Bouquinistes de Paris

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Boîtes d'un bouquiniste de Paris ouvertes reposant sur les parapets des quais parisiens (2007).
Boîtes de bouquiniste fermées (2006).

Les bouquinistes de Paris sont des libraires de livres anciens et d’occasion, présents sur une grande partie des quais de Seine ; sur la rive droite, du pont Marie au quai du Louvre ; sur la rive gauche, du quai de la Tournelle au quai Voltaire. Proposant près de 300 000 livres, ainsi qu’un grand nombre d’estampes, revues, cartes de collection, etc., plus de 200 bouquinistes gèrent près de 900 boîtes sur les quais de la Seine.

Historique[modifier | modifier le code]

Gravure de Marlet d’après Auger, montrant un bouquiniste, quai Voltaire (1821).
Tableau de William Parrott de 1846 montrant le quai de Conti avant les travaux haussmanniens : les boîtes, de couleur marron, moins hautes, telles des valises, étaient ramenées par leurs propriétaires à leurs domiciles.

Le terme de « boucquain », sans doute dérivé du flamand boeckijn (« petit livre »), fait son apparition en 1459 et est attesté sous la forme « bouquin » vers la fin du XVIe siècle. Le terme « bouquiniste » apparaît dans le Dictionnaire de l'Académie française dans l'édition de 1762 avec la définition et la graphie suivante : « Celui qui vend ou achete de vieux Livres, des Bouquins »[1]. L'étymologie de « bouquin » (au sens de « livre peu estimé », d'occasion) n'est toutefois pas claire, mais le mot dans cette occurrence est attesté dès 1694, toujours par l'Académie, et Littré renvoie bien au mot flamand boeckin.

La tradition des bouquinistes parisiens débute aux alentours du XVIe siècle avec des petits marchands colporteurs. Sous la pression de la corporation des libraires, un règlement de 1649 interdit les boutiques portatives et l’étalage de livres sur le pont Neuf. Le pouvoir à l'époque était assez soucieux de limiter les marchés parallèles non soumis à la censure. Les libraires ambulants sont donc, selon la période, chassés puis réintégrés sous agréments.

L'emblème traditionnel des bouquinistes se blasonne ainsi : « d'azur party de gueules à la boîte à bouquins soutenue de pierres, au chef d'argent au lézard convoitant l'épée » (Jean Lébédeff). En effet, le lézard symbolise les bouquinistes toujours à la recherche du soleil pour vendre leurs livres, et l'épée représente leur aspiration à la noble profession de libraire auxquels on accordait le privilège de porter l'épée[2].

Pendant la Révolution, de 1789 à 1795, malgré une forte baisse de la production éditoriale, seuls étaient imprimés les journaux et brochures révolutionnaires, les bouquinistes prospèrent et s’enrichissent des réquisitions et pillages de bibliothèques de l'aristocratie et du clergé.

Sous Napoléon Ier, les quais sont embellis et les bouquinistes se répandent du quai Voltaire au pont Saint-Michel. Ils sont alors enfin reconnus par les pouvoirs publics et ils obtiennent le même statut que les commerçants publics de la ville de Paris. Vers 1840, Charles Nodier, qui s'inquiétait déjà de la disparition de ce petit commerce, rappelait que « le nom du bouquiniste est un de ces substantifs à sens double qui abondent malheureusement dans toutes les langues. On appelle également bouquiniste l’amateur qui cherche des bouquins, et le pauvre libraire en plein air qui en vend. Autrefois, le métier de celui-ci n’était pas sans considération et sans avenir. On a vu le marchand de bouquins s’élever du modeste étalage de la rue, ou de la frileuse exposition d’une échoppe nomade, jusqu’aux honneurs d’une petit boutique de six pieds carrés » et de rappeler au souvenir d'un certain Passard, « qui avait colporté, sous le bras, sa boutique ambulante, du passage des Capucines au Louvre, et du Louvre à l’Institut, avait tout vu, tout connu, tout dédaigné du haut de son orgueil de bouquiniste », puis de conclure que « ce qu’il y a d’incontestable pour les bouquinistes amateurs qui l’ont visité si souvent, c’est que sa conversation était beaucoup plus curieuse que ses bouquins »[3].

En 1859, des concessions sont mises en place par la ville de Paris et les bouquinistes peuvent s'établir à des points fixes. Chacun a alors droit à 10 mètres de parapet pour un droit annuel de tolérance de 26,35 francs et 25 francs de patente[4]. Les ouvertures se font du lever au coucher du soleil. Enfin, c'est en 1930 que les dimensions des « boîtes » sont fixées.

Notre-Dame vue du quai Saint-Michel, tableau d'Eugène Galien-Laloue.

Installés sur plus de trois kilomètres le long de la Seine, ils ne sont pas inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO à la différence des Rives de la Seine à Paris inscrites, elles, en décembre 1991. Ils exploitent environ 900 « boîtes vertes » — d'une couleur réglementée appelée « vert wagon » en référence à la signalétique du premier métropolitain et qui est aussi celui des fontaines Wallace ou des colonnes Morris — où sont exposés, selon diverses estimations, environ 300 000 livres d'occasion et un très grand nombre de revues, timbres et cartes de collection[5]. Toutefois, si la vente de livres reste la raison sociale officielle, ces boîtes ont toujours par tradition proposé d'autres articles : estampes et tableaux, bijoux et colifichets, étoffes, voire souvenirs, comme en attestent les nombreuses représentations (par exemple, le tableau d'Eugène Galien-Laloue intitulé Notre-Dame vue du quai Saint-Michel, v. 1940). Le règlement n'est d'ailleurs pas tranché sur cette question, ce qui peut donner lieu à des abus.

Les exploitants doivent acquitter un droit de concession ; ils ne payent ni taxe ni loyer et peuvent occuper 8 mètres de parapet chacun, permettant de placer jusqu'à quatre boîtes[6]. Les emplacements doivent obligatoirement être exploités au moins quatre jours par semaine, sauf intempéries[7].

En 2009, la mairie de Paris a commencé à donner des avertissements aux bouquinistes qui vendaient majoritairement plus d’articles – souvenirs, bibelots, gadgets – autres que le livre et la gravure, alors que le règlement n'autorise seulement qu'une boîte sur quatre[8],[6]. Avec l'essor du tourisme dans la capitale, ce phénomène est sensible aux abords des monuments touristiques et des zones les plus fréquentées notamment[9]. La baisse des ventes de livres d'occasion ne fait qu'amplifier ce phénomène[10] poussant même dans certaines zones – comme celle dite du « Purgatoire » près de l'Hôtel de ville de Paris – à la fermeture massive des boites[9].

En 2014, les bouquinistes lancent leur premier festival. Cinquante bouquinistes s'étaient alors réunis pour présenter leurs meilleurs choix de livres anciens et d'occasion[11].

Les bouquinistes de Paris ont inspiré d'autres capitales, comme Ottawa, Pékin ou Tokyo[5].

Évolutions du nombre de bouquinistes à Paris et emplacements[modifier | modifier le code]

Conditions d'accès[modifier | modifier le code]

D'après le Règlement des bouquinistes des quais de la Seine[7], toute candidature doit être déposée à la Mairie de Paris en nom propre par le candidat lui-même.

Elle doit être accompagnée :
a- d’une lettre motivée attestant les connaissances particulières, la spécialité, l’expérience, etc., du candidat ;
b- d’un curriculum vitæ ;
c- de deux photographies d’identité récentes ;
d- d’une justification de domicile ;
e- d’un extrait d’acte de naissance établi depuis moins de trois mois ;
f- d’un extrait de casier judiciaire de moins de trois mois qui doit être vierge ;
g- de la photocopie d’une pièce d’identité et de la carte de sécurité sociale ;
h- au moment de sa demande d’autorisation, le candidat bouquiniste devra fournir selon son statut juridique et fiscal, soit un extrait du registre du commerce et des sociétés (extrait Kbis) établi depuis moins de trois mois, soit un avis de situation SIREN établi par l’INSEE depuis moins de trois mois.

En 2010, une centaine de candidatures ont été déposées alors que seulement vingt-deux places étaient à pourvoir[6].

Les boîtes de bouquinistes[modifier | modifier le code]

Les boîtes installées doivent être conformes au « Règlement des Bouquinistes des quais de la Seine » cité ci-devant et dont est extrait l'article qui suit.

  • Article 9 de l’arrêté municipal du 1er octobre 1993, signé par Jacques Chirac, maire de Paris :
Les boîtes utilisées par les bouquinistes devront être d’un modèle agréé par l’Administration présentant un gabarit extérieur déterminé par les dimensions ci-après, pour une longueur maximale de 8,60 m (ces dimensions s’entendent boîtes fermées, couvercles compris) :
  • Longueur : 2,00 mètres
  • Largeur : 0,75 mètre
  • Hauteur :
    • côté Seine : 0,60 mètre
    • côté quai : 0,35 mètre
En période d’utilisation, la ligne d’horizon, figurée par le bord supérieur du couvercle relevé ne devra pas s’établir à plus de 2,10 m au-dessus du sol.

En 2012, à la demande de la Ville de Paris, une réflexion a été lancée en partenariat avec les designers Materiaupôle Paris Seine Amont et Paris Région Lab pour « rénover » ces boîtes vertes sensiblement éprouvées par les conditions climatiques et le vandalisme[15]. Après consultation des bouquinistes de quais de la Seine, conception puis réalisation de quatre prototypes de boîtes, un « cahier de recommandations pour la construction de nouvelles boîtes de bouquinistes et/ou l'amélioration des boites existantes » a été rédigé en novembre 2014[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Université de Chicago (dir.), Lexilogos, index de recherche par terme, en ligne.
  2. Robert Giraud (photogr. Robert Doisneau), Le Royaume d'argot, Denoël, , p. 235.
  3. Nodier 1841, p. 208–209.
  4. Le salaire hebdomadaire d'un ouvrier parisien se situe vers 1860 à 5 francs (cf. Germinal d’Émile Zola).
  5. a et b À Paris, Le magazine municipal d'information, no 29, hiver 2008-2009, p. 12.
  6. a b et c Caroline Venaille, « À Paris, les bouquinistes priés de vendre… des bouquins », sur Rue89, (consulté le 24 septembre 2014).
  7. a et b « Règlement des bouquinistes des quais de la Seine », Mairie de Paris (consulté le 24 septembre 2014).
  8. Cécile Charonnat, « La Mairie de Paris recadre les bouquinistes », Livres Hebdo,‎ (lire en ligne).
  9. a et b Antoine Cargoet, « À la rencontre des bouquinistes des quais de Seine, un métier en danger », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne).
  10. Diane Lestage, « Les bouquinistes des quais, patrimoine parisien en péril », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  11. Souen Léger, « Les bouquinistes de Paris lancent leur festival », Livres Hebdo,‎ (lire en ligne).
  12. Uzanne 1893, p. 262 [lire en ligne].
  13. Les chiffres pour 1945 et 1957 sont extraites de Y. Doré: Mes amis les bouquinistes, paru dans Les Cahiers français, numéro 17, mai 1957 (lire en ligne), p. 27.
  14. Les bouquinistes de Paris sur le site de la ville de Paris, consulté le 17 août 2017.
  15. Calixte de Procé, « À Paris, les boîtes vertes des bouquinistes s’offrent une nouvelle vie », dans Innov'in the City, 31 janvier 2012.
  16. Association Matériaupôle Paris Seine Amont, Bouquinistes de Paris. Cahier de recommandations pour la construction de nouvelles boîtes de bouquinistes et/ou l'amélioration des boîtes existantes, novembre 2014 [lire en ligne].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sybil Canac, Métiers de Paris, rares et insolites, photographies de Valérie Jacob, Paris, Massin, 2008.
  • Nathalie Cormier, Le Statut des bouquinistes des quais de la Seine, Paris, chez l'auteur, 1996.
  • Marc Gaillard, Quais et ponts de Paris, Paris, Martelle, 1996.
  • Albert Fournier, Métiers curieux de Paris, Paris, Jeheber, 1953.
  • Louis Lanoizelée, Les Bouquinistes des quais de Paris, Paris, 1956.
  • Louis Lanoizelée, Souvenirs d'un bouquiniste, Paris, L'Âge d’Homme, 1978.
  • Antoine Laporte, Les Bouquinistes et les quais de Paris tels qu'ils sont, Paris, 1893 [lire en ligne].
  • Paul Léautaud, Journal, Paris, Mercure de France, 1954.
  • Charles Nodier, « L'Amateur de livres », Les Français peints par eux-mêmes : Encyclopédie morale du XIXe siècle, Paris, Léon Curmer, t. III,‎ , p. 201–209 (lire en ligne).
  • Guy Silva, Avec les bouquinistes des quais de Paris, Bordeaux, Le Castor Astral, , 155 p. (ISBN 2-85920-412-1).
  • Octave Uzanne, Bouquinistes et bouquineurs : Physiologie des quais de Paris du Pont royal au pont Sully, Paris, Maison Quantin, (lire en ligne).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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