Canzone

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Une canzone ou canzona (littéralement en italien « chanson » ; pl. canzone ou canzoni) désigne une composition musicale de structure strophique qui s'est diversifiée selon deux genres (vocale et instrumental à partir du XVIe siècle) et diverses formes suivant l'époque. Le terme ne s'applique pas nécessairement à une pièce vocale, mais ayant toujours un caractère mélodique, qui rappelle l'art vocal.

Canzona poétique[modifier | modifier le code]

La canzone naît en tant que forme poético-musicale issue du canso provençal, pratiquée en Italie à partir du XIIIe siècle. La poésie, pas nécessairement chantée, est accompagnée de musique « comme élément décoratif »[1] ; le terme, à l'époque jusqu'au XVe siècle, étant générique sur le plan musical. Dante en explique sa structure, au chapitre II de son De vulgaris eloquentia, prévoyant une mélodie différente pour chaque strophe, ou bien une mélodie sans répétition, ou bien deux sections dont l'une est répétée ; mais il ne nous reste aucune trace de ces monodies[2]. Cependant que toutes les canzones poétiques n'étaient pas destinées au chant, contrairement aux « cansos » provençales.

Ultérieurement la canzone littéraire connaît d'autres réalisations polyphoniques, dont on retrouve trace chez Dufay, avec une version en langue vulgaire de Vergine Bella tirée de la première strophe de la canzona 49 de Pétrarque[3] et du même poète, dans des recueils de frottoles de B. Trombocino. Au siècle suivant, ce sont Cyprien de Rore, Claudio Merulo et Palestrina[3].

Canzone vocale[modifier | modifier le code]

Le terme en vient à désigner dans les éditions, n'importe qu'elle composition profane, en opposition au motet religieux et bien distinct des genres populaires comme la frottole, le soneto, le strambotto (poésie campagnarde)[4] ; mais une sorte de poème lyrique ressemblant au madrigal naissant, à une époque où ce dernier genre n'est pas encore fixé par rapport à l'ancien style de la frottola[1]. L'écriture est plutôt verticale, pour faciliter la compréhension du texte[4]. Ce genre, né à Naples écrite sur des textes en dialecte, se propage dans l'Italie du nord en abandonnant le dialecte[2] (à partir des années 1570)[5] et se désigne par le terme de Villanelle ou villota (après 1565), dont on trouve l'exemple dans les Second Libro de Villanelle, Moresche ed Altri Canzoni... (1581) de Roland de Lassus[4].

À partir de 1530, lorsque le genre madrigal se répand, l'évolution linguistique se confirme en partageant madrigal (sérieux) et canzone. La canzone étant plus restrictive et désigne des musiques plus légères, aux tendances rustiques ou burlesques, comme le sont les Canzoni villanesche d'Adrien Willaert ou Francesco Corteccia. Malgré tout, dans les dernières décennies du XVIe siècle, un genre madrigalesque léger, introduisant la gaîté et l'enjouement apparaît, avec G. Ferretti, Adriano Banchieri et Giovanni Gastoldi et aussi dénommée canzonetta chez Orazio Vecchi, puis au XVIIe siècle, avec Bartolomeo Barbarino et Enrico Radesca[1],[2].

Parfois, canzone désigne une composition simple ressemblant à une chanson, notamment s'il s'agit d'un compositeur non italien : un bon exemple est l'aria Voi che sapete des Noces de Figaro de Mozart.

Canzone instrumentale[modifier | modifier le code]

La canzone ou canzona est aussi une composition instrumentale. C'est le genre instrumental le plus important de la fin du XVIe siècle[5], trouvant son origine dans la « canzone francese », une chanson polyphonique (canzona alla Francese ou canzone da sonare). La forme est voisine de la structure formelle du ricercare ; seule son caractère, peut-être « plus profane », la différencie du ricercare.

Les pièces d'origines sont empruntées tout d'abord aux flamands, Ockeghem, Ghiselin, Brumel et Josquin ; puis à la chanson parisienne : Claudin de Sermisy et particulièrement à Clément Janequin (la Battaglia francese et la Canzone degli uccelli) et d'autres compositeurs français, comme Girolamo Cavazzoni le fait avec une Canzon sopra Il est bel et bon empruntée à Pierre Passereau. Les premières canzones instrumentales sont d'abord conçues sous forme de simple transcriptions pour un instrument polyphonique. Le premier témoignage qui nous reste est celui des Intabolatura de lauto. Libro I e II (1507) de Francesco Spinacino, suivit de Vincenzo Capirola[2],[2] et de Francesco da Milano à partir de 1536, qui s'est particulièrement illustré dans le domaine de la canzone pour le luth[4]. ; les instruments à clavier, tel Claudio Merulo (qui fait paraître trois recueils de Canzoni d'intavolatura d'organo... fatte alla francese : 1592, 1606 et 1611, avec quelques titres descriptifs : la Pazza (« la Folle »), la Graziosa[1], la Pargoletta (« la Petite »)... ou des noms aristocratiques. « La transcription se colore de passage typiquement instrumentaux »[2]. La canzone pour de petits groupes d'instruments commence avec Giovanni Gabrieli (1597, 1608, 1615).

Après 1650, la « canzona francese » se développe rapidement. Elle emprunte une œuvre vocale, mais peut aussi bien ne traiter qu'une phrase de celle-ci (paraphrase libre), ou devenir une composition autonome en s'inspirant de l'esprit. C'est cette branche qui influence et mène à l'éclosion de la sonate[1] (canzone da sonare), genre un peu plus solennel[4]. La canzone perd peu à peu son modèle absolu de la chanson française, notamment avec Andrea Gabrieli à l'orgue (Canzone ariosa, 1596) et devenir une composition autonome[1]. Avec le déclin du luth, au début du début du XVIIe siècle, les instruments à clavier prennent le relais avec V. Pellegrini et Giovanni Maria Trabaci.

D'autres compositeurs en réalisent pour les groupes instruments auxquels peuvent se joindre les voix ; parmi les meilleures, les œuvres de Giovanni Gabrieli[4], qui avec la publication des Sacræ symphoniæ (1597) et Canzoni e sonate (1615) constitue la préhistoire des développements de la musique instrumentale et surtout de la sonate. Nombre de recueils accolent ou substituent à Canzone, le terme sonate (Uccelini, Sonate over canzoni da farci a violino solo, 1649)[6]. Vers 1650, le terme sonate se substitue quasiment à celui de canzone. D'autres compositeurs pratiquent le genre canzone, tels Antonio Cavazzoni, Girolamo Frescobaldi qui porte le genre a son apogée avec les six du Second Libro di toccate...' (1627) et les cinq des Fiori musicali (1635)[1].



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Début de la Canzon « dopo l'Epistola » extrait des Fiori musicali de Frescobaldi.

L'écriture de ces canzone est souvent en imitation, avec des sections contrastées (binaires et ternaires, lents et rapides, tutti et solo) et les instruments sont souvent répartis en deux groupes qui se répondent entre eux, avec des tendance concertante avec le dialogo (cornet et trombone) et le in eco[7]. Les entrées des voix sont souvent en dactyles[2]. Chez Gabrielli, les lignes mélodiques (notamment celle des cornetti) peuvent être ornées en diminution. Ces traitements dans la canzone instrumentale, évoquent qu'il s'agit là probablement du véritable ancêtre de la fugue, avec les termes interchangeables de fantasia, sinfonia ou capriccio. Banchieri (1596, 1603, 1607, 1612), Merula, Marini, Cazzati, Neri, Giovanni Picchi (Canzoni da sonar con ogni sorte d'istromenti, 1625) et Falconieri sont d'autres compositeurs qui exploitent la forme instrumentale[7].

La forme décline en Italie après Frescobaldi, pratiquée encore par son élève Johann Jakob Froberger — chez ce dernier, la canzone est proche du ricercareAntonio de Cabezón et sporadiquement par Bernardo Pasquini[8], mais également par Domenico Zipoli et Della Ciaja. Chez Andrea Gabrieli, nombre de « Ricercari » pour clavier (1605) ou pour ensemble jusqu'à huit parties (1587 et 1589) sont en fait des canzone[2]. Abandonné par les italiens, le genre de la canzone est encore pratiquée en Allemagne avec Muffat et Buxtehude à la fin du XVIIe siècle[3] et jusqu'au XVIIIe siècle et l'abandon de l'écriture contrapuntique[3], notamment, brillamment illustré par Bach dans la canzona en mineur BWV 588 (vers 1709). Dans le premier mouvement du troisième concerto brandebourgeois, Bach garde les traces de la canzone et de son fameux dactyle (blanche noire noire)[3].

Un type particulier de canzone au grand succès a été la battaglia qui trouve un genre particulier cultivé par les voix de Janequin et Andrea Gabrieli, puis au clavier (ou ensemble d'instruments) par William Byrd (1591), Sweelinck, Banchieri, Frescobaldi, Froberger, Kerll et Poglietti notamment[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Encyclopédie de la musique 1995, p. 126.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Honegger 1976, p. 151.
  3. a, b, c, d et e Gammond 1988, p. 332.
  4. a, b, c, d, e et f Vignal 2005, p. 154.
  5. a et b Gammond 1988, p. 331.
  6. a et b Honegger 1976, p. 152.
  7. a et b Encyclopédie de la musique 1995, p. 127.
  8. Encyclopédie de la musique 1995, p. 126–127.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]