Cap Saint-Vincent (Portugal)

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Cap Saint-Vincent
Vue d'ensemble de la pointe du cap Saint-Vincent (falaise sud), sa forteresse (fragments), son phare
Vue d'ensemble de la pointe
du cap Saint-Vincent (falaise sud),
sa forteresse (fragments), son phare
Localisation
Pays Drapeau du Portugal Portugal
Région Algarve
Coordonnées 37° 01′ 30″ nord, 8° 59′ 40″ ouest
Étendue d'eau Océan Atlantique
Géolocalisation sur la carte : Portugal
(Voir situation sur carte : Portugal)
Cap Saint-Vincent

Le cap Saint-Vincent (en portugais : cabo de São Vicente) est un cap dans la circonscription (ou freguesia) de Sagres (municipalité de Vila do Bispo du district de Faro) dans la région de l'Algarve. Il représente la pointe extrême sud-ouest du Portugal, et donc du continent eurasiatique.

Un autre cap portugais est certes plus loin vers l'ouest que lui, mais il n'est pas au sud : c'est le Cabo da Roca, près de Lisbonne, point le plus occidental d'Europe.

Un phare et un monastère ont été construits sur le site du cap Saint-Vincent. On y trouve aussi les vestiges d'une fortification datant du XVIe siècle, la Fortaleza de São Vicente (ou forteresse de Saint-Vincent (pt). À proximité, se trouve la forteresse de Sagres (XVe siècle et XVIIIe siècle), bâtie sur la Pointe de Sagres (pt), qui est un cap jumeau de Saint-Vincent, légèrement plus au sud (de plus 3 km) mais en retrait par rapport à l'ouest (de moins 4 km).

Le cap Saint-Vincent fait partie du parc naturel du Sud-Ouest Alentejano et Costa Vicentina et en représente l'un des principaux sites, il donne d'ailleurs son nom à la Côte Vincentine (pt).

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue sur la falaise nord et sur l'ensemble du phare. En avant sur la droite on voit bien l’îlot de son stack, ou « éperon d'érosion marine ».
Carte de la Côte Vicentine et de son parc naturel. On y distingue bien le cap Saint-Vincent de la pointe de Sagres.

Époque préhistorique[modifier | modifier le code]

Le cap jusqu'à Sagres est parsemé de menhirs néolithiques, ce qui démontre une longue occupation de ce site, et indique qu'il était considéré comme sacré dès la préhistoire. Vu comme un des "finistères" (finis terrae), l'un des bouts du monde connu, où se forment les tempêtes, il abrite l'une des plus grandes aires de menhirs et de constructions mégalithiques d'Europe. Le site a aussi été visité par des navigateurs venus de Méditerranée depuis le IVe millénaire av. J.-C.[réf. souhaitée].

Époque romaine[modifier | modifier le code]

Et le cap Saint-Vincent était encore sacré dans l'histoire : à l'époque romaine, il était nommé Promontorium Sacrum soit le « Promontoire Sacré ». Il est cité depuis l'antiquité classique par Strabon, Pline l'Ancien et Avienus comme un site dédié au culte de Saturne ou d'Hercule, divinités fortement reliées au monde maritime (même si le dieu de la mer demeure Neptune).

Selon Strabon (de ≈ à ≈ 20 ap. J.-C.), dans sa Géographie (III, 1, 4) : « Pour décrire maintenant en détail le pays [l'Ibérie et sa côte atlantique], nous reprendrons du Promontoire Sacré. Ce cap marque l'extrémité occidentale non seulement de l'Europe, mais de la terre habitée tout entière »[1], et donc de l'écoumène au sens de Terra cognita (la Terre connue de l'époque).

Cette erreur relative s'explique par le fait qu'aux temps de Strabon, les côtes extérieures de l'empire romain étaient moins connues que les côtes intérieures de la Méditerranée [nommée par les Romains Mare Internum (« Mer Intérieure »), ou Mare Nostrum (« Notre Mer »)], et que le cap Saint-Vincent (leur « Promontoire Sacré ») leur paraissait à tort, et de manière disproportionnée, plus saillant en Atlantique que le Cabo da Roca et donc plus à l'ouest que ce dernier, et même que toutes les côtes africaines connues[2].

Période chrétienne wisigothique[modifier | modifier le code]

Aux temps chrétiens la présence du monastère et de son église atteste de la continuité de ce caractère sacré. C'est depuis le VIe siècle, au temps du royaume wisigoth de Tolède (lorsque celle-ci est devenue la capitale du royaume wisigoth[3]), qu'on rendait un culte au martyr chrétien Vincent de Saragosse sur le territoire de Sagres et notamment à la pointe des caps de Sagres et de Saint-Vincent.

Et c'est en 779 (déjà sous domination musulmane, donc) que ses restes funéraires y auraient été apportés de Valence en Espagne, donnant son nom au cap[4],[5].

Époque d'Al-Andalus[modifier | modifier le code]

Dans la Géographie[6] du savant kurde de langue arabe Aboulféda (1273-1331), le cap Saint-Vincent est présenté ainsi :

« Suivant Ibn-Sayd [aujourd'hui : Ibn Saïd], le lieu habité le plus reculé du sixième climat est sur les bords de la mer Environnante ; c’est l’Église des Corbeaux [Kenysset-algorab[7] en arabe], lieu très connu des navigateurs »[5].

Il est à noter qu'Aboulféda reproduit ici l'erreur de Strabon (qu'il avait d'ailleurs probablement lu), considérant encore le cap Saint-Vincent comme le point le plus avancé vers l'ouest de la péninsule, à la nuance près qu'il le spécifie comme « lieu habité ». Et qu'il nomme l'océan Atlantique « la mer Environnante », comme les Romains l'appelaient mare Exterum (« la mer Extérieure ») par opposition à la Méditerranée.

Mais pourquoi, durant la période de domination musulmane de la péninsule ibérique soit le royaume d'Al-Andalus, le cap Saint-Vincent portait-il le nom « d'Église des corbeaux » ? C'est Joseph Toussaint Reinaud, traducteur en 1848 de la Géographie d'Aboulféda, qui en donne l'explication en note[8] :
en fait, Saint Vincent de Saragosse était traditionnellement associé au symbole du corbeau ; cela était dû à la légende selon laquelle deux corbeaux avaient veillé sur les restes du martyr pour les conserver intacts, alors que son corps « avait été jeté, par ordre du gouverneur, dans un marais, afin que les chrétiens ne pussent pas lui décerner le culte accoutumé »[8]. C'était « à Valence en Espagne sous l'empereur Dioclétien » que Vincent de Saragosse avait souffert le martyre en 304[8].

La légende relatée continue ainsi : « plus tard [en 779], suivant les traditions portugaises, le corps fut transféré au Cap sacré, et de là à Lisbonne [après 1173]. Encore à présent, le corbeau est le compagnon inséparable de ce saint »[8]. De ce fait, aussi bien au cap Saint-Vincent qu’à Lisbonne, dans les églises et dans le monastère consacrés au saint, on élevait selon Reinaud « des corbeaux pour lesquels on a[vait] le plus grand respect[8] ». Il donne, comme source de cette information : « en ce qui concerne Lisbonne, le Voyage de Beckford, intitulé Letters from Italy with Sketches of Spain and Portugal (1835), lettre XXX ». Il ajoute : « il est à croire que le culte rendu par les chrétiens aux corbeaux existait déjà à l’époque de la première invasion arabe, au commencement du VIIIe siècle de notre ère ; c’est ce qui engagea les conquérants à donner au cap Saint-Vincent le nom qu’il porte chez leurs écrivains [en langue arabe : l’Église des Corbeaux] ». Cette figure de l’Église des Corbeaux, où l’on n’a pas oublié la représentation du corbeau, « se trouve dans les recueils musulmans de choses singulières. (Voyez les manuscrits turcks [sic] de la Bibliothèque Royale, suppl. n° 93, Methali-Alseadé. Voyez aussi Édrisi, t. II, p. 22). Du reste, plusieurs églises se disputent le corps de saint Vincent »[8]. [Voir notamment, à ce sujet, la section consacrée ici aux reliques du saint dans l’article qui lui est dédié].

Pendant et après la Reconquista[modifier | modifier le code]

Les batailles navales du cap Saint-Vincent[modifier | modifier le code]

Probablement du fait de sa situation stratégique au coin d'un changement de cap important, au croisement de plusieurs routes maritimes, le cap a été le théâtre de pas moins d'une dizaine de batailles navales, de 1327 à 1833, qui toutes portent son nom :

Conservation de la nature[modifier | modifier le code]

Le cap Saint-Vincent est particulièrement riche en vie marine, notamment en oiseaux marins fou de Bassan (Morus bassanus), puffin majeur, puffin cendré (Calonectris diomedea), puffin des Anglais (Puffinus puffinus), labbe, pétrel tempête (Hydrobates pelagicus). On y voit aussi des mammifères marins (dauphin commun ou grand dauphin (Tursiops truncatus), dauphin commun à long bec (Delphinus capensis), dauphin de Risso (Grampus griseus), dauphin bleu et blanc ou dauphin bleu (Stenella coeruleoalba), orque (Orcinus orca), marsouin commun (Phocoena phocoena), baleine à bosse, baleine de Minke ou petit rorqual, grand cachalot (Physeter macrocephalus) ; des tortues de mer (tortue luth, Dermochelys coriacea) ; des requins (requin pèlerin, Cetorhinus maximus), requin marteau, etc[9].

Randonnée[modifier | modifier le code]

Le cap est une des extrémités du sentier de grande randonnée européen E4, l'autre se situant à Larnaca (Chypre).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (grk + fr) Strabon (trad. Amédée Tardieu), Géographie, éditeur : Librairie de L. Hachette et Cie, 77 Bd Saint-Germain à Paris (et "mediterranees.net" pour l'édition numérique), début du ier siècle après j.-c. / 1867 pour la traduction (lire en ligne), passage : Livre III « L'Ibérie », chapitre I « La côte atlantique », § 4.
  2. Voir la carte du monde vu par Strabon dans l'article ici consacré à sa Géographie. Voir aussi la "carte Spruner" qui reconstitue en 1865 le monde tel qu'il était vu au début de l'ère chrétienne : [1], dont l'Ibérie en extrait au début des chapitres de la Géographie de Strabon : [2].
  3. [voir notamment l'article consacré à la Carpitanie, et la section sur le royaume de Tolède (555-720) ]
  4. Mar ilimitado.
  5. a et b Abū al-Fidāʾ (Aboulféda en français, 1273-1331) et Ismāʻīl ibn ʻAlī (trad. de l'arabe par M. Reinaud), Géographie d'Aboulféda traduite de l'arabe en français, Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne), pages 241-242.
  6. Voir la section qui est consacrée à cette œuvre dans l'article consacré à Aboulféda : « Tacouym El-Boldan (« Vraie situation des pays »), ou Géographie »
  7. [transcription de 1848 ; aujourd'hui, on transcrirait plutôt ce nom arabe ainsi : Kenisset al-gorab]
  8. a b c d e et f Aboulféda, Ismāʻīl ibn ʻAlī, et Joseph Toussaint Reinaud pour « la traduction, les notes et éclaircissements », Géographie d'Aboulféda traduite de l'arabe en français, Paris, Imprimerie nationale, (lire en ligne), p. 241, note 2 qui se poursuit p. 242.
  9. Observation de la faune au cap Saint-Vincent, par Mar ilimitado.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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