Camp de concentration de Bois-le-Duc

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Camp de concentration de Bois-le-Duc
Kamp Vught 1945.jpg
Vue partielle du camp d'Herzogenbusch
Présentation
Gestion
Date de création 12 janvier 1943
Date de fermeture Début septembre 1944
Victimes
Géographie
Pays Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas
Région Brabant-Septentrional
Localité Vught
Coordonnées 51° 39′ 57″ nord, 5° 15′ 24″ est
Géolocalisation sur la carte : Pays-Bas
(Voir situation sur carte : Pays-Bas)
Camp de concentration de Bois-le-Duc

Le camp de concentration de Bois-le-Duc (en néerlandais : Kamp Vught, en allemand : Konzentrationslager Herzogenbusch) est l'un des cinq camps de concentration allemands aux Pays-Bas en fonction durant la Seconde Guerre mondiale. Vught est situé près de Bois-le-Duc.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le camp de Bois-le-Duc est le seul camp de concentration SS en dehors de l'Allemagne et de la zone annexée par l'Allemagne. Il est directement commandé par le quartier général SS de Berlin[1].

Sa construction commence en 1942[2]. Les premiers prisonniers venaient du camp d'Amersfoort et devaient participer à la construction. Les habitants du voisinage pensent d'abord qu'une caserne va être construite, ce n'est que lorsque les barbelés sont posés qu'ils comprennent qu'il s'agit d'un camp de concentration[3].

Le camp ouvre le , avant même son achèvement[4]. Il est placé sous l’autorité du sous-lieutenant SS Karl Chmielewski.

En février 1943, 1 800 étudiants d'Amsterdam, Delft et Wageningen sont envoyés à Camp Vught en représailles de l'assassinat du collaborateur Hendrik Seyffardt (nl) par un étudiant[5].

Les prisonniers étaient soumis au travail forcé dans le camp lui-même et dans les usines Philips. Les détenus ont notamment dû récupérer des carcasses d'avions ou travailler sur de la fourrure[3].

Environ 35 000 détenus y sont internés dont 12 000 Juifs, des détenus politiques, des Roms, Sinti et Yéniches, des témoins de Jéhovah, des homosexuels, des vagabonds et des criminels. On y trouve également des « asociaux », c'est-à-dire des personnes ayant tué une vache, fraudé ou participé au marché noir, mais aussi une septantaine de prostituées de Rotterdam ayant transmis des maladies vénériennes à des soldats allemands[5]. Le camp est gardé par des SS allemands et néerlandais[6].

Le , les 1270 enfants juifs du camp, âgés de moins de 16 ans, sont déportés à Westerbork puis à Sobibor où ils sont tous exterminés[6].

Au moins 749 personnes sont mortes dans le camp lui-même[7].

L'avancée des troupes alliées conduit à de nombreuses exécutions dans le camp en août et septembre 1944. 117 exécutions ont lieu les seuls 4 et 5 septembre. Le camp est évacué les 5 et 6 septembre 1944. Deux trains de prisonniers politiques partent en direction de Ravensbrück (pour les femmes) et Sachsenhausen (pour les hommes) le 5 septembre[4]. Cela fait au total environ 3 400 personnes qui sont envoyées en Allemagne. Lorsque les alliés libèrent le camp le , celui-ci est vide[6].

En janvier 1947, la princesse Juliana inaugure un monument en mémoire du camp[4].

Aujourd'hui, le camp est occupé par le Nationaal Monument Kamp Vught, un mémorial[3], une prison, un camp de réfugiés moluquois et deux casernes.

Entreprise Philips[modifier | modifier le code]

Une lampe à dynamo produite par Philips durant la guerre.

La direction de l'entreprise Philips quitte le pays pour l'Angleterre en 1940, laissant Frits Philips, inexpérimenté, à la tête de l'entreprise. Celui-ci parvient à exempter le personnel de l'Arbeitseinsatz, équivalent du STO, jusqu'au , date à laquelle les usines sont bombardées par les Alliés. Ses employés sont alors sous la menace d'être envoyés travailler en Allemagne. Après une hésitation, il accepte d'installer une fabrique dans le camp de concentration, sous conditions concernant les prisonniers. L'atelier spécial B677 commence son activité en février 1943 et compte quelques mois plus tard 500 ouvriers. Au début de 1944, 1200 prisonniers, dont 600 Juifs, principalement des femmes, y travaillent. Les conditions de travail sont meilleures pour le Philips-Kommando que dans le reste du camp[8].

Les produits fabriqués pour les Allemands étaient des tubes radio et des lampes de poche à dynamo. Des rasoirs destinés au marché local étaient également produits. Certains prisonniers sabotaient les produits en fabriquant délibérément des lampes de poche s'usant prématurément, avec la complicité passive du personnel de Philips[8].

À la fin du printemps 1944, la situation change. 250 hommes sont envoyés à Dachau fin mai, et une semaine plus tard les 500 prisonniers juifs, principalement des femmes, partent pour Auschwitz. Leur statut de travailleur qualifié leur permet d'éviter la mort par chambre à gaz en poursuivant une activité de fabrication de tubes radio, et les trois quarts survivront à la guerre[8].

Frits Philips est reconnu Juste parmi les nations après la guerre[8].

Drame du bunker[modifier | modifier le code]

La cellule 115 dans laquelle a eu lieu le drame du bunker.

Le drame du bunker ou Bunkerdrama a eu lieu du 15 au 16 janvier 1944. Lorsque plusieurs femmes montrent leur solidarité envers une des codétenues, le commandant Adam Grünewald décide d'en enfermer le plus possible dans une cellule. 74 femmes sont ainsi emprisonnées dans la cellule 115, qui ne fait que 9 m2, et le commandant doit fermer la porte à coups de pieds. Pendant quatorze heures, elles restent tellement serrées que celles qui s'évanouissent restent debout. La chaleur est étouffante et l'oxygène manque. Certaines essayent de lécher la condensation sur les murs mais la chaux provoque des cloques. Lorsque la cellule est ouverte, dix femmes sont mortes[9],[5]. Le Bunkerdrama est vite connu en-dehors du camp et diffusé par la presse clandestine. Craignant que de tels actes n'alimentent la résistance, Adam Grünewald est démis de ses fonctions, ainsi que le SS-Obersturmführer Hermann Wicklein qui l'avait assisté. Le tribunal SS lui donne une condamnation légère, trois ans et demie de prison dont il ne purge que six mois. Il est ensuite envoyé sur le front de l'Est au sein de la 3e division SS Totenkopf avec le grade le plus bas. Il est probablement mort en Hongrie en janvier 1945[10]. Son successeur était le lieutenant SS Hans Hüttig (en).

Personnalités liées au camp de Bois-le-Duc[modifier | modifier le code]

Nico Richter (compositeur néerlandais) a été prisonnier dans ce camp de janvier à novembre 1943.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (nl) « Kamp Vught (Konzentrationslager Herzogenbusch) », sur tracesofwar.nl (consulté le ).
  2. Équipe du Livre-Mémorial, « Le KL Vught-Hertogenbosch (Vught) », sur Fondation pour la mémoire de la déportation (consulté le ).
  3. a b et c (nl) Miranda van Houtum, « Vernieuwd ‘Kamp Vught’ grijpt je nóg meer bij de strot », sur bd.nl, (consulté le ).
  4. a b et c (nl) Jeroen van den Eijnde, « Konzentrationslager Herzogenbusch : Den Bosch en Kamp Vught » (consulté le ).
  5. a b et c (nl) « Kamp Vught – Concentratiekamp », sur historiek.net, (consulté le )
  6. a b et c « 70 jaar na ontruiming kamp Vught », sur nos.nl, (consulté le ).
  7. « Monument National Camp Vught », sur holland.com (consulté le ).
  8. a b c et d (nl) « Het verhaal van Philips in Kamp Vught », sur geschiedenisbeleven.nl, (consulté le ).
  9. (nl) Miranda van Houtum, « Bunkerdrama in Vught waarbij tien vrouwen omkwamen leidt 75 jaar later nog tot diepe emoties », sur bd.nl, (consulté le ).
  10. (nl) « Adam Grünewald (1902-1945) », sur tracesofwar.nl (consulté le ).

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]