Carola Rackete

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Carola Rackete
Carola Rackete.jpg
Carola Rackete en 2019.
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (31 ans)
PreetzVoir et modifier les données sur Wikidata
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Sea-Watch 3 (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Carola Rackete, née le à Preetz (Allemagne), est une capitaine de navire et activiste allemande. Elle est connue pour avoir forcé le blocus italien en juin 2019, aux commandes du navire humanitaire Sea-Watch 3, à la suite de quoi elle est arrêtée et poursuivie en justice, notamment pour « aide à l'immigration clandestine ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Études et expéditions scientifiques[modifier | modifier le code]

Carola Rackete naît le à Preetz[1], près de Kiel, dans le nord de l'Allemagne[2],[3], et grandit à Hambühren (Basse-Saxe)[4].

Après un bachelor en sciences nautiques à l'université de Jade à Elsfleth, en Basse-Saxe, elle navigue deux ans durant pour des expéditions scientifiques en Arctique et en Antarctique dans le cadre des actions de l’Institut allemand Alfred Wegener pour la recherche polaire et marine[3],[5],[4]. Elle travaille brièvement pour une entreprise de croisières de luxe puis accompagne un navire océanographique de Greenpeace et effectue enfin un service volontaire européen au sein du parc naturel des volcans du Kamtchatka, avant de reprendre ses études en 2015 et d'obtenir un Master en management environnemental à l’université Edge Hill (Angleterre)[4],[6]. Carola Rackete travaille quelques mois pour le British Antarctic Survey, qui mène des recherches scientifiques en Antarctique, avant de s'engager dans l'humanitaire[4].

Engagement humanitaire[modifier | modifier le code]

Elle participe pour la première fois en juin 2016 à une mission de secours en mer de personnes migrantes en Méditerranée avec l'ONG humanitaire allemande Sea-Watch[4],[5].

En 2018, Carola Rackete prend également part à des recherches de naufragés depuis un aéronef, le Colibri, pour l'ONG française Pilotes volontaires[4],[7],[8].

Passage en force du blocus italien et arrestation en juin 2019[modifier | modifier le code]

Le , alors qu'elle est aux commandes du Sea-Watch 3, le navire utilisé par l'ONG Sea-Watch, celui-ci recueille 53 personnes installées sur un canot pneumatique à la dérive en haute mer. Depuis juin 2018, le centre de secours de Rome renvoie vers celui de Tripoli, renvoi dont la licéité est très controversée étant données les exactions commises par les garde-côtes libyens, accusés de crimes graves contre les migrants, y compris de torture et d'exécutions sommaires[9]. Carola Rackete ne suit pas les ordres des gardes-côtes libyens qui veulent faire débarquer les rescapés à Tripoli, au motif que la capitale libyenne comme l'ensemble du pays ne sont pas considérés par l'ONU comme un « port sûr » (lieu approprié pour faire débarquer des rescapés en droit de la mer)[10],[11]. Elle dirige à l'inverse le Sea-Watch 3 vers l'île italienne de Lampedusa, mais le gouvernement italien et notamment son ministre de l'Intérieur Matteo Salvini lui interdisent de pénétrer dans l'espace maritime national, refusant d'accueillir les rescapés, à l'exception de onze d'entre eux[10].

Après un recours infructueux auprès de la Cour européenne des droits de l'homme et alors que le blocage du navire humanitaire est au centre de l'attention médiatique européenne, et sans réponse de la France à sa demande d’accostage à Marseille[12], Carola Rackete décide le de forcer le blocus italien : le Sea-Watch 3, avec à son bord une dizaine de membres d'équipage et 42 migrants, pénètre dans les eaux italiennes en dépit des injonctions de la police douanière et financière et se dirige vers le port de Lampedusa[10]. Elle explique : « Peu importe comment tu arrives dans une situation de détresse. Les pompiers s’en moquent, les hôpitaux s’en moquent, le droit maritime s’en moque. Si tu as besoin d’être secouru, tout le monde a le devoir de te secourir[13]. » Cette action fait peser un risque juridique sur la capitaine (potentielle amende de 50 000 euros et jusqu'à quinze ans de prison) ainsi que sur le navire (confiscation) en raison d'un décret de Matteo Salvini entré en vigueur début juin[14]. Ce passage en force de Carola Rackete est en outre controversé, notamment en Italie où une partie des médias et de la population fait part de son admiration pour l'engagement humanitaire de l'Allemande tandis que l'autre partie conspue son attitude[15]. Le ministre Matteo Salvini déclare notamment après qu'elle a forcé le blocus : « Ceux qui se foutent des règles doivent en répondre, je le dis aussi à cette emmerdeuse de capitaine du Sea-Watch qui fait de la politique sur la peau des immigrés, payée par on ne sait qui[13]. »

Carola Rackete entre en force dans le port de Lampedusa après deux jours d'attente, dans la nuit du 28 au , et est arrêtée pour aide à l’immigration clandestine et non-respect de l'ordre d'un navire militaire italien de ne pas pénétrer dans les eaux territoriales italiennes[16],[17],[18],[19]. Elle est assignée à résidence à Lampedusa[20]. Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas demande une « clarification rapide » des accusations pesant contre elle et rappelle que le sauvetage en mer est une obligation[21], avant de déclarer le 1er juillet que la ressortissante allemande devait être libérée[19],[22]. Des ONG dénoncent un « déni du droit de la mer [et] des conventions de Genève de 1951 sur le droit des réfugiés »[23].

La décision de Carola Rackete est également considérée comme révélatrice de problèmes géopolitiques et diplomatiques européens[14]. Tandis que Matteo Salvini reproche leur silence à l'Allemagne et aux Pays-Bas qui devraient selon lui accueillir les migrants, Le Monde estime que « Mme Rackete a rappelé à tous l’existence de conventions internationales et un certain nombre de vérités » et que Matteo Salvini « continue à accuser l’Europe d’inertie, et le silence des instances européennes et des partenaires de l’Italie, depuis des mois, l’aide à installer cette idée »[24].

La capitaine est déclarée libre par une juge italienne le , les deux chefs d'arrestation « résistance avec violence envers un navire de guerre » et « obstruction à la force publique » n'étant pas retenus : la juge estime notamment que le décret italien de Matteo Salvini n'est « pas applicable aux actions de sauvetage »[25],[26]. Carola Rackete demeure néanmoins sujette à une enquête pour « aide à l'immigration clandestine », pour laquelle elle est convoquée le [26]. Elle explique au Spiegel que la collision avec le bateau des douaniers italiens était un accident, et annonce que si les poursuites contre elles sont abandonnées, elle reprendra la mer[27],[28]. Un de ses avocats annonce qu’elle portera plainte contre Salvini pour diffamation[29].

Distinctions[modifier | modifier le code]

La maire de Paris, Anne Hidalgo, doit remettre la médaille Grand Vermeil, la plus haute distinction de la ville, aux deux capitaines du bateau Sea-Watch 3, Carola Rackete et Pia Klemp, pour réaffirmer son « soutien aux femmes et hommes qui œuvrent au sauvetage des migrants au quotidien »[30],[31].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (it) Alessandra Ziniti, « Carola Rackete e Sea-Watch, così il gip smonta il Decreto sicurezza: "Non può essere applicato a chi salva naufraghi" », sur repubblica.it, (consulté le 3 juillet 2019).
  2. (de) Von Frank Behling, « Wer ist Carola Rackete? », Kieler Nachrichten,
  3. a et b Agence France-Presse, « Carola Rackete, "l'emmerdeuse" qui veut sauver les migrants », Le Vif,‎ (lire en ligne)
  4. a b c d e et f Jérôme Gautheret et Julia Pascual, « Qui est Carola Rackete, la capitaine du bateau humanitaire « Sea-Watch 3 » ? », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 30 juin 2019)
  5. a et b « Migrants: Carola Rackete, la capitaine du «Sea-Watch III» qui tient tête à Salvini », Radio France internationale,
  6. « Portrait. Qui est Carola Rackete, la capitaine du Sea-Watch 3 ? », sur Courrier international, (consulté le 11 juillet 2019)
  7. Samuel Gratacap, « Reportage à bord du « Colibri », au large de la Libye, à la recherche d’embarcations en détresse », Le Monde,
  8. Julia Pascual, « Migrants : avec les Pilotes volontaires, au-dessus de la Méditerranée », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  9. Alina Miron et Bérangère Taxil, « Requiem pour l’Aquarius. Les sauvetages en mer, entre instrumentalisation et criminalisation » [PDF], sur okina.univ-angers.fr, La Revue des droits de l’homme, Centre de recherches et d’études sur les droits fondamentaux, (DOI 10.4000/revdh.5941, consulté le 1er juillet 2019), p. 10 (11).
  10. a b et c Jérôme Gautheret, « Après avoir forcé le blocus italien, le « Sea-Watch 3 » attend à quelques milles de Lampedusa », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. Julia Pascual, « Comment l’UE a fermé la route migratoire entre la Libye et l’Italie », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  12. Adeline Malnis, « Carola Rackete avait demandé à accoster à Marseille », sur Les Inrocks,
  13. a et b Kim Hullot-Guiot et Johanna Luyssen, « Sauvetage de migrants : la capitaine du «Sea-Watch III» engage un bras de fer avec Matteo Salvini », Libération,‎ (lire en ligne)
  14. a et b Mathilde Blayo, « Avec le Sea Watch 3, l’échec de l’Union européenne », La Croix,‎ (lire en ligne)
  15. Beniamino Morante, « Immigration.Carola Rackete, l'Allemande “dure à cuire” qui défie Matteo Salvini », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  16. « Sea-Watch: les migrants débarqués à Lampedusa, la capitaine arrêtée », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  17. « La capitaine du Sea-Watch arrêtée après avoir accosté de force à Lampedusa », sur Courrier international, (consulté le 29 juin 2019)
  18. Rouguyata Sall, « «Sea-Watch»: les 40 migrants débarqués à Lampedusa, la capitaine Carola Rackete arrêtée », sur Mediapart (consulté le 1er juillet 2019)
  19. a et b Thomas Wieder, « “Les sauveteurs doivent éviter d’envoyer de mauvais signaux” : l’affaire Carola Rackete ravive les débats sur les réfugiés en Allemagne », sur lemonde.fr, (consulté le 2 juillet 2019)
  20. (it) « Ai domiciliari la comandante della Sea Watch. Insulti dei leghisti: “Speriamo ti violentino” », La Stampa,‎ (lire en ligne)
  21. « Méditerranée : 55 migrants secourus après trois jours de traversée », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 30 juin 2019)
  22. Pascal Thibaut, « «Sea-Watch III»: l’Allemagne demande la libération de Carola Rackete », sur RFI, (consulté le 2 juillet 2019)
  23. « « L’arrestation de Carola Rackete est inacceptable : c’est un déni du droit de la mer, des conventions de Genève de 1951 sur le droit des réfugiés » », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 2 juillet 2019)
  24. « Migrants : les leçons à l’Europe de la capitaine du « Sea-Watch 3 » », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  25. Jérôme Gautheret, « La capitaine du navire humanitaire « Sea-Watch 3 » déclarée libre par la justice italienne », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  26. a et b Agence France-Presse, « La justice italienne invalide l'arrestation de la capitaine du Sea-Watch 3 », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  27. Frank Hornig (Der Spiegel), « Carola Rackete: «Je me suis sentie livrée à moi-même» », sur Mediapart (consulté le 7 juillet 2019)
  28. (de) SPIEGEL ONLINE, « "Sea-Watch"-Kapitänin Carola Rackete: "Am Ende waren wir nur noch verzweifelt" », sur SPIEGEL Plus - Das Premium-Angebot des SPIEGEL (consulté le 7 juillet 2019)
  29. « Sea-Watch : la capitaine Carola Rackete va porter plainte contre le ministre Matteo Salvini », sur Franceinfo, (consulté le 9 juillet 2019)
  30. « Migrants : les capitaines allemandes du Sea Watch, qui ont défié Salvini, bientôt décorées par la Ville de Paris », sur Le Figaro, (consulté le 13 juillet 2019)
  31. « Migrants : deux capitaines du "Sea Watch 3" vont être décorées par la Ville de Paris », sur Franceinfo, (consulté le 19 juillet 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]