Canal du Rhône à Sète

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Canal du Rhône à Sète
Illustration.
Le canal (trait noir) à son entrée côté bassin de Thau, puis serpentant à travers les étangs près de Frontignan, vu depuis le mont Saint-Clair, à Sète.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Coordonnées 43° 48′ 18″ N, 4° 38′ 47″ E
Début Rhône à Beaucaire
Fin l'étang de Thau à la hauteur de Sète
Caractéristiques

Le canal du Rhône à Sète est un canal français qui relie l'étang de Thau à la hauteur de Sète au Rhône à Beaucaire. Au-delà du Thau, il est prolongé par le canal du Midi.

Historique[modifier | modifier le code]

Le canal près de Franquevaux dans une zone de plaine au sud du Gard.
Le canal à Beaucaire, près de sa connexion avec le Rhône.

Pour affranchir le commerce entre le Rhône et Sète de la navigation sur le Petit-Rhône, les États du Languedoc décident de construire un canal entre Beaucaire et Aigues-Mortes, en 1773, sur un projet d'Isaac Étienne Grangent, directeur des travaux publics de la province du Languedoc. Son fils, Stanislas-Victor Grangent, a suivi la fin de la construction du canal après sa nomination comme ingénieur en chef des ponts et chaussées du département du Gard, en 1798. Ce canal permet de prolonger le canal du Midi. Il est alors appelé Canal des Étangs car il traverse les étangs palavasiens dans leur partie Sud. Des levées sont déjà établies le long du nouveau lit du Vistre en 1778 pour l'établissement du futur canal de Beaucaire à Aigues-Mortes[1]

Les travaux sont arrêtés en 1789. Le canal est terminé à cette date entre Aigues-Mortes et Saint-Gilles. La construction est reprise à la suite de la loi du 25 ventôse an IX. Un traité passé le 27 prairial suivant entre le gouvernement et une compagnie Perrochel lui a imposé « d'achever la construction du canal entre Beaucaire et Aigues-Mortes, de rectifier et de recreuser jusqu'à 1,50 m au-dessous des basses eaux de la mer le canal de Bourgidou et le canal de Sylvéréal[2] (ces deux canaux étaient ouverts depuis 1698) et d'élargir et ouvrir à neuf celui de la Radelle[3] en lui donnant 2 m de profondeur au-dessous de la basse mer ; cette profondeur est égale au tirant d'eau tant du canal de Beaucaire, que du canal des Étangs ». En contrepartie, la compagnie a les droits de navigation, et de jouissance, pendant quatre-vingts ans, de tous les francs-bords (terrains laissés libres le long des canaux), ainsi que la propriété incommutable et perpétuelle de tous les marais, étangs et palus situés dans le département du Gard, entre Beaucaire, Aigues-Mortes et l'étang de Mauguio appartenant à l'État après la confiscation des biens de l'Ordre de Malte[4]. La réalisation du canal devait se terminer avant le 12 septembre 1806. La dépense était évaluée à 2 500 000 francs. Les premiers bateaux ont pu passer dans le canal en 1806, mais les travaux ne sont pas terminés.

À la suite du rapport de Louis Bruyère[5],[6], la position de l'écluse de Beaucaire est fixée par décision du directeur général des ponts et chaussées le 27 mai 1807 de façon à permettre une manœuvre aisée des bateaux qui entrent ou sortent du Rhône et garantir la sûreté des constructions malgré les crues qui peuvent atteindre 6,50 m au-dessus de l'étiage et en évitant les corps flottants qui sont alors charriés. Pour éviter son ensablement avec un risque de blocage des portes, l'écluse a été placée près du Rhône[7]. Les projets de cette écluse ont été établis le 3 juin 1807 et approuvés le 24 septembre suivant. Le battage des pilotis du batardeau a été fait entre le 15 septembre 1807 et le 21 juillet 1808, les fouilles entamées le 18 décembre 1808, la première pierre posée le 22 juillet 1809 et le travail entier achevé, le canal livré au commerce le 15 décembre 1811 bien que les travaux ne soient pas entièrement terminés[8],[9].

Les travaux sont dirigés pour la compagnie par l'ingénieur André Raymond Bouvier (1784-1856)[10]. Ils vont continuer sous sa direction jusqu'à la réception définitive du canal, le 29 septembre 1828. Ils ont coûté 16 millions au lieu de 2,5 millions. Le canal est alimenté en eau douce de Beaucaire à Saint-Gilles. Le reste du canal est alimenté en eau de mer. L'ingénieur Bouvier avait cependant permis d'amener de l'eau douce dans les marais de Saint-Gilles et de Vauvert ce qui a eu un effet positif pour la végétation.

Après le départ de l'ingénieur Bouvier pour le service public, il est remplacé par Paulin Talabot[11] à la demande du maréchal Soult, président du conseil d'administration de la compagnie. Paulin Talabot s'étant rendu compte de l'avantage que procurait l'amenée d'eau douce, il a substitué l'eau douce à l'eau salée dans le canal de Saint-Gilles à Aigues-Mortes et dans le canal de Sylvéréal en construisant un écluse de garde près d'Aigues-Mortes avec trois entrées et cinq portes. Cet ouvrage est terminé en 1834[12].

Son creusement a permis de transformer la fonction du port d'Aigues-Mortes. Au début du XVe siècle, des travaux importants avaient été entrepris pour faciliter l'accès de cette cité à la mer. L'ancien Grau-Louis, creusé pour les croisades, fut remplacé par le Grau-de-la-Croisette et un port fut creusé à l'aplomb de la Tour de Constance. Celui-ci perdit son importance, dès 1481, lorsque la Provence et Marseille furent rattachés au royaume de France. Seule l'exploitation du sel du marais de Peccais incita François Ier, en 1532, à faire relier les salins d'Aigues-Mortes à la mer. Mais ce chenal, dit Grau-Henri, s'ensabla à son tour. L'ouverture, en 1752, du Grau-du-Roi résolut pour un temps le problème. Celui-ci trouva enfin une solution, en 1806, en transformant Aigues-Mortes en port fluvial grâce au Canal du Rhône à Sète[13].

Parcours[modifier | modifier le code]

Le canal aux Aresquiers, entre deux étangs, à la hauteur de Vic-la-Gardiole). À l'horizon, Sète.

Le parcours du canal peut être divisé en deux parties :

Le canal débute le long de la limite administrative entre Sète et Frontignan avant de passer près du vieux centre de Frontignan. Rejoint par un chenal venant du port industriel de Sète, le canal traverse l'étang d'Ingril. Après avoir passé les cabanes des Aresquiers, il traverse les territoires de Vic-la-Gardiole puis de Villeneuve-lès-Maguelone et passe entre l'étang de Vic au nord et l'étang de Pierre Blanche au sud. Le canal atteint alors l'île de Maguelone où se trouve l'ancienne cathédrale. Ensuite, il sépare l'étang de l'Arnel au nord et l'étang du Prévost au sud.

À Palavas-les-Flots, il croise le fleuve côtier Lez. Il conduit toujours en ligne droite entre l'étang du Méjean (ou de Pérols) au nord et l'étang du Grec au sud. Il passe à la hauteur de la station melgorienne de Carnon et des cabanes de Pérols. Il traverse le sud du territoire communal de Mauguio, au sud de l'étang de l'Or.

Le canal passe dans le département du Gard en rase campagne au sud de Marsillargues et de Saint-Laurent-d'Aigouze. Au centre d'Aigues-Mortes, il croise le canal reliant la ville médiévale au Grau-du-Roi. Là, son parcours oblique franchement vers le nord-est et pénètre à l'intérieur des terres, dans la Petite Camargue sur la commune de Vauvert.

Il traverse trois communes gardoises : Saint-Gilles, Bellegarde et Beaucaire. Au sud de Saint-Gilles, une antenne et des écluses permettent de rejoindre le Petit Rhône au nord de la Camargue.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le canal est considéré à grand gabarit par Voies navigables de France qui en a la gestion[14].

Il sert à la navigation de plaisance avec des péniches touristiques, et permet à certaines associations la pratique de l'aviron (à Sète, à Palavas, à Carnon, à Saint-Gilles, à La Grande-Motte).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ordonnance de l'Intendant du Languedoc concernant les ouvrages de Beaucaire à Aigues-Mortes, dans Loix municipales et économiques de Languedoc, chez Giraud et Pons libraires, Montpellier, 1782, tome 2, p. 518-519 (lire en ligne)
  2. Canal de Sylvéréal, ou canal de Peccaïs à Sylvéréal, entre l'ancien fort de Peccais et Sylvéréal, sur le territoire de la commune de Vauvert (Inventaire général : canal de Peccaïs à Sylvéréal).
  3. Le canal de la Radelle va de la pointe de la Radelle, dans l'étang de l'Or, jusqu'à l'embouchure du canal de Lunel sur le canal du Rhône à Sète.
  4. L. Macarel, Recueil des arrêts du Conseil, ou Ordonnances royales rendues en Conseil d'État, sur toutes les matières du contentieux de l'administration, année 1821, p. 205-208 (lire en ligne)
  5. Henri Navier, Notice sur M. Bruyère, dans Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur, 1833, 2e semestre, p. 390 (lire en ligne)
  6. Louis Bruyère, Études relatives à l'art des constructions, tome 1, p. 5-9 (lire en ligne), planches 2 et 3 (voir)
  7. Bouvier, Bassins et descente au Rhône du canal de Bouc, prolongé jusqu'à Tarascon, pour opérer sa jonction avec ceux de Beaucaire, des étangs et royal du Languedoc, 1828 (lire en ligne)
  8. Stanislas-Victor Grangent, Notice sur le canal de Beaucaire à Aigues-Mortes et sur le dessèchement et l'irrigation des marais situés sur la côte méridionale du département du Gard
  9. Présentation du Canal de Rhône à Sète sur le site de l'Association du canal du Midi, page consultée le 25 mai 2008.
  10. André Bouvier, ingénieur des ponts et chaussées en 1808. Il est ingénieur en chef des ponts et chaussées chargé du service spécial du Rhône, 3e section, en résidence à Avignon. Il est mis à la retraite à la limite d'âge.
  11. Nemausensis : Talabot ingénieur du canal d'Aigues-Mortes à Beaucaire
  12. Baron Ernouf, Paulin Talabot, sa vie, son œure (1799-1885), chapitre 3, Némausis (lire en ligne)
  13. Aigues-Mortes sur le site Dimeli and Co
  14. Carte des voies navigables en France sur le site de Voies navigables de France, consultée le 25 mai 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stanislas-Victor Grangent (1768-1843), Notice sur le canal de Beaucaire à Aigues-Mortes et sur le dessèchement et l'irrigation des marais situés sur la côte méridionale du département du Gard, dans Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur, 1832, 1er semestre, p. 106-136 et planche XX (lire en ligne)
  • Frédéric Michel Vinard, Rapport sur les portes d'écluse de M. Émile Martin, établies en fonte et bois sur le canal de Beaucaire, dans Annales des ponts et chaussées. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur, 2e semestre 1835, p. 113-124 (lire en ligne) et planche C (voir)
  • Pierre Marie Guibal, Note sur un système de fermeture à segment exécuté en 1886-87 sur le canal du Rhône à Cette (Portes équilibrées du Lez), dans Annales des ponts et chaussées. 1ère partie. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur, 1908, p. 117-132 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]