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Brisure

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Une brisure est un élément qui modifie un blason hérité. Elle est utilisée pour distinguer aînés, cadets ou bâtards. Les brisures les plus pratiquées sont[1],[2],[3]:

  • le changement de couleur d'un élément important (champ ou pièce honorable) ;
  • l'ajout d'une pièce de second ordre ou d'un meuble ;
  • le changement des cimiers, surtout en Allemagne où les branches d'une famille se distinguent ordinairement par les cimiers différents, soit par le nombre, soit par la forme[4],[5].
Blason du duché d'Orléans.
Blason du duché d'Orléans.

Le chef d'une lignée porte généralement les armes pleines de sa famille à titre personnel. Ainsi, la branche d'Orléans de la maison de France porte de France brisé d'un lambel d'argent à trois pendants.

Les autres membres de la famille (y compris les aînés, avant la mort de leur père) n'y ont pas pleinement droit, et doivent en principe y apporter une brisure pour composer leurs armes personnelles (ou se contenter de porter les armes de la lignée, mais pas à titre personnel).

Les brisures les plus fréquentes en France sont la bordure, le lambel, le bâton péri[6] (en bande ou en barre). Certaines brisures sont conventionnelles : la bande est généralement signe de légitimité, le lambel est généralement une brisure de cadet. La connaissance historique gigantesque que cela suppose de la part du blasonneur fait, qu'à part pour les grandes maisons, cette règle n'est pas appliquée en France.

Ancien blason des comtes de Longueville.
Ancien blason des comtes de Longueville.

Un blason brisé devrait se lire en ignorant d'abord la brisure, puis en terminant par brisé de… : D'azur aux trois fleurs de lys d'or brisé en chef d'un lambel d'argent et d'une barre d'argent brochant sur le tout, porté par le bâtard d'Orléans.

Blason du Loiret.
Blason du Loiret.

Ainsi le blasonnement du Loiret : D'azur à la divise ondée d'argent accompagnée de trois fleurs de lys d'or, le tout surmonté d'un lambel d'argent devrait se dire : D'azur à la divise ondée d'argent accompagnée de trois fleurs de lys d'or, brisé d'un lambel d'argent en chef.

Codification des brisures

Le système de brisures est codifié en héraldique anglaise et écossaise, mais cette codification n'a jamais eu lieu dans la tradition française. En Angleterre et en Écosse, il existe une hiérarchie des brisures suivant le rang dans la famille. Ainsi, l'aîné brise obligatoirement d'un lambel.

Brisure de bâtardise

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Lorsque le système de la brisure se met en place au 13e siècle, les fils illégitimes ou bâtards n'utilisent pas de brisure particulière, mais à partir du 14e siècle, certains signes leur semblent plus particulièrement réservés, bien que leur usage ne soit pas universel[7].

Un premier système est un écu plain (uni), souvent argent ou or portant les armoiries du père, parfois de la mère dans une pièce honorable, généralement un franc-quartier. Selon l'historien Laurent Hablot, ce système est à mettre en relation avec les romans de chevalerie dans lequel l'écu plain est celui des jeunes chevaliers qui doivent faire leur preuve. Au cours du 15e siècle, ce système évolue avec la disparition de l'usage du franc-quartier, puis avec une tendance à se renverser : ce n'est désormais plus un écu plain avec un pièce honorable aux armes paternelles, mais les armes du père brisées par une pièce de métal[7].

Un deuxième système est constitué par l'usage par les fils illégitimes d'éléments parahéraldiques ou emblématiques utilisés par le père, que Laurent Hablot dénommé "système de la devise", notamment en Angleterre[7].

Le troisième système, qui s'impose à partir du 15e est celui de la barre (pièce oblique partant du coin inférieur gauche vers le coin supérieur droit de l'écu), parfois réduite en taille à une cotice ou un filet. Cette brisure s'oppose à la bande, une brisure courante utilisée par les fils légitimes. La brisure en barre tend à devenir un standard pour les enfants naturels, comme en témoignent les lettres de concession d'armoiries données par le roi de France à partir du milieu du 15e siècle et certains textes juridiques comme les Coutumes de Lorraine de 1594[7].

Un phénomène particulier aux armes brisées de bâtardise est la tendance à renverser les signes attribués aux enfants naturels pour les assimiler à des brisures de cadets légitimes. C'est ainsi que Charles de Beaumont, bâtard de la maison des rois de Navarre, reçoit en 1391 des armes écartelées de Navarre et de Beaumont en remplacement de ses armes au franc-quartier de Navarre. Les descendants de Pierre de Bourbon Busset, qui porte ses les armes de son père sur un pal sous un chef de Jérusalem en signe de bâtardise[8], ne brisent plus leurs armes que du chef au 17e siècle[9]. A l'époque moderne, la maison d'Orléans-Longueville, descendants de Jean de Dunois, bâtard d'Orléans, premier capétien à briser ses armes d'une barre, fait évoluer ses armes pour n'arborer qu'une bâton péri posé en bande[7].

Notes et références

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  1. L.-A. Duhoux d'Argicourt, Alphabet et figures de tous les termes du blason, Paris, Librairie L. Joly, , 133 p. (lire en ligne), p. 18.
  2. Le comte Alphonse O'Kelly de Galway, Dictionnaire archéologique et explicatif de la science du blason, Bergerac, Imprimerie générale du sud-ouest, (lire en ligne), p. 101.
  3. Lucien Fourez, Le droit héraldique dans les Pays-Bas catholiques., Bruxelles, L'Édition Universelle, , 393 p., p. 207-209.
  4. Charles Grandmaison, Dictionnaire héraldique, Paris, Jacques-Paul Migne, , 1140 p. (lire en ligne), p. 91-92
  5. L.-A. Duhoux d'Argicourt, Alphabet et figures de tous les termes du blason, Paris, Librairie L. JOLY, , 133 p. (lire en ligne), p. 27
  6. « Péri (bâton) », sur blason-armoiries.org (consulté le ).
  7. a b c d et e Hablot, Laurent. « L’héraldique au service de l’histoire ». Bâtards et bâtardises dans l’Europe médiévale et moderne, édité par Carole Avignon, Presses universitaires de Rennes, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pur.44762.
  8. Hervé Pinoteau, Héraldique capétienne, Paris, Éditions Patrice de La Perrière, 1979 (1re éd. 1954), 139 p. (ISBN 2863770040) édité erroné (BNF 36599636), p. 41 ; 47-49
  9. Père Anselme et Potier de Courcy, Histoire généalogique de la maison royale de la France et des grands officiers de la couronne, vol. 9, p. 42

Articles connexes

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