Café Alameda

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Café Alameda
Présentation
Coordonnées 37° 10′ 20″ nord, 3° 35′ 53″ ouest
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Ville Grenade
Adresse Plaza del Campillo, 18009 Grenade, Espagne
Fondation 1909

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Café Alameda
Café Alameda
Géolocalisation sur la carte : Espagne/Grenade
Café Alameda
Café Alameda

Le Café Alameda est un café de Grenade (Espagne) créé en 1909 et connu par les Grenadins des années 1920 sous le nom de Gran Café Granada — car c'est sous ce nom qu'il avait été inauguré —, célèbre pour le groupe de discussion des intellectuels qui s'y réunissaient, El Rinconcillo, où l'on pouvait y trouver notamment Federico García Lorca et Manuel de Falla. Il est aujourd'hui disparu comme tel.

Histoire et emplacement[modifier | modifier le code]

Le Café Alameda était situé dans la Plaza del Campillo de Grenade, dans un local aujourd'hui mitoyen du bar Chikito[1]. La façon d'entrer dans l'établissement actuel reste la même qu'à l'époque : en entrant à droite dans le salon, il faut aller au fond à gauche, juste derrière une petite estrade, autrefois occupée par un quintet permanent (avec un piano et des instruments à corde)[2], selon le style de l'époque. Il y avait là un grand recoin encadré par des colonnes, et où étaient installés trois ou quatre confortables divans, jusqu'à trois tables avec leur dessus de table en marbre, leurs pieds métalliques et leurs chaises correspondantes[3].

Ce café, le principal point de rendez-vous des intellectuels grenadins d'une époque culturellement très riche pour une ville de province[4], était contemporain d'autres cafés fréquentés par des intellectuels de l'époque, comme La Acera del Casino, un centre important de la Génération de 27, le Royal, le Café Suizo ou encore La Manigua, un bordel très fréquenté par les écrivains. García Lorca, qui résidait dans la même rue que le Café Alameda, fréquentait beaucoup ces cafés pendant une quinzaine d'années[5] et y fit des rencontres importantes, comme celle avec Manuel de Falla[6] et avec le professeur de Droit Politique Comparé Fernando de los Ríos[1] (qui, une fois ministre de Culture et d'Information Publique, lui permettrait de monter La Barraca en 1931[7]).

Le groupe de discussion « El Rinconcillo »[modifier | modifier le code]

C'est dans ce coin spécial, dans les années 1920, que naît le groupe de discussion bohème connu comme El Rinconcillo (es) (ou « petit coin », en français)[2],[8], qui verra de jeunes intellectuels devenir des personnalités importantes du monde de la poésie, de la littérature, des arts, du journalisme, de la politique et de la diplomatie, aussi bien au niveau national qu'international[4]. Francisco Soriano Lapresa, très culte et provocateur de la carcundia (vieux terme qui fait référence aux personnes d'idées rétrogrades et extrêmement conservatrices[9]), était le véritable animateur de ces réunions ; il instruisait les jeunes en littérature russe et en musique européenne contemporaine[1]. Parmi les protagonistes habituels qui se présentaient au Café Alameda pour faire connaître leurs œuvres littéraires, musicales ou autres projets au groupe et aux amis, se trouvaient Federico García Lorca et son frère Francisco García Lorca (es), Manuel de Falla, les frères José et Luis Rosales, Melchor Fernández Almagro (es), Juan José Santa Cruz (es), Antonio Gallego Burín (es), José (es) et Manuel Fernández Montesinos (es), Ángel Barrios (es), Manuel Ángeles Ortiz, José Acosta Medina, Miguel Pizarro,José Mora Guarnido, Constantino Ruiz Carnero, José María García Carrillo, Fernando de los Ríos, José Navarro Pardo, Ismael González de la Serna, Hermenegildo Lanz (es), Juan Cristóbal, Ramón Pérez Roda, Luis Mariscal, le jeune Andrés Segovia[1], ainsi que le serveur, « Navarrico », un personnage haut en couleurs[10]. De nombreuses personnalités aussi variées que H. G. Wells, Rudyard Kipling, Arthur Rubinstein, Wanda Landowska et Nakayama Koichi rendirent visite à ces jeunes intellectuels andalous qui voulaient moderniser leur société[10].

Le groupe de discussion était très créatif et productif, autour de García Lorca. Ils avaient notamment créé un poète apocryphe, Isidoro Capdepón Fernández, un poète venu des Amériques et qui venait représenter toute cette poésie qu'insultaient les jeunes avant-gardistes grenadins. Il serait l'officiel auteur de certains textes de Lorca ainsi que ses premiers dessins[10].

Les membres du groupe essayaient de renouveler la vie culturelle de la ville en protégeant et en mettant en avant le patrimoine artistique qui pouvait orienter les nouvelles générations dans leur rébellion contre le costumbrismo et la « Beocia burguesa[2] » (traduisible par les « bourgeois ignorants[11] ») — ils vont jusqu'à créer un poète apocryphe « Isidoro Capdepón Fernández », qui représente tous les défauts critiqués par la jeune avant-garde grenadine[12] et serait l'auteur officiel de certains textes et certains premiers dessins de Lorca[13]. Certains projets, comme l'installation d'azulejos commémoratif des « illustres voyageurs européens », qui aurait permis de faire connaître Grenade au reste du monde, ne dépassèrent pas une grande portée ; d'autres, comme le Premier Concours de Cante Jondo, célébré en 1922 sur la place Aljibes de l'Alhambra, ont eu un impact beaucoup plus important[14].

Si de jeunes intellectuels devinrent importants et si des projets importants sont nés ici, le Café Alameda était aussi pour eux un lieu de fêtes et d'excès. Ils aimaient boire du gin, du rhum, du vermouth, de la manzanilla non loin des ouvriers, des toreros, des amateurs et chanteurs de flamenco, du public du Teatro Cervantes, des amateurs de zarzuela et autres numéros érotiques tard le soir ; Lorca aimait prendre un café avec un doigt de rhum motrileño[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (es) Juan Luis Tapia, « Del Avellano al Rinconcillo », sur ideal.es, (consulté le 30 août 2013)
  2. a, b, c et d (es) José Mora Guarnido, Federico García Lorca y su mundo : testimonio para una biografía, Buenos Aires, Losada, , 240 p., réédité en 1998 par Caja General de Ahorros de Granada ( (ISBN 978-84-87901-91-1)) ; L'archive José Mora Guardnido, premier biographe de Federico García Lorca, fait partie de l'Archive Alcides Giraldi et se trouve à l'université de Lille, en France.
  3. (es) Galerie de photos anciennes du Café Alameda, sur fotosantiguasdegranada.wordpress.com.
  4. a et b (es) « Biografía de Federico García Lorca. », sur cervantesvirtual.com (consulté le 30 août 2013)
  5. « Itinerario guiado "Los Lugares de Lorca en Granada" », sur granada.org, (consulté le 30 août 2013)
  6. (es) « Federico García Lorca. Biografía », sur cervantes.es (consulté le 30 août 2013)
  7. (es) « Federico García Lorca y La Barraca en Avilés (75 aniversario) », sur elcomercio.es, (consulté le 27 août 2013)
  8. Gibson 1998, p. 82-93
  9. (es) Manuel Seco, Nuevo diccionario de dudas y dificultades de la lengua española, Espasa Calpe, coll. « Diccionario Espasa », 704 p. (ISBN 978-8467037876)
  10. a, b et c (es) Juan Luis Tapia, « Las tertulias más 'granadas' », sur ideal.es, (consulté le 30 août 2013).
  11. (es) Définition de « Beócia », sur palabrasyvida.com
  12. (es) Jesús Arias, « Isidoro Capdepón, el poeta inventado de Lorca », sur El País, (consulté le 7 septembre 2016).
  13. (es) « Publicados los ejercicios de estilo y broma de Federico García Lorca », sur El País, (consulté le 7 septembre 2016).
  14. (es) « Biografía : Una vida en breve », sur garcia-lorca.org (consulté le 30 août 2013).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Ian Gibson, Vida, pasión y muerte de Federico García Lorca (1898-1936), Barcenona, Plaza y Janés, (ISBN 84-01-55007-6) Document utilisé pour la rédaction de l’article