Caroline Boissier-Butini

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Caroline Boissier-Butini
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Piano, orgue (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Genres artistiques

Caroline Boissier-Butini, née Caroline Butini le à Genève et morte le à Pregny, est une pianiste et compositrice suisse[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Caroline Boissier-Butini est née dans une famille de la bourgeoisie genevoise[2], ses parents sont Pierre Butini et Jeanne-Pernette Bardin. Son père est médecin renommé et grand amateur de musique. Elle commence le piano pendant son adolescence. À 20 ans, elle note dans son journal intime : « J’ai consacré un tiers de ma vie à la musique »[3]. À 22 ans elle se marie à Auguste Boissier. Elle n'arrête pas l'étude du piano après son mariage et continue de pratiquer intensivement la musique[4]. Son mari est lui-même violoniste amateur et a soutenu les activités de pianiste et de compositrice de Caroline Boissier-Butini. Elle donne naissance à deux enfants : Edmon Boissier en 1810 et Valérie Boissier, future Comtesse de Gasparin, en 1813.

Carrière[modifier | modifier le code]

À la suite de sa mention dans l’Allgemeine musikalische Zeitung de Leipzig le , la réputation de Caroline Boissier-Butini dépasse les frontières de la Suisse. Dans cette chronique, le correspondant du journal y relate la facilité inouïe avec laquelle l’artiste joue du pianoforte et interprète un concerto de sa création. Elle apparaît cinq fois à l'affiche de la Société de musique pour présenter ses propres compositions. Elle se produit plusieurs fois dans les concerts de la Société de musique de Genève, notamment pour y jouer ses propres oeuvres. Elle compose une grande majorité de pièces purement instrumentales. Elle a aussi été ethnomusicologue, car dans une lettre de 1811, elle décrit comment elle transcrit les chansons qu’une habitante de Valeyres lui a chantées.

Un second moment clé dans la carrière de Caroline Boissier-Butini est le voyage à Paris et Londres en 1818 durant lequel elle mesure son talent pianistique à celui des meilleurs pianistes de ces deux villes. Elle joue notamment devant Marie Bigot, Ferdinand Paër, Friedrich Kalkbrenner et Johann Baptist Cramer. Tous ont loué son savoir-faire de compositrice comme de pianiste. C’est également lors de ce voyage qu’elle cherche à publier certaines de ses œuvres. À la suite du refus d’Ignace Pleyel de les éditer, Caroline Boissier-Butini conclut un contrat avec l’éditeur Leduc. Les écrits laissés par Caroline Boissier-Butini soulignent le fait qu’elle avait organisé ce voyage avec des objectifs artistiques et professionnels clairement définis.

En 1818, elle achète pour son père un piano carré à cinq pédales chez le facteur d'instrument Charles Lemmes. C'est la pédale de « janissaire » qui l'aurait inspiré pour son Concerto pour piano no 5.

Elle serait l’une des personnalités du monde de la musique les plus douées de sa génération en Suisse. Les talents de compositrice et de pianiste de Caroline Boissier-Butini sont d’autant plus remarquables qu’il n’est fait nulle part mention dans ses écrits personnels de professeur de musique. Cette absence, de même que ses mentions fréquentes de moments d’auto-apprentissage, laissent supposer qu’elle se soit formée de manière autodidacte. Nicolas Bernard Scherer, organiste titulaire de la cathédrale Saint-Pierre de Genève et lui-même compositeur, est un maître envisageable.

Le journal intime que Caroline Butini tient durant les années qui précèdent son mariage nous renseigne sur l’image qu’elle se fait d’une bonne épouse et sur les attentes de la société genevoise. Dans l’emploi du temps d’une bourgeoise genevoise, il n’y a théoriquement pas de place pour une activité créatrice autonome et encore moins pour une pratique intensive de la musique, art plutôt alors déconsidéré à Genève. La régularité avec laquelle Caroline Boissier-Butini compose après son mariage est d’autant plus surprenante.

Postérité[modifier | modifier le code]

Après sa mort, la famille a soigneusement conservé ses compositions et ses écrits personnels (journaux intimes, lettres, autres documents). En 1923, des descendants lui ont procuré une certaine notoriété en éditant, sous le nom de «Madame Auguste Boissier », le compte-rendu des leçons de piano que sa fille reçut de Franz Liszt à Paris en 1832[5]. L’ouvrage, publié sous le titre de « Liszt pédagogue », a connu plusieurs rééditions et traductions. L’étude des œuvres et des activités musicales de Caroline Boissier-Butini jette un coup de projecteur sur une époque de bouleversements politiques, sociétaux et culturels à Genève et en Suisse, encore peu étudiée sous l’angle de la musique.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Il reste 42 œuvres[6] de Caroline Boissier-Butini, découvertes en 2002 à la bibliothèque de Genève[7]. Lors de ses voyages à Paris elle a essayé de se faire éditer chez Pleyel, sans succès[6].

Piano[modifier | modifier le code]

  • Sonate no 1
  • Sonate no 2
  • Sonate no 3
  • Caprice et variations sur un air bohémien
  • Variations sur l’air « Dormez mes chers amours »
  • Caprice sur l’air d’une ballade écossaise
  • Variations sur deux airs languedociens
  • Fantaisie sur l’air de la belle
  • Rosine
  • Polonaise pour piano
  • 1er pot-pourri
  • Sonatine no 1
  • Pas russe

Œuvres symphoniques[modifier | modifier le code]

  • Concerto pour piano no 1
  • Concerto pour piano no 2
  • Concerto pour piano no 3
  • Concerto pour piano no 4
  • Concerto pour piano no 5 pour piano et orchestre « Irlandais »
  • Concerto pour piano no 6 en sol majeur pour piano, flûte obligée et cordes « La Suisse » (avant 1818 ; éd. Berne 2008)
  • Concerto pour piano no 7
  • Symphonie pour piano no 1
  • Symphonie pour piano no 2
  • Symphonie pour piano no 3
  • Symphonie pour piano no 4
  • Symphonie pour piano no 5
  • Symphonie pour piano no 7

Musique de chambre[modifier | modifier le code]

Orgue[modifier | modifier le code]

  • Pièce pour l’orgue (avant 1818)

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Concerto no 6 pour piano, flûte obligée et cordes « La Suisse » ; Pièce pour l'orgue ; Sonate pour piano no 1 ; Divertissement avec rondo à la polacca pour piano, clarinette et basson - Babette Dorn, piano ; Didier Puntos, piano ; Michel Westphal, clarinette ; Catherine Pépin, basson ; Nicoleta Paraschivescu, orgue ; Eva-Maria Zimmermann, piano* ; Regula Küffer, flûte ; Berner Kammerorchester, dir. Matthias Kuhn (/ et 26-, VDE-Gallo CD-1277) (OCLC 680519156) [livret en ligne]
  • Œuvres pour pianoforte : Première et deuxième sonate ; Caprice sur l'air d'une ballade écossaise ; Première sonatine ; Variations sur deux airs languedociens ; Caprice et variations sur un air bohémien - Edoardo Torbianelli, piano Broadwood, 1816 (18-, VDE-Gallo CD-1418) (OCLC 894480427) [livret en ligne]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Caroline Boissier, Liszt pédagogue : leçons de piano données par Liszt à Mademoiselle Valérie Boissier à Paris en 1832, Paris, H. Champion, 1927, rééd. 1993, 96 p.  (ISBN 2-85203-285-6), (notice BnF no FRBNF37420431), (OCLC 1007368856 et 31918714)
  • Irène Minder-Jeanneret, « À la recherche du passé musical suisse : les compositrices contemporaines de Mozart », Bulletin du Forum musique et femmes suisse/FMF,‎ (OCLC 718513964)
  • (de) Irène Minder-Jeanneret, « Caroline Boissier-Butini in Paris und London », dans Reiseberichte von Musikerinnen des 19. Jahrhunderts. Quellentexte, Biographien, Kommentare, éd. par Freia Hoffmann, Hildesheim, 2011, p. 37–96.
  • Irène Minder-Jeanneret, « Boissier-Butini, Caroline », dans coll., Le Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, , xliii-4982 p. (ISBN 9782721006516, OCLC 884419145, lire en ligne), p. 3912
  •  Irène Minder-Jeanneret, « La musique de chambre de Caroline Boissier-Butini (1786–1836) », p. 3–14, Lausanne, Gallo CD-1418, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]