Butte Saint-Roch

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Butte Saint-Roch
Image illustrative de l’article Butte Saint-Roch
En haut à gauche de ce plan de Paris, on voit nettement la butte Saint-Roch coiffée d'un seul moulin et dominant la porte Saint-Honoré
Situation

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Butte Saint-Roch
Le plan de Mérian de 1615 avec l'église Saint-Roch en contrebas.

La butte Saint-Roch également appelée butte du marché aux pourceaux était une petite colline située à l'intérieur du périmètre actuel de Paris et aujourd'hui disparue[1].

Constitution[modifier | modifier le code]

Elle est parfois confondue avec une autre protubérance, la butte des Moulins, située un peu plus à l'est.

L'origine de cette butte est toujours sujette à débats. Pour les uns, il pourrait s'agir d'un ancien tumulus gaulois et pour les autres d'un ancien dépôt d'immondices et de gravois[2].

D'une manière ou d'une autre, la butte, qui servait de voirie, fut surélevée, une première fois au XIVe siècle par les débris des masures démolies par le prévôt, puis une seconde fois avec le gravois provenant de la démolition de l'ancienne enceinte de la ville de Paris, et de celles de quelques moulins à vent qui étaient sur cette butte et des terres de terrassement provenant de la construction de la nouvelle enceinte.

Historique[modifier | modifier le code]

La Justice du roi utilisa la butte comme lieu de supplice pour les voleurs, faussaires, faux-monnayeurs, hérétiques et blasphémateurs dès le XVe siècle. Ceux-ci étaient soit brûlés, soit jetés vifs dans un chaudron d'eau bouillante. C'est ainsi que périt l'écolier Edmond de La Fosse[2].

Il est possible que l'évêque de Paris ait édifié son échelle de justice sur la partie sud de cette butte en raison de la présence de la rue de l'Échelle dans les abords immédiats.

L'autre côté de la butte était occupé par le marché aux pourceaux qui avait été transféré de la place du Marché-aux-Pourceaux vers 1360.

Lors du Siège de Paris en 1429, Jeanne d'Arc y avait installé des couleuvrines pour soutenir l'attaque contre la porte Saint-Honoré et y avait été grièvement blessée[3],[4].

En 1536, la butte augmenta de volume, quand après l'avance de Charles Quint en Picardie, François Ier, fit renforcer l'enceinte de Charles V. Il fit construire sur la butte un bastion fortifié avancé qui était incorporé dans la défense de Paris. Les débris des démolitions, les gravois et les terres provenant des travaux y furent amenés.

Lors du siège de Paris par Henri IV en 1590, la butte servit de promontoire à l'artillerie assaillante. Elle fut l'enjeu de plusieurs combats, en particulier le 21 août, ou les troupes royales perdirent une cinquantaine d'hommes.

Un rimeur du XVIIe siècle décrit la butte de cette manière :

Dieu vous garde de malencontre,
Gentille butte de Saint-Roch,
Montagne de célèbre estoc,
Comme votre croupe le montre;
Oui, vous arrivez presqu'aux cieux,
Et tous les géants seraient dieux
S'il eussent mieux appris la carte,
Et mis dans leur rébellion,
Cette butte-ci sur Montmartre,
Au lieu d'Ossa sur Pélion[5].

— Histoire physique: civile et morale de Paris[6]

Le 15 septembre 1667, Louis XIV autorise d'aplanir la butte afin d'y faciliter la construction de maisons[7]. De 1667 à 1677, Michel Villedo arasa la butte, les moulins qui la surmontaient furent détruits permettant la création de 12 nouvelles rues.

Tout le quartier de la butte Saint-Roch mais aussi celui de la butte des Moulins fut incorporé dans Paris lors de la construction de l'enceinte de Louis XIII. Cet endroit resta toutefois un endroit très mal famé, couverte de masures sordides et de logis de mendiants, de faiseurs de tours, de montreurs d'ours, de sorciers et de charlatans. Sur les pentes, comme sur les pentes de la butte voisine il y avait des guinguettes et des cabarets qui vendaient du vin de Suresnes ou du clos Georgeau[8] tout proche.

Le un officier de police conduisit au poste un enfant de la rue des Nonnains-d'Hyères qui s’était rendu coupable de quelques incartades sans importances. La mère, éplorée, ameuta tout le quartier et rapidement la rumeur courut que Louis XV faisait enlever les enfants âgés de 5 à 10 ans afin qu’ils soient sacrifiés et que leur sang était utilisé pour les bains du roi et de ses courtisans si bien que l’émeute prit de l’ampleur en particulier dans le faubourg Saint-Antoine ou des agents de police furent pris à partie. Les 22 et 23 mai l’agitation se propage dans les quartiers de la porte Saint-Denis, butte Saint-Roch et carrefour de la Croix-Rouge. Environ 2 000 personnes se portent sur la route de Versailles pour attendre le retour du lieutenant général de police Nicolas Berryer, allé prendre des ordres. Ils se heurtent à la troupe et au guet royal qui les dispersent. Ayant pris connaissance de cette émeute et de sa dégénération, Louis XV décide, en représailles, de priver les Parisiens de sa présence. Il fait construire, pour se rendre de Versailles à Saint-Denis et Compiègne, une route évitant Paris, connue sous le nom de route de la Révolte.

La butte a joué un rôle important lors de l'Insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV [9] autour de l'Église Saint-Roch.

Au Second Empire, la butte restait un obstacle sérieux. Tout le quartier entre le Louvre et les grands boulevards était occupé par des rues étroites et considéré comme insalubre et mal famé.

La butte Saint-Roch disparut totalement lors de la percée de l'Avenue de l'Opéra, en 1875. Les énormes déblais servirent à combler les excavations du Champ de Mars. Pour avoir une idée de l'importance de cette butte dans un quartier aujourd'hui complètement nivelé, il suffit de voir l'entrée de l'église Saint-Roch où l'on monte treize marches. Avant l'arasement de la butte, il fallait en descendre sept[3].

Edmond de La Fosse[modifier | modifier le code]

Le vendredi , un écolier de 22 ans nommé Edmond de La Fosse, étant entré dans la Sainte-Chapelle pendant la Grand'Messe, arracha la Sainte Hostie des mains d'un Prêtre qui disait la messe dans la nef et s'enfuit.
Comme il vit qu'on courait après lui, il la mit en pièces dans la cour du Palais devant la chambre des comptes. Il fut arrêté et mis à la Conciergerie.
Dès que la Grand'Messe fut finie, le Prêtre officiant accompagné de tout le Clergé de la Sainte-Chapelle alla processionnellement recueillir ce qui était resté de la Sainte Hostie sur le pavé. On mit durant quelques jours un drap d'or et deux cierges allumés à l'endroit où l'Hostie avait été jetée. Le pavé fut levé, porté avec des morceaux de l'Hostie au Trésor de la Sainte-Chapelle et honoré comme Relique[10].
Le dimanche suivant, le collège de la Sainte-Chapelle accompagné des quatre[11] ordres Mendiants et des religieux des Mathurins fit une procession solennelle du Saint Sacrement, tant pour la réparation du sacrilège que pour la conversion du coupable.
Le père et la mère dans l'intervalle vinrent d'Abbeville où ils vivaient en gens de bien et en grand crédit dans le pays. Le père n'ayant pu vaincre l'obstination de son fils, le renia de dépit et voulut même le tuer. La mère mourut d'affliction.
Edmond de La Fosse eut le poing coupé à l'endroit où l'Hostie avait été rompue, puis la langue coupée et il fut, ensuite, conduit au marché aux Pourceaux où il fut brûlé vif et réduit en cendres. Il avait été assisté jusqu'à la mort par Jean Standon et deux religieux, l'un Jacobin et l'autre Cordelier tous trois docteurs en théologie. Edmond de La Fosse persista jusqu'à la fin à dire qu'il tenait à la loi de nature et on prétendait que son erreur venait d'avoir fréquenté certains écoliers espagnols qui prirent la fuite quand ils surent son attentat.
Les médecins qui avaient visité Edmond de La Fosse l'avaient jugé manique et insensé[12].

Voici la poésie de Pierre Grognet contant ce fait :

Edmond de La Fosse, escollier
hérétique particulier
avait prins et cierge et chasuble
 sainctement en pensée nuble
comme le diable le menoit
et à son voulloir prouvenoit
 des mains d'ung prebstre, il osta
la Sainte Hostie et la brisa
dont l'une des parties cheut
près de l'autel dont trop lui mescheut
l'endroit fut ou elle cheut à terre
près de l'autel sainct Pol et sanct Pierre
en la Saincte-Chapelle au lieu
de Parisdédié à Dieu
et l'autre part comme on revelle
 près les degrés de la chapelle
tomba, dont par cellui meffaict
en paroles de grant effect
par trop vil et destestables
qu'il disoit trop déraisonnables
contre Dieu fut jugé avoir
le poing couppé pour son debvoir
ce qu'il eust devant les degrés
de celle chapelle et aux grés
du juge eut la langue couppée
et à sa très malle journée
sur tout vif, os, chair, cuyr et peaulx
bruslés aux marches des Pourceaulx.
Ce cas advint un vendredy
vingt cinquième jour en novembre
l'an mil cinq cent et troys, je dy
qui fut pour lui piteux en combre.

— Pierre Grognet[13]

Marché aux pourceaux[modifier | modifier le code]

Le marché aux pourceaux, créé à la fin du XIIe siècle, était situé sur le côté oriental de la butte Saint-Roch. Il était précédemment situé près du cul-de-sac des Bourdonnais.

Selon un édit de 1360, les porchers devaient parquer leurs animaux sur les pentes de la butte au carrefour des chemins du Roule et d'Argenteuil.

C'est au marché aux pourceaux, près de la porte Saint-Honoré, que les faux-monnayeurs subissaient leur peine d'ébouillantage[14].
Renée de Vendomois qui avait fait assassiner son mari, le seigneur Jean de Saint-Berthevin, avait été condamnée par le prévôt de Paris à être brûlée vive sur la place du Marché-aux-Pourceaux. Mais le roi Charles VIII lui ayant fait grâce de la vie, sa peine fut commuée en une prison perpétuelle, et elle fut condamnée à être reclue jusqu'à la fin de sa vie au reclusoir des Innocents[15],[16]

Marché aux chevaux[modifier | modifier le code]

En 1605, la création de la place Royale entraine le départ du marché aux chevaux, installé dans l'hôtel des Tournelles. Il est établi à côté du marché aux pourceaux, et y restera jusqu'en 1633.

En 1633, le palais Cardinal est agrandi et le marché aux chevaux est installé dans un bastion du nouveau rempart situé approximativement entre le boulevard des Capucines et les rues des Capucines, Gaillon, des Petits-Champs et Louis-le-Grand.

C'est dans ce marché, alors désert, qu'eut lieu le , un duel à cinq contre cinq à la suite d'une querelle qu'avait eue François de Vendôme duc de Beaufort, petit-fils d'Henri IV avec son beau-frère Charles Amédée de Savoie duc de Nemours, dans un cabaret du jardin des Tuileries. D'un côté se trouvait, le duc de Beaufort, le comte de Bury fils du marquis de Rostaing, le comte de Ris, le comte de Brillet et le comte d'Héricourt. De l'autre côté on trouvait le duc de Nemours, le chevalier de La Chaize, le comte de Villars, le comte de Campan et le sieur d'Uzerche capitaine des gardes[17],[18]. Le duel eut lieu avec 2 pistolets chargés de 5 balles chacun :

  • Le comte de Villars et le comte de Bury se blessèrent tous les deux.
  • Le comte de Ris et le comte d'Héricourt, blessés, moururent dans les vingt-quatre heures.
  • Le duc de Nemours tira et blessa duc de Beaufort à la main, qui lui-même tira et toucha le duc de Nemours droit dans le cœur[17].
  • Pour les autres, s'il y en eut de blessés, ce fut légèrement[19].

C'est également dans ce marché que furent rassemblés, le , une partie des escadrons qui participèrent au grand carrousel donné en l'honneur de la naissance de Louis de France, premier enfant de Louis XIV, dans la cour du carrousel.

Le marché aux chevaux déménagea une nouvelle fois en 1687, pour s'installer à l'emplacement de l'actuel boulevard Saint-Marcel.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lithographie de la Butte Saint-Roch.
  2. a et b Dictionnaire historique des rues de Paris de Jacques Hillairet
  3. a et b Paris, le guide vert, Éditions Michelin, (ISBN 2-06-700352-6)
  4. inlibroveritas.net
  5. Définition d'Ossa sur Pélion sur cnrtl.fr
  6. Jacques-Antoine Dulaure, Histoire physique: civile et morale de Paris, vol. 5, p. 354.
  7. Adolphe Alphand (dir.), Adrien Deville et Émile Hochereau, Ville de Paris : Recueil des lettres patentes, ordonnances royales, décrets et arrêtés préfectoraux concernant les voies publiques, Paris, Imprimerie nouvelle (association ouvrière), (lire en ligne), p. 5-6.
  8. Rue du Clos-Georgeau
  9. Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses Tome 1 par Jean-Paul Kurtz page 267
  10. Les Franciscains, les Carmes, les Dominicains et les Augustins.
  11. Histoire de la Sainte-Chapelle Royale du Palais par Sauveur-Jérôme Morand chanoine de ladite église, p. 183-184.
  12. Pierre René Auguis, Les poëtes françois depuis le XIIe siècle jusqu'à Malherbe, t. III, Crapelet, (lire en ligne), p. 468.
  13. Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle par Alfred Franklin page 491
  14. Julien de Gaulle : Nouvelle histoire de Paris et de ses environs, Tome 1
  15. Un roman policier au moyen-âge : Un reclusoir ou était enfermé Renée de Vendômois sur lefigaro.fr
  16. a et b Mémoires du Père Berthod (1652-1653) p. 171-175.
  17. 30 juillet 1652 : duel entre le duc de Beaufort et le duc de Nemours sur france-pittoresque.com
  18. Mémoires de Mlle de Montpensier.