Caroline Marçot

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Caroline Marçot
Nom de naissance Caroline Marçot
Naissance (42 ans)
Paris Drapeau de la France France
Activité principale Compositrice, chanteuse, enseignante
Contralto
Activités annexes pianiste
Éditeurs Jobert
Formation Conservatoire National de Région de Paris, Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Sorbonne
Maîtres Alain Louvier, Yves Henry, Edith Lejet, Rémy Stricker
Enseignement ARIAM

Caroline Marçot (née à Paris le ) est une compositrice et interprète de musique vocale, en ensemble et en soliste. Elle est également pianiste.

Ses productions, généralement axées sur la vocalité, y compris lorsque l'auteur utilise des instruments, développent assez fréquemment une polychoralité traitée de manière contemporaine, tout en se nourrissant d'éléments divers, particulièrement les polyphonies de type médiéval et Renaissance (comme celles de Roland de Lassus ou de Luca Marenzio), mais aussi le chant grégorien ou la musique de J.S. Bach, d'Alban Berg[1], d'Edgar Varèse et de la musique spectrale, aussi bien que d'autres références musicales, parfois traditionnelles. Ces influences ne se limitent pas à l'Europe, spécialement lorsqu'elles proviennent de la Méditerranée.

Les textes chantés peuvent être empruntés à des sagesses ou à des mystiques de diverses origines. Mais les partitions vivent aussi par les qualités propres aux différentes langues choisies. Par leur tendance à l'universalité, par l'importance donnée au sens autant qu'à leur apport plus purement sensible, en lien avec les sons, les textes choisis prennent une importance toute particulière dans le processus d'élaboration et de création.

Formation[modifier | modifier le code]

Caroline Marçot a d'abord reçu un enseignement instrumental et théorique au sein de l'École Nationale de Musique et de Danse d'Orsay, où elle obtient de 1989 à 1995, les premières médailles en formation musicale, piano, musique de chambre, analyse et écriture, notamment dans les classes de Christian Accaoui et Alain Weber. Elle intègre ensuite le Conservatoire National de Région de Paris. Elle y obtient, à l'unanimité, les premiers prix d'harmonie et de contrepoint, dans la classe de Bernard de Crépy, ainsi qu'un second prix d'orchestration et un certificat de solfège ancien.

Admise en 1996 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, elle obtient successivement les prix d'analyse, de contrepoint « Renaissance », d'esthétique et d'acoustique musicale. Elle a notamment suivi les classes d'Alain Louvier, d'Olivier Trachier, d'Yves Henry, d'Edith Lejet, de Rémy Stricker et de Michèle Castellengo.

Elle est également titulaire d'une licence de musicologie de la Sorbonne.

Interprète vocale[modifier | modifier le code]

Pianiste de formation, c'est en tant que chanteuse et compositrice qu'elle s'est fait connaître. Elle a fait partie de la Maîtrise de Radio-France (1995-1998) et du Jeune Chœur de Paris dirigé par Laurence Equilbey, tout en se perfectionnant auprès de Sylvie Sullé au Conservatoire Georges Bizet à Paris.

En 2000, elle intègre Les Cris de Paris dirigé par Geoffroy Jourdain, et participe à des ensembles tels que Akademia (Ensemble vocal et instrumental de musique ancienne, dirigé par Françoise Lasserre) ou Arsys Bourgogne, chœur à géométrie variable de 4 à 32 chanteurs[2] (dir. Pierre Cao) ou Le Concert d'Astrée (dir. Emmanuelle Haïm). Elle fonde en 1999 le trio Viva Lux avec l'objectif d'explorer et de diffuser le répertoire à trois voix égales, de la Renaissance et d'autres époques. Elle grave ainsi le premier enregistrement des Psaumes huguenots, écrits en français, de Claude Le Jeune (fin du XVIe siècle, éd. 1602-1610). En 2003, elle rejoint l'ensemble Mora Vocis basé à Nîmes qui s'intéresse aussi bien aux musiques médiévales et de transmission orale qu'à la musique contemporaine[3]. En partie grâce à sa collaboration, cet ensemble, et d'autres auxquels elle participe, investissent les lieux où ils se produisent, par une mise en espace sonore, liée à l'acoustique de l'endroit, ce qui aboutit à mettre à contribution (à « mettre en contrepoint ») l'espace architectural, et permet de sortir du cadre formel du concert[4]. Elle est aussi codirectrice musicale (avec Charles Barbier) de l'ensemble vocal (et instrumental) L'Échelle.

De 2006 à 2010, elle a dirigé le Chœur Cæcilia (le chœur de filles) de la Maîtrise de Saint-Christophe de Javel, à Paris[5].

La composition musicale[modifier | modifier le code]

Durant cette période (à partir de 2000), elle commence à écrire ses premières pièces. Les différents aspects du phénomène sonore l'intéressent particulièrement, et sa prédilection pour le chant l'amène tout naturellement à composer des œuvres principalement vocales. Elle reçoit alors de nombreuses commandes, notamment de Laurence Equilbey (Chœur de chambre Accentus), Roland Hayrabedian (ensemble Musicatreize) ou encore Geoffroy Jourdain, et de la part d'institutions comme Radio-France ou la Cité de la musique. Elle travaille aussi avec la maîtrise de la cathédrale Notre-Dame de Paris (Chœur d'enfants, Jeune Ensemble et Chœur d'adultes) et la Compagnie marseillaise Cahin-caha (cirque contemporain).

Certaines de ses œuvres ont été créées par Rachid Safir et Les Jeunes Solistes (devenus l’Ensemble Solistes XXI) - pour lesquels elle a composé un cycle de madrigaux, donnés à Rome, à la Villa Médicis en juillet 2000.

À travers son catalogue d'œuvres, on note l'importance qu'elle accorde au choix des textes : leur fonction apparaît primordiale à plusieurs niveaux. Le texte véhicule non seulement sa signification propre mais permet en même temps de développer un sens purement musical. C'est ainsi que la compositrice explore la richesse auditive du français, de l'italien, de l'espagnol, du latin, de l'allemand et de l'arabe, ou de langues à caractère régional comme le breton, le corse ou le créole. Ces paramètres restent cependant étroitement liés car si le texte influence directement la forme, la langue, elle, incite la compositrice à écrire dans un style capable de s'y rapporter.

Ainsi, l'italien appelle par exemple le madrigal : Non et O sorte dura « O dureté du sort » (2000), sa première pièce a cappella, est un madrigal en deux parties pour chœur de chambre à 5 voix mixtes. Écrite sur l'unique sonnet italien de Louise Labé, cette œuvre offre une mise en forme dramatique du texte, que la compositeure obtient grâce à l'attention très personnelle qu'elle a portée à l'accentuation prosodique et aux respirations de la forme littéraire.

Dans Crux (2001) et Lux (2002), madrigaux spirituels pour 10 voix solistes, se mêlent l'espagnol et le latin dans des textes de San Juan de la Cruz (Saint Jean de la Croix) et dans les emprunts aux liturgies du Credo et du Requiem. Si chacune de ces deux pièces reprend le poème Llama de amor viva (« La vive flamme d'amour ») de Jean de la Croix, Crux tente plutôt de réunir les cultures catholique romaine et arabo-andalouse[6] à travers ces deux langues, tandis que Lux propose une conjugaison du latin liturgique du Lux Aeterna (« Lumière éternelle »)[7] avec un castillan mystique, et projette un éclairage lumineux sur ces textes.

Le latin incite plutôt au motet liturgique. Citons In Pace (2001), motet pour chœur à 7 voix mixtes, Agnus (2001), dernière prière de l'ordinaire de la messe, écrit pour double chœur à 6 voix égales, Nigra sum[8], « Je suis noire » (2001), autre motet pour chœur à 7 voix mixtes et Pulchra es amica mea, « Tu es belle, mon amie » (2005), motet pour chœur à 5 voix mixtes[9] tiré, comme le précédent, du Canticum canticorum Salomonis (Cantique des cantiques du roi Salomon), poème d'amour intégré à la liturgie des Vêpres de la Vierge.

L'insertion d'instruments dans ses pièces est plus rare. On en compte quatre dont une orchestration, LʼÉdit du Papillon (2002) pour mezzo-soprano, chœur et orchestre, qui a été donné avec l'Orchestre des Jeunes de la Méditerranée[10]. Audi Zefiro (2001) madrigal spirituel pour deux violons, violoncelle, clavecin, orgue positif et 6 voix solistes, Ghazal (2002) cantate pour chœur et orchestre, et enfin Némésis (2005) pour 12 voix solistes, clarinette et percussions, font appel à des instruments qui sont cependant traités comme la voix et visent à apporter une « textualité » des sons qu'ils produisent.

  • Les textes de Némésis, axés sur la colère, sont empruntés à de nombreux auteurs, dont Sénèque, Aristote, Tertullien, Lactance, Montaigne et Al Tawhidi. Ils sont en français, latin, allemand, arabe, anglais (sur le mot « war »), et mêlent, dans un univers de tension, différentes sagesses antiques, chrétienne et soufie. L'œuvre (qui intègre le motif musical du Dies iræ liturgique) est dédiée « à Julien » (Julien Copeaux), compositeur mort en 2003, à l'âge de 30 ans[11]. Cette pièce est une commande de Radio-France pour Roland Hayrabedian et Musicatreize. Elle a été créée le 20 mars 2005 à la Maison de la Radio.
  • Etic, écrite pour triple chœur, a été créée en 2006-2007, dans le cadre des « Cris de la Ville », cycle de commandes passés à différents auteurs par Les Cris de Paris. Un mur d'expression libre, reliant la ville de Pantin au XIXe arrondissement de Paris, a fourni à Caroline Marçot sa matière poétique. L'œuvre, globalement sereine, est en 5 mouvements (dont « Silence », « Rumor », « Clamor »). Elle se développe dans un souci de spatialisation[12].
  • Nun (2011), œuvre polychorale, a été écrite pour un chœur divisé en 5 groupes répartis dans l'espace. C'est une commande du Chœur de chambre Les Éléments (dir. Joël Suhubiette). « Nun » est le nom de la quatorzième lettre hébraïque et arabe. La partition est chantée en cinq langues, correspondant aux cinq aspects de cette lettre multiple[14]. Créée le 17 mai 2011 à Albi, par l'ensemble Les Éléments, elle a été réentendue, à l'Abbaye de Moissac le 29 juin 2012, puis à Notre-Dame de Paris le 15 janvier 2013[15].

Caroline Marçot a enseigné l'analyse à l'ARIAM[16] Île-de-France dans le cadre de la formation aux Diplômes d'État de Technique vocale et de Direction d'ensembles vocaux. Elle poursuit actuellement un travail d'enseignement.

Caroline Marçot est lauréate de la Fondation Natexis Banques Populaires (2003).

Un château en Italie[modifier | modifier le code]

Avec les psaumes 4 et 142, Caroline Marçot et l'ensemble L'Échelle ont participé à la bande-son du film Un château en Italie (Festival de Cannes 2013).

Principales compositions[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

À propos de Nigra sum, pour chœur à sept voix mixtes :

« Elle est noire. Belle. Très. Et Elle, se tient face à Lui. Lui, Roi. Et magnifique. Leur regard se croise, s'attarde, s'aimante, les assaille, leur coupe le souffle... Au même instant, le monde disparaît, le sol s'effondre, l'alentour se dérobe, leur profondeur tressaille et chacun goûte l'intérieur d'un savoureux... iota d'éternité. Leur cœur se remet à battre, et accélère, palpite. Elle, chante. La nature brille comme jamais auparavant, et tout respire. Vit. Une saison passe ainsi : l'hiver, les fleurs, l'été, la vendange même. La musique les accompagne, puis s'efface, lorsque le regard se détache enfin, mais pour scruter désormais le même horizon. »[21]

À propos de Ghazal pour cinq voix solistes, chœur mixte et orchestre :

« Couvés par la même matrice maritime, Louise Labé, Michel-Ange, Juan de la Cruz, Jalâl al-Dîn Rûmï et Khalil Gibran expriment chacun une facette de ce mythique amour méditerranéen. Mystique, charnel, sensuel, contradictoire et fatal, ce désir passionnel est nourri par l'onirique et le nocturne. La poésie amoureuse est enseignée comme une philosophie, son culte élevé au rang de sacerdoce, religieusement vénéré, révéré partout en musique et dansé jusqu'à la transe, à l'écho d'une même modalité, dénominateur commun du soleil et de la couleur de cette non moins légendaire musique du Sud ».

À propos de L'Édit du Papillon, pour voix soliste, chœur et orchestre :

« Dans bien des recueils de « Chants populaires » qu'il a passé sa vie à collecter, en France, entre 1923 et 1955, Joseph Canteloube, à la fois par souci musicologique et par intention compositionnelle, note et accentue les particularités régionales de chacun. Cette pièce propose une façon d'assembler quelques-unes de ces mélodies de caractère et de les réunir sous une identité commune et forte. En Provence, en Corse, en Orient, vibrante du même esprit nomade, marin et insulaire, c'est toute l'âme méditerranéenne qui se chante, de la berceuse au lamento funèbre, au cours d'une histoire en forme de conte. C'est la mémoire des aïeux qui nous livre avec éclat la légende de l'amour maternel, le souvenir des sérénades, des danses et des noces, comme autant de parcelles de vie, de l'enfance à l'oubli de l'âge ».

À propos de Carmen :

« CARMEN (lat.) : chant, poème, pièce en vers, prédiction, paroles magiques, formule religieuse, article législatif, sentence judiciaire, maxime philosophique... »

« De l’éblouissement à l’obscur, le souvenir de la lumière aveugle. De la confiance au doute, la plainte douloureuse. De la prière charmante, charmeuse, à la supplication spasmodique, haletante, l’étonnement musical. Du chant à la parole psalmodique, du chuchotement au cri hurlant, la crainte, tremblante – de ? De seul à tous, chacun, douanier entre colère et désespoir, avec acharnement : quelle vie ? Ici, devant, de face, de dos, debout, dehors, en terre, intime, blessé, saignant, brûlant... qui ? Puis, dans la mémoire lumineuse, la couleur, vibrante. »

Ces textes sont de Caroline Marçot[22].

Discographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple, un extrait du Concerto à la mémoire d'un ange d'Alban Berg (1935) et le choral Es ist genug de J.S. Bach, entendu dans ce même concerto, sont repris et adaptés dans Némésis (2005)
  2. Arsys aborde les différents répertoires dits « classiques », anciens et modernes : a cappella, avec continuo, avec orchestre.
  3. L'ensemble Mora vocis
  4. ResMusica. Entretien : Du Médiéval au Contemporain ?
  5. La Maîtrise de Saint-Christophe de Javel
  6. La culture arabe était encore présente en Andalousie à l'époque de Juan de la Cruz.
  7. Prière grégorienne chantée pendant la Communion au cours de la messe de Requiem.
  8. Nigra sum sed formosa (« Je suis noire mais je suis belle »).
  9. Création à la 2e Biennale d'art vocal : Paris. Cité de la Musique. 3 juin 2005. Maîtrise de Colmar. Dir. Arlette Steyer
  10. LʼÉdit du Papillon
  11. Répertoire de l'ensemble Musicatreize. Némésis
  12. L'Itinéraire de Nuit (III). Paris, Cité Internationale Universitaire, 24 mars 2007
  13. Œuvre commandée par Musique nouvelle en liberté
  14. Nun
  15. La Dépêche du Midi
  16. Association Régionale d'Information et d'Actions musicales.
  17. Entrelacs, Cantuum Plexus (« Entrelacement des chants » ou « Chants Entrelacés »). Festival de musique médiévale de Roussillon-en-Provence (17 septembre 2011). Chant médiéval, Improvisation et Création de Caroline Marçot. En collaboration avec Temps Relatif, compagnie lyrique dont l'objectif est de promouvoir l'art vocal et la création en Isère.
  18. Carlo Gesualdo (Sacræ cantiones) et C. Marçot (Ma), La Main Harmonique, dir. Fr. Bétous ; Carlo Gesualdo et Stravinsky, Caroline Marçot, La Main Harmonique, dir. Frédéric Bétous, Odyssud (Blagnac) (lire en ligne)
  19. France-Musique. Alla Breve. Séquences. « Caro m'el sonno ». 19 janvier 2015 ; Diffusion intégrale le 25
  20. Concerts à Paris 2016-2017 : « Mater Dolorosa - Femmes au Tombeau. Monodies et polyphonies médiévales (Manuscrits de Las Huelgas, Tours, Florence...) et contemporaines (Caroline Marçot, Ivan Moody) »
  21. CD Maîtrise Notre-Dame de Paris/Les Sacqueboutiers de Toulouse
  22. Deux citations ; Cité de la musique. Nocturnes 1 : Le Sacré. 7-11 mai 2004