Cargneule

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La cargneule est une roche sédimentaire carbonatée, d’aspect carié et vacuolaire, souvent bréchique, c'est-à-dire montrant souvent d'intenses fracturations avec des clastes brisés ou des mylonites[1]. De teinte jaune, brune, rouge, rouille, ces formations rocheuses, peu ou prou stratifiées, engendrent lorsqu'elles affleurent (présence en surface) des reliefs ruiniformes, avec des pinacles (monolithes ou pitons), des cavernes ouvertes, balmes ou baumes par exemple.

Une roche, résultat de la cargneulisation[modifier | modifier le code]

La roche est au terme de sa formation dite "cargneulisation" surtout calcaire (70%), un peu dolomitique (20% en moyenne) et légèrement gypseuse. La cargneulisation est la transformation de dolomie calcareuse, de calcaire dolomitique, de brèches calcaréo-dolomitiques avec dissolution préférentielle de la dolomite par des eaux chargées en sulfates, notamment séléniteuses, c'est-à-dire concentrées en sulfate de calcium, par dissolution de gypse ou d'anhydrite. Ces eaux d'imprégnation ou de percolation provoquent une dédolomitisation : elles opèrent la transformation de la dolomie en calcite.

Les cargneules sont ainsi presque toujours associées à de roches évaporites ou situées à proximité de couches gypseuses : l’association des dolomies et des évaporites est une des principales caractéristiques de ces derniers dépôts salins. De plus, elles jalonnent fréquemment les surfaces de chevauchement, car les gypses forment des « couches savon ».

La roche est assez souvent considérée comme une brèche, c'est-à-dire une roche détritique à clastes brisés ou matériaux de base anguleux, d'origine sédimentaire ou tectonique. Quelle est l'origine de la bréchification ? Autrement dit, comment la pierre d'origine s'est cassé ? Malgré des cas prouvés de bréchification mylonitique, totale ou partielle, c'est-à-dire de formation de débris anguleux et broyés par frottement des masses rocheuses entre elles lors de leurs mouvement relatifs[2], l'hypothèse de bréchification par fracturation hydraulique, par effet de fluides sous pression, notamment de l'eau plus ou chaude, n'est pas écarté. En effet, il existe souvent dans les dolomies des plages résiduelles de banc calcaire non fissuré.

Occurrence[modifier | modifier le code]

Ces roches sont fréquentes dans le Trias alpin, par exemple dans le Trias de Matheysine[3] à la Pierre Percée, au col de la Balme, à la Croix de Chamrousse dans le massif de Belledonne, à La Muzelle en Oisans, à La Motte d'Aveillans ou à Oris-en-Ratier toujours dans le Dauphiné, en Haute Maurienne[4] au mont Cenis, au sommet de l'Aiguille Percée, dans le Briançonnais[5], au col du Galibier ou à la Casse déserte sous le col de l'Izoard[6], dans le Queyras[7], notamment aux alentours de Ceillac[8], en vallée de la Roya et au voisinage du Mont Bego, dans le pays de Vaud et en Valais en Suisse..., mais aussi dans le Lias près de Montpellier-le-Vieux ou Nîmes-le-Vieux sur le rebord des causses, à Cornesson, dans les vallées proches du Ségala aveyronnais, dans le Crétacé supérieur du département de la Dordogne, dans l'oligocène de la vallée d'Argens... et en général sur le pourtour de la mer Méditerranée occidentale.

Le monolithe de Sardière, site d'escalade dans le Parc national de la Vanoise, près de Modane en Savoie, a sa base située à 1600 mètres d'altitude, et s'élèverait à 93 mètres de haut.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

C'est en Suisse que les paysans et les plâtriers vaudois, de la contrée d'Aigle, ont dénommé cette roche caractéristique d'un paysage, d'un mot féminin cargneule, que l'on retrouve dans diverses variantes romandes et plus généralement francoprovençal, soient la carniole, la cornieule, la corgneule, la cargnieule... Le monde paysan avait toutefois tendance à distinguer les pitons ou colonnes émergente de la masse rocheuse, en les nommant plutôt tuvia, touvia, touvière, tuffia, tufs...

Mais c'est en réalité principalement les géologues anglais qui ont choisi et répandu le terme cargneule pour mieux expliquer cette roche calcaire cellulaire, cargneulisée, et le résultat des processus de cargnolisation. L'adjectif cargneulisé, le mot technique cargneulisation et le verbe cargneuliser, relatifs à la décalcification et la perte de sel chimique de la dolomie calcareuse se sont ainsi généralisé au point qu'une rue de la ville du département de l'Isère, Chamrousse porte le nom de "rue des Cargneules".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un claste est un morceau ou débris de roche quelconque cassée de diverses tailles, en général anguleux et non roulés. Une mylonite est une roche broyée au point que le géologue ne puisse reconnaître d'emblée ses caractéristiques visuelles communes.
  2. Une sorte de purée de gravier, avec ou sans grumeaux, serait formée le long des failles actives, avant, pendant ou après le passage répété des eaux séléniteuses.
  3. « Le Trias », sur http://geologie_patrimoine_matheysine.perso.sfr.fr
  4. Sortie de terrain depuis Termignon et Le Villard
  5. Les écailles du Briançonnais désignent le plus souvent trois formations rocheuses : du gypse et anhydrite, des dolomies cargneulisées et des cargneules, des schistes ou calcschistes lustrés.
  6. « Gypses et cargneules », sur http://lithotheque.ac-aix-marseille.fr
  7. « Le Queyras, joyau des Hautes-Alpes et la géologie », sur http://www.queyras-locations.fr
  8. « Les cargneules de Ceillac », sur http://www.lacsdemontagne.fr

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Foucault, Jean-François Raoult, Fabrizio Cecca et Bernard Platevoet, Dictionnaire de Géologie, Éditions Dunod, , 8e éd., 416 p., « Cargneule / Évaporites »
  • Claude Grandjacquet et Daniel Haccard, « Analyse des sédiments polygéniques néogènes à faciès de cargneules associés à des gypses dans les Alpes du Sud : extension de ces faciès au pourtour de la Méditerranée occidentale », Bulletin de la Société Géologique de France, 7e série, vol. XVII,‎ , p. 242-259
  • (en) J. R. Vearncombe, « The tectonic significance of Triassic dolomite and cargneule in the Gran Paradiso region », Western Alps Geological Magazine, no 119,‎ , p. 301-308

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]