Catalina de Erauso

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Catalina de Erauso
Catalina de Erauso.jpg

Portrait anonyme de Catalina de Erauso attribué à Juan van der Hamen (vers 1626).

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata
Cuetlaxtla (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Catalina Erauso y Pérez GalarragaVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités

Catalina de Erauso, également connue comme La Monja Alférez (« La nonne lieutenante »), née en 1592[1] à Saint-Sébastien en Espagne et morte en 1650 à Cuetlaxtla en Nouvelle-Espagne est une personnalité semi-légendaire d'Espagne et des Amériques espagnoles de la première moitié du XVIIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Catalina de Erauso naît à Saint-Sébastien, au pays basque, en Espagne. Elle naît en 1592 selon le registre des baptêmes de l'époque, mais plusieurs sources, dont une supposée autobiographie à l'authenticité contestée, mentionnent 1585 comme année de sa naissance[1]. Elle est la fille de Miguel de Erauso y de María Pérez de Gallárraga y Arce. Son père est un militaire d'un grade important, commandant de la province aux ordres du roi Felipe III. Son autobiographie supposée indique qu'elle a plusieurs frères et que dès son enfance, elle jouait avec eux et son père aux jeux de guerre[2].

Encore enfant, peut-être dès quatre ans, elle entre au couvent dominicain de Saint-Sébastien en même temps que ses sœurs Isabel et María. Sa tante Úrsula de Urizá y Sarasti, sœur de sa mère, y est prieure. Catalina doit être élevée selon les règles du catholicisme et est destinée à devenir nonne. En raison de son caractère explosif, elle est bientôt transférée au monastère San Bartolomé de Saint-Sébastien, où les règles sont plus strictes, et elle y vit jusqu'à ses quinze ans. Elle se rend alors compte qu'elle n'a pas la vocation pour devenir nonne et refuse de prononcer les vœux. Après une énième bagarre avec une autre pensionnaire nommée Catalina de Aliri, qui vaut à Catalina de Erauso d'être enfermée en cellule, Catalina de Erauso décide de quitter le couvent. Une nuit, elle vole les clés du couvent et s'enfuit, habillée en homme. Elle n'a alors même jamais vu une rue.

Départ du couvent[modifier | modifier le code]

Elle s'habille alors en homme et prend le nom de "Francisco de Loyola", puis quitte San Sebastian pour Valladolid. Depuis là, elle visite Bilbao où elle s'enrôle sur un navire avec l'aide de quelques compatriotes basques. Elle arrive en Amérique espagnole et s'engage comme soldat sous le nom de Alonso Díaz Ramírez de Guzmán. Elle sert sous les ordres de plusieurs capitaines, dont, semble-t-il, son propre frère.

Soldat[modifier | modifier le code]

Illustration montrant Catalina de Erauso pendant la guerre d'Arauco, parue dans la revue chilienne Pacifico Magazine en 1918.

Elle sert au Chili durant la guerre d'Arauco contre les indiens mapuches (alors appelés les Araucans). Elle acquiert alors une réputation de soldat courageux, de joueur et de bagarreur. Cette carrière militaire animée culmine par sa promotion au grade de lieutenant, titre qui combiné avec sa jeunesse au couvent lui vaudra le surnom de La nonne lieutenant (La Monja Alférez).

Elle était semble-t-il une duelliste acharnée, responsable de la mort de douzaines d'hommes. Selon son autobiographie, parmi eux, son propre frère qu'elle tua par inadvertance lors d'une altercation nocturne. Elle prétend ne l'avoir pas reconnu avant d'entendre ses cris d'agonie dans la nuit.

Commerçant[modifier | modifier le code]

Carte des voyages de Catalina de Erauso en Amérique du Sud entre 1600 et 1620.

Elle fait également du commerce, toujours avec des hommes d'affaires basques. Elle continue ses duels et tue indistinctement des soldats, des fonctionnaires ou des officiers de la Couronne espagnole. Elle doit à plusieurs reprises trouver refuge dans des églises, demandant le droit d'asile, pour empêcher les soldats de l'arrêter. Ses origines basques lui permettent toujours de retrouver un emploi, malgré son passé criminel.

Elle rompt à plusieurs reprises des promesses de mariage avec plusieurs femmes.

Bien que condamnée à mort plusieurs fois, elle parvient à fuir le Chili pour ce qui est aujourd'hui l'Argentine, la Bolivie et le Pérou

Après un duel à Cuzco lors duquel elle tue un homme, elle est gravement blessée et confesse son sexe sur ce qu'elle pense être son lit de mort. Elle survit cependant et après une convalescence de quatre mois elle part pour Guamanga. Là-bas, pour échapper à de nouveaux ennuis, elle confesse publiquement son sexe à l'évêque . À son invitation, elle entre alors au couvent et son périple continue des deux côtés de l'océan. En 1620, elle travaille chez l'archevêque de Lima, puis en 1624, elle arrive en Espagne.

Elle se rend à Rome puis dans le reste de l'Italie où elle obtient une notoriété telle qu'elle obtient du Pape Urbain VIII une dispense spéciale l'autorisant à porter des vêtements masculins. Son portrait, peint par Francesco Crescenzio sera perdu.

En 1626, le voyageur et explorateur italien Pietro della Valle mentionne Catalina de Erauso dans sa dix-septième lettre de Rome, datée du 11 juillet et adressée à son ami Mario Schipano : il dit avoir accueilli chez lui le 5 juin « l’Alfiere Caterina d’Arcuso, Biscayenne, arrivée la veille même d’Espagne », qui lui est présentée par son ami Rodrigo de San Miguel. Le peintre Francesco Crescentio fait alors un portrait d'elle[3].

De retour en Espagne, Francisco Pacheco (le beau-père de Velázquez) fait son portrait en 1630.

Elle quitte à nouveau l'Espagne en 1645, cette fois pour la Nouvelle-Espagne avec la flotte de Pedro de Ursua, elle devient conducteur de mules sur la route de Veracruz. Là-bas, elle se fait appeler Antonio de Erauso.

Catalina de Erauso meurt à Cuetlaxtla en 1650.

Identité de genre[modifier | modifier le code]

Pedro del Valle la décrit en 1626, dans une lettre envoyée de Rome à son ami Mario Schipano[3], comme amateur de conversations, grande et forte avec un aspect masculin et une poitrine enfantine grâce à l'application d'un baume italien. Son visage n'est point repoussant, mais marqué par l'âge, ressemblant plus à un eunuque qu'à une femme. Elle s'habille comme un Espagnol et porte l'épée comme un soldat plutôt que comme un courtisan. L'autobiographie de Catalina de Erauso utilise pour elle-même plutôt le genre masculin. À son époque, certains la considéraient comme un eunuque[réf. nécessaire]. Selon une étude du Dr Nicolás León publiée au début du XXe siècle, Catalina de Erauso pourrait avoir été un hypospadique hermaphrodite.

Orientation sexuelle[modifier | modifier le code]

L'orientation sexuelle de Catalina de Erauso est peu claire. Son autobiographie n'évoque jamais un désir physique pour un homme[4]. En revanche, elle relate au moins une aventure avec une femme : à la fin du chapitre 5, elle raconte comment à Lima, au Pérou, une aubergiste l'a surprise en train de folâtrer avec l'une des filles en « jouant entre ses jambes » tandis que la jeune femme lui demandait d'aller chercher de l'argent pour qu'ils se marient[5]. Plus tard, Catalina de Erauso se querelle avec son frère Miguel au sujet d'une femme. Heureux d'avoir rencontré un autre Basque si loin du pays, Miguel, à qui Catalina n'a pas révélé sa véritable identité ni son sexe, lui présente sa maîtresse. Mais Catalina revient la voir en secret et Miguel l'apprend : l'affaire se termine par une rixe[4]. Il lui arrive aussi à plusieurs occasions d'être approchée par des mères qui voyaient en lui un bon parti pour leurs filles, situations qu'il semble avoir utilisées surtout pour obtenir des présents et des dots plus que dans l'intention de se marier bel et bien avec une femme[4].

Représentations dans les arts[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Monument à la mémoire de Catalina de Erauso à Orizaba, au Mexique.

En 1625, Juan Pérez de Montalván (1602 – 1638) écrivit la pièce Comedia famosa de la monja Alférez pour mettre à profit la célébrité de Catalina de Erauso. La même année, une Véritable narration de ces grands faits... fut publiée à Séville, suivie d'une Seconde narration... et d'une Troisième et dernière narration... au Mexique.

Il existe une autobiographie supposée de Catalina de Erauso qui date de 1626 ; sa plus ancienne copie manuscrite connue date de 1794[6]. Sa première édition est réalisée par Joaquin Maria de Ferrer, qui la publie chez Jules Didot à Paris en 1829, accompagnée de nombreux documents[7]. L'édition de 1838 de ce livre est disponible en ligne. Le poète français José-Maria de Heredia en publie une traduction en français sous le titre La Nonne Alferez dans la Revue des deux Mondes en mars 1894[8].

Le Dr Nicolás León a consacré plusieurs romans et un essai à la vie de Catalina de Erauso au début du XXe siècle.

L'écrivain britannique Thomas de Quincey fait paraître une nouvelle consacrée à Catalina de Erauso, La Nonne militaire d'Espagne (The Spanish Military Nun), dans les numéros de mai, juin et juillet 1847 du Tait´s Edinburgh Magazine[9].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Emilio Gómez Muriel réalisa en 1944 un film sur sa vie, La Monja Alférez, avec María Félix dans le rôle d'Erauso[10]. Un film espagnol, également titré La Monja Alférez, fut réalisé en Espagne par Javier Aguirre Fernández en 1987, avec Esperanza Roy dans le rôle-titre[11].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Entrée de l’Auñamendi Eusko Entziklopedia.
  2. Historia de la Monja Alférez, 1626, chapitre 1, en ligne sur le site de la Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes. [lire en ligne] Page consultée le 13 mars 2016.
  3. a et b « Le 5 de juin vint pour la première fois chez moi l’Alfiere Caterina d’Arcuso, Biscayenne, arrivée la veille même d’Espagne. C’est une demoiselle d’environ trente-cinq à quarante ans... Sa renommée m’était parvenue jusque dans l’Inde Orientale. Ce fut mon ami le P. Rodrigo de San Miguel, son compatriote, qui me l’amena. Je la fis depuis connaître à plusieurs dames et à des cavaliers dont l’entretien lui agréait davantage. Le Signor Francesco Crescentio, bon peintre, l’a portraicturée. Grande et forte de taille, d’apparence plutôt masculine, elle n’a pas plus de gorge qu’une fillette. Elle me dit avoir fait je ne sais quel remède pour se la faire passer. Ce fut, je crois, un emplâtre fourni par un Italien. L’effet en fut douloureux, mais fort à souhait. De visage, elle n’est point trop laide ; mais assez fatiguée et déjà sur l’âge. Ses cheveux noirs sont courts, comme il sied à un homme, et mêlés en crinière, à la mode du jour. L’air est plutôt d’un eunuque que d’une femme. Elle s’habille en homme, à l’espagnole, porte l’épée bravement, comme la vie, avec la tête un peu basse et enfoncée dans des épaules trop hautes. Bref, elle a la mine plus d’un soldat que d’un mignon de cour. Seule, sa main pourrait faire douter de son sexe, car elle est pleine et charnue, bien que robuste et forte, et le geste en a parfois encore je ne sais quoi de féminin. » Lettre traduite par José-Maria de Heredia dans sa préface à sa traduction de l'autobiographie supposée de Catalina de Erauso, La Nonne Alferez, Revue des deux Mondes, 1er mars 1894.
  4. a, b et c « Erauso, Catalina de (ca 1592-ca 1650) », par Linda Rapp, Encyclopedia, 2015, glbtq, Inc. [lire en ligne]
  5. « Au bout de neuf mois, il me dit de chercher ma vie ailleurs. Voici pourquoi. Il avait chez lui deux jeunes sœurs de sa femme avec lesquelles, et surtout avec une qui me plaisait davantage, j’avais coutume de m’ébattre et folâtrer. Or, un jour que j’étais sur l’estrade à me peigner, couché parmi ses jupes, me jouant dans ses jambes, il nous vit par aventure à travers la grille de la fenêtre et l’entendit qui me disait d’aller au Potosi chercher de l’argent et que nous nous marierions. Il se retira, tôt après m’appela, me demanda mes comptes, me congédia, et je m’en allai. » Traduction de José-Maria de Heredia, 1894. « Al cabo de nueve meses me dijo que buscase mi vida en otra parte, y fue la causa que tenía en casa dos doncellas, hermanas de su mujer, con las cuales, y sobre todo con una que más se me inclinó, solía yo jugar y triscar. Y un día, estando en el estrado peinándome acostado en sus faldas y andándole en las piernas24, llegó acaso a una reja, por donde nos vio y oyó a ella que me decía que fuese al Potosí y buscase dineros y nos casaríamos. Retirose, y de allí a poco me llamó, me pidió y tomó cuentas, y despidiome y me fui. »)
  6. "Translators' Note" dans Catalina de Erauso (1996).
  7. José-Maria de Heredia, préface à sa traduction La Nonne Alferez, Revue des deux Mondes, 1894. [lire en ligne]
  8. Lire en ligne sur Wikisource.
  9. Quincey (2001).
  10. (en) Catalina de Erauso sur l’Internet Movie Database.
  11. (en) Catalina de Erauso sur l’Internet Movie Database.

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]