Concert de casseroles

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Manifestation et cacerolazo en 2002. La bannière se lit «Banques voleuses - redonnez-nous nos dollars».
Cacerolazo contre Nicolás Maduro à Caracas le 15 Avril, 2013

Un concert de casseroles ou casserolade (en espagnol cacerolazo ou cacerolada) est une forme de protestation populaire pratiquée en France par les opposants à la monarchie de Juillet, puis à la fin de la guerre d'Algérie, et utilisée plus tard dans certains pays hispanophones — en particulier le Vénézuéla, le Chili, l'Argentine et l'Uruguay — ainsi qu'au Québec. Consistant à frapper des ustensiles domestiques de métal, dont des casseroles, lesquelles nomment la pratique, cette manifestation a pour intention d'appeler l'attention par le biais du bruit produit.

En France[modifier | modifier le code]

Le phénomène remonte en France au début de la monarchie de Juillet. Les opposants républicains au nouveau régime utilisent cette pratique reprise du charivari traditionnel à l'encontre du gouvernement et de ses préfets. Les manifestations de ce type atteignent en 1832 la dimension d'une campagne nationale où se conjuguent une centaine de charivaris. Chacun d'eux dure plusieurs heures, se répète parfois plusieurs jours et peut impliquer de quelques dizaines à plusieurs milliers de personnes, le plus souvent la nuit[1].

Dans les départements d'Algérie, le phénomène apparait vers 1961 comme une forme de protestation populaire des pieds-noirs favorables au maintien de l'Algérie française, contre la politique gaullienne d'autodétermination et l'indépendance du pays. Au cours de concerts nocturnes, souvent organisés à l'initiative de l'OAS, les habitants, montés sur les terrasses, ou depuis leur balcon, scandent sur des casseroles en style télégraphique trois brèves et deux longues symbolisant Al-gé-rie fran-çaise.

« L'an 1961 finissait dans le bruit et le sang. On ferait semblant. [...] Minuit sonna à tous les clochers de la ville [ il s'agit d'Oran ]. Quelqu'un dit : "Les casseroles !" Une immense clameur s'élevait de la ville : derrière les volets des balcons, dans les cours, depuis les terrasses sombres, jaillirent des concerts improvisés de casseroles, sous un ciel serein, lui. En un rien de temps, chacun s'était débrouillé, sa casserole et sa cuillère à la main, tapait avec l'énergie du désespoir "Algérie française" [...] Après ce concert de casseroles, réconfortant et éprouvant à la fois, l'ambiance aux petites heures du jour se fit mélancolique. »

— Helyett Ben Amara[2]

« Ces casseroles, ces sifflets, ces klaxons Al-gé-rie française, ont quelque chose d'émouvant. Cela a duré deux heures sans une seconde d'interruption. Ce n'est plus de l'hystérie, mais un cri désespéré, interminable, qui remue les plus endurcis. Voilà comment on est balancé continuellement entre deux mondes qui s'entretuent, pleurent, souffrent, appellent au secours : cri dérisoire des casseroles, quête pathétique d'un impossible miracle. Cela ne me fait pas oublier les autres, les miens qui ne finissent pas de tomber, de se faire haïr et ne parviendront sans doute jamais à émouvoir leur vis-à-vis car il y a longtemps qu'on se refuse à les prendre pour des hommes. »

— Mouloud Feraoun[3]

Le XXIe siècle voit une forme de protestation analogue se développer peu à peu, dans l'ensemble de l'Europe, parallèlement au mouvement des indignés[4]. En 2016, lors des grèves et manifestations contre la loi El Khomri, en France métropolitaine, plusieurs manifestations de ce type, appelées « Casseroles debout » (en référence au mouvement social Nuit debout), sont organisées dans plus de 350 villes différentes[5].

En Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

Il faut noter que le mot cacerolazo vient de cacerola en espagnol, qui signifie "casserole". Le suffixe "azo" désigne un coup (de perforation ou de suppression) d'action, et a été étendu métaphoriquement à toute sorte de manifestation de choc.

Une particularité des différents modes de manifestation qui ont eu lieu au Chili le , est que les manifestations ont pris lieu depuis les domiciles et furent de caractère spontanée.

Au Québec[modifier | modifier le code]

Le phénomène de cacerolada ou cacerolazo fut introduit au Québec à partir du 18 mai 2012 pendant la grève étudiante québécoise de 2012. Ce jour-là, le gouvernement du Québec faisait adopter la Loi 78, une loi visant à mettre un frein aux piquets de grève et à plusieurs délits commis dans les manifestations, comme la casse ou l'outrage au travail de la police. Des amendes salées sont notamment prévues dans cette législation, prévues pour les grévistes commettant ces délits. Ce mode de protestation se répandit très vite dans tout le Québec et surtout dans les quartiers du centre de l'île de Montréal[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « De la monarchie de Juillet à François Fillon, petite histoire de la casserole comme outil politique », France Culture,‎ (lire en ligne)
  2. Helyette Ben Amara, Il était une fois...là-bas, éd. Alzieu, Grenoble 2000, p.228-230 (citée par Jeannine Verdès-Leroux, Les Français d'Algérie de 1830 à aujourd'hui, Arthème Fayard 2001, (ISBN 2-7028-4685-8), p.322).
  3. Mouloud Feraoun, Journal, 1955-1962, Éditions du Seuil, 1962, p.337 (26 septembre 1961)
  4. Casserolade pour dire stop à la précarité à l'occasion du sommet social, 6 juillet 2012, site de l'Humanité.
  5. « Loi travail : après « Nuit Debout », « Casseroles Debout » veut faire du bruit », sur publicsenat.fr,‎ (consulté le 18 juin 2016)
  6. 13 octobre 2012 : Global noise, site lesindignesduquebec.wordpress.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]