Côte de Guinée

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Herman Moll, carte anglaise du XVIIIe siècle (1729) désignant une large zone appelée « Guinée ». L'intérieur des terres était alors largement inconnu des Européens, comme en témoigne le tracé encore assez approximatif du fleuve Niger. Le Negroland était plutôt appelé "Nigritie" ou "Soudan" sur les cartes françaises contemporaines de celle-ci.

La côte de Guinée s'allonge sur 3 600 km de la presqu'île du Cap-Vert au mont Cameroun. C'est une portion du littoral africain où les Européens pratiquèrent, à partir du milieu du XVe siècle, un commerce intense avec les royaumes africains littoraux. L'or et les esclaves étaient l'objet de lucratives transactions. Les esclaves étaient capturés dans un vaste espace en Afrique de l'Ouest, à l'intérieur des terres, entre le golfe de Guinée et le cours moyen du Niger. On prit l'habitude d'appeler Guinée cet espace géographique très mal défini[1].

L'origine du nom de Guinée[modifier | modifier le code]

Jakob van der Schley, Verfolg van de Kust van Guinee, 1747

Avant leur venue le long des côtes de Guinée, les Européens avaient accès aux marchandises de l'Afrique subsaharienne par l'intermédiaire des Maghrébins de la côte des Barbaresques qui contrôlaient aussi les routes commerciales transsahariennes. L'or et les esclaves étaient vendus comme venant de Djenné, la ville mythique d'Afrique noire, dotée d'une mosquée célèbre, grand marché et grand point de départ de caravanes sur les rives du Niger.

Trois routes transsahariennes atteignaient le pays de Djenné[2] :

Ayant réussi grâce aux progrès de la navigation à contourner ces routes barbaresques sablonneuses, inhospitalières voire dangereuses ou à tout le moins de dépendances vis-à-vis des contrées traversées, et à ainsi atteindre Djenné par le sud côtier puis une route terrestre voire fluviale plus courte, les Européens appelèrent « côte de Guinée » le nouveau littoral à partir duquel il leur était désormais possible de commercer avec Djenné.

La première apparition écrite du mot "Guinée" se trouve dans une chronique de Gomes Eanes de Zurara rédigée en 1453 et intitulée Découvertes d'Henri le Navigateur. En 1483 Jean II de Portugal ajoute à ses titres celui de "seigneur de Guinée" (Senhor da Guiné).

Pour Léon l'Africain (1494-1554) qui passa sa jeunesse à Fès et certains auteurs plus récents qui se réfèrent à lui, le nom "Guinée" proviendrait donc de celui de « Djenné »[3]. Ce témoignage a le mérite de nous renseigner sur la grande renommée de cette ville auprès des Maghrébins.

Mais certains autres auteurs font remarquer que dans les langues tamazightes parlées par les Berbères d'Afrique du Nord et les Touaregs, l'expression Akal n-Iguinawen signifie "Terre des Noirs", Ghinawen "Noirs", mot arabisé en Guinauha ou Genewah dans les dialectes maghrébins. C'est un fait que les musiciens noirs d'origine subsaharienne qui se produisent aujourd'hui dans tout le Maghreb y sont appelés Gnaouas (Guinéens).

Il demeure principalement ces deux explications de toute façon raccordables sur l'étymologie du terme "Guinée".

Il est à noter la paronymie mnémotechnique relevant a posteriori d'un hasard certes troublant entre les toponymes "Guinée" et "Guyane" considérés tous deux lato sensu, alors qu'il n'est plus à prouver que l'Afrique et l'Amérique du sud ont été emboîtées l'une dans l'autre sans océan les séparant jusqu'à il y a environ 110 millions d'années, au niveau des actuels golfe de Guinée et corne nord-est du continent sud-américain pas si loin des Guyane(s), à l'échelle de la récente théorie avérée de la dérive des continents émise par Alfred Wegener (1880-1930)[4],[5],[6].

Qu'est-ce que la Guinée ?[modifier | modifier le code]

Si la côte de Guinée est définissable et cartographiable, la Guinée n'est pas une région qu'on pourrait précisément définir et cartographier à l'intérieur de frontières. C'est un espace aux contours vagues qui varie beaucoup en fonction du lieu à partir duquel on le considère.

Vue à partir du Maghreb...[modifier | modifier le code]

La Guinée est l'arrière-pays de Djenné, le pays des Noirs, et peut s'entendre aussi bien de toute l'Afrique de l'Ouest que de toute l'Afrique noire. C'est l'équivalent du mot d'origine arabe Soudan qui désigne le "pays des Noirs" par opposition au pays des Blancs : le Maghreb, le Sahara et l'Égypte.

Vue à partir de l'océan Atlantique...[modifier | modifier le code]

La Guinée est un espace de l'Afrique intérieure auquel on accède en débarquant sur la côte de Guinée. De ce point de vue, la Guinée se limite à l'Afrique occidentale et exclut l'Afrique équatoriale et l'Afrique australe. Dans les siècles qui précédèrent la colonisation cependant, du XVe au XVIIIe siècle, il est arrivé que les Européens distinguent une haute Guinée bordée par la côte de Guinée, de la presqu'île aujourd'hui sénégalaise du Cap-Vert au mont Cameroun, et une basse Guinée dudit mont Cameroun au cap de Bonne-Espérance. Cette terminologie, qui s'appuyait sur une différence de richesse entre une côte riche en or et en esclaves et une côte, à l'époque, moins attractive (entre désert du Namib et courant océanique froid remontant de l'Antarctique par exemple), a été abandonnée.

Histoire de l'installation des premiers Européens sur la côte de Guinée[modifier | modifier le code]

Les Portugais, déjà implantés sur le littoral saharien à Boujdour (depuis 1434), sur le Cap Blanc (depuis 1441), sur l'île d'Arguin (depuis 1445), fondèrent un établissement commercial sur la presqu'île du Cap-Vert en 1445, à Portudal, sur la côte sérère, en 1447 et à Cacheu, au nord de l'actuelle Guinée-Bissau, en 1450. Entre 1482 et 1484, ils établirent les postes d'Axim et de Saint-Georges-de-la-Mine (São Jorge da Mina) sur la côte de l'Or, dans l'actuel Ghana[7][source insuffisante].

Ces découvertes sont contestées aux Portugais par les Dieppois qui prétendent avoir fait à la côte de Guinée, dès l'an 1367, un commerce très lucratif, auquel ils associèrent même par la suite les habitants de Rouen[réf. nécessaire].

Les composantes de la côte de Guinée[8][modifier | modifier le code]

Du nord-ouest au sud-est, la côte comprend les littoraux suivants :

Les centres d'extraction de l'or de Djenné[modifier | modifier le code]

Djenné est à 2 000 km du Tafilalet (sud marocain).

  • Bassin aurifère de Lobi sur le cours de la haute Volta Noire, à 400 km au sud-sud-est de Djenné,
  • bassin des Ashantis, plus au sud encore à 800 km de Djenné,
  • bassins du Mali et du Bouré, sur le cours du haut Niger, à 400 et 700 km au sud-ouest de Djenné,
  • bassin du Bambouk, sur le cours du fleuve Sénégal, à 700 km à l'ouest de Djenné.

Ces lieux sont tous plus accessibles aux Européens à partir de la côte :

  • le bassin de Lobi à 600 km de la côte ;
  • celui des Ashantis à 200 km de la Côte de l'Or ;
  • le bassin de Bambouk à 500 km de Dakar et de l'île de Gorée.

La côte de Guinée a donné son nom à trois États actuels[modifier | modifier le code]

Elle donne son nom à une zone climatique[modifier | modifier le code]

La zone guinéenne est une zone tropicale à courte saison sèche et longue saison des pluies.

Elle se situe entre la zone équatoriale (pluie et humidité toute l'année) au sud et la zone soudanaise (avec une saison sèche plus longue) au nord, puis la zone sahélienne (saison sèche encore plus longue) plus au nord en bordure du Sahara.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et références[modifier | modifier le code]

  • Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (G.D.E.L.), article "Guinée", Paris, 1983.
  • Jean Brignon, Abdelazziz Amine et Ali(?), Histoire du Maroc, éditions Hatier, Paris et Casablanca, 1967.
  • Sekene Mody Cissoko et Djibril Dione, Histoire de l'Afrique, édition "Présence africaine", Dakar, 1972.
  1. "G.D.E.L." ci-avant.
  2. "Histoire du Maroc" supra, page 190.
  3. Léon écrit cette information en 1526 et elle est publiée en 1550.
  4. « La dérive des continents », "Département de géologie et de génie géologique", Université de Laval au Québec.
  5. Paul Molga, « Alfred Wegener et la dérive des continents », Les Échos,‎ (lire en ligne).
  6. Citation de l'intéressé : « La première idée des translations continentales me vint à l'esprit en 1910. En considérant la carte du globe, je fus subitement frappé de la concordance des côtes de l'Atlantique, mais je ne m'y arrêtai point tout d'abord, parce que j'estimai de pareilles translations invraisemblables. En automne 1911, j'eus connaissance […] de conclusions paléontologiques admettant l'existence d'une liaison ancienne entre le Brésil et l'Afrique. Cela m'engagea à faire un examen préalable et sommaire des résultats connexes au problème des translations. » (Alfred Wegener, La genèse des continents et des océans, 1937 soit après la mort de l'auteur en 1930).
  7. Histoire de l'Afrique pré-référencée, page 101 ; Histoire du Maroc, page 190 (ibidem).
  8. Éd. ANSART Fils et Ambroise RENDU, Histoire et géographie, Paris, de Ch. FOURAUT, , 140 p., p. 130.