Butte-Pinson

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Pinson (homonymie).
La Butte-Pinson au début du XXe siècle, vue depuis Pierrefitte-sur-Seine.

La Butte-Pinson est une des buttes-témoins formées par l'érosion de la cuesta du Bassin parisien à l'époque de l'Oligocène, qui a également formé, au nord de Paris, les buttes de Montmorency ou d'Écouen.

Elle est située à une douzaine kilomètres au nord de Paris, à cheval sur les communes de Pierrefitte, Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), Groslay et Montmagny (Val-d'Oise) et qui est la première butte au nord de Paris après Montmartre.

La Butte-Pinson culmine à 108 m au niveau de la Redoute de la Butte Pinson et à 91 m au bois de Richebourg, et elle est donc moins élevée que la butte de Montmorency (186 m), dont elle est séparée par le thalweg formé par le ru d'Arra (ou ru des Harras) qui coule de Groslay vers la Seine.

Son gypse a été exploité par de nombreux carriers du Moyen Âge au début du XXe siècle.

Géologie[modifier | modifier le code]

La structure géologique de la Butte-Pinson est comparable à celle des autres buttes-témoins du Bassin parisien et les diverses couches reflètent la nature des différents dépôts : lagunaires (marne et masses du gypse), lacustres (marnes de Pantin), laguno-marin (marnes vertes) marins (calcaires de Sannois, marnes à huitres, sables de Fontainebleau).

Selon les feuilles "Isle-Adam" et "Paris" de la carte géologique de France réalisée par le BRGM, la Butte-Pinson se trouve sur un socle de calcaires de Saint-Ouen, puis des marnes à Pholodomya, des masses du gypse et marnes d'entre-deux masse, puis viennent des marnes de Pantin et d'Argenteuil, des marnes vertes et glaises à Cyrènes. Le sommet de la butte est formé de calcaires de Sannois et caillasses d'Orgemont, de marnes à huitres et, au faîte, de sables et grès de Fontainebleau.

Histoire et occupation du site[modifier | modifier le code]

L'une des guinguettes de la Butte-Pinson, vers 1920.

Des moulins à vent figurent sous le nom des Moulins Pinsons sur la carte cantonale de Montmorency et de sa vallée, datée de 1857, sensiblement à l'emplacement de la Redoute.

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, cette importante position qui domine toute la plaine en face de Saint-Denis fut occupée par les envahisseurs. Les Prussiens installèrent, le 15 janvier 1871, plusieurs batteries d'artillerie sur la Butte-Pinson, cachées dans un petit bois, d'où ils bombardèrent notamment Saint-Denis et le fort de la Briche[1]. En arrière des batteries, se trouvait le moulin dans lequel les Prussiens s'étaient établis. Une tranchée communiquait avec les batteries. Les feux de la Double Couronne détruisirent en partie ce moulin afin de le rendre inhabitable à l'ennemi.

Au début du XXe siècle, de nombreuses guinguettes s'étaient installées sur le Butte-Pinson, dans le secteur du bois de Richebourg (extrémité sud de la Butte). On y connaissait notamment un Moulin de la Galette.

Les carrières[modifier | modifier le code]

La carte des Chasses du Roi, datée de 1770, montre clairement de nombreuses carrières sur les flancs de la Butte-Pinson.

Ainsi qu'il a été exposé dans la section Géologie, la Butte-Pinson comprend une importante strate de marnes et gypse, qui est en réalité divisée en trois étages de gypse séparés par des marnes, soit, de haut en bas :

  • la Première masse de gypse ou Haute-Masse, qui est celle qui a été exploitée dans les carrières à l'air libre du secteur ;
  • puis, sous une couche de marne de 3 à 5 m de profondeur se trouve la Seconde masse de gypse, épaisse de 4 à 5 m, dont l'exploitation partielle s'est essentiellement faite en mode souterrain ;
  • et enfin, sous des marnes à Lucines, une Troisième masse de gypse, qui n'a pas été exploitée à la Butte-Pinson.

Dès 1463, il est fait mention des carrières de pierre à plâtre de Villetaneuse, et les carrières sont bien visibles sur la carte des Chasses du Roi, qui date de 1770. Selon les lieux, on y extrait du sable ou du gypse, matière première de la fabrication du plâtre, matériau de construction économique traditionnel de l'Île-de-France.

Le plan directeur de la Région de Paris de 1910 permet de constater une généralisation des carrières sur la Butte-Pinson, sous forme de carrières à ciel ouvert et de carrières souterraines.

Les délibérations du conseil municipal de Villetaneuse permettent d'ailleurs de constater de fréquents conflits dans les années 1920 avec les carriers, qui creusent sous les voies publiques du secteur et sans autorisation...

Si, selon la carte IGN de 1934, les carrières des Moutonnes (à Villetaneuse) et des Faucilles (Montmagny) se sont élargies, et sont essentiellement exploitées en mode souterrain, c'est la fin de leur cycle, puisque, selon les cartes de 1962, les carrières de Villetaneuse et de Montmagny ont fermé, et les secteurs nord servent de dépotoirs.

La carrière Vieujot, située le plus au sud, est transformée en parc départemental au début des années 1980, après avoir été remblayée. Les autres carrières seront elles aussi remblayées, soit par des déchets ménagers, soit par des remblais, et l'ensemble de la Butte-Pinson est destiné à devenir un grand parc régional de plus de 120 hectares.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

La redoute de la Butte-Pinson[modifier | modifier le code]

Butte-Pinson
Description
Type d'ouvrage Redoute
Dates de construction
Ceinture fortifiée Paris
Utilisation
Utilisation actuelle Sans
Propriété actuelle Syndicat intercommunal d'étude et d'aménagement de la Butte Pinson
Garnison 151
Armement de rempart 22 ou 23
Armement de flanquement
Organe cuirassé
Modernisation béton spécial
Programme 1900
Dates de restructuration
Tourelles
Casemate de Bourges
Observatoire
Garnison
Programme complémentaire 1908
Coordonnées 48° 58′ 27″ nord, 2° 21′ 30″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Butte-Pinson
Les souterrains de contrescarpe de la Redoute.
Le chantier international de l'été 2007 a permis la réparation d'un des murs d'enceinte de la Redoute.
Carte postale allemande du début du XXe siècle, montrant le plan des fortifications de la Place de Paris.

Le terrain de la butte Pinson est utilisé[2], lors du siège de Paris de 1870, par les troupes prussiennes qui y installent dès le 21 septembre plusieurs batteries d'artillerie, dont les positions seront bombardées par l'artillerie des forts de la Briche et de la Double-Couronne[3] et qui seront eux-mêmes bombardés[4].

L'ancienne redoute de la Butte Pinson (alors appelée Butte Pinçon[5]) conçue en 1875, après la guerre de 1870, par Séré de Rivière pour contribuer à la défense du camp retranché de Paris, pouvait accueillir 22 ou 23 pièces d'artillerie servies par une garnison de 151 militaires et devait pouvoir résister à un siège de trois mois[5].

Les terrains occupés par la redoute, de 3,92 hectares, ont été acquis en vertu d'une loi du 27 mars 1874, et sur la base d'un décret déclaratif d'utilité publique du 10 mai 1875[6].

Le site possédait des vues très étendues grâce à son altitude (108 mètres) :

La redoute se trouvait à l'arrière des forts d’Écouen et de Stains, et complétait la surveillance des abords de Saint-Denis par le fort de l'Est, de la Double-Couronne et de la Briche.

Le , elle fut le QG du général Leclerc[7]. Après guerre, elle abrita des radars militaires protégeant l'aéroport du Bourget.

Démilitarisée depuis 1954, a été rachetée en 1973 par le syndicat d'étude et d'aménagement de la Butte Pinson (SIEABP), alors formé par les communes de Pierrefitte et Montmagny, d'abord pour éviter que le site et les environs ne soient empiétés par un projet d'autoroute (qui aurait porté le nom de B15 ou de B16) entre la route nationale 1 et l'autoroute A13[8], et en vue de l'aménagement du Parc. Cette redoute n'a pas aujourd'hui d'usage particulier. La caserne est occupée par des associations (club de tir, association viticole), et les fossés par des jardins familiaux. Le syndicat (qui a été rejoint par les communes de Groslay et de Villetaneuse) souhaite travailler à son ouverture au public.

Depuis 2005, en partenariat avec l'association Solidarités Jeunesses Ile-de-France[9]/Vir'Volt[10], un chantier international de jeunes volontaires a lieu chaque été pour débroussailler, entretenir le site et restaurer le mur d'enceinte. Le chantier est un prétexte à la rencontre entre jeunes des communes et jeunes venus du monde entier[11],[12].

La vigne, le maraîchage et les jardins ouvriers[modifier | modifier le code]

La faune et la flore sauvage ont repris leurs droits sur ce territoire peu urbanisé et peu fréquenté. On y aurait par exemple repéré des perruches sauvages[13].

Les projets[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, la Butte-Pinson est un espace vert de 120 hectares environ, s'étendant du futur boulevard intercommunal du Parisis et de l'entrée de Sarcelles jusqu'à Villetaneuse, dont une grande partie appartient au Conseil régional d'Île-de-France, qui en réalise progressivement l'aménagement par l'intermédiaire de son établissement public, l'agence des Espaces verts d'Île-de-France.

L’ancien parc départemental de Villetaneuse a été intégré à l'espace régional de la Butte Pinson en 2013[14]. Sous les lignes à très haute tension de 225 000 volts qui traversent le parc, les arbres sont remplacés en 2016-2017 par des arbustes fruitiers comme des cassissiers[14].

Le Syndicat intercommunal s'est fixé comme objectif d'être partenaire de la Région d'Ile-de-France pour l'aménagement du parc régional, et de mettre en valeur la Redoute.

Le site abrite également 120 familles de gens du voyage, dont le relogement conditionne la réalisation de ce projet. Une enquête sociologique réalisée fin 2005 a permis de recenser 427 personnes issues des gens du voyage qui vivent dans le secteur de la butte Pinson. La population recensée par cette enquête est principalement installée sur les communes de Montmagny et de Groslay.

Un belvédère avec vue sur Paris devrait également être aménagé d'ici 2018[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Revue 1870-71 - Sept mois d'histoire par la photographie, la gravure, l'estampe, la sculpture, les autographes, la caricature et la peinture, no 19, éditée par Farjat en 1871
  2. La Butte Pinson photographie de 1871
  3. Comme les 25 septembre et 8 octobre 1870
  4. Comme le 22 janvier 1871
  5. a et b « Butte-Pinçon (redoute de la) », sur Index de la fortification française (1874-1914), 2002-2009 (consulté le 4 mai 2009)
  6. Petit Atlas des bâtiments militaires : Registre d'attachements de la Butte Pinçon, Archives S.H.D. - Vincennes, (lire en ligne)
  7. Source : Atlas du patrimoine du pays de Roissy, par l'Association du pays de Roissy-CDG, 2006
  8. Le Parisien, 14 août 2006, édition de Seine-Saint-Denis, page I
  9. Site de l'association Solidarité Jeunesse
  10. Site de l'association Vir'Volt
  11. [PDF] Chantiers internationaux 2012, Solidarité Jeunesse (lire en ligne), p. 25
  12. « Ils viennent du monde entier pour restaurer la redoute », echo-regional.fr, (consulté le 1er août 2014)
  13. Hugues Vincent, « Des perruches sauvages à la Butte Pinson », sur http://huguesvincent2000.blogspot.com, (consulté le 29 janvier 2010)
  14. a et b «Une Butte Pinson en devenir», mairie-villetaneuse.fr, (consulté le 26 avril 2016)
  15. « Butte-Pinson, le futur se dessine », Ville de Villetaneuse (consulté le 2 juillet 2015)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Laville, « Etude de couches sannoisiennes démantelées, délayées et déposées sur les pentes, à l'époque pléistocène à Montmagny, Villetaneuse et Villejuif », Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 5e série, vol. 2,‎ , p. 338-341 (lire en ligne)
  • Anne Marin et F. Gorrand, Perspectives d'aménagement du domaine régional de la Butte Pinson, étude réalisée pour l'Agence des espaces verts de la Région d'Île-de-France, novembre 1995
  • Claire Gauthier, Paul Poulard, Diagnostic des paysages de la Butte Pinson, étude réalisée pour l'Agence des espaces verts de la Région d'Île-de-France, juin 2007