Hicks, Ed., sur perseus.tufts.edu (consulté le 2 novembre 2010)
  13. Il convient de noter que les titres retenus varient assez fortement selon la traduction.
  14. Diogène Laërce, Charles Zévort 1847, p. 222, c'est-à-dire à la page 246 du fichier de Wikisource.
  15. Diogène Laërce, Charles Zévort 1847, p. 223, c'est-à-dire à la page 247 du fichier de Wikisource.
  16. Diogène Laërce, Charles Zévort 1847, p. 224, c'est-à-dire à la page 248 du fichier de Wikisource.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source primaire 
Sources secondaires 

Liens externes[modifier | modifier le code]

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