Calmos

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Calmos
Titre original Calmos
Réalisation Bertrand Blier
Scénario Bertrand Blier
Philippe Dumarçay
Acteurs principaux
Sociétés de production Les Films Christian Fechner
Renn Productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Comédie satirique
Durée 107 minutes
Sortie 1976


Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Calmos est un film français co-écrit et réalisé par Bertrand Blier, sorti en 1976.

Troisième long-métrage du réalisateur des Valseuses, Calmos narre l'histoire de deux hommes, interprétés par Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort, qui souhaitant s'éloigner des femmes, sont pourchassés par elles.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Deux hommes, Paul (Jean-Pierre Marielle), gynécologue, et Albert (Jean Rochefort), exténués par les femmes, abandonnent tout pour aller s'installer dans un village perdu vivre une vie d'heureuse simplicité pour se refaire une santé, entre ivresse et franche camaraderie. Ils y rencontrent un curé truculent et bon vivant (Bernard Blier) qui les rappelle aux plaisirs simples de la vie, et notamment de la bonne chère. Coulant des jours paisibles entre hommes, ils se laissent aller avec bonheur à la paresse et à une hygiène rustique. Mais leurs femmes les traquent et sont bien décidées à les ramener à la société matrimoniale...

Lorsque leurs deux femmes respectives débarquent pour les rappeler à leur devoir conjugal, c'est le curé qui les reçoit et qui accepte un compromis sous la forme d'un week-end où ils reviendront chez eux. S'y rendant à contrecœur, les deux hommes choisissent néanmoins rapidement de s'enfuir pour regagner la campagne.

Bientôt, leur exemple inspire des milliers d'hommes et des cohortes de jeunes gens déboussolés quittent alors les villes, fuyant les femmes.

Ils apprennent ensuite que la situation a dégénéré vers une sorte de guerre civile. Les combattantes féminines, armées et largement plus organisées, les poussent dans leurs derniers retranchements. Ayant échappé à une attaque de blindé, les deux hommes sont finalement capturés par une milice de femmes qui rêvent de les violer, malgré leurs protestations ou autres tentatives de négociation. Ils sont ensuite drogués et se réveillent sur un lit dans un institut, où des milliers de femmes font la file pour pouvoir copuler avec eux pendant deux minutes chacune.

À la fin du film, on voit les deux hommes, libérés car devenus inutilisables, nettement vieillis et réfugiés en ermites au sommet d'une montagne. Croyant voir approcher une femme, ils fuient en deltaplane et, surpris par un orage, échouent sur une plage. C'est alors que, croyant s'être réfugiés dans une grotte, ils se rendent compte qu'ils ont désormais une taille minuscule et se trouvent en fait à l'intérieur d'une vulve...

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

En 1975, Bertrand Blier, auréolé du succès des Valseuses, travaille sur le script de Préparez vos mouchoirs, prévu pour réunir le trio des Valseuses, Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere[2]. Mais l'Année internationale des femmes inspire à Blier et à son co-scénariste Philippe Dumarçay une sorte de canular pour célébrer cette année de la femme[2], en s'attaquant aux excès du féminisme[3] par la réalisation d'une sorte d'Orange mécanique à la française, franchouillard et rabelaisien, en jouant sur la même gamme que Stanley Kubrick, à savoir un visuel pop art et futuriste, combiné à une étude sociologique de mœurs aboutissant à une fable[2].

Au départ, Blier avait écrit les deux personnages principaux en pensant à Jean-Paul Belmondo et Jean Yanne, qui ont décliné l'offre[4]. Le réalisateur a confié les rôles à Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, alors au sommet de leur popularité. Après Si j'étais un espion, Calmos marque la deuxième collaboration entre le réalisateur et son père, Bernard Blier, qui tient ici le rôle de l'abbé Emile. Pour le rôle court du chanoine, Bertrand Blier envisageait Jean Gabin[5], qu'il connaissait en raison de ses liens amicaux avec son père Bernard et avec lequel le réalisateur avait « un bon contact avec lui », mais l'acteur, à la suite d'une rencontre avec le producteur Christian Fechner, demande le même cachet pour tourner deux jours ou trois mois[5].

Pour Blier, « Calmos doit être pris comme une farce énorme, écrite avec la plus entière mauvaise foi et qui, par le biais de cette mauvaise foi, débouche sur l'humour »[6], ajoutant qu'avec son co-auteur il avait « envisagé toutes les hypothèses possibles découlant de la décision de Marielle et de Rochefort » et que s'ils avaient « voulu raconter une petite comédie "à la française", [ils] aur[aient] fait revenir les deux lascars dans les bras de leurs épouses légitimes ou bien [ils] les aur[ait] fait récupérer par leurs petites amies. Alors tout le monde aurait été content »[6], mais ils ont préféré montrer que c'était « intéressant de déclencher une épidémie universelle de rejet sexuel »[6].

Musique[modifier | modifier le code]

La bande originale est signée Georges Delerue. Il est accompagné de Maurice Vander au piano, Slam Stewart à la contrebasse, Daniel Humair à la batterie, José Souc à la guitare. Graziella Madrigal est au chant pour la chanson du générique de fin[7].

Sortie[modifier | modifier le code]

Accueil critique et commercial[modifier | modifier le code]

Lors de sa sortie en salles, Calmos est largement mal reçu par la critique spécialisée[8], qu'elle soit de gauche ou de droite : les journaux progressistes l'accusent d'être un brûlot réactionnaire, tandis que les journaux conservateurs le jugent pornographique. L'échec a aussi été commercial puisque le public a boudé le film (près de 740 000 entrées en fin d'exploitation[9], dont plus de 716 000 entrées l'année de sa sortie[10]).

Box-office détaillé des premiers mois d'exploitation du film, semaine par semaine, en France
Sources : « BO hebdo France 1976 » sur Les Archives du box-office , d'après le CNC.
Semaine Rang Entrées Cumul no 1 du box-office hebdo.
1 11 au 17 février 1976 8 91 510 91 510 Les Dents de la mer
2 18 au 24 février 1976 8 101 817 193 327
3 25 février au 2 mars 1976 4 112 440 305 767
4 3 au 9 mars 1976 4 106 602 412 369
5 10 au 16 mars 1976 8 72 698 485 067
6 17 au 23 mars 1976 16 44 604 529 671
7 24 au 30 mars 1976 23 30 883 560 554 L'Alpagueur
8 31 mars au 6 avril 1976 27 24 396 584 950 Vol au-dessus d'un nid de coucou
9 7 au 13 avril 1976 24 23 486 608 436

Les Nouvelles littéraires et L'Express sont les rares à lui donner un avis positif. Pour la critique du premier magazine du 5 février 1976, « cette guerre "picrocholine" des sexes, cette Grande bouffe à l'abbaye de Thélème, c'est Rabelais, ni plus ni moins. Rabelais dont Bertrand Blier a le verbe haut, la langue drue, l'image charnue, la santé joviale et la paillardise (ici à rebours !) jubilatoire. Le tout servi par deux des plus admirables comédiens qui se puissent voir à l'écran : Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort, hilarants, délirants, bouleversants. En un mot : hors du commun. A l'image du film », tandis que pour la critique du second paru quatre jours plus tard, « entre le cauchemar et l'humour provocateur, Calmos est un film défouloir. Rires jaunes, fous rires et sourires sont convoqués »[6].

Pour Jean Rochefort, invité de l'émission Le Masque et la plume quelques jours après la sortie du film, le film a été « douloureux »[8] : il défend le scénario de Blier pour lequel il dit s'être « passionné » et affirme que le tournage « s'est passé merveilleusement bien », mais concède que Calmos a des défauts[8]. Il note dans cette même émission « une agressivité énorme par rapport à ce film », parlant d'un spectateur qui affirme que « Blier traite les femmes comme les nazis avaient traité les juifs pendant la guerre : ça m'a été extrêmement douloureux parce que j'ai pensé que là, l'humour perdait complètement ses droits, et c'est extrêmement pénible »[8]. Blier lui-même considère ce film comme une erreur : « Calmos est la grosse connerie de ma vie. Le scénario était bon, mais je n'avais, pour le tourner, ni le fric, ni les acteurs. »[5].

La critique internationale est plus nuancée, et Pauline Kael dans The New Yorker vante l'interprétation de Brigitte Fossey : « Un chat blond avec une petite bouche parfaite, comme de la porcelaine sensuelle[11]... »

Postérité[modifier | modifier le code]

Plusieurs décennies après sa sortie, le film est devenu « culte » et jouit d'un succès croissant jusque chez les critiques, pour ses acteurs, ses dialogues et surtout sa liberté de ton et l'originalité radicale de son scénario, qui en font un véritable OVNI cinématographique, « drôle, parfaitement incongru, politiquement très incorrect » et « carrément surréaliste »[12]. Quarante ans après sa sortie, le film a même fait l'objet d'une projection commentée au Forum des images de Paris, vantant « un film à redécouvrir et réévaluer d'urgence »[13].

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Il s'agit du deuxième rôle au cinéma pour Liliane Rovère.
  • Plusieurs autres comédiens célèbres des années 1980, encore débutants à l'époque, sont visibles parmi les troisièmes rôles ou comme simples figurants : Gérard Jugnot (onzième film, déjà figurant dans Les Valseuses), Sylvie Joly (septième film, idem), Dominique Lavanant (quatrième film) ou encore Valérie Mairesse (cinquième film).
  • À l'inverse, c'est l'avant-dernière apparition au cinéma du vétéran Pierre Bertin, alors âgé de 84 ans.
  • La patiente de la première scène était une authentique actrice pornographique de l'époque (la première star française du genre), Claudine Beccarie.
  • Bertrand Blier avait pensé au départ à Jean-Paul Belmondo et Jean Yanne pour les rôles principaux.

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Information icon with gradient background.svg Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section proviennent du générique de fin de l'œuvre audiovisuelle présentée ici. Autre source : L2TC[14]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Avant la réévaluation du palier d'interdiction des films en 1990, Calmos a été interdit aux moins de 18 ans, indiqué en bas de l'affiche du film à sa sortie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « CALMOS : Visas et Classification », sur CNC, (consulté le ).
  2. a b et c « Calmos – Bertrand Blier – KinoScript », sur kinoscript.com (consulté le ).
  3. « Calmos (1976) - Critique », sur Le Monde des Avengers (consulté le ).
  4. Premiere, Numéros 278 à 281 (consulté le 1er juillet 2020).
  5. a b et c Pierre Murat, « Bertrand Blier : "pour moi il n'y a plus de cinéma" », sur Télérama,
  6. a b c et d « Calmos : Fiche film », sur StudioCanal.fr (consulté le ).
  7. « Calmos : B.O. », sur bibliotheques-specialisees.paris.fr (consulté le )
  8. a b c et d Institut National de l’Audiovisuel – Ina.fr, « Jean Rochefort à propos du film "Calmos" », sur Ina.fr, (consulté le )
  9. « Calmos (1976) », sur JP Box-Office (consulté le ).
  10. Fabrice BO, « Box-office annuel 1976 », sur Les Archives du Box-office, .
  11. Pauline Kael, reprinted in When the Lights Go Down
  12. François Forestier, « Ne ratez pas : "Calmos" », sur teleobs.nouvelobs.com, .
  13. « Calmos », sur forumdesimages.fr, .
  14. Fabrice Levasseur, « L2TC.com - Request too imprecise », sur l2tc.com (consulté le ).

Liens externes[modifier | modifier le code]