Carlos Greykey

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Carlos Greykey
Bundesarchiv Bild 192-059, KZ Mauthausen, Häftling Carlos Greykey (cropped).jpg
L'une des trois photographies de Carlos Greykey à Mauthausen préservée[n. 1].
Biographie
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Lieu de détention

Carlos Greykey, né Carlos José ou José Carlos Grey Molay[n. 2] (Barcelone, le 4 juillet 1913 - France, 1982), était un combattant républicain espagnol, le seul prisonnier de cette nationalité à être noir dans le camp de concentration de Mauthausen.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carlos José Grey Molay est né à Barcelone en 1913. Ses parents étaient originaires de Fernando Poo (aujourd'hui, Bioko, Guinée-Équatoriale), colonie espagnole à cette époque. Il a eu plusieurs frères/sœurs[4]. Bien que d'origine modeste (sa mère travaillait en faisant le ménage dans des bâtiments du quartier Paseo de Gracia, quartier aisé de Barcelone), il intégra l'université et suivit des études universitaires en médecine[5]. Suite au putsch militaire (et au déclenchement de la guerre en Espagne) en 1936, sans pouvoir finir ses études, Carlos Greykey joignit les troupes combattant les putschistes[5]. Après la défaite républicaine, Carlos, comme tant d'autres combattant-e-s, ex-combattant-e-s et ou civil-e-s républicain-e-s, chercha refuge en France où il continua le combat contre les régimes fascistes européens, cette fois-ci, en participant à l'effort de guerre français contre l'Allemagne nazie (il n'y a pas de traces pour savoir s'il était dans les Compagnies de travailleurs étrangers ou avec la Légion étrangère). Après la capitulation française face aux forces allemandes nazies, il suit le même sort de plusieurs milliers d'espagnol-e-s et est fait prisonnier puis amené aux camps de détention. Après un passage par un des camps du Stalag V C,[n. 3] en Wildberg (Allemagne)[2], il fut transféré en 1941au camp de concentration de Mauthausen.[n. 4][5]

Greykey est arrivé à Mauthausen le 21 juin 1941[5]. Dès l'arrivée au camp, les prisonniers sont mis en formation -à coups- nus, dans la dénommée cour des garages. Là, il a été vite repéré parmi le reste de prisonniers espagnols du fait de la couleur de sa peau. Un capitaine des SS lui aurait passé un torchon par le visage pour vérifier qu'il était noir (les personnes noires étant, elles aussi, un des objectifs du régime nazi : considérées inférieures donc, dangereuses corruptrices du sang arien, d'après les écrits de Mein Kampf.[4] ). Greykey répondit en allemand aux questions de l'officiel, ce qui semble être la raison pour laquelle il ne fut pas envoyé immédiatement à la chambre à gaz[5]. Juan de Diego, un des survivants de Mauthausen, déclara : « les allemands n'étaient pas habitués à voir des personnes de couleur. Ils ont habillé Carlos avec un uniforme de la garde royale yougoslave, un costume rouge, pour faire de lui une espèce de groom, comme ceux qu'on voyait aux hôtels. Un groom pour ouvrir la porte et pour servir à table ».[6] D'après Mariano Constant, un des chefs de l'organisation communiste clandestine espagnole à Mauthausen, les SS s'amusaient à « l' humilier, mais cela lui a sauvé la vie car à la carrière il n'aurait pas survécut longtemps »[4].

Greykey s'est vu attribuer le numéro de prisonnier 5124, et a été identifié, comme tous les prisonniers espagnols, avec un triangle avec la lettre "S" (Spanier, "espagnol" en allemand[7] ) de couleur rouge, couleur réservée aux prisonniers politiques et/ou militants de gauche (Rotspanier) (pour les prisonnier-e-s avant 1941 ou sans considération politique, déclaré-e-s simplement apatrides par le régime de Franco, le triangle était bleu). Outre l'espagnol, le catalan et l'allemand, il parlait aussi l'anglais et le français, chose qui lui valut être destiné à servir la table du commandante du champ, Franz Ziereis[4]. Postérieurement, il fut chargé de la loge et du vestiaire du club des officiers SS. Il fut aussi serveur lors de la visite de Heinrich Himmler au camp en 1941. Ziereis présenta Greykey au leader nazi comme « un noir espagnol habitant en Espagne, [bien que] son père était cannibale et mangeait de la viande humaine »[4]. Peu avant la fin de la guerre, une "mauvaise" réponse lui valut perdre sa condition de prisonnier privilégié (prominente) et les officiers décidèrent "se passer de ses services". Il survécut grâce à la protection de ses compatriotes, qui le cachèrent et camouflèrent jusqu'à la libération du champ[5].

Après la libération, comme tant d'autres réfugié-e-s espagnol-e-s, il ne pouvait pas envisager de rentrer en Espagne où le régime de Franco restait en place et où il ne l'attendraient que des représailles (exécution ou prison avec travaux forcés). Il retourna donc en France, où il demeura le restant de sa vie et où il fut naturalisé français quelques années plus tard[5]. Bien qu'il participa initialement aux réunions périodiques des anciens déportés, quand il arrêta son concours à ces réunions, on perdit sa trace. On croit qu'il s'installa dans le département de Seine-Saint Denis, peut-être à La Courneuve. Il se maria et eut au moins deux fils/filles[4],[5]. D'après des déclarations de sa fille, il a été danseur dans un cabaret et postérieurement électricien. De 1977 à sa mort, il milite dans l'Alliance Nationale pour la Restauration Démocratique, un groupe s'opposant à la dictature en Guinée-Équatoriale. Il est mort en France en 1982[8].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La photo, réalisée par le Erkennungsdienst (service d'anthropométrie du camp), vient du négatif sauvé par Francisco Boix , mais on ne sait pas quand elle a été faite (avant ou après la libération) et par qui (les agents SS responsables du service d'anthropométrie ou Boix)[1]
  2. Bien que, généralement, il apparaisse sous le prénom de José Carlos — par exemple dans le livre commémoratif Libro memorial: españoles deportados a los campos nazis (1940-1945)[2] (Espagnol déportés vers les camps nazis (1940-1945)) — deux personnes répertoriées, parmi les rescapés de Mauthausen, par le département politique, sont nommées « Grey Key Carlos José » ; les registres d'entrée de la section de détention provisoire se rapportent à lui comme étant « Grey-Key [nom] Carlos [nom] ». David Wingeate Pike (es), dans son livre Españoles en el holocausto: vida y muerte de los republicanos en Mauthausen (Espagnols dans l'Holocauste : vie et mort des républicains à Mauthausen), publié en 2015, l'identifie comme « Carlos gris Key » et le fait venir du protectorat espagnol au Maroc[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bermejo 2015, p. 125.
  2. a et b Bermejo et Checa 2006, p. 272.
  3. Pike 2015, p. 4188.
  4. a b c d e et f « Un negro catalán en las garras de los nazis », El País,‎ (lire en ligne)
  5. a b c d e f g et h « Cómo sobrevivir en Mauthausen siendo negro y rojo », El Correo,‎ (lire en ligne)
  6. Bilé 2015, cap. XXIII.
  7. Bermejo 2015, p. 62.
  8. Lucía Mbomío, « Prisionero 5124: Grey Molay, el republicano negro », sur Afroféminas, (consulté le 19 décembre 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Benito Bermejo, El fotógrafo del horror : La historia de Francisco Boix y las fotografías robadas a los SS de Mauthausen, Barcelona, RBA Editores, (ISBN 978-84-9056-500-1)
  • Serge Bilé, L'Equato-Guinée de Mauthausen». Noirs dans les camps nazis, Barcelona, e-plumes.net, (ISBN 9791028800598)
  • (es) Benito Bermejo et Sandra Checa, Libro memorial: españoles deportados a los campos nazis (1940-1945), Subdirección General de los Archivos Estatales, (ISBN 84-8181-290-0).
  • (es) David Wingeate Pike, Españoles en el holocausto: Vida y muerte de los republicanos en Mauthausen, Penguin Random House, (ISBN 978-84-906-2681-8)