Butte Bergeyre

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La butte Bergeyre est un micro-quartier du 19e arrondissement de Paris, en France. Située sur une colline à l'ouest du parc des Buttes-Chaumont, elle culmine à une centaine de mètres d'altitude. Peuplée sur son pourtour d'immeubles d'habitation, elle abrite sur sa partie supérieure un espace vert, le jardin de la Butte Bergeyre, comprenant un jardin partagé ainsi qu'un petit vignoble, le « clos des Chaufourniers ».

Description[modifier | modifier le code]

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La butte Bergeyre, dans le 19e arrondissement de Paris, est située sur une colline à l'ouest du parc des Buttes-Chaumont

Située sur une colline à l'ouest du parc des Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement, non loin de la place du Colonel-Fabien, la butte Bergeyre culmine à une centaine de mètres d'altitude. Elle forme un triangle approximatif, délimité en contrebas par l'avenue Simon-Bolivar au sud, l'avenue Mathurin-Moreau au nord et la rue Manin à l'est.

Le sommet de la butte se situe à l'intérieur de l'ovale formé par les rues Georges-Lardennois, Philippe-Hecht et Barrelet-de-Ricou sur 120 m. de long et 60 m. de large environ et est également parcouru par deux petites rues : la rue Rémy-de-Gourmont et la rue Edgar-Poe.

Desservie par ces voies pavées, la butte est peuplée d'immeubles d'habitations. Sur le côté sud, certains reposent à la fois sur sa base et son sommet. Par contre, sur sa partie ouest, la butte offre un panorama dégagé vers le reste de Paris, en direction de Montmartre et du Sacré-Cœur.

Sur sa partie supérieure, cette zone abrite également un espace vert, le jardin de la Butte Bergeyre. Celui-ci comprend un jardin partagé composé de plusieurs espèces d’arbres, de plantes, de fleurs et de plantes aromatiques ainsi qu'un petit vignoble, le « clos des Chaufourniers », planté en pinot noir et produisant 100 litres de vin par an[1].

Article détaillé : Jardin de la Butte Bergeyre.


Population[modifier | modifier le code]

Au début des années 2010, environ 1 200 personnes y vivent, avec une surreprésentation d'architectes et d'artistes[2]. Parmi les habitants actuels ou passés : le metteur en scène Jean-Paul Goude, l'acteur Clovis Cornillac et le cinéaste Jacques Audiard[2], le directeur de ballet à l’Opéra Garnier Patrick Dupond, le designer australien Marc Newson[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : stade Bergeyre.

Sur des estampes des XVIIe et XVIIIe siècles, on distingue plusieurs moulins, démolis probablement en 1778[3]. Comme les autres collines des Buttes Chaumont, le sous-sol de la butte Bergeyre est exploité jusque vers 1850 par des carrières de gypse et de pierre[3]. Lors de la construction du parc des Buttes-Chaumont, à la différence des autres buttes, la butte Bergeyre n'est pas aménagée en espace vert et reste isolée après le percement de la rue Manin[3]. Vers 1878, l'homme politique Émile Bin, proche de Georges Clemenceau, ouvrit un « historiama », lieu de récit historique[3].

Peu après 1900, le veuve du baron Adolphe de Rothschild fait construire la fondation ophtalmologique qui porte son nom en contrebas de la butte à l'angle des rues Manin et Mathurin Moreau[3]. Vers 1908, le versant opposé de la butte voit arriver un parc d'attraction, les « Folles Buttes » exploité par la Société d’exploitation d’attractions parisienne[3]. Le site reçoit aussi des spectacles de music-hall et de théâtre, un restaurant et un bal et même un cinéma de plein air, Le Cinéma champêtre. Après-guerre, on construit des courts de tennis, des garages automobiles et même une crèche municipale[3].

La butte Bergeyre doit son nom au stade Bergeyre, inauguré en août 1918 et ainsi nommé en hommage à Robert Bergeyre, joueur de rugby à XV décédé à vingt ans au début de la Première Guerre mondiale[4]. En avril 1914, le Sporting Club de Vaugirard commence les travaux d'un stade de rugby sur les prés du centre de la butte. Interrompus par la guerre, les travaux reprennent ensuite. La première manifestation sera une rencontre internationale d’athlétisme, le « Meeting des champions alliés », le 18 août 1918[3].

En 1926, le stade est démoli[5]. Le sol instable du stade nécessite d'onéreux et fréquents travaux de consolidation que le Sporting Club de Vaugirard finit par ne plus pouvoir financer. Dès 1924, il est question de le fermer en même temps qu’est négociée l'absorption du club par le Red Star. Le terrain voit encore se dérouler sur sa pelouse des rencontres en 1925 mais il est vendu en avril 1926 par la famille de Gaston François-Sigrand au lotisseur immobilier Charles Pélissier[6]. Son plan de division en 220 lots reçoit l'accord du préfet dès août 1926, assorti d’un cahier de charges relatives à la sécurisation du sous-sol. La vente des lots débute mi-1927. La meneuse de revue Joséphine Baker est en 1928 la marraine de l’inauguration des premiers logements. Pélissier et son associé Stern au sein de la Société générale parisienne immobilière édifient à leur compte en 1930 les immeubles ceinturant la butte du 1 au 17 rue Manin et du 50 à 62 avenue Simon-Bolivar (n° 50-62). Les constructions se poursuivent malgré un glissement de terrain en février 1931[3]. Le parc des « Folles Buttes » semble encore actif en 1925 mais abandonné avant 1933, sur le terrain vague où s'amusa Mouloudji[3].

C'est en 1933 qu'est bâtie l'étrange Maison Zilveli de l'architecte moderniste Jean Welz (1900-1975)[7]. Cette maison de vingt mètres de long et de quatre mètres cinquante de large à flanc de colline reposant sur de frêles piliers cruciformes en béton armé s’élevant jusqu’à cinq mètres au-dessus du sol fait penser à Le Corbusier, mais le béton brut laisse ici apparaître les joints de chaque plaque de parement de façade et s’éloigne de l’aspect lissé de la Villa Savoye. Construites à dessein par Welz, les deux grandes fenêtres offrent des vues remarquables : celle de la façade Ouest offre une vue dégagée sur la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, alors que celle au Sud offre une vue sur toute la hauteur de la Tour Eiffel. La façade sud disposait d'un balcon constitué par une lame porteuse en béton avec un bureau et un siège intégré formant un véritable bureau extérieur. Ce dernier fut malheureusement détruit à la demande de la Préfecture et le patrimoine architectural unique que représente la Maison Zilveli est aujourd'hui laissé à l'abandon, vide de tout occupant[8].

En cavale, l’écrivain Henri Calet achève rue Edgar-Poe son premier roman, La Belle Lurette, publié en 1935. Fuyant le régime de Mussolini, le secrétaire général du Parti socialiste italien Pietro Nenni s'installe au 22 rue Rémy-de-Gourmont de 1931 à 1940. Pierre Naville, écrivain compagnon du surréaliste André Breton et sociologue trotskiste, résida au 6 de la rue Georges-Lardennois au milieu des années 1930[3]. Le peintre et décorateur Maurice Lederlé (1887-1988) y construit sa maison-atelier au 5 de la rue Philippe-Hecht. Son confrère néo-réaliste Georges Pacouil (1903-1997) habita vers 1936, au no 6. Ami de Pablo Picasso, l’aquarelliste et lithographe Lucien Desmedts (1919-1993) se fixa plus tard au no 1. L'aquarelliste Pierre Berjole (1897-1990) s'installe au no 18 de 1929 à 1943[3].

Aujourd'hui, en 2016, l'activité commerciale se résume à l’épicerie associative L’Utopicerie, qui est aussi le siège de l’Association des habitants de la butte Bergeyre, et au marchand de fleurs voisin. Par le passé, un débit de boissons se tenait à l’angle des rues Barrelet-de-Ricou et Edgar-Poe et dans cette dernière un magasin proposait des articles de ménage. Le restaurant Au Village était situé au 18 de la rue Rémy-de-Gourmont sur l'emplacement de l'actuelle clinique et un marchand de couleurs prenait place au 84, rue Georges-Lardennois face à un salon de coiffure[3].

Le , le maire de l'arrondissement Roger Madec et le président de l’Association « Les Habitants de la Butte » dévoilent une plaque face au jardin rendant hommage à Robert Bergeyre, qui donna son nom au lieu[6].

Représentation dans les arts et la littérature[modifier | modifier le code]

Photographie[modifier | modifier le code]

Le photographe Willy Ronis (1910-2009) prend en 1950 une célèbre photographie de l'avenue Simon-Bolivar vue des escaliers qui mènent à la butte. Le contraste est saisissant entre le cheval d'un Paris révolu et la modernité des feux tricolores : « (...) même en 1950 il n'y avait plus tellement d'attelages avec des chevaux. Et ce qui est amusant, c'est qu'il y a en même temps cet ouvrier municipal, qui en train de réparer ses feux tricolores, et des femmes qui promènent leurs enfants dans des poussettes derrière. »[9].

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le belvédère au bout de la rue Rémy-de-Gourmont est mis en scène par le cinéaste Maurice Delbez, dans son film Un gosse de la butte, même si l'action est censée se dérouler à Ménilmontant. Dans Inspecteur la Bavure, Claude Zidi filme Coluche en joueur de pétanque fanfaron sur l’emplacement de l’actuel jardin partagé.

La butte Bergeyre accueille du 23 au 26 avril 2012 l’équipe de Michel Gondry pour le tournage du film L’Écume des jours, adaptation du roman de Boris Vian avec Romain Duris, Audrey Tautou et Omar Sy[10].

Littérature[modifier | modifier le code]

Outre Mouloudji[11] et Henri Calet[12], la butte Bergeyre inspira des auteurs fort divers :

Accès[modifier | modifier le code]

Le sommet de la butte Bergeyre est accessible par la rue Georges-Lardennois, qui part de l'avenue Mathurin-Moreau au nord et au bas de la colline. Cette rue gravit la butte en serpentant pour permettre l'accès aux véhicules. Elle se termine sur le flanc sud de la butte. Il existe également trois escaliers : le premier à l'ouest, intitulé rue Michel-Tagrine coupe la boucle principale de la rue Georges-Lardennois et compte 85 marches ; le deuxième relie l'extrémité sud-est de cette rue à l'avenue Simon-Bolivar en contrebas et le troisième à l'est relie la rue Manin à la rue Barrelet-de-Ricou. Ils sont de hauteur comparable à celle de l'escalier de la rue Michel-Tagrine.

Les stations de métro les plus proches sont, à l'ouest, Colonel Fabien et au nord Bolivar.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Esther Lagarde, « Le vin de Montmartre, un millier de bouteilles à boire rapidement », Libération,‎ (consulté le 26 décembre 2014)
  2. a et b Anne Sogno, « La Butte Bergeyre L'îlot bobo », nouvelobs.com,‎ (consulté le 26 décembre 2014)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o « Histoire de la Butte Bergeyre », des-gens.net,‎ (consulté le 26 décembre 2014)
  4. « CONSEIL DE PARIS Conseil Municipal Extrait du registre des délibérations Séance des 14 et 15 novembre 2011] », Ville de Paris (consulté le 26 décembre 2014)
  5. Fédération française d'athlétisme, « L'Athlétisme : bulletin officiel de la Fédération française d'athlétisme (1921-1932) », Bibliothèque nationale de France (consulté le 25 décembre 2014)
  6. a et b « Robert Bergeyre, rugbyman du Lycée Michelet et du Sporting Club de Vaugirard », michelet-vanves.ac-versailles.fr (consulté le 26 décembre 2014)
  7. Jean-Louis Avril, « Maison Zilveli - Buttes Chaumont, Jean Welz Architecte (1900-1975) », immodurabilite.info,‎ (consulté le 26 décembre 2014)
  8. Peter Wyeth, « Un Britannique découvre une pépite moderne à Paris », lecourrierdelarchitecte.com,‎ (consulté le 26 décembre 2014)
  9. « Willy Ronis : Avenue Simon-Bolivar, 1950 », linternaute.com (consulté le 26 décembre 2014)
  10. « L’Ecume des Jours : Michel Gondry tourne à Paris »,‎ (consulté le 27 octobre 2014)
  11. Enrico, Gallimard, 1944
    Le Petit Invité, Balland, 1989
  12. La Belle Lurette, Gallimard, 1935
    Monsieur Paul, Gallimard, 1950
    Henri Calet évoque également d’autres sites bellevillois dans Le Tout pour le tout, Gallimard, 1948.
  13. L'Auberge du Grand Balcon, Filipacchi, 1990
  14. La Confession dans les collines, Gallimard, 1990
  15. Vernon Subutex 2, Grasset, 2015

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]