Gothique de brique

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Église Saint-Jacob de Toruń, Pologne.

Le gothique de brique (allemand : Backsteingotik) ou gothique baltique est un style d´architecture gothique du Nord de l´Europe, et plus particulièrement du Nord de l'Allemagne et des régions autour de la mer Baltique. Il s'est surtout répandu dans les villes culturellement allemandes de l'ancienne Ligue Hanséatique à partir du XIIIe siècle, puis bien au-delà par influence (Scandinavie, Flandres, toute la Pologne, Allemagne du Sud). Les bâtiments sont essentiellement constitués de briques et le style de la décoration s'est adapté aux possibilités et aux limites de ce matériaux, conférant à cette architecture une identité bien particulière.

Histoire[modifier | modifier le code]

La brique avait déjà été introduite en Allemagne avec l'architecture romaine antique (comme à Trèves), puis l'architecture carolingienne en faisait encore un usage plus ou moins important. Mais avant le XIIe siècle l'usage de ce matériaux s'était fortement tari (l’architecture ottonienne n’utilisait pratiquement que la pierre), et était inexistant dans les régions de la mer Baltique. L’utilisation et la technique de la brique cuite fut importée en Europe du Nord à nouveau d'Italie au XIIe siècle, avec la plupart des formes décoratives romanes[1]. De nombreux éléments de style issus de l'architecture romane de brique d'Allemagne du Nord et du Danemark se sont ensuite perpétués et transcrits dans le gothique de brique. La transition vers le gothique s'est faite au XIIIe siècle en y intégrant les structures du gothique français (ainsi que quelques influences du gothique scaldien de Flandre, qui est en pierre), mais pour aboutir à la formation d'un style nouveau et très original. Au XVIe siècle, les constructions en brique évoluent cette fois vers le style "brique Renaissance".

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La brique est fabriquée par moulage selon des gabarits à peu près immuables, variant selon les régions. Leur relative petite taille permet de les utiliser sans modification, comme pour les claveaux d’un arc. Certaines formes particulières peuvent être moulées. Enfin, en fonction de la terre utilisée, certaines briques peuvent être taillées pour obtenir des arrondis, des moulures, etc. Mais la brique est plus souvent utilisée en effets décoratifs selon la pose, avec la variation des joints, des angles, etc. La brique peut aussi être vernissé ou émaillée de diverses couleurs.

Le style gothique baltique est souvent caractérisé par la rareté des sculptures, très répandues dans les autres styles gothiques, et par la sous-division créative des murs en utilisant le contraste entre les briques rouges, émaillées noires et le plâtre blanc. Les bâtiments de style gothique baltique ont la particularité d'être assez souvent exclusivement construits en brique, avec peu d'inclusions de pierre pour les parties délicates (colonnes, arcs des voûtes, meneaux, remplages en dentelle des fenêtres et des gâbles), qui sont souvent également faites de briques aux formes adaptées. Mais il existe aussi des bâtiments mixtes en brique et pierre et des bâtiments en pierre qui reprennent les formes du style gothique baltique en brique (comme à Tallinn). Les maisons sont souvent dotées d'un « pignon à échelons » (dit aussi « pignon à gradins » ou « pignon à redents »).

Là où le gothique de pierre et le gothique de brique sont voisins, les différences peuvent être très marquée, comme entre l'hôtel de ville de Bruges et les halles de Bruges, ou elles peuvent être minimales, comme entre l'église de St-Jean de Göttingen et l'Église du Marché (allemand « Marktkirche ») d'Hanovre. De plus, des édifices séparés par de grandes distances peuvent être très semblables.

Galerie[modifier | modifier le code]

Autres styles gothiques en brique[modifier | modifier le code]

Flandres[modifier | modifier le code]

Une architecture gothique en brique s'est aussi développée à partir du XIIIe siècle dans le comté de Flandre, notamment à Bruges et dans la moitié septentrionale et côtière de la région (y compris dans la partie nord de l'actuelle Flandre française), mais aussi plus largement dans les anciens Pays-Bas. Le gothique en brique en Flandre et aux Pays Bas est connecté avec le gothique de brique d'Allemagne du Nord du fait des liens commerciaux et culturels très étroits qu'entretenait les villes flamandes avec les villes de la Hanse, mais le style gothique flamand s'est quelque peu différencié. Il y côtoie deux autres styles gothiques régionaux bien distincts et essentiellement en pierre, le gothique scaldien puis le gothique brabançon, et certains bâtiments mélangent les trois styles, que ce soit de manière juxtaposée ou plus intégrée (les trois styles se sont mutuellement influencés en Flandre).

En Italie[modifier | modifier le code]

En Italie il y a eu une continuité de constructions en brique depuis l'architecture paléochrétienne antique et la période byzantine (voir Ravenne) jusqu'au temps du gothique, notamment en Lombardie, Vénétie, Émilie-Romagne et Toscane où beaucoup d’édifices gothiques sont construits en brique, bien qu'elle n'y est pas toujours apparente car elle est parfois cachée par des enduits ou des placages de marbre, à l'intérieur mais aussi à l'extérieur (comme à Florence).

Région Toulousaine[modifier | modifier le code]

Il existe également un autre style gothique en brique important dans le Midi de la France, dans la région Toulousaine, qui correspond à la principale variante du style gothique méridional, la cathédrale d'Albi en est l'exemple le plus fameux. Mais le format des briques (la brique foraine) y est nettement différent de celui des briques d'Europe du Nord, ce qui les apparente plutôt aux briques italiennes.

Autres[modifier | modifier le code]

Des monuments gothiques en brique existent de manière plus anecdotique dans d'autres régions. En France on en trouve ainsi quelques exemples en Bourgogne-Franche-Comté et en Bresse, ainsi qu'en Sologne et ses alentours. La brique est aussi parfois utilisée en Angleterre dans la gothique tardif (style Tudor). L’architecture gothique de brique de la péninsule Ibérique a des origines différentes (voir architecture mudéjare).

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de centres-villes riches en bâtiments de style gothique de brique sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO: Lübeck, Stralsund et Wismar en Allemagne, Toruń en Pologne (tandis que Gdańsk est inscrite sur la liste indicative), Riga en Lettonie et Bruges en Belgique. À Tallinn en Estonie les édifices gothiques sont principalement en pierre calcaire locale, mais avec le style baltique. Des bâtiments présentant ce style font aussi l'objet d'un classement indépendant: la forteresse teutonique de Marienbourg en Pologne, la cathédrale de Roskilde au Danemark et l'hôtel de ville de Brême en Allemagne.

Le néogothique au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, le style néogothique entraine une renaissance du gothique de brique. Parmi les architectes importants de cette période, on compte Friedrich August Stüler à Berlin et Simon Loschen à Brême. Bien que le style ne devienne vraiment populaire qu'à partir des années 1860, un des exemples les plus anciens et connus est l'église de Friedrichswerder de Karl Friedrich Schinkel, achevée à Berlin en 1831. On trouve de nombreuses églises néogothiques de brique s'inspirant du style hanséatique dans tout le Nord de l'Allemagne, en Scandinavie, Pologne, Lituanie, Finlande, et Russie. On peut aussi mentionner de nombreuses églises néo-régionalistes en brique en Belgique (architecture néo-flamande), aux Pays-Bas et dans le Nord de la France.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hans Josef Böker: Die mittelalterliche Backsteinarchitektur Norddeutschlands. Darmstadt 1988. (ISBN 3-534-02510-5)
  • Gottfried Kiesow: Wege zur Backsteingotik. Eine Einführung. Monumente-Publikationen der Deutschen Stiftung Denkmalschutz, Bonn 2003, (ISBN 3-936942-34-X)
  • Angela Pfotenhauer, Florian Monheim, Carola Nathan: Backsteingotik. Monumente-Edition. Monumente-Publikation der Deutschen Stiftung Denkmalschutz, Bonn 2000, (ISBN 3-935208-00-6)
  • Fritz Gottlob: Formenlehre der Norddeutschen Backsteingotik: Ein Beitrag zur Neogotik um 1900. 1907. Reprint of 2nd ed., Verlag Ludwig, 1999, (ISBN 3-9805480-8-2)
  • Gerlinde Thalheim (ed.) et al.: Gebrannte Größe - Wege zur Backsteingotik. 5 Vols. Monumente-Publikation der Deutschen Stiftung Denkmalschutz, Bonn, Gesamtausgabe aller 5 Bände unter (ISBN 3-936942-22-6)
  • B. Busjan, G. Kiesow: Wismar: Bauten der Macht – Eine Kirchenbaustelle im Mittelalter. Monumente Publikationen der Deutschen Stiftung Denkmalschutz, 2002, (ISBN 3-935208-14-6) (Vol. 2 of series of exhibition catalogues Wege zur Backsteingotik, (ISBN 3-935208-12-X))

Notes et références[modifier | modifier le code]

(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Backsteingotik » (voir la liste des auteurs).

  1. RDK-Labor: texte numérisé du Reallexikon zur Deutschen Kunstgeschichte (1937), Backsteinbau von Otto Stiehl (Kapitel I–III) and Hans Wentzel (Kapitel IV–VI) – Otto Stiehl et Hans Wenzel sur l'architecture de brique (en allemand).]