Fidel Castro

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Fidel Castro
Fidel Castro en 2003.
Fidel Castro en 2003.
Fonctions
Président des Conseils d'État et des ministres de la République de Cuba
[1]
(31 ans 2 mois et 22 jours)
Vice-président Raúl Castro
Prédécesseur Osvaldo Dorticós
(président de la République)
Successeur Raúl Castro
Premier ministre de Cuba

(17 ans 9 mois et 16 jours)
Président Manuel Urrutia
Osvaldo Dorticós
Prédécesseur José Miró Cardona (en)
Successeur Lui-même
(président du Conseil des ministres)
Premier secrétaire du Parti communiste de Cuba

(45 ans 6 mois et 16 jours)
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Raúl Castro
Biographie
Nom de naissance Fidel Alejandro Castro Ruz
Date de naissance
Lieu de naissance Birán (Cuba)
Date de décès (à 90 ans)
Lieu de décès La Havane (Cuba)
Nature du décès Naturelle
Nationalité Cubaine
Parti politique Parti communiste de Cuba
Fratrie Ramón Castro Ruz
Raúl Castro
Juanita Castro
Enfants Fidel Ángel Castro Diaz-Balart
Alina Fernández Revuelta
Francisca Pupo
Jorge Ángel Castro Laborde
Alexis Castro Soto del Valle
Alexander Castro Soto del Valle
Antonio Castro Soto del Valle
Alejandro Castro Soto del Valle
Ángel Castro Soto del Valle
Diplômé de Belen Jesuit Preparatory School (Miami)
Université de La Havane
Profession Avocat

Signature de Fidel Castro

Fidel Castro
Premiers ministres de Cuba
Chefs d'État cubains

Fidel Alejandro Castro Ruz (Prononciation du titre dans sa version originale Écouter), né le à Birán dans la province de Holguín et mort le à La Havane, est un chef d'État cubain. Il est un des principaux dirigeants de la Révolution cubaine (qui renversa le régime dictatorial du général Fulgencio Batista), successivement Premier ministre de l'île de février 1959 à décembre 1976, puis président du Conseil d’État de Cuba (chef de l'État) depuis la création de cette fonction et également président du Conseil des ministres (chef du gouvernement), jusqu'à sa démission pour des raisons de santé en février 2008[1]. Le 24 février 2008, l’Assemblée nationale a élu son frère Raúl Castro pour lui succéder comme chef de l'État. Ce dernier assume l'intérim du pouvoir depuis le 31 juillet 2006. Fidel Castro occupe la fonction de Premier secrétaire du Parti communiste de Cuba, de la création de celle-ci en 1965 jusqu'au 19 avril 2011, date à laquelle Raúl Castro lui succède à ce poste[2].

Son gouvernement est régulièrement dénoncé dans les médias occidentaux comme étant une dictature[3],[4],[5],[6],[7],[8]. Plusieurs observateurs, think-tank et ONG comme Amnesty International ont critiqué des dérives autoritaires[9],[10],[11],[12],[13]. Le journaliste cubain en exil Jacobo Machover parle même de « pouvoir absolu »[14].

Cette vision est contestée par ses partisans[15],[16] : Castro jouissait d'une certaine popularité auprès d'hommes politiques (Hugo Chávez, Evo Morales) et d'intellectuels (Eduardo Galeano, Adolfo Pérez Esquivel[17]) en Amérique latine, en Afrique (Nelson Mandela)[18], en Europe (Danielle Mitterrand, Jack Lang, Jean-Luc Mélenchon)[19] et même aux États-Unis, où le révérend Jesse Jackson, ancien candidat à l'investiture du Parti démocrate pour l'élection présidentielle américaine, déclara en 1984 que Fidel Castro était « le politicien le plus honnête et le plus courageux qu'[il ait] jamais rencontré »[20].

Fidel Castro, son frère le lieutenant Raúl Castro, et le docteur Ernesto Guevara (dit « le Che ») ont donné à la révolution, officiellement nationaliste au départ, une orientation « marxiste-léniniste » au début des années 1960, au moment de son affrontement avec les administrations américaines de l'époque. Le pays se rapprocha alors de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). À la suite de la révolution, le gouvernement cubain, sous l'impulsion de Castro, de son frère et de Che Guevara, instaura progressivement une république socialiste à parti unique.

Il est également député de Santiago depuis 1976, et Premier secrétaire du Parti communiste de Cuba depuis sa refondation en 1965. Réélu tous les cinq ans, Fidel Castro a été au pouvoir face à dix présidents des États-Unis (Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, George H. W. Bush, Clinton, et G.W. Bush).

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Né à Birán, près de Mayarí, dans la province de Holguín (anciennement appelée province d'Orient), le 13 août 1926, Fidel Castro est issu de la bourgeoisie cubaine[21]. De nombreux biographes pensent qu'il est né le 13 août 1927, considérant que son père avait modifié son certificat de naissance afin qu'il puisse entrer en seconde au collège Dolorès des jésuites à Santiago[22],[23]. Fidel Castro, « contrairement à une légende complaisante, a un vif souci de son image », et entretiendra cette tromperie en affirmant qu'à l'école des Frères La Salle chez les maristes, il a « sauté » sa huitième en raison de bonnes notes[24].

Il passe ses toutes premières années dans la ferme d'une famille aisée mais fort compliquée. Il est le fils d'Ángel Castro Argiz, immigrant espagnol (galicien) analphabète, devenu riche propriétaire terrien, et de sa cuisinière d'origine espagnole née à Cuba, Lina Ruz González, alors que Don Ángel est encore marié avec son épouse délaissée, père de cinq enfants, et que le divorce n'est pas autorisé par la loi (Ángel, devenu citoyen cubain en 1941, épouse Lina en 1943 lorsque la Constitution légalise le divorce)[25]. Sept enfants naissent hors mariage, Fidel est le 3e et Raúl le 4e (des rumeurs font de Raúl un demi-frère de Fidel, la mère de Fidel l'ayant eu d'un sergent, Felipe Miraval métissé chinois et mulâtre, qu'Ángel Castro Ruz a reconnu néanmoins, après la prononciation du divorce avec sa première femme[26]). Fidel, enfant illégitime, est placé à l'âge de 5 ans à Santiago de Cuba, et ne sera baptisé, de père inconnu, qu'en janvier 1935. Il ne sera reconnu officiellement par son père, et ne prendra le nom de Castro, qu'en décembre 1943.

Le , il perd sa sœur Ángela Castro Ruz, âgée de 88 ans et atteinte de la maladie d'Alzheimer[27]. Son frère aîné Ramón Castro Ruz meurt le 23 février 2016.

Premiers engagements[modifier | modifier le code]

Après des études dans des écoles catholiques, le cours préparatoire de l'école des Frères La Salle à Santiago de Cuba chez les maristes de 1934 à 1939, puis chez les jésuites, d'abord à l'école Dolores de 1939 à 1942 puis au prestigieux lycée Belén de La Havane de 1942 à 1945, Fidel Castro entre à l'université de la capitale le 4 septembre 1945 d'où il sort docteur en droit, licencié en droit diplomatique et docteur en sciences sociales en 1950[28].

C'est à travers le militantisme étudiant qu'il éveille sa conscience politique. Il devient délégué de la FEU (Fédération des étudiants d'université), ayant compris que cette fédération qui gère l'université avec le corps enseignant est un tremplin politique pour ses leaders. En mai 1947, il adhère au Parti du peuple cubain (en), parti nationaliste[29]. En juillet 1947, il participe avec Juan Bosch à la tentative manquée de débarquement en République dominicaine pour renverser le dictateur Trujillo. En avril 1948, il participe au Bogotazo, émeutes de Bogota, consécutives à l'assassinat du libéral de gauche, Jorge Eliécer Gaitan, qui était candidat à la présidence de la Colombie, qui firent 3 000 morts.

Mariage et opposition à Batista[modifier | modifier le code]

Castro s'oppose au président et général Fulgencio Batista (à gauche), ici en 1938 avec le Chef d'état-major de l'United States Army Malin Craig.
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En octobre 1948, il épouse sa première femme, Mirta Díaz-Balart, sœur du ministre de l'Intérieur de Batista, Rafael Díaz-Balart, issue d'une famille bourgeoise de l'Oriente : son père, avocat, a défendu les compagnies américaines contre les Français qui voulaient contrôler l'industrie de la banane. Cette famille joue encore aujourd'hui un rôle certain dans les milieux anticastristes de Miami (Lincoln Diaz-Balart est député de la Floride au Congrès, chef lobbyiste anticastriste aux États-Unis). Ils passent leur lune de miel à New York. Le mariage ne durera que quelques années et un seul enfant sera issu de cette union : Fidel dit Fidelito, né en 1949. De 1950 à 1952, il se consacre au droit, puis se présente au Parlement pour le « Parti orthodoxe ». Mais le coup d'État du général Fulgencio Batista en 1952, qui renverse le gouvernement de Carlos Prío Socarrás, annule ces élections. Castro attaque Batista en justice, l'accusant d'avoir violé la Constitution, mais sa demande est jugée irrecevable.

Révolution cubaine[modifier | modifier le code]

Organisation de la lutte armée et exil[modifier | modifier le code]

Fidel Castro (assis, à gauche) en état d'arrestation après l'attaque de la caserne de Moncada (1953).

Castro organise alors une réaction armée en attaquant la caserne de Moncada le , mais celle-ci est un désastre. Quatre-vingts des assaillants sont tués, et Castro est arrêté et condamné à 15 ans de prison. C'est à cette occasion qu'il rédige sa plaidoirie : « L'histoire m'acquittera », discours passionné défendant son action et explicitant ses thèses politiques. Libéré lors d'une vague d'amnistie en mai 1955, il s'exile avec son frère Raúl au Mexique où il rencontre Ernesto Guevara puis aux États-Unis pour collecter des fonds afin d'organiser le débarquement du Granma : il fonde le Mouvement du 26 juillet. À cette époque, Castro se définit comme un adepte de la philosophie jeffersonienne et adhère à la formule Lincoln de coopération entre le capital et le travail. En mars 1959, il affirme au U.S. News and World Report qu'il n'envisage aucune nationalisation[30].

Chef de guérilla[modifier | modifier le code]

Le frère de Fidel Castro, Raúl Castro (à gauche) et Che Guevara en 1958.

Le , il rentre clandestinement à Cuba, avec 82 autres exilés et Che Guevara, sur le navire de plaisance Granma dans la Province orientale (au sud-est de Cuba). Au moment où Castro et ses hommes débarquent, l'armée de Batista les attend. Après quelques jours de combats, seuls 16 des 82 hommes engagés ont survécu. Ils se réfugient dans la Sierra Maestra d'où ils mènent une guérilla contre l'armée de Batista, soutenue par le gouvernement américain qui lui fournit de l'argent et des armes[31]. Batista commet une erreur stratégique en ne les repoussant pas à la mer : il déclare que « personne ne survit dans la Sierra Maestra », mais Castro et ses hommes le démentent dans les faits. Parmi les survivants se trouvent Che Guevara, Raúl Castro et Camilo Cienfuegos.

Prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

Fidel Castro et le révolutionnaire Camilo Cienfuegos entrant dans La Havane le 8 janvier 1959.
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Gagnant le soutien populaire, le mouvement regroupe bientôt 800 hommes. Le mouvement révolutionnaire est d'ailleurs très populaire aux États-Unis, le New York Times et CBS envoient leurs journalistes, Castro apparaît alors comme un héros de la démocratie. Le gouvernement des États-Unis, gêné par la brutalité du régime de Batista, retire l'aide militaire américaine qu'il lui apportait et commence à voir en Castro une alternative à Batista. Le , Batista envoie dix-sept bataillons (plus de 10 000 hommes) contre Castro lors de l'Opération Verano. Bien qu'en infériorité numérique, Castro remporte des victoires, aidé en cela par des désertions massives dans l'armée de Batista. Au cours de la contre-offensive de l'automne 1958, les forces révolutionnaires prennent Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays, et Santa Clara.

Fidel Castro en visite aux États-Unis (Washington, D.C.) en avril 1959.

Le , alors que la situation est très incertaine, Batista fuit le pays avec 40 millions de dollars vers la République dominicaine, puis l'Espagne de Franco. Au , Castro et le président élu Carlos Rivero Agüero survolent le pays et les forces castristes prennent La Havane le . Le crédit de Castro auprès de la population cubaine est énorme. Un premier gouvernement temporaire est mis en place, associant toutes les forces d'opposition à Batista et avec comme président Manuel Urrutia. Ce gouvernement est reconnu par les États-Unis le et Fidel Castro est nommé Premier ministre en février. Ce gouvernement a pour mission de préparer des élections dans les 18 mois. Cuba devra cependant affronter l'opposition croissante des États-Unis aux réformes nationalistes que Castro veut amener. Rapidement il sera confronté à un choix déterminant, soit renoncer aux réformes nationalistes désirées ou s'orienter vers la nationalisation complète de l'industrie, des banques et vers la réforme agraire qui concerne sa famille en tout premier lieu[32]. Le gouvernement de Castro s'orientera vers la seconde possibilité.

Au pouvoir[modifier | modifier le code]

Début et rapprochement avec l'Union Soviétique[modifier | modifier le code]

L'épuration commence dès les premiers mois de gouvernement : elle est dirigée par Che Guevara. En 1960, on répertorie officiellement 631 condamnations à mort, 146 fusillés, et 70 000 prisonniers politiques.

Castro comprend très vite que la seule force organisée à Cuba est le Parti communiste (Partido socialista popular) dont son frère Raul est membre. Il resserre ses relations avec ce parti, qui deviendra rapidement le pilier central du régime révolutionnaire. Castro donne immédiatement des gages sérieux au PC : nationalisation des secteurs-clés de l'économie, l'énergie et l'industrie sucrière, tout en organisant des procès parfois suivis d'exécutions d'anciens partisans du régime de Batista, généralement des policiers associés au Bureau de répression des activités communistes.

Fidel Castro (à gauche), Che Guevara (au centre) et d'autres leaders révolutionnaires marchant pour protester contre l'explosion de la Coubre, 5 mars 1960.
Fidel Castro à l'Assemblée générale des Nations unies en septembre 1960.

Les États-Unis reconnaissent le nouveau gouvernement de Manuel Urrutia le 7 janvier 1959, et Fidel Castro est désigné Premier ministre en février. Mais une tension se développe alors qu'il commence à exproprier des industries américaines telles que United Fruit, proposant une compensation uniquement fondée sur la taxe foncière que ces dernières s'étaient arrangées pour maintenir artificiellement basse. Le , Fidel Castro écrit pourtant une lettre dans la Sierra Maestra, qui fut publiée par la suite par l’un de ses partisans Carlos Franqui et dans laquelle il explique : « Quand cette guerre sera finie, commencera pour moi une guerre plus importante, plus longue : celle que je vais mener contre les Nord-Américains. Je suis certain que cela sera mon véritable destin. »[33]. En avril 1959, Castro rencontre le vice-président Richard Nixon à la Maison-Blanche. On raconte qu'Eisenhower évita Castro, prétextant une partie de golf, pour laisser Nixon discuter avec lui et déterminer s'il était communiste. La politique économique de Castro avait inquiété Washington, qui pensait qu'il avait fait allégeance à l'Union soviétique. À la suite de cette rencontre, Nixon expliqua que Castro était naïf mais pas forcément communiste. Il n’est alors qu’un réformateur humaniste et explique : « Le capitalisme sacrifie l’Homme… Le communisme sacrifie les droits de l’Homme. »

Castro et Youri Gagarine en 1961.

Le 17 mars 1960, le gouvernement Eisenhower a pris la décision formelle de renverser le gouvernement cubain. Cette nouvelle politique se base sur plusieurs piliers : l'annulation de la quote-part sucrière cubaine, la fin des livraisons de ressources énergétiques telles que le pétrole, la poursuite de l'embargo sur les armes imposé en mars 1958 et la mise en place d'une campagne de terrorisme et de sabotage ainsi que l'organisation d'une force paramilitaire destinée à envahir l'île et destituer Fidel Castro[34],[35][36]. En avril 1960, Castro signe un accord avec l'URSS pour l'achat de pétrole à la suite du refus du gouvernement des États-Unis de livrer les raffineries américaines implantées à Cuba. Lors des premières livraisons de pétrole par l'URSS, le refus de ces compagnies, qui suivaient une directive de l'administration Eisenhower, de raffiner ce pétrole, entraîne leur nationalisation automatique[34],[37][réf. insuffisante]. Les États-Unis suppriment alors l'importation du sucre cubain, lequel représentait 80 % des exportations de Cuba vers ce pays et employait près de 25 % de la population[34],[37]. À la grande inquiétude de l'administration Eisenhower, Cuba resserre progressivement les liens avec l'Union soviétique. Nombre de conventions sont signées entre Fidel Castro et Nikita Khrouchtchev concernant une aide substantielle en matière économique et militaire. En 1968, Fidel Castro ne condamne pas l’intervention de l’armée soviétique en Tchécoslovaquie pour écraser le Printemps de Prague[38].

Débarquement manqué de la Baie des cochons[modifier | modifier le code]

Fidel Castro (à droite) et Che Guevara photographiés par Alberto Korda en 1961.

Les États-Unis soutiennent en matériel et en entraînement les exilés cubains anti-castristes qui préparent un débarquement à Cuba.

Une guerre du renseignement menée avec le KGB, les services cubains et des agents doubles au sein des exilés permet aux autorités cubaines d'être informées longtemps à l'avance de la préparation de ce débarquement. Alors que le débarquement est imminent, Fidel Castro déclare le la nature « socialiste » de la révolution cubaine.

Le débarquement de la Brigade 2506, composée de 1 400 exilés cubains financés et entraînés par la CIA, sous la direction des agents Grayston Lynch et William Robertson a lieu sur la côte sud de Cuba, à la plage Girón appelée la Baie des Cochons.

La CIA pense que le débarquement va provoquer un soulèvement populaire contre Castro. Or, il n'en est rien, et les forces débarquées sont capturées, alors que le Président Kennedy retire au dernier moment son soutien à l'opération. Deux navires de la marine américaine, venus en support, sont coulés par l'aviation cubaine et neuf personnes sont exécutées à la suite de cet échec.

Castro, présent personnellement sur le champ de bataille, y gagne une popularité supplémentaire auprès des Cubains.

Le 2 décembre de cette même année, lors d'une intervention télévisée, Castro se définit comme un « marxiste-léniniste » et annonce que Cuba adopte le communisme. Pendant les années soixante, plusieurs autres tentatives de moindre ampleur sont menées. Les exilés cubains, financés et équipés par la CIA, tentent d'imiter la révolution castriste, formant des guérillas qui opèrent en particulier dans la Sierra de Escambray une région proche de Trinidad. Mais le régime cubain est désormais doté en armes lourdes venues du bloc de l'est, la guérilla est quadrillée par les forces révolutionnaires castristes et bien qu'une petite partie de la population de la région ait apporté un soutien à cette "guerre de bandits", ils furent finalement arrêtés.

Crise des missiles de Cuba[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise des missiles de Cuba.

Dans ses mémoires, Khrouchtchev raconte qu'il était en vacances en Crimée le lorsqu'il eut l'idée de placer des missiles à Cuba afin de dissuader les États-Unis d'agresser l'île ou directement l'URSS. Ayant consulté l'État-major soviétique, il rencontra en juillet une délégation cubaine conduite par Raúl Castro afin d'en préciser les modalités. Des missiles balistiques à moyenne portée R-12 devaient être déployés sur le sol cubain, mais les États-Unis découvrirent la construction des installations lance-missile le , avant le déploiement des armes. Le gouvernement américain, considérant l'installation d'armes nucléaires soviétiques à 90 miles de Miami comme une agression et une menace directe contre la sécurité des États-Unis, annoncèrent publiquement leur découverte et mirent en place un embargo autour de Cuba, susceptible d'arrêter tout navire à destination de l'île. Dans une lettre que Castro adressa à Khrouchtchev le , il lui demanda de réagir par la force nucléaire si Cuba venait à être envahie[39]. Mais le premier secrétaire rejeta l'idée. Les militaires soviétiques présents à Cuba furent cependant autorisés à utiliser des armes tactiques nucléaires en cas d'attaque américaine.

Khrouchtchev accepta finalement de retirer les lance-missiles en échange d'une promesse américaine de ne pas envahir Cuba et du retrait secret de leurs missiles Jupiter de Turquie et d'Italie[40]. À la suite de cet évènement, les États-Unis ne tentèrent plus d'invasion de Cuba, mais leurs relations restèrent tendues, notamment via l'embargo, et la CIA aurait continué de soutenir nombre de projets d'assassinat (638 selon le général Fabian Escalante, ancien chef des services secrets cubain[41]) pendant les années qui suivirent.

Lors d’une conférence à La Havane en janvier 1992, Robert McNamara, l’ancien secrétaire à la Défense américaine, « a demandé à Castro s’il savait qu’il y avait des armes nucléaires soviétiques à Cuba, si, dans ces circonstances, il aurait quand même déclenché une attaque en cas d’invasion américaine, et s’il était conscient de ce qui se passerait alors pour La Havane. Castro a répondu "oui" aux deux premières questions en ajoutant qu’il avait compris que Cuba aurait dans ce cas disparu de la carte »[42].

Interventions militaires extérieures[modifier | modifier le code]

Dès les années 1960, Cuba soutient de façon plus ou moins discrète des mouvements de guérillas communistes en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique mais à partir de 1975, l'armée cubaine intervint de façon directe dans des conflits sur ce dernier continent.

Cuba envoya en été 1975 des conseillers militaires au MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola) qui avait pris le pouvoir en Angola lors de son indépendance, proclamant la République populaire d'Angola.

En novembre, en réponse à l'intervention militaire sud-africaine sur le sol angolais, des unités régulières sont déployées et participent à la guerre civile angolaise : il y aura jusqu'à 50 000 hommes en permanence, et 300 000 soldats cubains auront été présents en 13 années de conflit. Cette aide militaire de Cuba à l'Angola est connue comme l'« Operación Carlota ».

L'armée cubaine disposait de son propre état-major et constituait en fait la principale force militaire du MPLA avec des régiments d'artillerie et des blindés engagés, tandis que les forces du MPLA constituaient l'infanterie chargée des ratissages, etc. L'URSS s'était chargée du pont aérien, et a également fourni des avions MiG-21 avec des pilotes à l'armée cubaine.

La présence cubaine en Angola a eu en fait deux temps, le premier fut immédiatement après l'indépendance de l'Angola (en fait les premiers hommes, habillés en touristes, arrivèrent un peu avant) et fut décisive pour battre les milices soutenues par le Zaïre, les États-Unis et l'Afrique du Sud qui tentèrent de chasser le MPLA dès l'indépendance du pays. La colonne qui attaquait par le nord fut vite battue et le Zaïre préféra se retirer du conflit. Au sud la progression fut plus lente, mais l'armée angolaise et les Cubains finirent par récupérer le terrain envahi. Des pourparlers de paix eurent alors lieu, où Cuba ne fut pas présente, qui reconnaissaient l'indépendance de l'Angola, l'Afrique du Sud promettait de ne plus soutenir de mouvements subversifs en Angola, et les Cubains se retiraient progressivement.

Le deuxième temps a lieu lorsque les forces cubaines se sont presque entièrement retirées[réf. nécessaire], l'armée sud-africaine pense pouvoir profiter de l'occasion et lance une offensive de grande ampleur à partir de la Namibie. En janvier 1988, la bataille de Cuito Cuanavale oppose 20 000 soldats angolais et 5 000 soldats cubains à 7 000 soldats de l'armée sud-africaine et 10 000 combattants de l'UNITA. Cette bataille, qui constitue la plus importante engagée sur le continent africain depuis la Seconde Guerre mondiale, se solde par un échec relatif de toutes les forces engagées, en dépit des proclamations de victoire des uns et des autres, et marque les limites de la solution militaire. Au nombre impressionnant de soldats angolais et cubains tués répond l'absence de conquête territoriale de l'UNITA qui échoue à prendre la ville aux Cubains.

Le , un accord en 14 points est trouvé entre l'Afrique du Sud, l'Angola et Cuba. Parmi ceux-ci, la mise en œuvre de la résolution 435 prévoyant des élections en Namibie sous le contrôle des Nations unies en contrepartie du repli du contingent cubain. Le protocole de Genève est signé le 5 août et le 22 août, l'accord de paix est signé entre l'Angola et l'Afrique du Sud à Ruacana. Le 22 décembre, par l'accord de Brazzaville, un calendrier sur la mise en œuvre de la résolution 435 et celui du retrait cubain d'Angola est ratifié par tous les participants au conflit[43].

Le soutien de Cuba contre la politique d'Apartheid sera reconnu par Nelson Mandela dès 1990 lors de sa libération puis plus tard quand, alors qu'il venait d'être élu à la présidence de l'ANC, il rend visite à Cuba en juillet, ceci après avoir rendu visite à Mouammar Kadhafi en mai 1990 après sa sortie de prison[44].

Cuba a également envoyé des troupes en Éthiopie en 1977, à partir du moment où la junte militaire dirigée par Mengistu Haile Mariam avait décidé de s'allier à l'URSS.

Dans les années 1980, plusieurs milliers de conseillers militaires furent envoyés pour soutenir le gouvernement sandiniste du Nicaragua.

Relations avec le Canada et Trudeau[modifier | modifier le code]

En 1976, Pierre Elliott Trudeau, alors Premier ministre du Canada fit à Cuba l'une des premières visites d'État d'un leader occidental pendant l'embargo imposé par les États-Unis[45], ce qui est étrange en raison des différends idéologiques des deux hommes. Il apporta 4 millions de dollars d'aide canadienne et offrit un prêt de 10 millions supplémentaires. Dans son discours, Trudeau déclara : « Longue vie au commandant en chef Fidel Castro. Longue vie à l'amitié cubano-canadienne. » L'amitié entre les deux hommes se poursuivit après le retrait du Premier ministre de ses fonctions et Trudeau se rendit à de nombreuses reprises sur l'île dans les années 1980 et 1990. Castro fit le déplacement au Canada en 2000 à Montréal (Québec) pour assister à ses funérailles. Ce fut d'ailleurs l'une des très rares fois où Castro n'a pas revêtu son traditionnel uniforme militaire vert pour une fonction officielle.

Problèmes des demandeurs d'asile[modifier | modifier le code]

Le , un bus de demandeurs d'asile s'écrasa contre les portes de l'ambassade péruvienne à La Havane. Plus de 10 000 Cubains entrèrent dans l'ambassade en 48 heures. Le 20 avril, Castro annonça que tous ceux qui le souhaitaient pouvaient quitter le pays via le port de Mariel à La Havane. Les exilés cubains se mirent à naviguer vers Mariel formant ce qui fut appelé la « flottille de la liberté ». Selon les garde-côtes américains, 124 776 Cubains avaient quitté le pays lorsque Castro ferma les vannes le 26 septembre.

Bien que la plupart des Cubains qui quittèrent l'île pendant cette période aient été des demandeurs d'asile réels, Castro en profita pour expulser 20 000 citoyens criminels.

Critiques contre les États-Unis[modifier | modifier le code]

Fidel Castro, le .

Fidel Castro se livre à de virulentes critiques contre la politique américaine d'embargo et les tentatives fréquentes de renversement de son gouvernement. Il condamne aussi la mainmise des entreprises américaines sur les pays en voie de développement et même la politique de santé publique des États-Unis. Il a sévèrement critiqué la politique migratoire de son voisin qui empêche les émigrés cubains de rendre visite à leur famille dans l'île, et qui pousse les migrants à tenter la traversée mortelle[46].

Il s'oppose aussi à l'attitude des pays développés vis-à-vis des pays en voie de développement, regrettant le poids croissant du service de la dette extérieure. Il accuse les États-Unis d'avoir eux-mêmes organisé les attentats du 11 septembre 2001 et affirme que le Pentagone a été touché avec un missile et non par le vol 77 American Airlines[47].

Nombreuses sont les accusations dont les États-Unis font l'objet. Pendant la Guerre froide, ils ont provoqué selon le gouvernement cubain de nombreuses attaques secrètes et mortelles contre Cuba afin d'affaiblir le pays et par là même faire tomber le gouvernement Castro. En 1971, une épidémie de peste porcine africaine aurait été importée par des organisations anti-castristes soutenues par la CIA, ce qui fut révélé par la presse américaine en 1977. Les Cubains durent abattre la moitié de leurs porcs pour enrayer la maladie. En 1981, une épidémie de dengue tua 188 personnes, ce qu'une enquête internationale des pays du bloc de l'est, conduite peu après, attribua aux Américains[réf. nécessaire].

En 1988, le procès du leader d'Omega 7, Eduardo Arocena, pour le meurtre du diplomate cubain Félix García en apporta de nouvelles preuves. D'autres pathologies telles que la mycète du tabac ou le smut de la canne à sucre leur furent attribuées, tout comme les tentatives répétées d'assassinat de leaders cubains, qui seraient au nombre de 638 d'après le livre de Fabian Escalante, ancien des services cubains[48].

L'après guerre froide[modifier | modifier le code]

Castro et Thabo Mbeki en 2003

En 1989, Castro prend ouvertement parti contre l'évolution des pays « socialistes » vers l'économie de marché et la démocratie représentative.[réf. nécessaire]

Le héros de la guerre d'Angola, le général Ochoa, très populaire dans l’armée et l'opinion publique est arrêté pour trafic de drogue. Celui-ci aurait eu recours à des sources de financement illégales pour pallier la réduction des financements apportés par Cuba (dont l’économie commençait à souffrir des nouvelles circonstances internationales) pour financer son corps expéditionnaire en Angola. Sont également arrêtés sous les mêmes chefs d'inculpation José Abrantes, ministre de l'Intérieur et ancien compagnon de Castro lui-même, ainsi que quelques autres représentants de ce ministère. Dans les semaines qui suivent, après que les cinq accusés ont reconnu leur culpabilité, quatre d'entre eux, dont le général, sont condamnés à mort, tandis que l'ancien ministre José Abrantès est condamné à 20 ans de prison mais décédera durant sa période de détention. Pour certains opposants au régime cubain, ce procès résulterait d'une décision de Castro de réaffirmer son autorité en neutralisant un militaire réformateur selon eux en position de réaliser un coup d’État, et ils le comparent aux grands procès staliniens des années 1936-1938. Pour d'autres, la sévérité de la peine s'expliquerait par la volonté des autorités de maintenir une moralité intransigeante, même en période de crise[49]. Dans son livre La Vie cachée de Fidel Castro, l'ex-garde du corps Juan Reinaldo Sanchez passé aux États-Unis affirme que ce trafic de drogue impliquait d'autres personnalités du régime cubain et que les coupables ont été exécutés pour empêcher la vérité d'éclater.

Le 13 juillet 1994 a lieu le massacre du remorqueur 13 de Marzo qui voit la mort de 41 personnes, dont 10 enfants, dans le naufrage de leur bateau.

En 1998, Jean-Paul II fait une visite officielle à Cuba.

Alternative bolivarienne pour les Amériques[modifier | modifier le code]

Chefs d'États des pays du Mercosur et des pays associés lors du XXXe sommet, à Córdoba le 21 juillet 2006

Hugo Chávez, président du Venezuela, et Fidel Castro ont entamé en avril 2005 la mise en œuvre de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), renforçant la coopération entre les deux pays.

Retrait progressif[modifier | modifier le code]

Problèmes de santé et question de la succession[modifier | modifier le code]

Le , à la suite d'une crise intestinale aiguë, Fidel Castro cède temporairement ses pouvoirs au premier vice-président du Conseil d'État, son frère Raúl Castro, et subit une opération chirurgicale. À la suite de cette grave hémorragie intestinale, il apparaît à la télévision cubaine, visiblement fragilisé, affirmant que sa récupération de l'intervention chirurgicale qu'il avait subie se passait bien. Des doutes persistent néanmoins quant au véritable état de santé du leader cubain. Selon des rapports des services de renseignement américains, Castro serait atteint d'un cancer en phase terminale[50]. Cependant, le , la télévision vénézuélienne diffuse une vidéo en contradiction avec les déclarations américaines, vidéo qui aurait été tournée trois jours auparavant. On y voit Castro debout, s'entretenant avec Hugo Chávez. Sur cette vidéo, il semble en regain de forme et parait avoir repris du poids par rapport à la dernière vidéo d'octobre 2006[51].

Le , après plusieurs mois d’éloignement de ses fonctions, Fidel Castro reçoit à La Havane une délégation officielle chinoise de haut niveau. La durée de la rencontre (une heure) ainsi que les photos parues dans la presse locale[52] semblent confirmer l’évolution positive de l’état de santé du leader cubain.

Le , Fidel Castro fait sa grande réapparition, après plus d'un an d'absence, lors d'une interview de 52 minutes à la télévision nationale cubaine. « Tout ce que je puis dire à mes compatriotes, c'est que je fais maintenant ce que je dois faire et rien de plus, il n'y a aucun secret », a déclaré le leader cubain qui avait fait lui-même de sa santé un « secret d'État » dans son communiqué au lendemain de l'annonce de sa première opération. « Il n'y a aucun secret d'État », a-t-il répété, avant de viser « l'espionnage » américain en assurant qu'« avec leurs satellites, ils vérifient n'importe quelle personne qui se présente à l'entrée de (ma) porte ». Alors que les responsables cubains répètent depuis plusieurs mois qu'il reviendra prochainement aux affaires, le chef de l'État cubain n'a fait aucune allusion à la question, consacrant l'essentiel de l'entretien à rendre hommage au Viêt Nam, un « pays-frère » allié de Cuba.

Depuis le , Fidel Castro signe des articles politiques publiés dans la presse officielle cubaine. Son allié le président vénézuélien Hugo Chávez affirme régulièrement que l'état de santé du leader cubain est bon et dément des spéculations sur sa mort. Enfin, le , plus de trois mois après sa dernière prestation télévisée, Fidel Castro réapparait sur le petit écran pour démentir ces rumeurs. « Eh bien, je suis là. Il est moribond, il est mort, il va mourir après-demain. Eh bien, personne ne sait quel jour il va mourir » a plaisanté le leader cubain au terme de l'entretien d'une heure.

Le , le leader cubain est choisi comme candidat à l'Assemblée nationale en vue des élections du ce qui lui permet théoriquement de se présenter au scrutin présidentiel.

Puis, le , Castro laisse entendre qu’il est prêt à abandonner formellement le pouvoir. « Mon devoir élémentaire consiste à ne pas m'accrocher à des fonctions et à ne pas non plus faire obstacle à l'émergence de personnes plus jeunes » écrit-il dans une lettre adressée au peuple cubain[53].

Dans un texte publié le à la première page des quotidiens cubains, l'ancien révolutionnaire a dévoilé pour la première fois quelques détails sur cet épisode douloureux de sa vie. « Quand je suis tombé gravement malade la nuit du 26 et à l'aube du 27 juillet, j'ai pensé que ce serait la fin », écrit-il. « Tandis que les médecins luttaient pour ma vie, le conseiller en chef du Conseil d'État a lu sur mon insistance le texte et j'ai dicté les changements à apporter », poursuit-il, faisant référence à ses mémoires.

Enfin le , Fidel Castro annonce son retrait de la tête de l'État cubain[54],[55]. Les analystes politiques s'accordent à penser qu'il jouera un rôle de « patriarche » vigilant. Son frère Raúl Castro lui succède le 24 février.

Après le pouvoir[modifier | modifier le code]

Fidel Castro et la présidente argentine, Cristina Fernández de Kirchner à La Havane, le .

Depuis son retrait du pouvoir, Fidel Castro, s'il ne gère plus les affaires quotidiennes, reste présent et influent dans la société cubaine. Il a publié un livre, La Paz en Colombia (« La paix en Colombie »)[56], téléchargeable librement[57], ainsi que le premier tome de ses Mémoires, Les chemins de la victoire, et il intervient dans le débat politique en multipliant ses réflexions sur l'actualité au travers de chroniques périodiques dans la presse cubaine. En outre, il reçoit régulièrement des personnalités et des chefs d'État comme c'était le cas de son ami le Vénézuélien Hugo Chávez, encore peu avant son décès en mars 2013[58],[59],[60].

Le , de nouvelles photos de Fidel Castro, les premières depuis novembre 2008, sont diffusées par la présidence argentine prises deux jours plus tôt lors de la rencontre entre Cristina Fernández de Kirchner et l'ancien dirigeant cubain. Dans une brève réflexion publiée dans la presse cubaine, Fidel Castro évoque l'éventualité de sa mort peut-être prochaine.

Depuis son départ, Fidel Castro vit dans une finca (en), palais-bunker de Punto Cero à une dizaine de kilomètres à l'ouest de la Havane[61]. Dans cette résidence très gardée, il combat une santé qui se dégrade. Il ne fait plus de voyages à l’étranger et ses apparitions en public se raréfient. Les médias de l’île révèlent qu’il se consacre essentiellement à l’écriture. Il reçoit également des visiteurs, en particulier des chefs d’État sud-américains comme le président vénézuélien Nicolás Maduro, les présidentes brésilienne Dilma Rousseff ou argentine Cristina Kirchner, mais également des dignitaires de pays alliés tel que le Premier ministre vietnamien Nguyen Tan Dung, le président russe Vladimir Poutine ou encore le ministre des affaires étrangères chinois Wang Yi. Il a aussi rencontré le pape Benoît XVI. En avril 2013, il apparait à l’inauguration d’une école de son quartier et rend hommage à l’occasion à son ami récemment disparu Hugo Chávez. Toutefois, le premier vice-président cubain Miguel Diaz-Canel affirme en avril 2014 que Fidel Castro « va bien ».

Il réapparaît le 8 janvier 2014 lors d’une exposition d’art du peintre Kcho. Elle a lieu 55 ans jour pour jour après sa prise de pouvoir. L’ancien dirigeant cubain, âgé de 87 ans, y est apparu affaibli et vieillissant, voûté, montrant des difficultés évidentes à effectuer les gestes les plus simples, s’appuyant sur une canne pour progresser ou bien nécessitant une aide. Ensuite, ses rares apparitions publiques ne sont communiquées que par des photographies à l'image de sa rencontre avec le président français François Hollande le 11 mai 2015, premier dirigeant occidental à mettre les pieds sur l'île depuis Jean Chrétien en 1998. Le 20 septembre 2015, il apparaît recevant à son domicile le pape François durant une quarantaine de minutes, et parlent notamment d'environnement. Lors de cet entretien, ils s'échangent également des livres. Le pape François lui en offre quatre, dont deux de théologie, et Fidel Castro lui dédicace son livre Fidel et la religion, conversations avec Frei Betto[62].

Décès[modifier | modifier le code]

Annonce[modifier | modifier le code]

Le 26 novembre 2016, son frère et successeur Raúl Castro annonce, lors d'une allocution télévisée, la mort à l'âge de 90 ans du « commandant en chef de la Révolution cubaine » survenue la veille au soir à 22 h 29 (heure locale). Il précise que selon les dernières volontés du défunt sa dépouille sera incinérée dès le lendemain aux premières heures de la matinée. Par ailleurs, neuf jours de deuil national ont été décrétés par les autorités[63].

Réaction nationale[modifier | modifier le code]

Berta Soler, leader des Dames en blanc indique : « Quand un dictateur meurt, il faut rire, il faut faire la fête »[64].

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

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Son décès a conduit à des déclarations de divers chefs d'État. Ainsi, Donald Trump a tweeté « Fidel Castro est mort ! »[65] alors que Barack Obama a considéré que « l'Histoire jugera l'impact énorme de Fidel Castro »[66]. Pour la Maison-Blanche, « Nous tendons une main d'amitié au peuple cubain. Nous savons que ce moment inspire aux Cubains — résidents à Cuba et aux États-Unis — de profondes et puissantes émotions, rappelant les innombrables manières dont Fidel Castro a changé le cours de la vie des personnes, des familles et de la nation cubaine. L'histoire retiendra et jugera l'immense influence de cette personnalité singulière sur les gens et le monde autour de lui. »[67]

Pour le président de la République populaire de Chine Xi Jinping, « Le peuple chinois a perdu un camarade bon et sincère »[68].

Pour Vladimir Poutine, « Cet homme d’État émérite est à juste titre considéré comme le symbole d’une époque de l’Histoire moderne du monde ». Pour Mikhaïl Gorbatchev, « Fidel a résisté et a fortifié son pays au cours du blocus américain le plus dur, quand il y avait une pression monumentale sur lui et il a pu mener son pays sur la voie du développement indépendant »[68].

Pour le Premier ministre indien Narendra Modi, il était « l'une des personnalités les plus iconiques du XXe siècle »[69].

D'après le Premier ministre slovaque Robert Fico dont l’État préside à ce moment l'Union européenne, « Cuba n'a jamais menacé quiconque et ne veut que vivre sa propre vie. Nombreux sont ceux qui à tort ont haï et continuent de haïr Cuba pour son courage »[69].

Pour le Premier ministre canadien Justin Trudeau, les Canadiens « s’associent au peuple cubain dans le deuil » après la mort de Fidel Castro et « la perte d’un leader remarquable »[68].

Pour Mohammad Javad Zarif, ministre iranien des Affaires étrangères, il était « une personnalité unique qui a combattu contre le colonialisme et l'exploitation », « un modèle des luttes pour l'indépendance des nations opprimées »[69].

Pour Nicolás Maduro, « Tous les révolutionnaires du monde, nous devons poursuivre son héritage et sa bannière d’indépendance, de socialisme, de patrie humaine »[68].

Sa sœur Juanita Castro, entrée en dissidence depuis cinquante ans et vivant depuis à Miami, après avoir dénoncée publiquement les dérives du régime castriste, déclare : « Je ne me réjouis de la mort d'aucun être humain et je peux d'autant moins le faire avec une personne de mon sang et portant mon nom. (...) En tant que sœur de Fidel, je ressens en ces moments la perte d'un être humain de mon sang ». Elle annonce néanmoins qu'elle ne se rendra pas à Cuba pour les funérailles de son frère, dénonçant ainsi les rumeurs sur son éventuelles présence. Affirmant en outre qu'elle n'avait pas l'intention de retourner un jour sur l'île[70].

Deuil et funérailles[modifier | modifier le code]

Hommages à Fidel Castro devant l'ambassade de Cuba à Buenos Aires (Argentine).

Au cours des neuf jours de deuil national, les cendres de Fidel Castro ont parcouru 13 des 15 provinces cubaines, avant d'être inhumée dans la plus stricte intimé au cimetière Santa Ifigenia à Santiago de Cuba, le berceau de la révolution castriste situé dans l’est du pays[71]. La cérémonie na pas été retransmise en direct par la télévision d’État, et les médias étrangers ont été tenus à bonne distance du cimetière. Sa sépulture, située à quelques mètres de celle de José Martí, le père de l’indépendance cubaine, se présente sous la forme d'un simple bloc de granit de 2,5 mètres de haut, sur lequel fut apposé une plaque de marbre portant l'inscription « Fidel ». Par ailleurs, Raul Castro a annoncé qu'aucun monument ni statue ne sera édifiée à la mémoire de son frère, expliquant que « le leader de la révolution rejetait toute manifestation du culte de la personnalité […] jusque dans ses dernières heures »[72],[73],[74].

Dénomination[modifier | modifier le code]

Une grande partie de la presse française le surnomme « Líder Máximo », du titre qu'il avait utilisé le 2 décembre 1961 pour la signature d'un décret : Líder Máximo de la revolución cubana[réf. nécessaire]. Cependant, ce titre n'a quasiment jamais été utilisé à Cuba, où les Cubains préfèrent parler de « El Comandante » ou plus simplement « Fidel ».

Par ailleurs, d'après la constitution cubaine, le président du Conseil d'Etat est chef d'Etat et chef de gouvernement conformément à la Politique à Cuba.

Politique[modifier | modifier le code]

Politique économique[modifier | modifier le code]

Castro consolide le contrôle de l'État sur la production en nationalisant les industries, en expropriant aussi bien les Cubains que les non-Cubains et en mettant en place des politiques sociales. Nombre de Cubains, à cause des expropriations, de la pauvreté ou pour des raisons politiques, quittèrent l'île, la plupart pour Miami, en Floride, où ils constituèrent une importante communauté anti-castriste. À cause de la politique des blocs durant la Guerre froide, et à cause de l'embargo établi par les États-Unis, Cuba devient de plus en plus dépendant des échanges commerciaux avec l'URSS et le bloc de l'Est, qui représentèrent environ 50 % de son PNB réel, dont une aide importante sous la forme de prix surévalués. La dissolution de l'Union soviétique en 1991 eut de sévères répercussions sur l'économie du pays.

Les sanctions économiques des États-Unis contre Cuba, interdisant notamment aux touristes américains de s'y rendre, sont un facteur majeur du sous-développement de l'île. Cependant l'embargo n'empêche pas Cuba, pour des produits ne contenant aucune technologie américaine, de commercer avec les autres pays. Les États-Unis contrôlent les filiales étrangères des compagnies américaines qui commercent avec Cuba et imposent des sanctions aux compagnies étrangères qui font des bénéfices sur des propriétés nationalisées sans compensation. Ils restreignent également leurs propres échanges avec les petits pays qui traitent avec Cuba.[réf. nécessaire] Cependant les États-Unis sont de fait le premier partenaire commercial de Cuba. Un bateau qui a accosté dans un port cubain ne peut, avant trois mois, entrer dans un port américain.

Cuba est la deuxième destination touristique des Caraïbes la plus prisée (derrière la République dominicaine) ce qui lui apporte des devises étrangères vitales. L'île reçoit également d'importants revenus (on les estime à 850 millions de dollars) de la part de Cubains exilés, qui en envoient à leur famille ou à leurs amis. En échange de personnel médical, Cuba reçoit également du pétrole en provenance du Venezuela, à la suite de la suppression du canal d'alimentation de l'Europe de l’Est.

Ces dernières années, Fidel Castro a encouragé le développement de la biotechnologie pour soutenir l'économie cubaine et trouver des substituts à la dépendance extérieure cubaine en matière de produits de santé. Cette politique a fait craindre un développement d'armes biologiques par Cuba. Aussi, en 2002, l'un des objectifs de la visite de l'ancien président Carter était-elle de visiter les sites d'ingénierie génétique. Depuis, l'île a bénéficié des exportations de technologie médicale et de la croissance du tourisme à but sanitaire.

Systèmes d'éducation et de santé cubains[modifier | modifier le code]

La communication du gouvernement cubain à propos des réalisations économiques et sociales met un fort accent sur deux domaines phares : l’éducation et la santé. À Cuba, chacun peut accéder aux soins et à l'éducation. Depuis la Révolution, ces deux domaines montrent des statistiques officielles très bonnes, parmi les meilleures d’Amérique latine. Néanmoins, Cuba était déjà le pays le plus alphabétisé des Caraïbes avant la révolution castriste[75].

En 2000, un demi-siècle après la Révolution, les taux officiels cubains se sont améliorés tant pour l’alphabétisation (99 %) que pour la mortalité infantile (4,2 pour mille, le taux le plus faible d'Amérique devant le Canada[76]). Le PNB par habitant, lui, est devenu médiocre et place Cuba parmi les pays pauvres ou relativement pauvres.[réf. nécessaire]. Cependant, le PNB ne tient pas compte d'une quantité de services gratuits ou subventionnés dont les Cubains profitent. Ainsi, il faut relativiser ces statistiques, car elles ne montrent pas la réalité d'autant plus que les richesses du pays profitaient essentiellement à une petite partie de la population avant la Révolution.

Fidel Castro, le 1er mai 2005.

Selon les statistiques de l’Unesco, le taux d’instruction de base à Cuba est l’un des plus élevés d’Amérique latine.

La campagne d'alphabétisation engagée par Fidel Castro a été concentrée sur les campagnes, notamment celles de la province Oriente où le niveau d'éducation[réf. nécessaire] était de l'ordre de 50 % avec un fort taux d'immigrés venant notamment d'Haïti. Lors d'un discours à l'automne 1960 devant les Nations unies, Fidel Castro annonça que Cuba serait « le seul pays qui pourra dire, après quelques mois, qu'il ne possède plus un seul illettré ». Près de 270 000 professeurs et étudiants furent envoyés à travers le pays pour apprendre à lire et à écrire à ceux qui le souhaitaient. Les personnes qui terminaient leur cycle d'études étaient encouragées à envoyer une lettre à Fidel Castro comme test. Le musée national de l'instruction cubaine conserve 700 000 de ces courriers. La télévision cubaine diffuse, en plus des programmes de divertissement, des cours du second degré pour la population adulte.

L’opposant cubain Jacobo Machover[réf. nécessaire] relativise les réussites du système éducatif cubain. Selon lui, « l’éducation massifiée, gratuite et accessible à tous, tient davantage de l’endoctrinement que de l’acquisition des savoirs. Et les élèves contribuent eux-mêmes à leur propre entretien, obligés qu’ils sont de participer à des travaux agricoles non rémunérés en effectuant des séjours prolongés à « l’école de la campagne ». Le système castriste a fondé un enseignement à plusieurs vitesses, avec l’existence de vocacionales, réservées en théorie aux meilleurs élèves, en pratique aux enfants des dirigeants du Parti. Quant à l’université, elle est interdite à tous ceux qui n’ont pas un dossier révolutionnaire à toute épreuve. Les séances de critiques et d’autocritiques publiques, à la suite desquelles les étudiants accusés d’attitudes « déviantes » ou de « diversionnisme idéologique » font l’objet d’une exclusion immédiate, sont monnaie courante. Pour tous, privilégiés ou non, l’apprentissage du « matérialisme dialectique et historique » est de règle »[77].

Le système de santé est d'excellente qualité. En reconnaissance de ses efforts, Fidel Castro fut le premier chef d'État à recevoir la médaille de la Santé pour tous, décernée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La mortalité infantile est la plus basse de la région, avec toutefois un fort taux d’avortements, notamment pour raison médicale. La majeure partie du travail effectué par Cuba en matière de santé a porté sur l'enfance. Les média cubains mettent fréquemment en avant la différence entre les enfants cubains et ceux de Bogota, Los Angeles, Buenos Aires, les « pueblos jóvenes » du Pérou, ou les favelas du Brésil. Tous les enfants cubains ont droit à un litre de lait par jour gratuitement jusqu'à l'âge de 7 ans. L'espérance de vie à Cuba est à peine inférieure à celle des États-Unis en 2002, et est la plus élevée de toute l'Amérique latine. L'espérance de vie est passée de moins de 60 ans en 1959 à 73 ans en 2004, montrant l’amélioration des conditions de vie depuis le début du XXe siècle.

Environ 20 000 médecins ont été envoyés par Cuba auprès de 60 pays du tiers monde.

Une personnalité controversée[modifier | modifier le code]

Selon un sondage réalisé en septembre 2006 par l'entreprise américaine Gallup dans les villes cubaines de la Havane et de Santiago, 49 % contre 39 % de leur population soutiennent le gouvernement actuel[78]. Contrairement à 80 % des habitants urbains d'Amérique latine, uniquement 26 % d'entre eux sont satisfaits de leur liberté individuelle[79].

Fidel Castro n'organise pas de culte de la personnalité. : on ne trouvera pas dans l'ile de statue du personnage. Il a été représenté trois fois sur un timbre. La première fois en 1974, en commémoration de la visite de Léonid Brejnev, la deuxième fois en 1998, en commémoration de la visite historique du pape Jean-Paul II, puis en 1999, sur un timbre commémorant le 40e anniversaire de la Révolution. Le régime a plutôt encouragé l'admiration envers le héros de l'indépendance, José Martí, ou les martyrs de la révolution tels que Camilo Cienfuegos et surtout Che Guevara.

En France, son amitié et sa caution restent revendiquées par des hommes et des femmes politiques socialistes, en particulier Jack Lang et Danielle Mitterrand ou encore Jean-Vincent Placé.

De nombreuses personnalités de carrure internationale, revendiquent leur amitié envers le « Comandante », de l'acteur américain Danny Glover, en passant par Desmond Tutu, Nelson Mandela ou bien Rigoberta Menchu.

Cependant, à l'étranger cette image est depuis longtemps contestée du fait du nombre de prisonniers politiques : « Depuis quarante ans, Amnesty International fait campagne contre les atteintes aux droits humains perpétrées par le gouvernement cubain ; l'organisation s'est élevée, en particulier, contre l'emprisonnement de dissidents politiques et de journalistes, victimes des sévères restrictions imposées à la liberté d'expression, d'association et de réunion. »[80]

Une icône révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Castro et Soekarno en 1960

Dans de nombreux pays dits du tiers-monde, Fidel Castro bénéficie d'une grande popularité, notamment en Amérique latine. Lors de son retrait du pouvoir en 2008, de nombreux chefs d'États lui ont rendu hommage[81]. Lula da Silva, président du Brésil, l'a qualifié de « seul mythe vivant de l'histoire de l'humanité ». Hugo Chávez, président du Venezuela, a quant à lui déclaré que « les hommes comme Fidel ne se retirent jamais ». Evo Morales en Bolivie, Daniel Ortega au Nicaragua, les dirigeants de l'ANC en Afrique du Sud, ou encore ceux du MPLA en Angola ont également assuré le président cubain de leur soutien.

D'autres personnalités politiques ou associatives sud-américaines ont manifesté leur admiration pour Fidel Castro. C'est le cas de Rosario Ibarra (es), sénatrice mexicaine, de João Pedro Stedile, président du Mouvement des sans-terre au Brésil, ou de Hebe de Bonafi, présidente de l'Association des mères de la place de Mai en Argentine[82]. Portia Simpson-Miller, ex-Premier ministre de Jamaïque, a affirmé « c'est une légende, un géant, un champion »[81].

Castro, Che Guevara et Ahmed Ben Bella en 1962

Adolfo Pérez Esquivel, argentin qui reçut le prix Nobel de la paix en 1980 pour son action en faveur des droits humains, dit avoir « toujours été étonné par l’humanité que dégageait Fidel Castro ». Il décrit le révolutionnaire comme « l’un des plus grands hommes d’État », un « homme de culture » et « un intellectuel avec une vision parfois quasi prophétique »[17]. Eduardo Galeano, écrivain uruguayen, compare Fidel Castro à Don Quichotte. Il évoque la « volonté têtue et l'archaïque sens de l'honneur de ce chevalier qui sans cesse s'est battu en faveur des perdants, comme son fameux collègue des campagnes de la Mancha »[82].

Gabriel García Márquez, colombien titulaire d'un prix Nobel de littérature, insiste sur « la confiance absolue qu'il place dans le contact direct », et écrit : « Son pouvoir est à la séduction. Il va chercher les problèmes là où ils sont. [...] Sa patience est invincible. Sa discipline est de fer. La force de son imagination le pousse jusqu'aux limites de l'imprévu. »[83]

Bien qu'elles soient beaucoup moins nombreuses qu'en Amérique du Sud, certaines personnalités en France ont apporté leur soutien à Fidel Castro. Georges Marchais, ancien secrétaire général du Parti communiste français, était l'un de ses amis personnels[84]. Ce dernier l'a d'ailleurs invité à dîner à son domicile de Champigny-sur-Marne lors de sa visite non officielle en France en 1995[85]. Danielle Mitterrand a également pris parti pour le gouvernement de l'île. Elle s'est rendue à la cérémonie organisée pour les 80 ans du dirigeant, tout comme l'acteur Gérard Depardieu[86]. Salim Lamrani, journaliste français, dit avoir été surpris, lors d'un meeting du président cubain, par "la facilité qu'il a à dialoguer avec les gens, qui s'approchaient de lui et lui parlaient comme s'il était leur voisin de palier."[87]

Ricardo Alarcón de Quesada, président de l'Assemblée Nationale de Cuba, explique ainsi les réélections successives de Fidel Castro : « Sa légitimité historique, ses qualités personnelles, [...] son autorité, son prestige au niveau international expliquent l'unanimité qu'il fait auprès des citoyens »; « il n'a jamais menti au peuple et ne s'est pas enrichi à ses dépens. [...] Pourquoi cesserions-nous d'élire un homme d'une stature aussi exceptionnelle ? » Il lui prête également une « capacité d'autocritique extraordinaire » et une grande intuition[87].

Oppositions[modifier | modifier le code]

Des milliers de Cubains ont quitté le pays depuis l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro, pour des raisons politiques et/ou économiques. En août 1994, alors que le régime est installé depuis 35 ans, ce sont encore 32 000 Cubains qui préfèrent quitter l'île sur des radeaux[88]. Selon le journal communiste l'Humanité, chaque année, 20 000 Cubains demandent un visa pour les États-Unis[89].

Plusieurs milliers d'entre eux se sont engagés dans des organisations plus ou moins aidées par le gouvernement des États-Unis, en vue de le renverser ou du moins de contester son régime, les actions violentes des années 1960 ayant échoué. Jacobo Machover estime à plusieurs centaines de milliers le nombre des opposants à Fidel Castro[14].

Le 23 avril 2003, les membres de l'association Reporters sans frontières (RSF) accompagnés d'un journaliste de 20 Minutes, du cinéaste Romain Goupil, de l'écrivain Zoé Valdés et du philosophe et chroniqueur au Monde Pascal Bruckner ont manifesté devant l'ambassade cubaine à Paris contre la condamnation de 78 Cubains accusés de « conspiration ». Ils ont bloqué les entrées avec des chaînes et cadenas, et déclarent avoir alors été frappés par des employés de l'ambassade munis de bâtons et de barres de fer, sortis dans la rue. Il y a quatre blessés. L'association Cuba-Si[90], favorable au régime, parle de « calomnie ». Salim Lamrani et l'ambassadeur cubain donnent une version de l'évènement très différente de celle défendue par RSF[91]. Cependant la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH)[92] condamne « la violente réaction » des employés de l'ambassade. RSF en propose le film sur son site, où ne figurent pas les actes de violence[93].

Des dissidents cubains ont déposé une requête devant l'Audience nationale, la plus haute instance de la justice espagnole, le 14 octobre 2005 pour demander l'inculpation de Fidel Castro pour génocide, crimes contre l'humanité, torture et terrorisme.[94]

Prisonniers politiques[modifier | modifier le code]

Des opposants politiques sont morts emprisonnés dans les prisons cubaines[10], parmi lesquels le plus célèbre est le poète catholique Pedro Luis Boitel décédé suite à sa grève de la faim. Beaucoup d'écrivains furent également persécutés leur vie durant sans pouvoir quitter librement Cuba, comme Reinaldo Arenas en raison de son homosexualité (qui parvint à s'exiler aux États-Unis), José Lezama Lima ou Virgilio Piñera.

Huber Matos en 2009

Huber Matos est le commandant de l'Armée des guérilleros lors de l'assaut final contre Santiago de Cuba. Après la victoire, Huber Matos est nommé commandant militaire de la province de Camagüey. Mais il critique Fidel Castro et il est en désaccord avec la suppression d'une part de la Constitution démocratique et progressiste de 1940 et d'autre part des élections libres. Il présente alors sa démission, le 19 octobre 1959. Il est traduit devant un tribunal. « Guevara et Raul Castro souhaitaient envoyer Matos devant le peloton d'exécution, mais Fidel ne veut pas en faire un martyr. Il sera donc condamné pour « trahison et sédition » à vingt ans de prison »[95].

De nombreux opposants ont connu la prison. L'un des plus célèbre est Armando Valladares qui a raconté son expérience dans « Against All Hope », condamné pour avoir placé des explosifs dans la Havane en 1960. Regis Debray, qui fut envoyé par François Mitterrand pour obtenir sa libération en 1980, écrivit plus tard qu'Armando Valladares s'était fait passer pour un poète paralytique alors qu'il était en réalité en parfaite santé[96]. Ce dernier obtint d'ailleurs par la suite la nationalité américaine et devint ambassadeur de Ronald Reagan auprès des Nations unies[97].

Au fur et à mesure de l'évolution de la Révolution, le nombre de prisonniers politiques a décru.

Cependant, la répression demeure très élevée selon Amnesty International : « Au cours de l'année 2006, on a constaté une augmentation des actes de harcèlement public et d'intimidation des critiques du régime et dissidents politiques par des groupes quasi officiels lors d'opérations dites "de répudiation" ».

Les actes de répudiation ou manifestations organisées par des partisans du gouvernement qui s'en prennent à des dissidents politiques ou des critiques du régime sont en hausse[98].

« (...) les manifestations de répudiation de dissidents étaient d’une violence inouïe, verbale en général, mais j’ai vu des gens déshabiller complètement une femme et, là-bas, la police est totalement du côté des manifestants. Je ne veux pas me souvenir de cela. (L'Humanité du 30 octobre 1999)[99] »

De nombreuses arrestations ont lieu au motif de « dangerosité sociale », définie comme une « propension à commettre une infraction » cette mesure de prison préventive qui concerne l'ivrognerie, la toxicomanie ne s'est appliquée qu'aux opposants[100] et peut aller jusqu'à quatre ans d'emprisonnement.

Selon un rapport publié le 10 janvier 2005 par la Commission cubaine pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale (CCDHRN), 294 prisonniers politiques sont encore enfermés à Cuba, contre 317 début 2004. Selon ce rapport, en 2004, au moins 21 personnes ont été emprisonnées pour des motifs politiques. Il rappelle également que le gouvernement cubain continue de refuser l’accès aux prisons au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et à la Commission des droits de l’homme de l’ONU.

Fortune[modifier | modifier le code]

En 2003, le magazine américain Forbes estime la fortune de Fidel Castro à « au moins 110 millions de dollars »[101]. En 2004 à 150 millions[102]; puis, en 2005, à 550 millions de USD[103]. Et enfin en 2006, à 900 millions de dollars américains selon d'ex-fonctionnaires cubains[104]. Jusqu'en 2003, le magazine se contentait d’attribuer, de manière arbitraire, une partie du PIB cubain, environ 10 %, à Fidel Castro. Pour l'année 2006, la valeur des entreprises d'État a été comptabilisée comme relevant de sa fortune personnelle.

Celui-ci a démenti ces affirmations et annonce qu'il ne gagne que 900 pesos (l'équivalent de 40 $US) par mois, il s'est par ailleurs engagé à quitter ses fonctions si la preuve est apportée qu'il possède une telle fortune[105]. En mai 2006, il déclare « Je ne suis pas né totalement pauvre. Mon père possédait des milliers d'hectares de terre. À la victoire de la révolution, toutes ces terres ont été remises aux paysans. […] Toute ma fortune, M. Bush, tient dans la poche de votre chemise ! »[106]

En 2014, l'un de ses anciens gardes du corps, Juan Reinaldo Sánchez, décrit après sa défection et son passage aux États-Unis dans son livre La Vie cachée de Fidel Castro le « sanctuaire » et le « paradis » que constitue la propriété de Fidel Castro à Cayo Piedra. Ce que l'ancien chef d'État a toujours présenté comme une cabane de pêche serait en fait une propriété luxueuse s'étendant sur deux îles reliées par un pont, entourée d'un périmètre délimité ultra-protégé, avec piste d'hélicoptère, restaurant flottant, et zoo marin. Juan Reinaldo Sánchez affirme également que Castro participait pour des raisons stratégiques à des trafics de cocaïne aux États-Unis au passage desquels le régime cubain tirait profit.

Problèmes familiaux[modifier | modifier le code]

Sa sœur cadette, Juanita Castro, exilée aux États-Unis depuis 1964, a déclaré en octobre 2009 avoir travaillé pour la CIA de 1961 à son départ de Cuba[107].

Alina Fernández, une des filles naturelles de Fidel Castro, a fui Cuba en 1993 et ne cesse de s'opposer publiquement à son père et à sa politique. Elle est installée depuis 2001 à Miami. Au total, au moins six membres de sa famille se sont installés à Little Havana, le quartier cubain de cette ville : sa sœur, deux de ses filles et trois de ses petits-enfants, qui mènent, en général, une vie loin des médias.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Le personnage de Fidel Castro est présent dans le jeu Call of Duty: Black Ops de Treyarch, dans les modes « Campagne » et « Zombies » (Five), où il est jouable.
  • Fidel Castro est également l'un des personnages jouables du jeu Tropico 4.

Publications[modifier | modifier le code]

  • L'histoire m'acquittera, Institut du livre, La Havane, 1967
  • (es) Una Conversación en La Habana (entretien avec Alfredo Conde), 1989, (ISBN 84-03-91015-0)
  • Mes années de jeunesse, préface de Gabriel García Márquez, Éditions Stanke Alain, 2003, (ISBN 2-7604-0889-2)
  • Fidel Castro, Cuba et les États-Unis, conversations avec Ricardo Alarcon de Quesada, Salim Lamrani, Le Temps des cerises, 2006, (ISBN 2-84109-636-X)
  • Biographie à deux voix, Fidel Castro, Ignacio Ramonet, Éditions Fayard, 2007, (ISBN 2-213-63188-3)
  • Les chemins de la victoire (mémoires, tome 1), Fidel Castro, Michel Lafon, 2012, (ISBN 978-2749914008)

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Son frère Raúl Castro est président par intérim à partir du , il est nommé président du Conseil d'État le
  2. Raul Castro succède à son frère à la tête du Parti communiste cubain, Le Monde
  3. Tad Szulc, Castro, 30 ans de pouvoir absolu, Payot, 1987, cité par Alain Abellard, La naissance d'un mythe', Le Monde,
  4. Liste de dictateurs établie par le journaliste David Wallechinsky après consultation des organisations Freedom House, Amnesty International et Human Rights Watch
  5. Cuba, une dictature au quotidien, politique internationale
  6. Fidel Castro, le libérateur devenu dictateur, Le Point
  7. Sara Roumette, « Cuba renonce au socialisme, mais pas à la dictature », alternatives-économiques, janvier 2013.
  8. Pierre Rigoulot, « Cuba : derrière la fascination de François Hollande, la réalité d'une dictature », lefigaro.fr, 12 mai 2015.
  9. Amnesty.org
  10. a et b Amnesty.org
  11. Anne Denis, « Cuba, la révolution au ralenti », slate.fr, 18 mars 2016.
  12. (en) Peter Brookes, « President Obama cozies up to Cuban dictator », Heritage foundation
  13. (en) Nat Hentoff, « Obama Warmly Legitimizes Cuban Dictatorship », CATO institute
  14. a et b Jacobo Machover, « Cuba : la peur, l’exil et l’entre-deux », dans Raisons politiques, 3, 2001
  15. (en) August Arnold, Democracy in Cuba & the 1997-98 Elections, Canada Cuba Distribution & Publishing, 1999, 410 p. 
  16. Dans son livre Fidel Castro, biographie à deux voix, Ignacio Ramonet déclare que Fidel Castro serait un dictateur si on prenait "le terme dans son acception romaine ou grecque dans l’antiquité", et nuance ou conteste les accusations portées dans les médias occidentaux contre le dirigeant. Dans l'antiquité, le dictateur avait les pleins pouvoirs
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  32. À la suite de la mise en place de la réforme agraire, la propriété familiale des Castro sera démantelée.
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  34. a, b et c Salim Lamrani, « État de siège - Les sanctions économiques des États-Unis contre Cuba », Éditions Estrella
  35. Brigadier General Goodpaster, « Memorendum of a Conference With the President, White House, Washington », 17 mars 1960, Foreign Relations of the United States, 1958-1960, Eisenhower Library, Project "Clean Up" Records, Intelligence Matters, Top Secret, p. 861-63
  36. « Depuis 1959, les États-Unis ont multiplié les actions contre Cuba »,‎
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  38. Janette Habel, « L’obsession de la politique extérieure », dans Géo, no 339, mai 2007, p. 100
  39. Voir par exemple (en) Cuba Missile Crisis - Khrushchev / Castro letters
  40. Gabriel Robin, La crise des missiles, du mythe à l'Histoire, Paris, Economica, 1984. ; Jean-Daniel PIquet, «Cuba dans la crise des missiles » in Identités Caraîbes, (Pierre Guillaume dir.) actes du 123e congrès du CTHS, Fort-de-France, avril 1998, Paris, Éditions du CTHS, 2001, p. 257-267.
  41. Fidel Castro, un miraculé
  42. Thérèse Delpech, « Les États-Unis et la terreur nucléaire », L’Histoire, no 321, juin 2007, p. 11
  43. Christian Bader, La Namibie, Karthala, 1997, p. 144 et suivantes.
  44. (en) Mandela Visits Libya, Thanks Kadafi for Helping Train ANC, Los Angeles Times, 19 mai 1990
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  47. Fidel Castro accuse Washington d'avoir trompé le monde sur les attentats du 11/9 », AFP; « 11 septembre/Pentagone - Castro accuse les États-Unis d'avoir menti », Reuters; « Castro : Washington trompe le monde sur les attentats du 11 septembre », Xinhua, 12 septembre 2007.
  48. article de libération
  49. lesoir.be, « Partners - lesoir.be »
  50. Castro Reported to Have Cancer
  51. Nouvelles images de Fidel Castro
  52. Reciben Fidel y Raúl a delegación china de alto nivel et Reciben Fidel y Raúl a delegación china de alto nivel
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  55. (es) Fidel Castro dans Granma, « Copie de la une de Granma du 19/02/2008 »
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  94. BBC: crimes de Castro (in sp.)
  95. Paulo A. Paranagua Huber Matos (1918-2014), révolutionnaire puis dissident cubain Le Monde, 28 février 2014
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  100. Rapport d'Amnesty
  101. Forbes - Billionaires Kings, Queens & Despots
  102. Forbes - Billionaires Kings, Queens & Despots
  103. Forbes - Castro: Millionaire Cuban Leader Boosts Welfare Payments
  104. Forbes - Fortunes Of Kings, Queens And Dictators
  105. NouvelObs - Fidel Castro dément être riche
  106. Le Monde, 16 mai 2006
  107. « La sœur de Fidel Castro, collaboratrice de la CIA ? », Le Point,‎ (lire en ligne)
  108. « Le blocus des peuples et des pays est une erreur historique », sur embacubalebanon.com
  109. [1],sur granmai.cubasi.cu, 30 janvier 2007
  110. AFP, 11 septembre 2008

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]