Sōtō

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Caodong)
Aller à : navigation, rechercher
Représentation de Maître Dôgen

L'école Sōtō ou Caodong (曹洞宗, en japonais: sōtō-shū, en mandarin caodongzong) est la principale école du bouddhisme zen (appelé chan en mandarin).

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle fut fondée en Chine sous l'influence de deux maîtres : Dongshan Liangjie (en japonais Tōzan Ryokai) et son disciple Caoshan Benji (en japonais Sōsan Honjaku). Le premier sinogramme du nom de ces deux maîtres a donné son nom à l'école.

Dōgen[modifier | modifier le code]

Au XIIIe siècle, Dōgen importe cette école au Japon, suite à un séjour en Chine auprès des maîtres de l'école.

En 1223, alors que le zen japonais est dominé par l'école Rinzai, le maître zen Dōgen part avec son maître en Chine, où il découvre l'école Caodong en fréquentant durant un an le monastère de Jingdesi sur le mont Tiantong. Mais ce sera la rencontre avec le maître Nyojō qui sera déterminante, ce dernier deviendra le nouveau maître de Dōgen et le chargera de transmettre ses enseignements au Japon. À son retour, Dōgen fonda d'abord le temple de Kosho-ji à Kyōto (la capitale impériale), mais devant l'hostilité de l'école Rinzai fortement implantée auprès du pouvoir central impérial, celui-ci quitta Kyōto. Grâce à l'appui d'un disciple laïc, seigneur de la province d'Echizen, il fondera le temple d'Eihei-ji (16 km au sud-est de l'actuelle ville de Fukui).

Keizan[modifier | modifier le code]

En 1321 Keizan Jōkin (1264-1325) fonde le temple de Sōjiji, qui deviendra le second temple principal de l'école. Celui-ci introduira des rituels Shingon, ainsi que des divinités traditionnelles japonaises provenant du shintoïsme dans l'école Sōtō ce qui favorisera la propagation de l'école partout au Japon et parmi les masses populaires.

Organisation[modifier | modifier le code]

Le Temple Eihei-ji

L'organisation actuelle de l'école Sōtō date de l'Ère Meiji (1868-1912). À cette époque les bouleversements de la société nippone conjugués à l'antibouddhisme de l'État impérial força l'école à établir une nouvelle structure. Malheureusement cette réorganisation entraina une lutte entre les deux principaux monastères : Eihei-ji et Sōji-ji. C'est ainsi qu'en 1879 fut signé un accord entre les deux protagonistes. Ce traité entérine un pouvoir bicéphale pour l'école Sōtō, les deux monastères seront sur un pied d'égalité, tous deux sièges de l'école (« temple-mère », en japonais honzan). Depuis lors tous les temples Sōtō se doivent d'être rattachés à l'un des deux honzan, du choix d'un honzan par un temple découlera de légères différences. Le chef de l'école (en japonais kanchō) est à tour de rôle l'abbé d'Eiheiji et celui Sōjiji.

L'école se dota aussi d'un recueil d'instructions commun à tous les temples à destination des laïcs (fidèles), le Shushōgi, ce livre simple d'accès résume l'essence de l'école Sōtō et s'inspire largement du Shōbōgenzō. Ainsi le Shōbōgenzō se destine aux moines et le Shushōgi aux fidèles.

École actuelle[modifier | modifier le code]

De nos jours, l'école Sōtō est la plus importante des écoles zen du Japon avec environ 15 000 temples, environ 18 000 prêtres et entre 7 et 8 millions d'adhérents. Elle connaît un certain succès en Occident, grâce à Shunryu Suzuki Roshi qui favorisa le développement de cette école aux États-Unis et Taisen Deshimaru en France.

Pratique[modifier | modifier le code]

L'école Sōtō insiste sur la pratique du zazen et écarte l'utilisation trop systématique des kōan. De plus elle affirme la possibilité d'atteindre l'éveil en une seule vie. Dans la pratique du zazen, il convient de distinguer shikantaza : juste s'asseoir de mokusho-zen : l'illumination silencieuse. On prête à Dōgen la phrase : « Pratique et éveil font un. »

Shikantaza[modifier | modifier le code]

Shikantaza est la posture de méditation du zen Sōtō, elle est au centre de la pratique du zen Sōtō, Shikantaza est le « simplement assis » ou « juste s'asseoir » : on est assis sur un coussin (zafu) en position du lotus (kekka fuza) ou demi-lotus (hanka fuza). Shikantaza c'est seulement s'assoir sans intention particulière. « La pratique de la méditation assise consiste à se dépouiller du corps et du cœur. Seuls ceux qui méditent en étant assis tout simplement peuvent obtenir ce dépouillement. » (Maître Nyojō). Le zazen shikantaza se place en deçà ou au delà de la notion de méditation dans le sens où l'accent est mis uniquement sur la posture et l'injonction «laisser passer les pensées ». Dans beaucoup de pratiques, le "kekka fuza" (posture du lotus) est un support sur lequel vient se greffer une pratique méditative. Dans la pratique du zazen shikantaza, tel qu'il est enseigné par Dogen et ses successeurs, c'est la posture elle-même qui est support de méditation, le "kekka fuza" se suffisant à lui-même.

Mokusho-zen[modifier | modifier le code]

Mokusho-zen est l'illumination silencieuse, c'est la méditation sans support, sans objets. Elle s'oppose à la méditation basée sur des kōan, ou sur des représentations. Mokusho-zen qui est une composante du zazen (dans le zen Sōtō) peut en être dissociée pour être vécue dans chaque action de notre vie quotidienne. Chaque instant est ainsi réalisation.

Cette méditation de la vie quotidienne est aussi exprimée par le heijo shin kore dō de Nansen (l’esprit quotidien est la Voie) ou par le datsu raku shin jin de Nyojō (corps-esprit déjà dépouillé).

Méditation au zendo[modifier | modifier le code]

Dans le zen Sōtō les séances de méditation se pratiquent face aux murs latéraux du zendo. Dans l'allée centrale se trouve le jikido (responsable du kyosaku, bâton d'éveil). Celui-ci frappe le méditant déconcentré ou assoupi, l'utilisation du kyosaku varie suivant les temples et les pays. Généralement le coup est demandé par le méditant qui le signale avec un gassho (mains jointes en prière). Le jikido pose alors le bâton sur l'épaule droite pour prévenir du coup, les deux saluent ensemble, le méditant penche la tête vers la gauche ensuite le jikido tape. Si un coup de bâton ne suffit pas, le responsable peut donner une série de coups (en japonais rensaku). Les séances de zazen qui durent autour de cinquante minutes sont coupées par des marches méditatives (en japonais kinhin) d'une dizaine de minutes. Cette marche qui est aussi appelée « zazen en marche » est destinée à se dégourdir les jambes sans interrompre le calme et la concentration de zazen.

Un enseignement oral (en japonais kusen) est donné à la fin ou pendant zazen par un maître présent, ou par la lecture d'un texte.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]