Cairn de Gavrinis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Cairn de Gavrinis
Image illustrative de l’article Cairn de Gavrinis
Le cairn de Gavrinis, vue extérieure
Présentation
Chronologie Vers 3500 ans av. J.-C.
Type Cairn
Faciès culturel Mégalithisme
Fouille 1835
Protection Logo monument historique Classé MH (1901)
Site internet http://www.gavrinis.info
Visite Visites guidées
Caractéristiques
Dimensions 50m de diamètre
Max 7m de haut
Matériaux Pierres
Décor Gravures
Géographie
Coordonnées 47° 34′ 19″ nord, 2° 53′ 56″ ouest
Pays Drapeau de la France France
Région Bretagne
Département Morbihan
Commune Larmor-Baden

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Cairn de Gavrinis

Géolocalisation sur la carte : Bretagne

(Voir situation sur carte : Bretagne)
Cairn de Gavrinis

Géolocalisation sur la carte : Morbihan

(Voir situation sur carte : Morbihan)
Cairn de Gavrinis

Géolocalisation sur la carte : golfe du Morbihan

(Voir situation sur carte : golfe du Morbihan)
Cairn de Gavrinis

Le cairn de Gavrinis est un monument mégalithique situé sur l'île de Gavrinis dépendant de la commune morbihannaise de Larmor-Baden.

Le cairn de Gavrinis fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [1].

Situation géographique[modifier | modifier le code]

Le Cairn de Gavrinis est situé sur l'île de Gavrinis située dans la partie centrale du golfe du Morbihan. Elle est proche des communes d'Arzon et de Locmariaquer, tout près de la côte, puisque quelques minutes de bateau suffisent pour l'atteindre. Le cairn lui-même se trouve à l'extrémité sud de Gavrinis et un ponton permet d'y accéder facilement.

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'époque de sa construction (vers 3500 ans av. J.-C.), l'île était encore rattachée au continent. Sa construction est relativement tardive dans le monde du mégalithisme. Son utilisation cessa en 3000 av. J.-C. Les structures légères en bois qui se dressaient devant la façade furent incendiées et immédiatement recouvertes d'une masse de pierre qui condamna l'entrée. Une chape de sable fut même ajoutée pour transformer ce cairn monumental en monticule aveugle.

La découverte[modifier | modifier le code]

La première description relativement précise de Gavrinis est due au chanoine Joseph Mahé. Dans son Essai sur les Antiquités du Morbihan en 1825, il évoque sommairement les ruines de l'église et insiste davantage sur le cairn[2].

En 1801, le monastère, l'église et l'enclos de Gavrinis sont vendus au docteur Cauzique, alors maire de Crach. Ce dernier, homme féru d'agriculture, entreprend en 1829 de défricher les terres afin d'y installer des fermes. Il détruit ainsi les derniers restes du monastère, mais, du même coup, il dégage le cairn. C'est ainsi qu'il découvre accidentellement en 1832 au fond du cratère une anfractuosité conduisant à la chambre du dolmen[3].

Fouilles et restaurations[modifier | modifier le code]

Les premières fouilles connues datent de 1835 avec le dégagement du dolmen intérieur. L'inspecteur des monuments historiques Prosper Mérimée, venu cette année alors que le dégagement était en cours, y décrit les traces de l'activité artistique dans ses Notes d'un voyage dans l'Ouest de la France : « Ce qui distingue le monument de Gavrinis de tous les dolmens que j’ai vus, c’est que presque toutes les pierres composant ses parois sont sculptées et couvertes de dessins bizarres. Ce sont des courbes, des lignes droites, brisées, tracées et combinées de cent manières différentes »[4]. D'autres campagnes de recherches furent menées par les archéologues Gustave de Closmadeuc (1881 - 1884), Zacharie Le Rouzic (1925 - 1927) qui réalisa les premiers travaux de restauration vers 1930, enfin par Charles-Tanguy Le Roux (1985 - 1995), ancien directeur des antiquités bretonnes, a conduit la mise en valeur du monument dans les années 1980 ; en 2006, après quarante ans de labeur, il avoue l'espoir qu'il met dans une nouvelle génération de chercheurs pour éclaircir le sens ou but de cette réalisation[5]. En 2013, le cairn est entièrement numérisé au laser, permettant une représentation en trois dimensions de la tombe. Il est le premier site mégalithique en France à bénéficier de cette technique[6].

Le département du Morbihan rachète le monument en 1961. À partir de 1969, le ministère de la culture et le Conseil général du Morbihan ont entrepris une série de travaux de restaurations et de fouilles qui ont profondément modifié la connaissance de ce monument. En 1984, les archéologues ont dégagé la face cachée des dalles. Plusieurs gravures sont alors apparues. Certaines de ces pierres semblent provenir de monuments plus anciens qui auraient été réutilisées. En effet les gravures qu'on trouve à leur surface sont d'un style figuratif complètement différent de celui qu'on trouve à l'intérieur du dolmen. Le cas le plus spectaculaire est celui de la dalle recouvrant la chambre dont la face cachée était ornée d'un bovidé, des cornes d'un caprin (peut-être un aurochs et un bouc) et d'un motif qu'on retrouve dans d'autre monuments de la région et dont la signification est controversée (on parle souvent de « hache-charrue » ou de représentation de cachalots). Elle se raccorde à deux autres pierres dont l'une forme une partie de la couverture de la Table des Marchand et l'autre la couverture du caveau d'Er Vinglé, à Locmariaquer, distants d'environ 4 kilomètres du site, à vol d'oiseau. Charles-Tanguy Le Roux, archéologue responsable des fouilles, a montré par l'étude des cassures et des décors que ces morceaux formaient un menhir de 14 mètres de haut qui était sans doute élevé non loin du grand menhir brisé d'Er Grah. Ce menhir fut abattu et débité pour couvrir les tombeaux[7].

Description et architecture[modifier | modifier le code]

Dans la terminologie actuelle des spécialistes, ce monument qui est l'un des plus beaux et des mieux conservés qui nous soient parvenus, est un « dolmen à long couloir et à chambre simple », très répandu en Bretagne entre 4500 et 3000 av. J.-C.. Vers la même époque, des réalisations comparables sont édifiées en Normandie, dans le Poitou, mais aussi en Irlande[8] en Angleterre, en Espagne. Probablement destinée au culte des morts, cette construction néolithique est considérée aujourd'hui par de nombreux archéologues comme l'un des plus beaux monuments mégalithiques au monde, par les gravures et le soin apporté à son édification[réf. souhaitée].

Ce type d'architecture est un exemple typique (bien qu'une des plus grandes) de l'architecture en pierres sèches de l'architecture néolithique réalisé en maçonnerie sèche : des murs de parement structurent la masse des pierres disposées en écailles de part et d'autre du dolmen intérieur, dessinant une construction à large gradins réguliers.

La masse de pierres est soutenue en interne par un certain nombre de "murs" créant plusieurs "couloirs". Le cairn qui recouvre un grand dolmen, est presque circulaire (60 x 54 m), a une hauteur de 8 m. Il est constitué de parements montés avec soin et qui contrastent avec l'intérieur du cairn formé d'un amoncellement de pierres de dimension variée. La surface montre des zones perturbées par des extractions de pierres, antiques ou médiévales. Il représente un volume de 5 000 m3, correspondant si l'on tient compte des vides, à un empierrement d'une surface équivalente à trois à quatre fois celle de l'île. Les archéologues ont estimé que sa construction a nécessité « environ 100 000 journées de travail (soit à peu près trois ans pour une centaine de personnes) »[9]. La quasi-totalité de ses moellons, en granite clair à grain fin, correspond à la nature du substratum local. Leurs arêtes montrent qu'ils ont été pour la plupart récoltés en surface plutôt qu'extraits en carrière[10].

Le couloir a une longueur de 11,80 m. Sa largeur de 0,8 m et sa hauteur avoisinant 1,5 m, restent à peu près constantes de bout en bout, si ce n'est un léger étranglement à mi-longueur[11]. Ses parois sont composées de 29 orthostates la plupart en granite clair à grain fin, ce qui correspondent aux faciès que l'on peut observer autour de l'île actuelle. 15 orthostates dont deux en quartz forment le côté nord-est, 14 le côté sud-ouest[12]. 23 sont ornés de gravures sur leur face visible, avec des motifs parfois stylisés jusqu'à l'abstraction (écussons composés d'arceaux rayonnants, crosses, haches[13], zig-zag et méandres). Il n'a que 9 dalles de couvertures faisant office de linteaux. Le sol dallé du couloir, remanié lors des fouilles de 1881-1886, monte légèrement de l'entrée vers la chambre et repose sur un remblai de 65 à 100 cm d'épaisseur constitué de pierrailles et de sable[10].

Le couloir se termine par une chambre funéraire simple, presque carrée, de 2,60 de longueur, 2,50 m de largeur et 1,80 m de hauteur. Tous les orthostates sont calés dans une tranchée de 40 cm de profondeur taillée dans le rocher et sont décorés de motifs piquetés et gravés[14], même sur les faces cachées, ce qui suggère un réemploi de matériaux plus anciens. Cette chambre, située sensiblement au centre du cairn, est formée de six orthostates et d'une dalle de couverture. Cette dernière en orthogneiss est la dalle brute la plus importante du monument. Pesant près de 17 tonnes, elle provient de Locmariaquer, à 4 kilomètres de Gavrinis.

Les motifs gravés utilisent le principe du clair-obscur, peut-être rehaussé par de la peinture blanche et noire[15].

Les fouilles de l'esplanade devant la façade du cairn ont révélé une traînée cendreuse ainsi que huit masses de charbon de bois identifiées comme étant des bases de pieux en bois incendiés sur pied. Le décapage a montré que l'on avait dû condamner brusquement cette esplanade car on y a notamment retrouvé un groupe de trois haches polies (une en silex et deux en dolérite) et deux amas de tessons. La façade du cairn était donc probablement pourvue d'une construction en bois qui fut incendiée vers 3000 av. J.-C. puis recouvert d'une chape en sable pour en faire un monticule anonyme[16].

« Ce qui distingue le monument de Gavrinis de tous les dolmens que j'ai vus, c'est que presque toutes les pierres composant ses parois sont sculptées et couvertes de dessins bizarres. Ce sont des courbes, des lignes droites, brisées, tracées et combinées de cent manières différentes... Parmi une multitude de traits... on en distingue un petit nombre que leur régularité et leur disposition singulière pourraient faire ressembler à des caractères d'écriture... Il y a encore des chevrons, des zigzags et bien d'autres traits impossibles à décrire »

— Prosper Mérimée, Notes de voyage dans l'ouest de la France,1836

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Gavrinis et les théories pseudo-scientifiques[modifier | modifier le code]

« En visitant la Pierre no 1 à l'entrée du couloir depuis le côté gauche de l'entrée de la salle, on retrouve l'orientation du lever de Soleil au solstice d'hiver. L'axe du couloir est toutefois orienté vers le lever de Lune le plus austral à son maximum de déclinaison. Ces lignes solaires et lunaires se coupent à mi-chemin du couloir, au niveau de la Pierre no 7 (l'une des rares à ne pas être décorée). Jadis ce cristal de roche pouvait s'illuminer au contact des rayons du Soleil ou de la Lune »[18].

Des pseudo-scientifiques ont analysé ce lieu et ont estimé que les gravures spiralées possèderaient aussi des relations avec le nombre de jours dans une année, voire le nombre pi, ou encore la latitude précise de l'île où se trouve le monument[19], alors même qu'il aurait été construit il y a des milliers d'années, à une époque préhistorique.

Gavrinis et l'art[modifier | modifier le code]

Visite[modifier | modifier le code]

La visite guidée du cairn se fait en prenant un bateau au départ de la cale de Pen Lannic sur la commune de Larmor-Baden (Morbihan) ou de Port-Navalo (Arzon). Outre la découverte d'un monument exceptionnel, le site offre aux visiteurs un panorama unique dans le Golfe du Morbihan

Une réplique peut être visitée au musée de la nécropole mégalithique de Bougon dans les Deux-Sèvres[21].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis et les mégalithes du golfe du Morbihan, Éditions Jean-Paul Gisserot, 2006 (ISBN 978-2877478731)
  • J. L'Helgouac'h, « Les Idoles qu'on abat », in Bulletin de la Société Polymatique du Morbihan 110, 1983, p. 57–68.
  • Charles-Tanguy Le Roux, « New excavations at Gavrinis », in Antiquity 59, 1985, p. 183–187.
  • Charles-Tanguy Le Roux (préf. Pierre-Roland Giot), Gavrinis et les îles du Morbihan : Les mégalithes du golfe, Paris, Ministère de la Culture, coll. « Guides archéologiques de la France », , 96 p. (ISBN 2-11-080856-X)
  • Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis, Éd. Jean-Paul Gisserot, Paris 1995 (ISBN 2877471454)
  • S. Cassen, S. et J. L'Helgouac'h, « Du Symbole de la crosse: chronologie, répartition et interprétation », XVIIe colloque interrégional sur le Néolithique : Vannes 1990, actes. Rennes: RAO, supplément 5:223-235.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Tumulus-dolmen de l'île Gavrinis », notice no PA00091357, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. J. Mahé, Essai sur les antiquités du département du Morbihan, Galles aîné, , p. 97
  3. Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis, Editions Jean-Paul Gisserot, , p. 5
  4. Philippe Cachau, Dominique Wiliatte, Jean-Jacques Breton, Histoire de l'art pour les Nuls, First-Gründ, , p. 47
  5. Ouest-France du jeudi 27 juillet 2006.
  6. « A Gavrinis, l’homme du néolithique livre quelques secrets », sur La Croix,
  7. Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis et les îles du Morbihan. Les mégalithes du golfe, Guides archéologiques de la France, no 6, Imprimerie Nationale, , p. 75
  8. voir Newgrange, Knowt, Dowth à Brú na Bóinne...
  9. Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis et les îles du Morbihan. Les mégalithes du golfe, Guides archéologiques de la France, no 6, Imprimerie Nationale, , p. 53
  10. a et b Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis, Éditions Jean-Paul Gisserot, , p. 29
  11. Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis et les îles du Morbihan. Les mégalithes du golfe, Guides archéologiques de la France, no 6, Imprimerie Nationale, , p. 47
  12. L'orthostate 18 est appelé « cavité aux anneaux » , la dalle est surmonté de trois anneaux qui correspondent à la présence dans le granit d'un crapaud amphibolitique plus tendre, dégagé par l'érosion marine.
  13. La lame seule peut être figurée par un triangle allongé, isolé ou en groupe. L'outil complet peut se réduire à une simple ligne coudée ou à une sorte de croix asymétrique. Des représentations plus réalistes montrent au contraire l'extrémité du manche recourbé en crosse ou sa base prolongée par une boucle.
  14. Dégrossis et régularisés par martèlement, ils sont ensuite gravés à l'aide de galets en quartz de type dreikanter.
  15. (en) Primitiva Bueno Ramírez, Rodrigo de Balbín Behrmann, Luc Laporte, Philippe Gouezin, Rosa Barroso Bermejo, Antonio Hernanz Gismero, José M. Gavira-Vallejo, Mercedes Iriarte Cela, « Paintings in Atlantic Megalithic Art: Barnenez », Trabajos de Prehistoria, vol. 69, no 1,‎ , p. 124 (DOI 10.3989/tp.2012.12083).
  16. Charles-Tanguy Le Roux, Gavrinis et les îles du Morbihan. Les mégalithes du golfe, Guides archéologiques de la France, no 6, Imprimerie Nationale, , p. 54
  17. « L'énigme du Grand Menhir », documentaire de Marie-Anne Sorba et Jean-Marc Cazenave, production Fred Hilgemann films, 2016, 12 min. 30 s.
  18. Geoffrey Cornelius et Paul Devereux, Le langage des étoiles. Un guide illustré des mystères célestes, 1996, trad., Gründ, 2004, p. 282)
  19. Cette thématique a été traitée dans le 13e épisode de la 3e saison de la série télévisée Ancient Aliens, qui est une série de documentaires liée à la venue des extraterrestres sur notre planète. Cf (en) Aliens and the secret code
  20. Millon S.V.V., Ateliers d'artistes, 13 octobre 2014.
  21. Bougon : reconstitution du site néolithique de Gavrinis

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]