Buddleia de David

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Buddleja davidii

Le Buddleia de David (Buddleja davidii), aussi appelé Buddleia du père David ou plus communément Arbre aux papillons (en raison de son odeur qui attire les papillons), est un arbuste originaire de Chine et appartenant à la famille des Scrofulariacées[1] (classification phylogénétique) et à l'ancienne famille des Loganiacées (classification classique).

Synonyme[modifier | modifier le code]

  • Buddleia variabilis Hemsley

Le nom latin du genre s'écrit Buddleja, comme dans la description qu'en a donnée Linné. En français, deux graphies sont acceptées « Buddleia » ou « Buddleya »[réf. nécessaire].

Aspects historiques[modifier | modifier le code]

En chinois, ce buddleia est nommé 大叶醉鱼草 da ye zuiyucao, formé de zuiyucao « buddleia », morphologiquement « plante enivrant les poissons » et da ye, « grande feuille ». Les fleurs mises dans l’eau sont réputées enivrer les poissons, ce qui n’est pas surprenant sachant que des terpénoïdes ont été découverts dans la plante.

Il est possible que la première mention de zuiyucao 醉鱼草 (buddleia) se trouve dans le Grand Traité de Matière Médicale (Bencao gangmu 本草綱目), rédigé par Li Shizhen dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Mais l’usage ornemental semble lui, très récent. D’après Peter Valder[2] ce buddleia n’aurait commencé à être utilisé comme plante ornementale en Chine que sous l’influence occidentale. Il déclare d’ailleurs ne l’avoir jamais vu dans les jardins traditionnels.

Le nom du genre « Buddleja » est dédié au révérend Adam Buddle (1660-1715), un médecin, pasteur et botaniste amateur anglais. Le nom d’espèce davidii est dédié au père Armand David, missionnaire lazariste, qui parcourut la Chine dans les années 1860-70 à la recherche de plantes et d’animaux inconnus des occidentaux. Il découvrit ce buddleia en 1869 au centre de la Chine et en fit une première description avant que son correspondant au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, le botaniste Franchet en donne une description officielle publiée en 1887[3].

Son nom commun « arbre aux papillons » vient du fait que ses fleurs produisent un nectar très parfumé qui attire un grand nombre de papillons, abeilles et autres insectes.

Malgré une première description botanique faite en 1869 par le père David, ce buddleia resta inconnu en Europe jusqu’à ce que le docteur Augustine Henry, un botaniste anglais, ne le redécouvre en 1890 dans le Sichuan[4]. En 1895, les premiers semis français sont faits dans la propriété de la famille Vilmorin à Verrières-le-Buisson. Maurice de Vilmorin avait reçu des graines du père Soulié, missionnaire au Tibet. La plante sera largement cultivée à partir de 1916[4].

Description[modifier | modifier le code]

Fleurs.

C'est un arbuste de 2 à 5 m de hauteur, voire 40 m pour les plus gros, aux tiges anguleuses, veloutées. Il a une durée de vie assez courte (quelques décennies, l'âge le plus élevé enregistré est de 37 ans[5], ce qui n'exclut pas l'existence d'arbres plus âgés).

Les feuilles sont caduques ou semi-caduques (elles persistent longtemps en hiver, et l'arbrisseau peut rester seulement quelques semaines défeuillé), opposées, vertes ou grisâtes, lancéolées, de 10 à 30 cm de long, dentées, à pétiole court (1–5 mm). Portées par un court pétiole, leur revers est duveteux[6].

Les fleurs très agréablement parfumées — certains peuvent cependant trouver l'odeur nauséabonde, notamment en fin de floraison — sont disposées en thyrses denses, terminales, de 10 à 75 cm de long. Elles sont de couleur lilas pâle à violet au centre orangé, à corolles en long tube évasé à l’extrémité en quatre larges lobes. Elles sont longues de 9 à 11 mm. Les quatre étamines fixées à l’intérieur du tube alternent avec les lobes[6].

La floraison s’étale de fin juin à début octobre[6].

Le fruit est une capsule brune de 5 à 9 mm de long, se fendant en deux à maturité[6].

Écologie[modifier | modifier le code]

Dans son milieu originel, le buddleia pousse dans les fourrés arbustifs en milieu montagneux, en Chine, dans une large aire de répartition (du Gansu au Guangxi).

Il se rencontre sur de nombreux types de sols mais préfère cependant les sols drainés pauvres en matière organique et ensoleillés.

Il a été introduit comme plante ornementale dans de nombreuses régions tempérées, hors de Chine. Il a alors une tendance à s’échapper des jardins et à se naturaliser.

Le buddleia s’est naturalisé et est devenu envahissant dans de larges régions d'Europe de l’Ouest jusqu’à Bergen (Norvège). Il pose aussi problème en Nouvelle-Zélande et dans le Sud-Est de l’Australie. En France, il est présent de manière envahissante dans le Sud-Ouest, le Sud-Est, en Bretagne et dans le Bassin Parisien[4],[7]. Le Centre semble la région la moins touchée.

Plante envahissante[modifier | modifier le code]

Fleurs de B. davidii × fallowiana.

En France, le buddleia du père David est considéré comme une espèce envahissante et colonise très facilement les terrains secs, les friches urbaines et périurbaines et le long de certains axes (routes, canaux, voies ferrées, autoroutes), les talus, les bâtiments en ruine, les berges des rivières, les plages de graviers, voire les murs et les trottoirs qu'il colonise facilement grâce à ses facultés d'espèce pionnière (formation de « buddleiaies »)[8].

Les impacts de Buddleja sont nombreux[8] :

  • Diminution des polinisateurs. Son intérêt apparent pour les papillons (source importante de nectar et pollen) peut être « pondéré » par les arguments suivants : Si ses fleurs nourrissent effectivement de nombreux papillons adultes (imago), ses feuilles ne sont consommées par aucune de leurs chenilles[9]. Là où il est très présent, il occupe la niche écologique d'espèces autochtones qui n'ont pas résisté à sa concurrence et qui ne pourront donc servir de support au développement des chenilles[8], en effet, « ses feuilles ne participent pas à leur cycle biologique : le buddleia ne nourrit pas les chenilles comme certaines plantes-hôtes indigènes (orties, graminées, buissons,…) », auxquelles il se substitue[10] Cependant quelques chenilles de Sphinx tête de mort (Acherontia atropos) et Cucullie du bouillon blanc[11] semblent avoir été signalées sur le buddleia qui pourrait donc être une des « plante-hôte de substitution » pour ces espèces[12].
  • Colonisation des milieux remaniés avant les espèces pionnières locales
  • Régression des communautés locales par concurrence et inhibition de la croissance
  • Formation d’encombres provoquant l’érosion des berges

Comme on peut communément l'observer, il pousse facilement sur les friches (friches urbaines et friches industrielles éventuellement polluées) et en bordure des routes (où il résiste bien aux taux ambiants d'ozone[13]), il peut donc attirer des papillons dans des zones polluées ou à risque de collision avec les véhicules. Les friches presque exclusivement couvertes de buddleias pourraient donc être à la fois des puits écologiques et des pièges écologiques tout en donnant une impression (fausse) de contribution à la sauvegarde des papillons[8].

Budleja davidii près de la sation de train Düsseldorf Zoo.

Il est donc important de contrôler sa culture dans les jardins. Il peut par exemple être remplacé par différentes espèces de lilas, la menthe en arbre (Rostrinucula dependens), le gattilier ou des Buddleja hybrides stériles : Buddleja × weyeriana.

Mesures de gestions[8][modifier | modifier le code]

Il est recommandé notamment par la Fédération Nationale des Travaux Publics et par le Museum d’histoire naturelle les mesures suivantes :

  • Éliminer la plante et éviter son installation par un arrachage manuel de la plante et des racines dès le début du printemps. Un dessouchage en éliminant les résidus peut également être recommandé pendant l’été, avant fructification.
  • Affaiblir la plante et limiter sa dispersion sur les foyers bien installés par des coupes successives pour empêcher la formation des graines et la dispersion de juillet à octobre.
  • Éviter la propagation de la plante grâce à une évacuation sécurisée de tous les résidus et une surveillance de la zone sur 2 à 3 ans avec éventuellement un renouvellement des opérations.

Une coupe simple est déconseillée car elle engendre de nombreux rejets de souche.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

  • Organes reproducteurs[14]:
  • Graines (3 millions de graines par plante et par an) :
    • Type de fruit : capsule
    • Mode de dissémination :
  • Habitat et répartition:
    • Habitat type : fourrés arbustifs médioeuropéens, planitiaires-montagnards, méso à eutrophiles
    • Aire de répartition : introduit (aire d'origine : Chine centrale et méridionale).

Utilisations[modifier | modifier le code]

Buddleia de David en fleurs

Le buddleia du père David a d'abord été utilisé comme plante médicinale en Chine où l'écorce de ses racines et ses rameaux feuillés sont utilisés comme matière médicale sous le nom de 酒药花 jiuyaohua[15]. 

Sa culture comme plante ornementale est répandue en Europe et en Australie. Elle a favorisé la création de nombreuses variétés horticoles.

Propriétés et toxicité[modifier | modifier le code]

Cette essence contient des molécules toxiques (aucubine en particulier) ce qui explique que ses feuilles, son écorce et ses racines ne sont pas mangées par la plupart des espèces autochtones là où il a été introduit.

Les analyses phytochimiques d’espèces de Buddleja ont montré la présence de flavonoïdes, d’iridoïdes (d’aucubine et de ses dérivés, et de buddlédines), de sesquiterpénoïdes, de phényléthanoïdes et de lignanes. À partir de la racine de Buddleja davidii ont été isolés 13 glycosides de phényléthanoïdes, un glycoside d’iridoïde et quatre complexes de glycosides d’iridoïde-lignane[16].

La toxicité pour les poissons du Buddleia davidii a été confirmée par l’isolement des buddlédines A, B et C, dans l’écorce de la racine[17]. L’activité antifongique significative des extraits de B. davidii est due à la buddlédine A.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Orthographe des dictionnaires
  2. Peter Valder, The Garden Plants of China, Timber Press,
  3. BHL, Budleia davidii Franch.
  4. a b et c Serge Muller (coord.), Plantes invasives en France, Publications scientifiques du MNHN, (réimpr. Muséum national d’Histoire naturelle), 168 p.
  5. http://www.tela-botanica.org/reseau/projet/fichiers/PELR/14436/PELR_14438.pdf#21
  6. a b c et d Marjorie Blamey, C. Grey-Wilson, La flore de France et d'Europe occidentale, Eclectis, , p. 352.
  7. Liste des plantes envahissantes, éditée par l'Agence Méditerranéenne de l'Environnement (juillet 2003)
  8. a b c d et e Eric Chabert, Pauline Delplanque, Morgan Ensminger, Elsa de Froment, Vincent Hamonet, Frédérique le Monnier, Nathalie Machon, Elvia Marcella, Stéphane Rutard, Guide d'identification et de gestion des Espèces Végétales Exotiques Envahissantes, Muséum Nation d'Histoire Naturelle, GRDF, la Fédération Nationale des Travaux Publics, ENGIE Lab CRIGEN, (lire en ligne), p 18
  9. République et canton de Genève, « Buddleia davidii »
  10. [PDF] Fiche Info du Buddleia Davidii, plantes envahissantes du Canton de Vaud (Suisse)
  11. La Brèche ou Cucullie du Bouillon blanc sur insectes.net.fr
  12. « Database of Insects and their Food Plants »
  13. Douglas A. Findley, Gary J. Keever, Arthur H. Chappelka, D. Joseph Eakes and Charles H. Gilliam ; Differential response of buddleia (Buddleia davidii Franch.) to ozone Environmental Pollution, Volume 98, Issue 1, 1997, Pages 105-111 (résumé)
  14. données d'après: Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.
  15. Francine Fèvre, Georges Métailié, Dictionnaire RICCI des plantes de Chine ; chinois-français, latin, anglais, Association Ricci, les Editions du Cerf,
  16. (en) Atsushi Yamamoto, Shigehiko Nitta, Toshio Miyase, Akira Ueno et Li-Jun Wu, « Phenylethanoid and lignan-iridoid complex glycosides from roots of buddleja davidii », Phytochemistry, vol. 32, no 2,‎ , p. 421-425
  17. (en) Takashi Yoshida, Junko Nobuhara, Michiko Uchida and Takuo Okuda, « Buddledin a, b and c, piscicidal sesquiterpenes from buddleja davidii franch. », Tetrahedron Letters, vol. 41,‎ , p. 3717-3720

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R. Fitter, A. Fitter, M. Blamey, Guide des fleurs sauvages, Delachaux et Niestlé, Paris (1re éd. 1976), 7e éd. 2011, 352 p., p. 314 (ISBN 978-2-603-01638-1)