Bréviaire

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Bréviaire romain de 1647.

Le bréviaire est un livre liturgique contenant l'ensemble des textes nécessaires pour prier la liturgie des Heures, appelée aussi l'office divin.

De Breviarium (du latin brevis, court), ce livre, à l'usage des clercs, religieux et religieuses catholiques mais aussi par les fidèles laïques, se prie en cycle de 4 semaines correspondant aux semaines liturgiques de l'année. Son nom vient du fait qu'il est une synthèse des livres qui servent au chœur pour l'office divin. Il est composé de psaumes, antiennes, répons, hymnes, versets, oraisons, lectures, etc., ainsi que de rubriques qui règlent les rites à suivre et marquent la différence des fêtes.

Bréviaire est le terme surtout utilisé par le christianisme occidental; il en existe d'autres, pour les chrétiens dits orientaux, tels que le Spoutnik (« compagnon de voyage ») pour l'Église orthodoxe russe.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot bréviaire a deux étymologies complémentaires :

  • de « Breviarium Officii » (« abrégé », « sommaire », « condensé ») a servi à désigner au Moyen Âge le livre qui regroupait pour la commodité de la célébration ou de la récitation, toutes les pièces qui composaient l’office et qui auparavant étaient réparties en plusieurs livres différents (psautier, antiphonaire, collectaire, lectionnaire, homéliaire, martyrologe) ;
  • du latin « breviaria ». C’était des index grâce auxquels, par des mots initiaux et des indications brèves, on pouvait savoir quels textes emprunter aux différents livres de chœur pour la célébration commune.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

L'usage du bréviaire en Orient remonte, dit-on, au temps de saint Jean Chrysostome au milieu du IVe siècle ; en Occident, il ne daterait que du pape Gélase Ier à la fin du Ve siècle. En fait, la prière des Heures se faisait d'abord, voire seulement, à partir du psautier. La règle de saint Benoît répartit les psaumes dans la semaine, mais il n'existe alors pas de livre spécifique. Alors que se profile la fin du temps de l'Église indivise, le bréviaire, en Occident, se constitue petit à petit, en particulier à partir du milieu du Moyen Âge. En Orient, le bréviaire orthodoxe reste connu sous son nom en grec le Synecdimos ("compagnon de voyage"), encore appelé Spoutnik en russe.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Page d'un bréviaire de Cologne du XIIe ou XIIIe siècle, Université d'Helsinki.

Les premiers bréviaires apparaissent dans les communautés monastiques vers la fin du XIe siècle pour permettre aux religieux en voyage ou qui ne pouvaient pas assister à la prière liturgique commune de prier quand même les heures de la liturgie. Les chartreux furent parmi les premiers à composer des bréviaires pour célébrer la liturgie des heures dans la solitude de leurs cellules.
La diffusion du bréviaire à grande échelle puis son adoption par le clergé est le fruit de la conjonction de deux facteurs. Premièrement, la récitation de l'office divin en toute circonstance, même lorsqu'on ne pouvait être présent à la célébration commune à l'église, étant obligatoire; Il fallait donc également procurer au clergé séculier un livre simple, complet, maniable. Deuxièmement, la création des ordres mendiants dont les religieux étaient voués à l'itinérance en vue de la prédication. Ils eurent donc rapidement besoin d'un livre unique et maniable pour prier au cours de leurs fréquents déplacements et adoptèrent à cet effet la liturgie abrégée des clercs de la curie romaine. C'est pourquoi, au XIIIe siècle, le pape Nicolas III approuva le premier bréviaire franciscain.

Un peu avant le concile de Trente, Francisco de los Ángeles Quiñones, un cardinal espagnol, réforme le bréviaire romain sur ordre de Clément VII dans la période 1529-1534. Ce bréviaire, dit "de Sainte-Croix", imprimé sous le nom de Breviarium romanum à Rome en 1535, bien qu'approuvé des papes Clément VII, Paul III, Jules III et Paul IV, fut censuré par la Sorbonne et interdit par Pie V. Au XIXe siècle, Dom Guéranger critiquera durement ce bréviaire dans ses Institutions liturgiques[1].

Bréviaires issus du concile de Trente[modifier | modifier le code]

Le Bréviaire romain (en latin : Breviarium romanum), à l'usage universel de l'Église, a été publié par Pie V en 1568 à la proclamation de la bulle Quod a nobis du . Il compte huit offices répartis sur la nuit et la journée : matines au cours de la nuit, laudes à l’aurore, prime à la première heure du jour, tierce à la troisième heure, sexte à midi, none en milieu d’après-midi, vêpres en fin d’après-midi (du latin vesper : le soir), complies avant le coucher. Prime, tierce, sexte, none sont appelées petites heures. Tous les bréviaires particuliers aux ordres, à l’exception de ceux dont le rite était âgé de plus de deux cents ans, furent abolis (tels que celui des brigittins et brigittines). Ainsi survécurent au concile, les bréviaires bénédictin, clunisien, cartusien, cistercien, dominicain et franciscain.

À la suite du concile de Trente, le Bréviaire romain est légèrement modifié par le pape Clément VIII d'après la bulle Cum in Ecclesia, du . Toutefois, au contraire de ses prédécesseurs, le pape Urbain VIII décide de remanier complètement le bréviaire, par la bulle Divinam psalmodiam du , afin d'adapter la connaissance du latin à l'époque. Ses modifications sont considérables avant que le nouveau bréviaire ne soit publié en 1632[2]. Entre deux, en 1615, le pape Paul V fit publier un nouveau Bréviaire monastique (en latin : Breviarium monasticum) dont les modifications s'inspiraient du bréviaire romain.

Le , le pape saint Pie X promulgue une réforme plus importante de l’élément central du bréviaire, la psalmodie, par la constitution apostolique Divino afflatu[3].

D'autres réformes mineures ont lieu sous Pie XII et Saint Jean XXIII. En particulier, le est promulgué, par décret de la Sacrée congrégation des rites, un Breviarum Romanum qui est la version (dite "de 1962") utilisée par les catholiques traditionalistes[4].

Bréviaires issus du concile de Vatican II[modifier | modifier le code]

Le concile Vatican II a voulu une réforme approfondie qui avait pour but d'élargir l'éventail des lectures, bibliques et patristiques; et de manifester plus clairement la fonction d'intercession par une prière d'intentions aux Laudes et aux Vêpres. Le point le plus important est le respect de la vérité des Heures, donc de célébrer chaque office au plus près de l'heure pour laquelle il a été conçu. Par exemple, des vêpres priées le matin n'auraient quasiment aucun sens, mais il faut prier les laudes.

Bréviaire romain[modifier | modifier le code]

Le terme bréviaire est devenu impropre, puisque le livre de la liturgie des Heures n'est plus un abrégé d'une autre forme. Le concile Vatican II n'emploie pas ce mot, qui reste cependant d'usage courant. Par la Constitution apostolique Laudis canticum du [5], Paul VI promulgue, la « Liturgia Horarum », nouvel office divin réalisé en exécution des décisions du concile Vatican II. D'ailleurs, l'ouvrage actuel, composé de quatre volumes, s'appelle « La Liturgie des Heures ». Il existe une version sans les lectures de l'office des lectures (anciennement vigiles/matines) en un volume unique (dont le titre est Prière du Temps présent). Désormais, ceux qui utilisent le plus souvent le terme « Bréviaire», sont les catholiques traditionalistes qui prient l'Office divin selon l'édition dite "de 1962" du bréviaire romain.

Liste non exhaustive de nouveautés de la liturgia Horarum :

Bréviaires des ordres religieux[modifier | modifier le code]

Au sein de l'ordre de Saint-Benoît, le bréviaire bénédictin, ou bréviaire monastique, en usage est celui de 1963, ayant été modifié selon le Code des rubriques (1960) promulgué par le pape Jean XXIII mais inaltéré par la réforme de saint Pie X. Les laïcs, suivant pour leurs propres raisons l'office monastique, peuvent se tourner vers le diurnal qui exclut juste l'office de nuit.

Suite à Vatican II, les dominicains abandonnèrent leur bréviaire (Breviarium Ordinis Praedicatorum) pour adopter les livres romains de la nouvelle Liturgie des Heures alors que les chartreux gardèrent le leur (Breviarium sacri Ordinis Cartusiensis) tout en y apportant progressivement des modifications afin de se rapprocher du romain. Quant aux cisterciens, bien qu'ils aient adopté le rite romain de 1969 pour la messe, ils ont gardé leur Breviarium cisterciense moyennant quelques nouveautés.

Organisation de la liturgie des Heures dans le bréviaire[modifier | modifier le code]

La liturgie des Heures s'articule comme le Missel romain. Ainsi dans le bréviaire, on trouve :

Le bréviaire contient toutes les heures que le clerc ou le religieux qui s'est engagé à prier l'office divin doit chanter ou réciter. Chaque heure contient un ou plusieurs psaumes à réciter, ainsi qu'une hymne et l'oraison du jour, qui est généralement l'oraison d'ouverture de la messe du jour.

La constitution Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II a demandé que la priorité soit donnée à une célébration communautaire, dès que cela est possible.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prosper Guéranger, Institutions liturgiques, Première partie, chapitre 13 :

    « Au moyen d’une certaine variété dans les prières et les lectures, en évitant, autant que possible, les répétitions, en retranchant tout ce qui se rapporte à l’assemblée des fidèles, comme n’ayant plus de sens dans la récitation privée, on pensait ranimer le goût de la prière chez les clercs, et l’on ne voyait pas que c’était aux dépens de la Tradition ; que l’antique dépôt des prières liturgiques une fois altéré, ne tarderait pas à périr ; que cette forme d’office, inconnue à tous les siècles chrétiens, pénétrerait bientôt dans les Églises, au grand scandale des peuples ; en un mot, que c’était une Réforme désastreuse que celle à laquelle on sacrifiait tout le passé de la Liturgie. »

  2. (en)https://books.google.fr/books?id=PJq99gHwL88C&pg=PA71 Père Gabriel Diaz Patri, Poetry in the Latin Liturgy
  3. voir Introduction au bréviaire latin-français, éditions Labergerie, 1934, par le P. Hogueny, OP, sur le site Salve Regina
  4. Ceremoniaire.net, « Code des Rubriques (1960) », sur www.ceremoniaire.net (consulté le )
  5. « Laudis canticum, 1° novembre 1970 | Paulus PP. VI », sur www.vatican.va (consulté le )
  6. « Sacrosanctum concilium », sur www.vatican.va (consulté le )
  7. a et b art. 4 de Laudis canticum
  8. (en) Matthew Hazell, « Paul VI Against the Council: The Censorship of the Psalms in the Divine Office », sur www.newliturgicalmovement.org, (consulté le )
  9. (en) « Psalms and Verses Omitted from the Four-Week Psalter », sur catholic-resources.org (consulté le )
  10. (en-GB) Hugh Somerville-Knapman OSB, « The strange birth of the Novus Ordo », sur Catholic Herald, (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aquinata Böckmann, « Bibliographia : Liturgia Horarum in Generale », en ligne : Bibliography : Liturgia Horarum in Generale / Liturgy of the Hours in General by A. Böckmann OSB.
  • Isabelle-Marie Brault, Célébrer la splendeur de Dieu. De Liturgia horarum à Liturgie des heures, Chambray-les-Tours, 1997.
  • Arnaud Join-Lambert, La liturgie des Heures par tous les baptisés. L’expérience quotidienne du mystère pascal, Leuven : Peeters, 2009 (collection Liturgia condenda 23) 353 p. (ISBN 978-90-429-2121-4).lien vers l'éditeur
  • Aimé-Georges Martimort, « La prière des Heures », dans La Liturgie et le temps, Paris, coll. « L’Église en prière, 4 », 1983, p. 169-294.
  • Vincenzo Raffa, « Liturgie des Heures », dans Dictionnaire encyclopédique de la Liturgie, 1 (1992), p. 641-658.
  • Aimon-Marie Roguet, « Commentaire de la Présentation générale de la Liturgie des Heures », dans La Prière du temps présent pour le peuple chrétien, Paris, 1971, p. 101-192.
  • Olivier-Marie Sarr, In omni tempore (Ps 32,2). La liturgie des Heures et le temps : louange quotidienne et ouverture vers l’éternité, Rome, Pontificio Ateneo Anselmo, 2014 (Studia anselmiana 162 ; Analecta liturgica 32) 446 p.
  • Robert Taft, La Liturgie des Heures en Orient et en Occident. Origine et sens de l’Office divin, Turnhout, coll. « Mysteria, 2 », 1991.
  • Pierre Batiffol, Histoire du bréviaire romain (éd. 1893), Éd. Hachette Livre BnF, 2012, 371 P., (ISBN 2-0126-7036-9)

Liens externes[modifier | modifier le code]