Aller au contenu

Camgirl

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Une camgirl à un stand du salon Exxxotica (en) NJ 2010.

Une camgirl ou cam-girl est une femme exposant son corps sur Internet (sur une plateforme de sexcam) de manière sexuellement explicite par le biais d'une webcam, souvent pour gagner de l'argent et des cadeaux[1]. Le terme connexe correspondant aux hommes est « camboy » ou « cam-boy »[1].

Les camgirls qui font usage de leur webcam à des fins sexuelles et avec rétribution financière (pornographie sur Internet) sont parfois nommées camwhore[2],[3] de façon insultante ou dans le contexte de proxénétisme, assez fréquent[4],[5].

Il s'agit pour elles d'encourager les internautes à leur acheter des objets[6][réf. à confirmer]. Elles peuvent également gagner de l'argent en sponsorisant d'autres sites Internet et gagner des commissions en convainquant les internautes de s'abonner à des sites payants[3]. Les commissions qu'obtiennent les camgirls varient grandement selon les sites[3].

Impact social

[modifier | modifier le code]

Depuis 2015, l'engouement des internautes, de la presse et des médias ne cesse d'augmenter pour les camgirls[7], prenant le pas sur l'industrie du porno en berne[8]. Selon une enquête IFOP pour Camgirl.tv en 2016, les 18-24 ans seraient les plus grands consommateurs de sites de sexcam[9].

Personnes mineures

[modifier | modifier le code]

Les adolescent.es n’ont aucune difficulté à ouvrir un compte de caming à l'aide d’une fausse identité et à s’improviser acteurs ou actrices porno. Certain.es camgirls ou camboys sont des enfants prépubères manifestement exploités[10]. Les plateformes de caming comme OnlyFans, Mym ou Chaturbate participent à « la banalisation de la sexualité marchande » et jouent un rôle central dans le proxénétisme des mineur·es qui a explosé ces dernières années, dont les affaires judiciaires sont passées de 21 en 2015 à 192 affaires en 2022[4]. Les proxénètes utilisent les réseaux sociaux pour repérer un·e enfant dès 12-14 ans, le séduire en jouant les amoureux, en lui promettant du succès et l'amènent vers la prostitution en ligne ou dans la vraie vie[4],[11]. Ces plateformes sont devenus des espaces de recrutement, aussi bien pour les producteurs de films pornographiques que pour les proxénètes. Les mêmes techniques de rabattage en proxénétisme sont utilisées dans la pornographie : mise en confiance par la manipulation « love boy », promesses de fortune, emprise et viol d'abattage visant à casser les capacités de réaction et de résistance (choc traumatique qui sature le fonctionnement du cerveau et entraîne une décorporalisation extrême)[12], pour ensuite livrer la victime aux producteurs/proxénètes qui commettront des violences sexuelles, physiques, émotionnelles et psychiques filmées. Les abus de faiblesse peuvent devenir constants[4]. Ces sites de streaming live sont parfois utilisés pour commander des viols par webcam, des viols pédocriminels et des viols incestueux[13],[14].

Précarité

[modifier | modifier le code]

En 2016, Martin Fulop, le directeur de LiveJasmin, recense 2 millions de modèles depuis la création du site en 2001, dont 50 000 sont actifs, les camgirls.boys changeant en permanence. Sur le site il y a 10 000 femmes en Roumanie, autant en Colombie, et dans de nombreux pays pauvres[15]. En fonction des plateformes et des pays, elle peuvent laisser jusqu’à 70 % de leurs revenus à la plateforme et cumulent précarité et « mort sociale » liée à leur exposition en ligne et à l’impossibilité de faire disparaitre les vidéos du web[4],[16].

Modèle économique

[modifier | modifier le code]

Le , lors de son audition au Sénat, Ovidie décrypte l’économie de l’industrie pornographique : « le modèle économique principal des plateformes consiste à générer des millions de clics et à vendre de l’espace publicitaire. Sur ces sites, les vidéos sont dans des cases et sur le côté il y a des publicités pour des sites de live cam ou des produits aphrodisiaques. Lorsque l’on regarde les montages des multinationales, qui ont de nombreuses annexes à Chypre, au Panama, en Irlande ou au Luxembourg [des paradis fiscaux], on comprend qu’il y a une circulation de l’argent qui est trouble et fait aussi partie de leur modèle économique »[16].

Qualification de prostitution

[modifier | modifier le code]

En France, la Cour de cassation a estimé que tant qu’il n’y a aucun contact entre la camgirl ou le camboy et une tierce personne, leur activité ne peut pas être assimilées à des actes de prostitution[16]. En revanche, la commissaire divisionnaire de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains estime que dans certains cas, les trois critères de la jurisprudence de 1996[17] sont remplis puisque l’activité satisfait le besoin sexuel d’autrui, implique une rémunération ainsi qu’un contact physique. C’est le cas lorsqu’il y a effectivement contact sexuel physique entre au moins deux personnes filmées contre rémunération[16].

Liste chronologique des sites de camgirls notoires

[modifier | modifier le code]
Chaturbate, un site de camgirl lancé en 2011.

LiveJasmin (en) est lancé par György Gattyán (en) en 2001[18], MyFreeCams (en) par Leonid Radvinsky en 2004[18], Chaturbate en 2011[19], BongaCams (en) en 2012[18], CamSoda (en) en 2014, et Stripchat en 2016[20].

Le thriller Cam (2018) de Daniel Goldhaber met en scène Madeline Brewer dans le rôle d'une camgirl appelée Lola_Lola.

Dans le drame Le Chasseur de baleine de 2020, l'un des personnages est une camgirl[21].

Dans le drame Les Olympiades (2021) de Jacques Audiard, Jehnny Beth interprète une camgirl appelée Amber Sweet.

Dans la comédie horrifique Les Femmes au balcon (2024) de Noémie Merlant, Ruby, jouée par Souheila Yacoub, gagne sa vie comme camgirl.

Références

[modifier | modifier le code]
  1. a et b Bocij 2004, p. 230.
  2. (en) Bannister-Andrews, Bethany. (14 avril 2006) UWIRE. Indiana U.: COMMENTARY: Gaming sex-ploitation continues; women increase use, play.
  3. a b et c Bocij 2004, p. 131–133.
  4. a b c d et e Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, « Pornocriminalité : mettons fin à l'impunité de l'industrie pornographique ! », sur haut-conseil-egalite.gouv.fr, (consulté le ).
  5. Steve Tenré, «On forçait ma fille de 15 ans à enchaîner les passes», sur Le Figaro, (consulté en )
  6. (en) Michael Prager, « Wired now looks as good as it is », The Boston Globe,‎ , section Living, p. D4.
  7. « VIDEO. Envoyé spécial. Les camgirls... nouvel eldorado de l'industrie du X ? », sur franceinfo.fr (consulté le ).
  8. Garance Renac, « Les camgirls sont-elles en train de prendre le contrôle du porno ? », Les Inrockuptibles, (consulté le ).
  9. Leslie Rezzoug, « Cam girl: les jeunes grands consommateurs de cybersexe », L'Express, (consulté le ).
  10. (en) Rianna Croxford et Noel Titheradge, « The children selling explicit videos on OnlyFans », sur BBC News, .
  11. Emma Ferrand, « Sur Onlyfans, les jeunes peuvent être facilement repérés par des proxénètes », Le Figaro Étudiant, (consulté le ).
  12. Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Malakoff, Dunod, , 3e éd., LIII-454 p. (ISBN 978-2-10-082583-7).
  13. Lorraine de Foucher, « Live streaming : la pédocriminalité en direct 2/3 », Le Monde, (consulté le ).
  14. Pauline Croquet et Louis Adam, « Live streaming : la pédocriminalité en direct 3/3 », Le Monde, (consulté le ).
  15. Ovidie, film documentaire, Pornocratie, les nouvelles multinationales du sexe, 2016.
  16. a b c et d Annick Billon, Alexandra Borchio Fontimp, Laurence Cohen et Laurence Rossignol, Délégation aux droits des femmes, « Rapport du Sénat no 900 sur l’industrie de la pornographie », sur senat.fr, (consulté le ).
  17. Arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du , sur Légifrance, (consulté le ).
  18. a b et c (en) Angela Jones, Camming: Money, Power, and Pleasure in the Sex Work Industry, NYU Press, (ISBN 978-1-4798-1547-0).
  19. (en) Paul Ryan, Male Sex Work in the Digital Age: Curated Lives, Springer, (ISBN 978-3-030-11797-9).
  20. Betty Knowles, « Stripchat's Head of New Media Max Bennet Talks Future of Camming AVN », Adult Video News, (consulté le ).
  21. « “Le Chasseur de baleines”, de Philipp Yuryev : notre critique », sur www.telerama.fr, (consulté le )

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Articles connexes

[modifier | modifier le code]